Frosttide – Awakening

Lorsqu’on se penche sur la scène metal finlandaise, il y a de quoi avoir le tournis. Un pays glorieux pour cette musique qu’on aime tellement, avec des groupes à chaque coin de rue dans à peu près tous les styles, il n’est donc pas étonnant d’y voir germer de temps à autre de nouvelles sensations, certaines formations débutant leur carrière à l’adolescence. C’est un peu le cas de Frosttide, combo venu de Jyväskylä, petite bourgade de 130.000 habitants où gravitent entre autres Ghost Brigade et Swallow the Sun. Ce n’est pourtant pas dans un doom/sludge que ce jeune quatuor fonctionne, s’inspirant ainsi plus largement de la scène folk épique/death mélodique sans oublier ses ancêtres heavy/power. Mais sur ce point nous reviendrons tranquillement bientôt.

Après deux EP démos, la team à Joni Snoro (19 ans seulement !) propose son premier opus signé chez NoiseArt Records et prévu pour le 26 août. Awakening vient donc lancer la carrière internationale d’un groupe qui se voit de plus proposé une ouverture sur le prochain Heidenfest en compagnie de groupes tels que Ensiferum, Turisas ou Equilibrium, excusez du peu. Le début d’une grande carrière ? Si et seulement si cet album début remplit le cahier des charges, bien évidemment.

Frosttide Awekening 2013, chronique, review

D’emblée, on peut s’avérer bluffé par la qualité de la production, surtout pour un nouvel arrivant sur un label par forcément d’une envergure exceptionnelle. Dans le style, à la fois épique et symphonique, c’est un point qui ne peut être négligé, et cela tombe bien car Frosttide propose un son plutôt bien équilibré avec des nappes de claviers savamment mixées et les choeurs bien agencés. Quelques progrès sont encore à faire ici et là, sur le mix des guitares et du chant lead par exemple, mais rien ne vient véritablement altérer le confort global de l’écoute. A partir de là, une première pensée nous vient : Time I de Wintersun paru l’an passé. Si nous ne sommes pas encore dans la complexité voulue par Jari Mäenpää et ses amis, on ne peut nier que Frosttide marche sur les traces de son ainé dont les influences sont assez indéniables. Rien que sur l’introduction « Winter’s Call » ou la magnifique conclusion de plus de 13 minutes « Unwritten (Engraved in the Stars) », on se retrouve dans un univers souvent similaire qui laisse songeur.

Si le début et la fin sont imparables et donc réminiscents de la troupe à Jari, car même le premier morceau éponyme lance le tout sur d’excellentes bases en mixant parfaitement ce côté moderne atmosphérique et le bon vieux folk death à la Ensiferum, l’album dans son ensemble s’avère finement construit et démontre d’ores et déjà une maturité indéniable de Joni et ses comparses. Basé sur un concept simple mais efficace (l’histoire de guerriers prêts à défendre un village contre l’ennemi), Awakening est un véritable voyage, ainsi la musique de Frosttide raconte une épopée qui renforce ainsi chaque morceau. Certains de ceux-ci, pris à part, pourraient surprendre et laisser perplexe de part leurs structures parfois complexes et souvent osées ; un « No Turning Back » n’aura ainsi pas la même importance sorti du contexte tant il semble être placé là comme un pivot essentiel dans la narration. Véritable composition à tiroir où les cavalcades se succèdent à des rythmes plus plombés, il renforce le côté guerrier qu’un Moonsorrow ne renierait certainement pas. Entre hypnotisme et pagan folk classique, ce titre évolue constamment et se permet même quelques emprunts à un heavy speed mélodique sauce Sonata Arctica (sur les claviers principalement) ou Stratovarius (petit clin d’oeil vu le titre ?). Il en va de la même constation avec un « Siege » bien sombre et lourd, pas évident à appréhender aux premières écoutes, intelligemment précédé d’une introduction simple et là encore très Time I dans l’esprit.

Pour le reste, Frosttide n’oublie pas d’être accrocheur, mais jamais sans le moindre répit et ce en variant toujours les rythmes et autres structures. « Quest for Glory », le single (loin d’être simpliste) du disque, avance de façon épique où les touches symphoniques à la Nightwish viennent parfaitement s’associer à ce côté grandiloquent filmique tant apprécié de groupes comme Equilibrium. Ce morceau aurait fort bien pu figurer sur l’album Sagas de ces derniers, des mélodies jusqu’à certains choeurs blackisants. Loin d’être en reste, le titre « Ruins of Defeat » surprend presque par sa touche folk pagan presque léger sur son entame, en parfaite opposition avec « Siege » qui le précède. Le côté plus mainstream à la Turisas accouplé aux fulgurences viking à la Moonsorrow prend plutôt bien, même si cela met également en exergue les quelques défauts de Frosttide avec un effet quelque peu répétitif sur la fin. Rien de bien grave, mais preuve en est que les progrès sont encore possibles.

Un peu comme sur le chant de Joni Snoro d’ailleurs. Bien que très convaincant et parfait dans son timbre death plutôt râpeux et guttural (qui pourrait peut-être rappeler parfois Nergal de Behemoth, surtout dans certains phrasés sur les couplets), il manque encore d’une certaine variation par moments. Heureusement que la conviction mise et les choeurs sont là pour parfois aérer le tout, mais on peut être certain aussi que compte-tenu du jeune âge du chanteur/guitariste/leader, les évolutions se feront d’elles-même avec le temps. Puis bon, lorsqu’on constate le talent du bonhomme pour nous sortir un final aussi ahurissant de splendeur (les trois dernières minutes de l’album sont purement et simplement… stellaires ! Avec une mélodie piano à la « Land of Snow and Sorrow » pour parachever la grande influence Wintersun), on n’a pas de souci à se faire.

Reste à savoir désormais si Frosttide saura défendre ses chances avec brio en live, et surtout si le prochain album sera à la hauteur des grands espoirs désormais placés en eux. Nul doute que si la jeune formation nordique corrige les quelques petits éceuils relevés ici et là, on pourra très certainement parler de relève et d’une continuité assurée pour les Ensiferum et consorts. Là où Brymir avant déjà démontré un certain potentiel mais avec plus de tâtonnements (rappel de la chronique d’époque), Frosttide est déjà en avance, et le très jeune âge de ses membres laisse penser qu’on n’a pas fini d’entendre parler d’eux. Et en bien.
   

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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