Dream Theater – Parasomnia

Y'a-t-il un album plus attendu dans la sphère du prog que ce nouvel opus de Dream Theater intitulé Parasomnia ? On en doute et cela pour une bonne raison : le retour de Mike Portnoy. Impossible de ne pas avoir entendu la nouvelle tant cela a surpris tout le monde et vu l'accueil que les fans ont fait au batteur/fondateur du groupe lors de la tournée triomphale du 40ème anniversaire, ce nouvel album va faire forcément parler de lui. Disponible le 7 février sur le label Inside Out Music/SonyParasomnia est-il l'album qui mettra tout le monde d'accord après des années de débats Mangini/Portnoy, anciennes compos/nouvelles compos ?

Mark Maryanovich, Dream Theater, prog, Mike Portnoy, John Petrucci, James LaBrie, John Myung, Jordan Rudess, Parasomnia

Coupons court aux discussions : Parasomnia ne viendra pas révolutionner la discographie du groupe et s'intègre musicalement dans ce que Dream Theater fait depuis longtemps, très longtemps. On en avait déjà parlé lors de la chronique de l'album précédent et malheureusement le retour de Mike Portnoy ne change pas grand chose à la dynamique de composition et au style des morceaux. Pour résumer globalement cet opus : c'est un album des années 2010/2020 avec Mike Portnoy à la batterie. Si Mike Mangini ne lui avait pas cédé sa place, aurait-il été différent ? Pas sûr. Parasomnia partage donc beaucoup de choses avec A View from the Top of the World. Première caractéristique positive : le son et le mixage, en partie dûs au retour de la paire Jimmy T/Andy Sneap qui s'étaient occupé du précédent album et qui avaient été loués pour ENFIN avoir trouvé un son de très haute qualité pour le groupe notamment pour mettre bien en avant la basse de John Myung qui est toujours un régal à écouter.

Niveau composition, même constat : les singles déjà révélés montraient des morceaux assez prog mais avec des changements de riffs sans grande cohérence parfois. Exemple flagrant de ce symptôme : le morceau fleuve tant attendu "The Shadow Man Incident". Comme pour les anciennes compositions de ce type, depuis quelques années, on assiste à un copié collé de mélodies, certes de qualité, mais on passe de l'une à l'autre sans trop comprendre l'intérêt. Le seul passage qui suscitera un intérêt par sa prise de risque est le rythme très chaloupé qui fait penser au passage samba de "In the Name of God" sur l'album Train of Thought. Mais encore une fois, il est lancé comme cela dans le morceau sans pour autant être bien intégré. Seul problème avec un morceau de 20 minutes, c'est qu'il ne laisse pas beaucoup de place pour le reste et termine l'album avec un sentiment légèrement amer.

Même constat pour les deux premiers singles : "A Broken Man" et "Night Terror", de très bonnes factures mais peu originaux, on sent que Parasomnia a du mal à démarrer vraiment. Et pourtant c'est paradoxal (comme le sommeil) car la longue introduction "In the Arms of Morpheus" est sûrement la meilleure instrumentale composée depuis "Stream of Consciousness" (en ne comptant pas les ouvertures de l'album concept The Astonishing). Ayant le vrai rôle d'introduction, l'atmosphère prend le temps d'être posée, le groupe explique sans un mot le concept de l'album : parler des parasomnies, ces troubles qui apparaissent lorsque l'être humain dort. Non, le groupe ne fait pas un Scenes from a Memory avec une histoire filée, mais lorgne plus du côté de Six Degrees of Inner Turbulence : un thème pour lier toutes les chansons. Cette relation est renforcée notamment par quelques mélodies qui vont hanter tout l'album comme un rêve récurrent et qui sont introduites dans ce premier morceau. Autre bonne surprise, l'utilisation massive des samples qui donnent une atmosphère cauchemardesque à plusieurs titres.

Il convient quand même de reconnaître que cette instrumentale est suivie de "Night Terror" qui est, dans la discographie du groupe, un bon single mais qui n'est pas LE meilleur morceau de l'album. Un bon départ, un bon gros riff et un refrain assez catchy. Malheureusement, comme évoqué précédemment, cela manque parfois de liant et de cohérence avec parfois une tendance à étirer certains passages notamment les parties instrumentales. On se rappelle un peu des critiques faites à certains groupes comme Nightwish ou Metallica qui, depuis quelques années, manquent de concision. Puisqu'on évoque les maîtres du thrash metal, comment ne pas parler du dernier single dévoilé "Midnight Messiah": l'une des bonnes surprises de l'album. Alors certes, on navigue en terrain connu entre riff à la "Enter Sandman" et refrain très speed metal à la Motörhead mais on aime ce Dream Theater plus direct et sans chichi qui rappelle aussi leur morceau bonus "Viper King". Le morceau créé par Mike Portnoy est aussi une métaphore de son retour dans le groupe et si les fans tendent bien l'oreille, le batteur s'est amusé à glisser quelques allusions textuelles aux chansons qu'il a composées auparavant.

