Wolfpakk – Cry Wolf

Disponible depuis le 30 août 2013 chez AFM Records

Loup raide…

Serait-on passé à côté de quelque chose ? C’est un peu la question que l’on aurait envie de se poser, à force de se passer des galettes de cette trempe sans rien y trouver de franchement follichon. Votre serviteur a certes pour habitude de se méfier de ce genre d’albums, pensés comme autant de prétextes à tous les regroupements possibles de noms de renom (et crénom de nom!), souvent à des fins faussement (ré)créatives bien plus égoïstes et intéressées – voire même purement mégalos et lucratives – qu’autre chose. Comme au cinéma du reste, on peut très bien se satisfaire pour le ‘fun’ d’un The Expendables, on sera quand même vraisemblablement toujours plus convaincu de la façon dont le casting peut être exploité dans un Snatch ou un Pulp Fiction

Seulement voilà, cette fois c’était le décidément toujours aussi intenable Michael Voss qui s’y collait, et force est de constater qu’entre ses récentes participations à la toute dernière incarnation du MSG façon ‘Temple of Rock‘ de Michael Schenker et le dernier Mad Max qui nous avait fait bonne impression (moins FM que d’ordinaire), il y avait là un potentiel certain et de quoi nous donner effectivement une faim de loup. L’alliance avec Mark Sweeney – un ancien de Crystal Ball certes, mais également capable lui aussi du pire avec ses mièvreries solo le temps d’un Slow Food d’ailleurs produit par Voss – pouvait laisser dans un premier temps dubitatif, mais avait déjà donné lieu à un premier opus collégial éponyme de Wolfpakk en 2011. Fort logiquement marqué (du fait de ses invités) d’une bonne grosse empreinte ‘heavy/power-metal’ Européen, en plus de sa griffe plus traditionnellement ‘hard rock’ (plutôt US, dira-t-on), il y avait déjà du fort beau monde au programme de ce disque fourre-tout (on pourrait citer entre autres des Tim ‘Ripper’ Owens, Paul Di’ Anno, Mat Sinner, Tony Martin ou encore Neil Murray), pour un résultat certes des plus classiques et sans surprise mais relativement efficace, convenons-en.


Pas sûr toutefois que son successeur, ce Cry Wolf au nom hélas tout à fait indiqué, suive le même chemin. Car s’il reprend peu ou prou les mêmes ingrédients et la même formule, il en oublie en route quelques rudiments pourtant à la base-même des styles qu’il est censé représenter, et donc indispensables pour que la sauce prenne un tant soit peu.

Quel intérêt en effet de vouloir donner dans un simple métal galvanisateur de foules, si c’est pour nous pondre de tels refrains, à ce point creux et affligeants de banalité (souvent les titres des morceaux que l’on répète sous la forme de choeurs poussifs, agrémentés de quelques lignes qui n’auraient pas dépareillé chez Goldorak et Cie il y a trente ans) ? Si la production dans son ensemble est relativement irréprochable (quoique les voix ont parfois tendance à empiéter), pourquoi a-t-on la sale impression sur ce « Moonlight » d’ouverture d’avoir affaire à une vilaine boîte à rythmes en lieu et place d’une vraie batterie qui cogne, surtout quand elle part sur le refrain dans une cadence plus proche de la « marche » des programmations de claviers Bontempi que d’un fier ‘power-metal‘ martelé, tout en relief et conquérant ? Le tir est heureusement rectifié par la suite, même s’il aurait été peut-être salutaire d’appeler l’exScorpions Hermann Rarebell un peu plus tôt à la rescousse (quoique vu comment ils arrivent à le faire sonner sur ce bonus-track « Kid Raw » bien pauvre, ç’aurait probablement été peine perdue malgré tout…).

