Matt Heafy, chanteur et guitariste de Trivium

"Vengeance Falls compile les meilleurs éléments de ce qu’on a pu faire tout au long de notre carrière"

A l'occasion de la sortie du sixième album de Trivium, Matt Heafy, frontman du groupe, a accordé quelques minutes à La Grosse Radio afin d'évoquer le processus de création de l'album, ainsi que les influences du groupes et de revenir sur les moments forts de sa carrière, avec recul et honnêteté.

Bonjour Matt et merci de nous accorder cette interview. Quelle est la signification du titre Vengeance Falls ?

A chaque album que nous avons fait, le titre était mystérieux et sujet à plusieurs interprétations. Vengeance Falls renvoie notamment aux paroles sombres de l’ensemble du disque. Cela appelle aux représailles et à la vengeance qui tombe sur ceux qui l’ont mérité. En fait, sur cet album, je parle notamment des atrocités que les humains font subir aux autres humains chaque jour, à petite ou grande échelle, avec les malheurs que subissent les gens bien. Je parle aussi de ce qui se passe dans ma tête, j’en fais ressortir les aspects négatifs. Bien que Vengeance Falls n’ait pas nécessairement de "happy ending", le message est d’utiliser les aspects négatifs des humains pour en faire quelque chose de positif, en créant quelque chose avec, que ce soit une chanson, un poème… en tout cas en utilisant leur talent. Il faut que les gens se rendent compte que ce n’est pas grave s’ils n’arrivent pas à faire quelque chose, à s’améliorer tous seuls. Ce n’est pas grave de demander de l’aide à sa mère, à sa famille ou à ses amis. Nous ne nous concentrons pas que sur ce qui est négatif, mais il est important de savoir que de mauvais évènements arrivent, et qu’il faut en tirer une expérience des enseignements des autres pour ne pas les laisser recommencer.

Il y a donc une thématique claire, mais ce n’est pas un album concept.

Non, ce n’est pas un album concept, mais on arrive à faire ressentir aux gens qu’il raconte ce genre d’histoire, on arrive à faire comprendre la métaphore avec cette pochette de type science-fiction qui met en scène un univers dystopique avec une invasion de robots. J’aime quand les gens se font leur propre opinion et leur propre interprétation de la musique qu’on créé.

Pourquoi avoir opté pour une imagerie futuriste ?

Nous avons présenté les paroles, la musique, les démos et la direction que nous voulions emprunter à Brent White et il a tout de suite dessiné le brouillon de ce qui allait devenir la pochette. J’ai trouvé excellent qu’il ait immédiatement transformé ce qu’il a écouté en images et a livré son interprétation de ce qu’il a vu comme métaphore pour Vengeance Falls.

Trivium Vengeance Falls

Paulo Gregoletto, bassiste de Trivium, a déclaré que la plupart des chansons avaient été écrites pendant la tournée d’In Waves. Est-ce une habitude chez vous ?

Je pense que cette période qu’on appelle "période d’écriture" est la pire pour écrire des chansons. Quand on te donne un espace en te disant "tu dois faire ça", cela donne un résultat forcé. Le meilleur moment pour écrire est quand on se sent inspiré. Quel que soit le moment, quand tu te sens inspiré, tu dois en profiter. De cette manière, tu n’as pas à forcer quelque chose qui ne vient pas à toi naturellement.

Avez-vous employé la même méthode pour vos albums précédents ?

Oui, In Waves (2011) a été écrit peu de temps après la sortie de Shogun (2008) par exemple, cependant, The Crusade (2006) a eu un traitement un peu différent, on avait beaucoup tourné pour Ascendency (2005), on avait écrit un peu de musique pendant la tournée mais on a aussi utilisé cette fameuse "période d’écriture", puis on a eu peu de temps pour la pré-production et peu pour l’enregistrement. Du coup, la création de cet album a provoqué un peu de stress, mais je pense qu’on en a tiré des leçons. Concernant Shogun, on a écrit un peu en tournée et hors-tournée, mais pas nécessairement pendant une période d’écriture à proprement parler, c’était par pure coïncidence.

Vengeance Falls semble musicalement plus direct qu’In Waves. Était-ce là le but recherché ?

C’est bien d’avoir remarqué cela. Nous voulions clairement faire un album plus cohésif, avec une vision globale. Je pense qu’In Waves avait déjà cet aspect, alors que Shogun était très technique avec une veine plus progressive, ainsi que des chansons plus lentes, et The Crusade était encore plus  varié, quand tu compares "Ignition" avec "The Rising", ce sont deux titres diamétralement opposés. Dans Vengeance Falls, on a fait en sorte que chaque chanson aille ensemble. Donc le but était de faire les meilleures chansons possibles et qu’elles puissent toutes rentrer dans le même cadre. Je pense que ce disque compile les meilleurs éléments de ce qu’on a pu faire tout au long de notre carrière.

Matt Heafy Trivium

Cet album est le premier avec David Draiman (chanteur de Disturbed et Device) à la production. Comment cela s’est-il passé ?