Autre excellente surprise et sûrement le morceau qui ravira les fans de la première heure : "Bend the Clock". Disons-le clairement, il y avait longtemps que Dream Theater n'avait pas composé une aussi bonne ballade. John Petrucci brille par sa diversité entre intro à la guitare jazz suivie d'un riff très Rush pour finir avec un solo tout en finesse qui fait penser à David Gilmour. Ce titre est précédé par une introduction très atmosphérique. Beaucoup plus mélodique que les "NOMACs tracks" présents sur The Astonishing, elle a le mérite de reprendre le thème et d'évoquer les expérimentations du groupe lorsque Kevin Moore était encore aux claviers.

Autre morceau solide, mais sans pour autant sortir énormément du lot : "Dead Asleep". Ecoutez bien les paroles car on est face à une histoire proche d'Edgar Allan Poe. Basé encore une fois sur un riff très puissant de John Petrucci ce titre met en valeur James LaBrie grâce notamment à des lignes de chant moins audacieuses mais très travaillées qui lui permettront de briller en concert. On ne changera pas son style et cet album ne fera pas taire les détracteurs du groupe qui pensent qu'il est le point faible. Mais si vous n'aimez pas sa façon de chanter très suave et soufflée, on peut vous conseiller moultes groupes qui satisferont votre curiosité. A noter que le chant est bien moins traité avec des effets et n'a rien à voir avec le côté vaporeux présent sur Distance over Time.

Même constat musicalement sur ce titre, pour ceux qui critiquent le groupe depuis quelques années et ceux qui n'ont pas tourné la page depuis le début des années 2000. Malgré tout on a quelques rappels musicaux à certaines compositions de qualité : le couplet et le refrain font un peu penser à "The Count of Tuscany" de l'album Black Clouds and Silver Linings (comme par hasard le dernier album avec Mike Portnoy avant son départ) mais aussi ce petit côté Metallica qui transpirait sur Falling into Infinity ou Train of Thought. Et même les lignes de chant et le solo de Jordan Rudess évoquent parfois la période 90-2000 et qui plaira au plus grand nombre. Comment ne pas penser à "Beyond this Life" lors du duel Petrucci/Rudess.

Puisqu'on parle du batteur iconique du groupe, on suppose que vous attendez impatiemment un commentaire sur son jeu. Les fans de Portnoy seront ravis, ses détracteurs et les fans de Mangini diront qu'il fait toujours la même chose. Il y a un style Mike Portnoy qui est indéniable et qui apparaît dans chacun de ses projets. Il est vrai qu'il insuffle beaucoup plus d'humanité que son remplaçant mais ne brille pas non plus par son originalité. Un peu comme notre tonton préféré qu'on n'avait pas vu depuis longtemps mais qui raconte toujours les mêmes blagues.

Le grand "perdant" de l'album est sans doute Jordan Rudess. Souvent critiqué pour son manque de sobriété, il est un peu moins en avant que John Petrucci. Pourtant, il est bien là avec un travail beaucoup plus atmosphérique qu'auparavant et on ne va pas s'en plaindre. Il y a un vrai sound design mais qui est au service du concept et de l'ambiance générale. On pourra lui reprocher peut-être un manque de chaleur dans ses sons, mais c'est déjà le cas depuis plusieurs années et à part sur The Astonishing, où il utilisait des instruments analogiques, il reste toujours dans un univers assez froid.

Pour apprécier cet album, il convient de le replacer dans son contexte : un retour de Mike Portnoy, certes, mais peu de changement dans la ligne éditoriale du groupe. Et c'est logique et compréhensible : ceux qui voulaient un Scenes from a Memory bis ou un deuxième Images and Words chassent des chimères. Même avant le départ de Mike Portnoy, le groupe avait déjà trouvé son style et tournait un peu en rond. Quinze ans plus tard la formule est toujours la même avec les mêmes défauts et les mêmes qualités. Parasomnia n'est pas la révélation de l'année mais si on enlève "The Shadow Man" qui prend un peu trop de place (mais qui plaira sûrement à beaucoup de fans), le groupe nous propose un milieu d'album vraiment très très solide avec de très bonnes compositions, autour desquelles gravitent quelques titres sympathiques. On aurait pu mettre 7.5/10 mais "Bend the Clock", "Midnight Messiah", In the Arms of Morpheus", "Dead Asleep", le mixage, un James LaBrie plus sobre et un grand John Petrucci tirent l'album vers le haut.

L'album sort le 7 février sur le label Inside Out Music/Sony et est disponible ici.

Tracklist

  1. In the Arms of Morpheus
  2. Night Terror
  3. A Broken Man
  4. Dead Asleep
  5. Midnight Messiah
  6. Are We Dreaming ?
  7. Bend the Clock
  8. The Shadow Man Incident
Dream Theater, Parasomnia, prog, John Petrucci, James LaBrie, Mike Portnoy, John Myung, Jordan Rudess

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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