Tiens, parlons-en d’ailleurs, des ‘guests’ (vous trouverez la liste complète au bas de cette chro)… Là encore, comment ne pas se sentir au mieux déçu, au pire trahi ? Pourquoi en effet faire appel à la talentueuse coach vocale de luxe Amanda Somerville, avec les capacités qu’on lui connaît (cf ses choeurs et interventions sublimes dans Avantasia ou Epica – dont le simple visionnage du DVD We Will Take You With Us suffit à démontrer que ce n’est pas que du vent…), juste pour lui faire enregistrer des lignes en duo d’une platitude totale sur cette guimauve de sous-Avantasia sans nom – enfin si, en l’occurence il s’agit ici de « Cold Winter »… – digne de n’importe quelle dauberie ‘variétoches‘ télévisuelle ou d’une quelconque et insipide émanation du ‘charity-business’ à faire pleurer dans les chaumière un soir de Noël. A en faire passer, excusez du peu, le « Moment of Glory » de Scorpions pour une véritable symphonie et l’album de Kiske/Somerville pour un disque de ‘true metal’ ! N’en jetez plus…

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Peu importe, du reste, car quel que soit l’intervenant extérieur que l’on aura convié (d’ailleurs, il faut quand même s’accrocher pour isoler l’émérite Doogie White – chanteur bien trop sous-estimé de la dernière incarnation de Rainbow et énième rasoir jetable de Malmsteen – sur le titre « Pressure Down »!), c’est davantage les fines voix haut perchées de Voss ainsi que de Sweeney – un poil plus rocailleuse qui viendront chatouiller l’oreille. Et force est de constater que les bougres sont tout de même bien plus à l’aise dans leurs bottes sur des titres plus foncièrement hard-rock – avec leurs penchants FM – que sur des titres de heavy pur jus qu’ils auraient plutôt tendance ici à enrober de guimauve dégoulinante. Si des impressions de déjà-entendu (beaucoup trop d’ailleurs…) peuvent renvoyer à Gamma Ray (« Moonlight », « Dark Revelation »), voire Helloween ou Heavenly (« The Beast in Me », petite ‘speederie‘ et par ailleurs un des titres les plus convaincants du lot), on sent qu’il ne s’agit pas là du terrain de prédilection des deux gaillards aux commandes de ce disque. Mention honorable toutefois aux mélodies solennelles de guitare (parfois pas très éloignées d’Iced Earth par exemple), des plus réussies tout comme la majorité écrasante des solos. Pour le reste, heureusement que des Ralf Scheepers (Primal Fear) et autres Piet Sielck (Iron Saviour) viennent relever l’ensemble, même si leur fibre métallique naturelle jure un peu trop  pour le coup avec les minauderies que parviennent mal à dissimuler Sweeney et Voss derrière ce bien commode «metal heart» affiché, en réalité de façade…

On m’objectera pourtant qu’une facette ‘heavy’ s’exprimait justement déjà plus, et avec beaucoup de réussite, sur le dernier Mad Max en date (en attendant le prochain dont on vous reparlera sous peu…). Hé bien soit, certains titres de ce Cry Wolf n’auraient d’ailleurs pas dépareillé sur Another Night of Passion, que l’on parle de « A Matter of Time », mid-tempo nerveux et tout à fait correct sans être non plus transcendant, ou encore du «big-rock» de stade « Pressure Down » déjà évoqué (et n’est pas Van Halen qui veut…). Seulement cette formule déjà mieux maîtrisée par nos bonhommes s’acoquine bien mal avec les consonances plus «germaines» et telluriques de l’album, pour accoucher par exemple d’un « Wakken », qui certes nous réveille effectivement le temps de couplets dopés à la testostérone, avant de retomber sur le refrain dans un hard-rock pataud usé jusqu’à la corde, dont la camaraderie et le ton convivial nous évoqueraient plutôt un Twisted Sisters en bout de course et qui se serait retrouvé par un concours de circonstances à la toute fin d’une soirée un peu trop arrosée et nostalgique, au point d’en virer au pathétique.

Les autres intervenants, nous le disions, en sont donc réduits à faire quelques ‘happenings‘ de figuration à droite, à gauche. Et comme c’était à prévoir dans ce genre de configuration, la plupart profitent de ce peu de temps imparti pour en faire des caisses, à l’image de l’excellent Johnny Gioeli (Axel Rudi Pell) sur justement ce « A Matter of Time », et dans cette sorte de vraie-fausse compétition « amicale » où les participants n’auront peut-être pas eu pourtant le loisir de se côtoyer pour de vrai en studio ou en dehors, comme c’est malheureusement trop souvent le cas de nos jours.
Ou bien à peine ont-il le temps de nous convaincre, à l’instar d’un inquiétant Blaze Bayley qui, pour le coup, réveille le loup-garou en lui sur ce morceau-titre par ailleurs superbe (avec cette dimension dramatique voire « cinématographique » sur l’intro et tout le final), qu’ils se font déjà balayer par la déferlente sirupeuse Sweeney/Voss (dont on aurait bien envie de faire des tartes, pour le coup), qui vient comme pour aseptiser le tout, rendant le canidé bien inoffensif pour le coup (ils auront effectivement « crié au loup » avec un tel nom d’album…).

