Powerwolf au Divan du Monde (26.09.2013)

Il n’y a point de repos pour les braves, disait le prophète. A peine trois jours après une grosse après-midi/soirée positivement mouvementée au Bataclan en marge du Heidenfest, votre serviteur quitte une nouvelle fois sa banlieue excentrée pour rejoindre la capitale et ses concerts. Cette fois-ci place aux allemands de Powerwolf, pour la première fois en tête d’affiche sur nos terres, première date de leur tournée 2013 au Divan du Monde en compagnie de trois autres groupes plus ou moins attendus par les fans français. Une chose est sûre, la présence des loups-garous du power metal en nos contrées constituait un évènement en soi qu’il ne fallait manquer sous aucun prétexte, du moins sur le papier… alors, espoirs déçus ou confirmés ?

MAJESTY

C’est à 18h35 qu’apparaissent les allemands de Majesty sur les planches très peu spacieuses du Divan du Monde, largement occupées par la grosse batterie de Powerwolf déjà installée. Les teutons ne sont pas des débutants dans le genre, proposant leur heavy metal très influencé Manowar depuis plus de 15 ans avec le seul Tarek « Metal Son » Maghary (chant) comme membre d’origine. Autour de lui, un line-up assez rajeuni, censé redonner du souffle à un groupe qui n’a jamais véritablement su décoller dans sa carrière malgré quelques hymnes efficaces qui seront d’ailleurs proposés ce soir ; les « Into the Stadiums » et « Heavy Metal Battlecry » qui sauront réchauffer la foule à bon escient grâce à une bonne humeur communicatrice délivrée par les cinq hommes sur scène.

Majesty Paris 2013

Mais Majesty était avant tout là pour défendre son dernier bébé, le fort bien nommé Thunder Rider paru au tout début de l’année chez NoiseArt Records. Si cet opus n’a en rien marqué les amateurs du genre, il a le mérite de proposer quelques bons morceaux taillés pour le live dont l’éponyme (et son intro très « Battle Hymn » de Manowar), « Make Some Noise » qui semble plus ou moins habilement reprendre « Shell Shock » ou un « Metal Union » final qui fait lever des mains mais qui malheureusement verra sa fin un peu ratée malgré une chorégraphie intéressante de la part des gratteux.

Majesty Paris 2013

Au final, même si l’ambiance est positive et le son plus ou moins correct, nous regrettons quelques fatigues vocales d’un chanteur pas forcément à son meilleur niveau et qui paraissait parfois en manque de rythme ou tout simplement fatigué. Alors s’il se rattrape certes bien avec son expérience scénique, il ne parvient pas à assurer la plupart de ses aigus, chose plutôt gênante pour un groupe du genre. Ainsi Majesty nous quitte sous les « Hail hail Majesty » d’un public conciliant, laissant une bonne impression globale sans qu’elle ne soit périssable.

Majesty Paris 2013

Setlist :

– Metal Law
– Make Some Noise
– Into the Stadiums
– Thunder Rider
– Heavy Metal Battlecry
– Metal Union


BATTLE BEAST

Quoi ? Battle Beast qui joue en second, avant Ashes of Ares, après avoir pourtant ouvert pour Nightwish ? Et oui, choix quelque peu discutable, surtout que… non, pour le reste, vous lirez plus tard, pas de spoiler ! Bref, pas bien grave, le public semble être venu nombreux pour les soutenir, et c’est avec une grosse envie que les sextette met les pieds sur scène. Un terrain de jeu bien trop exigu par ailleurs, c’est en effet quelque peu gênés que nous assistons aux premiières chansons où les musiciens alignés comme des sardines dans une boite auront du mal à faire un geste sans percuter un de leurs camarades. La chanteuse Noora Louhimo se prendra d’ailleurs un petit coup de basse dans le dos sur le morceau « Cyberspace », sans pour autant que ça ne la perturbe plus que cela.

Battle Beast Paris 2013

Jeu de scène réduit donc à sa plus simple expression, seul le clavieriste Janne Björkroth remuera un peu armé d’une « keytare » en se positionnant derrière son batteur pendant « Black Ninja » ou retrouvant un piano plus traditionnel sur de rares instants. En parlant de clavier, celui-ci s’avère varié, oscillant entre orgues Powerwolfiens sur « Kingdom », tonalités épiques sur un « Black Ninja » très Sabatonesque, carrément « illegal » et disco sur « Neuromancer » ou plus old school sur l’intro de « Let It Roar » alias « Send Me a Sign II » ou « I Want Out IV ».

Car oui, Battle Beast est clairement le meilleur groupe de « plagiat metal » dans sa branche dite « mélodique », nous l’avions d’ailleurs souligné sur la chronique du second album paru cette année. Mais son compositeur guitariste Anton Kabanen ne s’en cache pas, et force est de constater que sur scène ça marche du tonnerre puisque chaque chanson se transforme en tube immédiat. De quoi passer un excellent moment, riche en bonne humeur, parfaitement relayé par un Anton très souriant derrière ses passages de chant heavy ou Eero Sipilä à la basse qui ne cessera d’haranguer la foule tel un véritable frontman.