C’était excellent, il s’agit du producteur le plus impliqué qu’on ait jamais eu. Il nous a donné des défis à relever avec ses bonnes idées, il a été un coach très motivant pour nous tous même quand on doutait de nos capacités. Il m’a aussi permis de progresser. Il se trouve qu’en tant que compositeur, je pense en tant  que guitariste d’abord, puis en tant que hurleur et enfin en tant que chanteur, donc j’écris des parties vocales que je peux chanter en jouant sur scène. Du coup, quand je disais "non, je ne peux pas atteindre cette note, je ne peux pas jouer et chanter ça en même temps", il me poussait pour que je chante quelque chose rythmiquement opposé à ce que je joue à la guitare. C’est l’une des choses les plus dures à faire pour un guitariste chanteur, car tu as le réflexe de chanter quelque chose qui découle de ce que tu joues. Il se trouve que dans "Brave This Storm", tu as des rythmes opposés qui sont joués en même temps. Apprendre à jouer et chanter ça était comme réapprendre à jouer et à chanter depuis le début. C’est donc une bonne chose qu’il nous ait poussé afin d’amener notre musique à un niveau supérieur.

Comptez-vous re-travailler avec lui à l’avenir ?

Absolument. Cela a été un bonheur pour nous tous de travailler ensemble, ainsi que pour l’ingénieur Jerry Parker et donc nous comptons bien travailler ensemble à nouveau.

Quel effet cela t’a fait d’avoir un chanteur à la production ?

David Draiman m’a coaché sur le plan vocal et m’a enseigné de bonnes techniques de chant et m’ont permis de mieux me trouver en tant que chanteur. Pour moi, c’est un excellent chanteur, avec une formation classique qui est honnête dans le sens où tout ce qu’il enregistre n’a jamais recours à auto-tune ou autre effet de correction tonale. Il sait qu’il peut chanter ce qu’il chante sur scène parce qu’il est arrivé à produire tout ça en studio. Ce n’est pas le cas de tous les groupes actuels. J’ai eu recours à ces logiciels  pour nos deux premiers albums, à l’époque je n’étais pas un bon chanteur et j’ai dû travailler ma technique pour arriver à mon niveau d’aujourd’hui.

Matt Heafy Trivium

Est-ce que cela a joué dans le fait qu’il y ait une belle part au chant clair dans Vengeance Falls ?

Pour nous, il est évident qu’il y aura toujours du chant clair dans Trivium. The Crusade est l’album qui en contient le plus. Il se trouve que, dans Vengeance Falls, les parties intenses étaient encore plus parlantes quand elles étaient chantées plutôt que hurlées. Pour "Brave This Storm", par exemple, on était partis sur une idée de couplet uniquement en scream. J’ai trouvé que cela n’avait pas le même impact. Souvent, on pense que le cri et l’étape ultime pour l’intensité dans le metal. Il se trouve que quand un passage est chanté et que l’auditeur peut comprendre ce qui est dit et se retrouver dans les paroles, certains mots ressortent encore plus. Tu peux aussi ajouter plus de couleur avec le chant. Dans ce disque, l’émotion vient plus directement. "Chaos Reigns" (In Waves) est une des chansons les plus intenses qu’on ait faites, avec pas mal de cris et des parties assez techniques. Pourtant, il a trouvé que "Brave This Storm" avait le couplet le plus énervé de notre carrière. Du coup, certaines personnes ont trouvé que Vengeance Falls était un disque plus mélodique, d’autres ont trouvé que c’était le plus brutal, parce que tu peux vraiment ressentir l’émotion.

La mélodie et la brutalité peuvent fonctionner ensemble, c’est le cas d’un groupe dont tu as déclaré que tu étais fan : Soilwork. Leur travail t’a-t-il inspiré dans la confection de Vengeance Falls ?

Pas sur ce disque spécialement. Ces groupes de la scène suédoise nous  beaucoup inspiré par le passé. Des albums comme Reroute To Remain, The Jester Race (In Flames) ou A Predator’s Portait (Soilwork) nous ont aide à former notre musique et ainsi à définir notre identité aujourd’hui. Vengeance Falls est plus inspiré de ce que nous avons fait tout le long de notre carrière, l’idée étant de combiner ce qu’on a pu faire de mieux. Le travail d’At The Gates, In Flames, Soilwork et d’autres groupes et sous-genre de metal nous ont déjà influencés pour nos albums précédents. Nous suivons toujours l’actualité metal et apprécions les nouvelles sorties, mais  ils ne nous ont pas directement influencé ici.

Matt Heafy Trivium

Parlant de nouvelles sorties, lesquelles t’ont marquées ?

Puisqu’on est en France, parlons de groupes français ! Je ne peux pas m’empêcher de parler de votre scène black metal, qui, à mon avis, a été assez révolutionnaire pour le genre, avec des groupes comme Deathspell Omega, Blunt Aus Nord et Alcest, qui ont des éléments post-black metal et y ajoutent de belles mélodies. Ils arrivent à en dire autant que les groupes rapides qui utilisent du scream en employant le chant clair et la mélodie. Je considère l’album New Obscurantis Order d’Anorexia Nervosa comme un des meilleurs albums de black metal symphonique de tous les temps. Il y a vraiment des trucs excellents qui se passent en France en ce moment. A chaque fois qu’on va dans un pays, on cherche à savoir ce qui se passe sur la scène metal, mais la scène black française me parle vraiment. En plus de ça, vous avez un des meilleurs groupes contemporains : Gojira. Leur manière d’incorporer les sons est révolutionnaire, ils représentent à eux-seuls une partie unique du monde du metal.