Enfin, puisque l’on parlait de déjà-entendu et de réchauffé ici, comment ne pas évoquer « Palace of Gold », qui recèle pourtant, comble du comble, peut-être du meilleur refrain de cette offrande, en plus de ces petites touches de claviers et autres sonorités pas piquées des vers qui nous évoqueraient le titre « Hall of the Mountain King » de Rainbow (puisqu’on en parlait, et qu’on va en recauser d’ailleurs dans un instant), accompagnées d’une approche plus « martiale » et appuyée des plus délectables à la guitare. Seulement, à l’instant où déboule ce couplet bien heavy qui déjà nous rappelle quelque chose, à quoi vient immanquablement nous faire penser la ligne vocale mélodique qu’entame alors Tony Mills (TNT) ??… « Heaven and Hell », les gens, ça ne vous dit rien, peut-être??! Ceci a quelque chose de tellement dérangeant, cet arrière-goût de plagiat flagrant, que l’on se prend à penser qu’il s’agit peut-être là d’un pur hommage, ou bien de la ‘cover‘ qui avait été annoncée sur cet album, et qu’on n’a pas juste affaire à de la simple paresse d’écriture et autres automatismes d’interprétation.
Mais non, la reprise de ce disque arrive plus loin, elle s’appelle « Run with the Wolf », et son intro ne laisse d’ailleurs aucun doute sur cette empreinte Rainbow bien respectée, renforcée encore par la présence inespérée du vétéran Tony Carey aux claviers. Et pourtant, là encore tout se gâte avec des orgues Hammond pas du tout en phase avec le grain des guitares (sauf le temps d’un monstrueux solo de Carey), et des voix encore une fois complètement à la ramasse, couplets comme refrain. A zapper, mais l’exercice avait de toute façon tout du terrain glissant, pour ne pas dire casse-gueule…

En bref, ce disque a finalement tout de la belle bête ‘underground‘ condamnée à le rester, et risque malheureusement de ne quitter que très rarement la tanière de votre CDthèque pour vous faire rugir de plaisir… à moins que ce ne soit davantage de frustration, d’ailleurs ! Pleure, ami loup, car si même une aussi belle bestiole que toi, du haut de sa majesté, n’arrive plus à susciter le respect et l’admiration qui lui revient, c’est que décidément tout fout le camp, ma bonne dame ! Conclusion : gardez Voss-sous…


LeBoucherSlave

5,5/10

wolfpakk, michael voss, mark sweeney, nouvel album cry wolf, 2013, afm records

Liste des musiciens :
 
Chant:
Amanda Somerville (KISKE/SOMERVILLE), Ralf Scheepers (PRIMAL FEAR), Göran Edman (ex-MALMSTEEN), Johnny Gioeli (AXEL RUDI PELL, HARDLINE), Doogie White (Ex-RAINBOW, Michael Schenker), Tony Mills (SHY, TNT), Blaze Baley (ex-IRON MAIDEN), Piet Sielck (IRON SAVIOR), Jean-Marc Viller (CALLAWAY)

Guitares:
Kee Marcello (Ex-EUROPE), Mandy Meyer (KROKUS, Ex-GOTTHARD), Roland Grapow (MASTERPLAN, ex-HELLOWEEN), Martin Rauber (TOP4TEA)

Claviers:
Don Airey (DEEP PURPLE, ex-OZZY, …), Tony Carey (ex-RAINBOW)

Batterie:
Brian Tichy (WHITESNAKE / OZZY), Hermann Rarebell (Ex-SCORPIONS), Gereon Homann (EAT THE GUN), Roland Jahoda (ex-PARADOX, F.U.C.K.)

Et pour la répartition du tout, c’est ici. Voilà, maintenant vous savez tout…

 

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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