The Forsaken Creation – Fragments

Pour faire une rapide présentation, The Forsaken Creation, c’est avant tout un duo. La rencontre entre la chanteuse française Anne-Emmanuelle Fournier (que l’on retrouve également au sein d’Unseelie) et du compositeur suisse Eric Valley (Space Odyssey). La suite n’est pas difficile à deviner. La collaboration entre les deux artistes porte très rapidement ses fruits, et ces musiciens décident ainsi de faire, ensemble, un projet parallèle. De cette union France / Suisse s’en suit donc la création de Fragments, leur méfait commun, qui selle donc le premier contact avec le public, un cap qui n’est pas forcément évident. La volonté de cette formation est assez singulière : tenter de mélanger avec adresse la beauté de l’ambiant et le côté plus incisif de parties metal. Un pari audacieux, mais encore faut-il que celui-ci soit pleinement abouti.

Il est important de souligner qu’un réel effort d’originalité est fait du début à la fin de cet opus, qui semble vouloir se démarquer de ce que la scène metal est en mesure de proposer ces derniers temps. La musique de The Forsaken Creation est même plutôt épurée de ces parties lourdes adulées des chevelus et préfère se concentrer nettement plus sur son pouvoir d’évocation, à travers des ambiances diversifiées et très aériennes. On pensera notamment à la très réussie « Sunset Garden », qui sur un plan instrumental nous offre quelques sonorités orientales de très bon aloi. Dans la démarche plane l’ombre de Dark Sanctuary, notamment dans les paroles écrites dans la langue de Molière sur la piste « Departure ». Si le duo se veut parfois plus musclé que la formation pré-citée, on y retrouve une influence marquée dans les parties les plus ambiantes.

L’ennui, c’est que n’est pas Dark Sanctuary qui veut, et à ce compte, Eric et Anne-Emmanuelle n’arriveront pas à égaler leurs maîtres en un seul opus. La musique manque encore de maturité et peine parfois à captiver l’auditoire, la faute à des compositions encore trop indécises, hésitant entre une volonté de vouloir apporter une certaine puissance grâce à la guitare, et celle, au contraire, de se laisser aller à la rêverie. Dommage, car les idées ne sont pas foncièrement inintéressantes, mais rencontrent parfois des difficultés à s’emboîter les unes dans les autres pour former un ensemble cohérent et harmonieux. « Nemeton » souffre malheureusement de ces défauts, et peine à trouver une véritable ligne directrice. Les longueurs, trop nombreuses, donnent seulement une forte impression de parties musicales qui n’ont pas vraiment leur place, seulement présentes pour combler des vides. Raccourcir légèrement le morceau et proposer un point d’orgue qui retient l’oreille aurait sûrement évité à ce titre ses quelques égarements fâcheux.

The Forsaken Creation

White Sanctuary

De la même manière, la plus courte « Mechanical Gods » est pétrie de bonnes intentions mais les moments d’évasion se marient assez mal avec la guitare. Dans un registre qui n’est pas si éloigné, la formation française Inhepsie parvenait à trouver cette adéquation. Le potentiel qu’il est possible d’entrevoir au sein de Fragments démontre qu’avec du travail et de la persévérance, The Forsaken Creation est en mesure d’arriver, à son tour, à faire cohabiter les deux éléments les plus essentiels de sa musique sans que l’un ne soit en conflit avec l’autre. Il est généralement difficile de parvenir à faire du bon ambiant, et cette œuvre n’est que le premier essai du duo franco-suisse. D’autant plus que le chant d’Anne-Emmanuelle se révèle plutôt agréable dans sa globalité, même s’il n’est pas exempt, lui non plus, de défauts. La jeune femme possède un beau brin de voix mais s’aventure parfois trop dans des aigus qui ne sont pas toujours très appréciables à l’oreille, la faute à un placement qui n’est pas forcément judicieux (« Fragments ») mais surtout à un vilain sentiment de « trop ». Sur la fin de « Mechanical Gods », la chanteuse semble se perdre dans un registre qu’elle n’apprivoise pas complètement. Dommage, car sa prestation globale est très loin d’être mauvaise, et ses notes plus graves apportent beaucoup aux créations du duo. Sa contribution aux ambiances du disque reste plus qu’appréciable, et les moments de grâce loin de répondre aux abonnés absents !

Il est indéniable que la volonté de bien faire est là, et que Fragments est très loin de l’échec. Si le résultat aurait pu être bien meilleur, il est nécessaire de garder à l’esprit qu’il ne s’agit que d’un premier essai et qu’on peut déceler, au travers des diverses pistes proposées, un potentiel loin d’être négligeable. The Forsaken Creation est à retenir quelque part dans un coin de son esprit. Une progression dans la mise en place des idées, la qualité sonore et les parties aiguës du chant, et la recette réussira enfin à prendre comme il faut. Le rendez-vous est donc pris, à eux de nous démontrer l’étendue de leurs capacités. Il y a matière à y croire, et j’en suis le premier convaincu.

 

NOTE DE L'AUTEUR : 5 / 10



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