Vous tournez en ce moment avec DevilDriver aux Etats-Unis en co-tête d’affiche. Quel effet cela fait ?

Nous avons déjà fait plusieurs tournées avec, la première remonte à 2006. Je me souviens que Coal Chamber (autre groupe de Dez Fafara) était un des premiers concerts auxquels j’ai assisté, quand j’étais en 4e ou en 3e au Hard Rock Live, ils jouaient avec Type O Negative. J’adore la voix de Dez, il a un super style et un style unique de hurlement, tu peux le reconnaitre parmi des dizaines de chanteurs. En plus, ces gars sont vraiment sympas, donc je suis content de tourner à nouveau avec eux.

Y a-t-il des artistes et groupes avec lesquels vous aimeriez tourner ?

Je crois qu’on a tourné avec tous les artistes qu’on voulait. Il y a évidemment Death, une énorme influence sur nous avec qui on ne pourra jamais faire de tournée, Queen aussi, mais ça n’aurait pas de sens avec nous de toute manière. On a tourné avec In Flames une bonne dizaine de fois, j’ai échangé avec Peter [Iwers, basse] et on pourrait bien tourner ensemble à nouveaux. Ces mecs font partie de nos amis les plus proches dans le metal alors qu’au départ ce sont nos héros et une grosse influences sur nous.

Matt Heafy

Avez-vous des projets de tournée en Europe ?

Oui. On n’a rien de concret pour l’instant, mais, d’après ce que j’ai entendu, on viendra en Europe entre fin-janvier et mars.

Avez-vous des projets en tant que tête d’affiche ?

Oui, pour l’instant nos propositions vont de la tête d’affiche à la co-tête d’affiche. Le concert qu’on a donné au Bataclan l’année dernière avec As I Lay Dying, Caliban et Upon a Burning Body était le meilleur qu’on ait donné en France et dans le top 5 de nos tous concerts, donc nous sommes très bien accueillis en France. Je me souviens de notre première date à la Boule Noire en 2005, il y avait 30 personnes et maintenant le Bataclan est rempli et le public était complètement dingue, donc j’ai hâte d’y rejouer. Les concerts au Hellfest 2012 et avec In Flames en 2011 avaient été excellents aussi, du coup ce pays est devenu notre nouvelle maison.

On voit souvent Trivium comme un jeune groupe, pourtant, vous allez bientôt célébrer le 15e anniversaire de votre formation. Quel effet cela fait ?

C’est vrai que beaucoup de gens nous voient comme un jeune groupe. Jusqu’à notre troisième album on nous voyait comme un groupe tout nouveau. Cela fait plus de 12 ans que je suis dedans et cela n’a rien de nouveau pour moi, c’est une activité en continu. Nous travaillons tous très dur pour ce groupe et je pense que cela se voit à travers notre musique.

Avez-vous pensé à célébrer cet anniversaire ?

Pas pour cette tournée, vu que c’est une double-tête d’affiche, notre set n’est pas si long et jouer Ember to Inferno en entier prendrait toute la durée. J’ai d’ailleurs remarqué que la sortie mondiale d’Ember To Inferno a eu lieu un 14 octobre, ce qui est le cas pour la date de sortie européenne de Vengeance Falls ! Concernant les anniversaires, on a discuté du dixième anniversaire de la sortie d’Ascendency et on fera une tournée basée dessus le moment venu.

Matt Heafy Trivium

Concernant les influences de Trivium, le thrash metal en est partie intégrante. As-tu quelque chose à dire sur Jeff Hanneman, qui nous a quittés en mai.

Cet homme est un pionnier et il manquera à la scène metal, mais son héritage est toujours présent. Slayer est un de ces excellents  groupes qui n’a jamais sonné vieux. Leur son est toujours d’actualité, même les vieux albums. On a joué avec eux récemment à quelques festivals et même quand ils jouent des chansons de leur premier album (Show No Mercy - 1983), ça sonne comme si ça venait de sortir. Donc Trivium a bien été influencé par ces groupes, qui nous ont entrainé dans le metal. De Slayer découle les factions extrêmes que sont le black et le death metal. C’est toujours bien de revenir aux racines, c’est l’une des bonnes choses que d’appartenir à ce genre musical : ce sont des artistes qui inspirent des mouvements qui en entrainent d’autres, et pas juste des artistes qui explosent pendant une courte période, ils laissent un impact légendaire.

Je te laisse les derniers mots aux fans français.

Continuer de répandre la parole sur Trivium, comme ça on pourra continuer à venir et, j’espère, faire plusieurs concerts en France et pas seulement un par tournée.

Un grand merci à Fanny Storck pour les photos.

 

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