Battle Beast Anton Kabanen Paris 2013

La vraie star cependant sera Noora, impeccable de justesse et de puissance, notamment sur « Cyberspace », « Out on the Streets » ou la conclusion « Out of Control ». Les fans ne s’y trompent pas, une pancarte en leur honneur arrivera même jusque sur la scène pendant le morceau « Enter the Metal World ». De quoi saluer en beauté la nouvelle vague porte drapeau du « Golden Age of Metal ». En espérant simplement que peu à peu ils affirmeront mieux leur personnalité afin de grimper les échelons.

Battle Beast Noora Paris 2013

Setlist :

– Let It Roar
– Cyberspace
– Out on the Streets
– Neuromancer
– Kingdom
– Black Ninja
– Enter the Metal World
– Out of Control


ASHES OF ARES

Lorsque Matt Barlow a annoncé son (nouveau) départ de la formation Iced Earth il y a quelques années, nul ne pensait le revoir à la tête d’un groupe metal tant on le pensait vidé et las d’une scène sur laquelle il ne s’épanouissait plus vraiment. Quelle ne fut donc pas la surprise lorsqu’il y a quelques mois il annonça son retour avec une nouvelle formation, créée en compagnie de son ex-comparse guitariste Freddy Vidales et du batteur Van Williams ancien de Nevermore. Un vrai trio de poids lourd du heavy américain, agrémenté en live du gratteux Gio Geraca (Malevolent Creation) et du bassiste Dean Sternberg. Sauf que… Après un premier album fort décevant paru cet été, nous espérions que la sauce prendrait bien en live. Or, visiblement encore en tour de chauffe, la formation yankee nous délivrera ce soir une prestation quelconque et plutôt approximative.

Matt Barlow Ashes of Ares Paris 2013

L’ami Matt en tête qui, malgré un bon départ sur « The Messenger » et « Move the Chains », peinera de plus en plus vocalement au fur et à mesure que le show s’avancera. Desservi par un mix de voix trop en avant et pas forcément aidé par les doublages un peu foirés d’un bassiste pas très au fait des paroles, ces quelques incorrections passeront malheusement difficilement inaperçues. Alors certes il se donne à fond, s’implique au maximum jusque dans l’explication de quelques titres (entre paroles personnelles comme dans « What I Am » et « This Is My Hell » ou inspirées de fiction entre « Punishment » ou « Chalice of Man » qui font la part belle respectivement aux comics ou aux histoires de vampires – les vrais hein, pas ceux de Twilight), mais l’énergie juste semble faire défaut. Comme si le manque de passion relayé par un public quelque peu en retrait n’arrangeait rien à l’affaire.

Ashes of Ares Paris 2013

Il y eut pourtant quelques ersatz de bons moments, tels que l’intro bien thrashisante de « What I Am » ou les rythmiques lourdes de « Chalice of Man » et « Punishment », mais bien trop brefs et écrasés sous une pesanteur absolument dénuée d’accroche. Au final, c’est comme si chaque morceau ne formait qu’un gros bloc d’un seul titre assez imbuvable, et ce malgré la batterie carrée d’un Van Williams que l’on sent quelque peu sous-utilisé la plupart du temps.

Une erreur de casting que la présence de Ashes of Ares dans un tel show, totalement décalée qui plus est avec la bonne humeur proposée par les autres combos de la soirée. On espère sincèrement pour Matt et ses amis que ceci est avant tout dû à une grosse période de rodage encore loin d’être terminée, aussi bien musicalement que scéniquement donc.

Ashes of Ares Paris 2013

Setlist :

– The Messenger
– Move the Chains
– Dead Man’s Plight
– This Is My Hell
– Chalice of Man
– Punishment
– What I Am

POWERWOLF

Le décor (partiel car pas assez de place) est planté : une batterie immense avec le « Notre Père » en latin inscrit en son socle, un aigle (et non un pigeon, n’est-ce pas Vyuuse ?) sur le clavier, un backdrop représentant le dernier album… Et c’est face à une foule chauffée à blanc et excitée comme jamais que les allemands de Powerwolf se présentent. Il faut dire que chacun voulait très vite oublier le précédent concert et se replonger dans une ambiance du tonnerre. Le temps d’un « Agnus Dei » introductif qui verra le nouveau batteur Roel Van Helden poser les premières banderilles d’ambiance avec un slip (?!) sur la tête, et c’est parti…

