Saltatio Mortis – Das Schwarze Einmaleins

Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais j’ai toujours trouvé que Saltatio Mortis avait un bon gros train de retard sur la concurrence. Je ne parle bien sûr que du format disque, car une fois interprétée sur une scène, ça prend tout de suite une autre dimension (avec tout le folklore et les paillettes). Alors me coller leur énième (flemme de compter) album à chroniquer, c’est un peu du suicide mon bon Ju de Melon. Parce qu’il y avait pourtant de fortes chances que ce papier se termine en une putain de critique acerbe, pour dire que de toute façon, ça ne sert à rien d’acheter leurs opus mais qu’il faut aller se mettre au premier rang de leurs concerts. En plus, c’est chanté en allemand ce truc. La mouture a son petit nom bien sympathique : Das Schwarze Einmaleins. La langue de Goethe peut rebuter, donc autant faire cet avertissement préalable avant de vous lancer dans l’écoute.

Les choses commencent bien mal, parce que l’opener « Früher war alles besser » (désolé, pas de traduction, j’ai toujours été mauvais en allemand) est ennuyeux. La composition tente de se donner un rythme entraînant et un refrain catchy mais le résultat est plat, autant dire que leurs objectifs tombent à l’eau et que c’était pas prêt de redorer leur blason. Et puis il y ae « Wachstum über alles » en seconde position. Et là, c’était bien. Le morceau se veut plus sombre, plus axé sur l’atmosphère et ça ne marche pas si mal que ça ! Dommage pour les cornemuses sur le refrain qui tranchent un peu trop avec l’ambiance générale et le ton de notre ami chanteur, mais bon, faut bien ajouter la petite touche folklorique. Essaye donc de dire que tu fais du folk metal sans instruments traditionnels, ça reviendra au même qu’une pouffe sans lèvres refaites : ça existe, mais c’est moins drôle.

Je ne vais pas faire de track-by-track, mais je tiens tout de même à insister sur le fait que les mecs de Saltatio Mortis sont de grands philosophes. Car ils tiennent tout de même à nous rappeler, mes chers amis, que la guerre, c’est pas bien. On le comprend donc dans « Krieg kennt keine Sieger », aux paroles très profondes. Oui je me moque mais avouez que c’est de bonne guerre (elle était facile, hein ?). Bon, ceci à part, le titre est résolument efficace, disposant d’une partie centrale très prenante, rehaussant la puissance de la piste. Et puis, cette fois-ci, les cornemuses apportent vraiment quelque chose !

Saltatio Mortis

Kung Fu metal

La galette possède cependant deux défauts qui l’empêchent d’être prenante dans son ensemble : premièrement, on a cette espèce d’uniformité dans les titres. Les structures se veulent très (trop ?) similaires et peuvent devenir assez ennuyeuses en treize morceaux. Le second problème, c’est qu’en fin de course, on a le droit à des hauts et des bas, histoire de nous faire comprendre qu’il y a une certaine perte d’inspiration et que de maintenir une très bonne qualité sur tout un ensemble, c’était pas possible non plus. Passer de l’entraînante « IX » (qui va faire son petit effet en live) à « Abrakadabra », c’est le jour et la nuit. Le pilotage automatique fait parfois bien du mal. Et puis, il ne faudra pas compter sur l’originalité, mais c’est du Saltatio Mortis, alors on savait déjà que cet aspect, on pouvait faire une bonne grosse croix dessus.

Tout ça se laisse écouter sans réellement broncher, et c’est quand même un bon début ! La traversée peut sembler longue mais le combo n’hésite pas à puiser dans son énergie pour sortir de son chapeau de magicien un « My Bonnie Mary » très bien foutu, et c’est finalement dans ces moments de grâce que l’alchimie entre les instruments traditionnels et la partie metal est réussie. Quand l’énergie est là, on apprécie l’intervention des bonshommes en kilt, qui permettent à nos huit allemands leur classification dans le folk metal. Bien que cet important défaut de répétitivité structurelle freine l’immersion dans l’univers déployé sur Das Schwarze Einmaleins, la formation fait quelques efforts pour diversifier son propos, et n’épargnera pas l’auditeur de l’exercice kitsch de la ballade : « Randnotiz » est donc niaise, mais plutôt réussie, portée agréablement par Alea, mais également par un chant féminin cristallin lui donnant la réplique. Bien qu’il soit difficile d’extirper un titre par rapport à un autre dans ce disque, « My Bonnie Mary » et « IX » constituent véritablement les deux grandes réussites de l’opus, accentuant à merveille les qualités principales du groupe.

Das Schwarze Einmaleins n’est donc pas irréprochable, mais se hisse déjà un cran au-dessus des autres sorties du combo. Quelques morceaux pêchus ou, à l’inverse, réussissant à créer une ambiance plaisante, offrent une diversité bienvenue au sein d’une offrande qui aurait pu se révéler rapidement indigeste. Seulement, ce n’est pas encore avec ce nouvel arrivage de titres que Saltatio Mortis deviendra un incontournable. Il ne s’agit en aucun cas de bouder son plaisir, mais il manque encore ce petit quelque chose qui fait toute la différence. La prochaine fois peut-être …

 

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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