Coup de projecteur sur le second album de King Yosef, nom du projet solo de Tayves Yosef Pelletier, artiste aux multiples facettes originaire de Portland en Oregon. L’auteur-compositeur-interprète, reconnu comme producteur notamment dans le milieu du hip hop, possède son propre label, Bleakhouse, et s’aventure en solo du côté du metal indus et du hardcore, mêlant des influences variées pour créer un son percutant, massif et audacieux qui se révèle la bande-son idéale de ce mois d’août.
L’électro et le metal se mêlent, les riffs et les machines se répondent sur des titres irrésistiblement hardcore dans l’énergie. Des rythmiques surpuissantes laissent place à des déflagrations de machines qui se mêlent à la batterie plus organique pour des effets très dark, lents, indus ("Molting Fear"). Des tempos déments, d’énormes riffs, de la rage hurlée, tutoient des ralentissements électro ("Vi Coactus"). Le côté viscéral du cri insiste sur la confrontation à cette terreur évoquée dans le titre, tandis qu’une esthétique cinématique s’installe entre deux breakdowns de la mort.
Sur la bien-nommée "Doomtown", les angoisses du chant crié répondent aux impacts de machines et aux riffs surpuissants, sans cesse sur le fil entre l’électro et le metal, pour un effet de lourdeur et de déflagration magistral. Une claque. On est entre Nine Inch Nails pour le côté expérimental, Author and Punisher pour les machines, Youth Code ou Converge pour la rage hardcore, et bien plus encore.
King Yosef surfe sur l’ultra saturation et écrase l’auditeur à coups d’arrangements audacieux et de basses surpuissantes. Un élan irrésistible caractérise certains morceaux, comme "Spire Of Fear", véritable headbanger où spoken voice et lenteur débouchent sur des déflagrations et des cris hardcore, avant l’irruption des machines et même d’un double blast meurtier.
Aux commandes du chant, des machines, de la guitare, de la basse, et de la production, Tayves Pelletier a cependant su bien s’entourer sur Spire of Fear : Kameron Tyler apporte sa touche live à la batterie, et côté studio l’album a été enregistré par Kurt Ballou (guitariste de Converge) et Zach Weeks et mixé par Alan Douches (The Dillinger Escape Plan, Mastodon…). Sur l’excellent "Glimmer", les lignes vocales mélancoliques signées Ryan Osterman (du groupe de heavy shoegaze Holy Fawn) contrebalancent le cri rageur de Tayves. La rythmique se fait très dark électro, l’ambiance suspendue, un savant mélange qui s’impose comme une évidence, aidé par une production travaillée.

Des variations, une variété d’influences et de sonorités qui se marient au mieux, voilà le secret du metal moderne de King Yosef. Sur la superbe "Lichen", aux couplets en chant clair plutôt grunge et au refrain en montée hardcore, le cri d’urgence et de désespoir précède un passage qui nous transporte vers les nuits blanches à Portland, sur des basses électro-dépressives d’un dancefloor underground aussi sombre qu’entraînant.
Le chant clair et traînant se retrouve sur l’intro de "Blue Morning", plus mélodique et rêveur, avant des moments électro-darkwave qui trouvent leur pendant dans des passages heavy plus organiques avec riffs et batterie. Le trip hop à la Portishead n’est pas loin non plus sur l’album, toujours entremêlé d’énormes riffs, de subs et de chant hardcore ("Wither"), et l’énergie vient de ce relief, les moments de respiration et de lenteur étant entrecoupés de basses fréquences assez monstrueuses ("Walter"). Une maîtrise impressionnante pour un second album, pépite-uppercut moderne et massive qui s'apprécie fort, très fort dans les écouteurs.
Tracklist :
1. Feoil
2. Molting Fear
3. Glimmer (feat. Holy Fawn)
4. Vi Coactus
5. Lichen
6. Doomtown
7. Wither
8. Blue Morning
9. Walter
10. Spire of Fear
11. Everything's Point of Origin
Spire of Fear est disponible en physique et en digital sur les plateformes ainsi que sur bandcamp.