Powerwolf Roel Paris 2013

Un parallèle peut être d’emblée fait avec un live de Sabaton : Powerwolf commence son concert tel un « Ghost Division » des plus ravageurs, avec ici un « Sanctified with Dynamite » qui porte fort bien son nom en explosant tout sur son passage. Certains sont déjà essoufflés lorsque sans attendre le frontman « roumain » Attila Dorn prend la parole, annonçant ainsi le début du Wolfsnächte Tour 2013 dont c’est la première étape ce soir. L’imposant chanteur, calice et goupillon d’encens à la main lors de son arrivée, saura tout au long du show imposer sa force et sa puissance vocale tout en nuançant ses notes sans le moindre mal. Rajoutez à cela une grande énergie communicatrice et un très bel effort en français (certes avec des antisèches mais encore fallait-il assurer niveau prononciation, on a vu des artistes étrangers moins bien s’en sortir que lui à ce petit jeu), et nous avons eu droit à tout un spectacle très théâtral puisque, rappelons-le, Powerwolf est censé être une bande de prêtres satanistes assoiffés de sang (et non de bière, comme il le fait remarquer en introduction de « We Drink Your Blood »), d’où entre autre ce maquillage blanchâtre digne des plus malsains combos de black metal.

Powerwolf Attila Paris 2013

Ceci explicité, il est temps de parler du contenu musical, pour une setlist délaissant totalement le premier album (un « Kiss of the Cobra King » aurait pourtant été accepté avec plaisir) mais représentant plus ou moins équitablement les quatre suivants. Preachers of the Night sorti cet été donnera ainsi droit à une grande nouveauté : la toute première interprétation du morceau « Sacred & Wild » en live, titre qui ne s’avère pas facile du tout à chanter et sur lequel Attila montrera de rares signes de faiblesses. Pour le reste, « Amen & Attack » remportera la palme du tube un peu à l’image de « Coleus Sanctus » dont le solo sera cependant un peu irritant, « Kreuzfeuer » permettra un petit temps mort et une révision de notre allemand, tandis que « In the Name of God » (réclamé par des fans du premier rang) reviendra en rappel et s’avèrera un peu plus efficace en live que sur CD. Cinq titres du nouvel opus donc, et un beau panel des précédents avec entre autres un « Lupus Dei » très sombre qui prend aux tripes dans ces conditions ou un « St. Satan’s Day » quelque peu inattendu.

Powerwolf Greywolf Paris 2013

Les grands moments de la soirée seront sans conteste les méga-hymnes « Resurrection by Erection » et « Werewolves of Armenia ». Sur le premier, Attila plaisante en interpelant les filles avant de chauffer les mecs sur leur phallus (au sens figuré bien sûr). Sur le second, le chanteur démarre un petit jeu du « left vs. right » avec son claviériste Falk Maria Schlegel, lequel nous verrons souvent venir au devant de la scène pour haranguer le public lorsque ses parties orgues seront en silence. L’impression parfois d’avoir deux frontmen au lieu d’un, une originalité made in Powerwolf. Quelques « hou ha » plus tard et la chanson en l’honneur des loups-garous d’Arménie entonnée (sur laquelle Maïté viendra slammer jusque sur la scène… une fan hein, pas la cuisinière de talent, on vous a dit de toute façon qu’il n’y avait pas assez de place), un « Dead Boys Don’t Cry » viendra résonner jusqu’à la première conclusion avant rappel. L’occasion pour le sieur Dorn de nous montrer qu’il maîtrise aussi le falsetto King Diamondesque avec des « Did you have fun? » de plus en plus poussés…

Powerwolf Greywolf Paris 2013

La fin approche avec « Raise Your Fist, Evangelist » ! Ainsi nous aurons droit à une dernière salve de slams et autres pogos de la part d’une foule plus motivée que jamais. Powerwolf a su nous délivrer un véritable show diabolique, quasi parfait de bout en bout, si ce n’est quelques soucis au niveau de la guitare de Matthew Greywolf, de quoi jalouser son « faux frère » Charles qui ne connaitra aucun incident de son côté. Quant au batteur Roel, il démontrera toute sa vigueur jusque dans ce solo batterie plutôt bien mené et pas trop long dans lequel il se permettra le luxe d’intégrer un passage du « Rust in Peace…Polaris » de Megadeth ! … ouf, on respire, l’impression de vous avoir raconté ce concert sans avoir pris la moindre respiration, un peu à l’image de ce que nous avons vécu ce jeudi soir de septembre au Divan du Monde. Aaaoouuuuh !

Powerwolf Paris Attila 2013

Setlist :

(Intro Opening: Agnus Dei)
– Sanctified With Dynamite
– Prayer in the Dark
– Amen & Attack
– All We Need Is Blood
– Sacred & Wild [World Premiere]
– Resurrection by Erection
– Coleus Sanctus
– Drum Solo
– St. Satan’s Day
– Kreuzfeuer
– Werewolves of Armenia
– Dead Boys Don’t Cry
– We Drink Your Blood
– Lupus Dei

(Opening: Prelude to Purgatory)
– Raise Your Fist, Evangelist
– In the Name of God (Deus Volt)

(Wolves Against the World, sur bande)

Powerwolf Paris 2013

Merci à Garmonbonzia pour l’organisation de la soirée et rendez-vous au Hellfest 2014, Powerwolf étant déjà annoncé à l’affiche comme le rappelera d’ailleurs Attila.
 

Photos : © 2013 Fanny Storck
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

 



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