Twilight of the Gods – Fire on the Mountain

Bon, pour cette fois on va vous épargner le sempiternel préambule sur les 'supergroups', 'all-star bands' et tout le bazar, déjà rabâché moultes fois et donc bien connu de ceux qui se branchent régulièrement sur nos colonnes (celle-là on vous l'offre, c'est cadeau...).

Bien plus intéressante en revanche est la genèse de ce projet. A la base et comme son nom pouvait le laisser entendre, Twilight of the Gods a vu le jour en tant que fier tribute-band du grand Bathory (période 'Viking', of course...), dans une mouture fort convaincante en 'live' si l'on en croit les divers témoignagnes recueillis çà et là sur le Net.

Il faut dire que nous n'avons pas là affaire à de jeunes blackeux prépubères et autres 'trve du kvlt' qui auraient lu un jour quelque part que c'était « hyper-branchouille » de révérer la mythique entité du non moins légendaire Quorthon (RIP, ou plutôt "RIV" comme il est également « tendance » de dire...), et qui pour la forme auraient au mieux un The Return, un Under the Sign of the Black Mark ou un Hammerheart qui prendraient la poussière au beau milieu de leur CDthèque.

La formation dont il est question ici et qui a pris pour patronyme le sixième et emblématique album de l'icône suédoise n'est au contraire composée que de vétérans, et parmi les plus honorables fils spirituels qui soient, dont l'héritage Quorthonien ne saurait donc être remis en cause : le chanteur Alan Averill, plus connu sous le nom d'Alan Nemtheanga dans Primordial, Patrik Lindgren guitariste de Thyrfing, Frode Glesnes bassiste et maître à penser d'Einherjer, ainsi que Rune Eriksen alias Blasphemer (Aura Noir et ex-Mayhem) à l'autre guitare et pour compléter cette fine équipe un soutien rythmique de poids en la personne du talentueux Nick Barker (ex-Cradle of Filth et Dimmu Borgir, Lock Up) à la batterie.
 

Contre toute attente, sur ce Fire on the Mountain fraîchement sorti chez Season of Mist, l'affiliation musicale à Bathory serait plutôt éparse autant que diffuse, bien marquée par exemple sur les couplets, choeurs et interludes posés d'un excellent "Children of Cain" (qu'on imaginerait d'ailleurs sans problème transposé en acoutique), mais qui tendraient plutôt y compris sur ce même titre vers le Black Sabbath de "Children of the Grave" (faut-il y voir un petit clin d'oeil de titre?...), et de manière plus générale vers le métal épique et conquérant des premiers Dio, de l'ère Black Sabbath sous ce dernier (remember un bon vieux "The Sign of the Southern Cross" des familles, auquel on retrouve un certain écho ici sur "Sword of Damocles"...) ainsi que de Manowar.

L'influence perméable de ces derniers ne doit d'ailleurs pas surprendre, il suffit de réécouter les titres "Battle Hymns", "Hail to England" ou l'album Into Glory Ride pour deviner l'intérêt que Quorthon devait porter à ce groupe (avec le recul, ce monstrueux break de basse qui vient précéder un dantesque solo de guitare sur l'éponyme "Twilight of the Gods" de Bathory, n'aurait-il pas pu être l'oeuvre d'un Joey DeMaio ?!).

Twilight of the Gods (le groupe, cette fois...) conjugue donc ces diverses influences dans un ensemble cohérent lorsqu'il parvient à se canaliser, mais de façon nettement moins convaincante quand il cherche à trop en faire : les longueurs inutiles d'un "The End of History" bien creux par ailleurs, malgré un pont qui vient toutefois légèrement relever l'ensemble (une constante d'ailleurs de ce disque aux interludes relativement intenses et travaillées), les choeurs et l'étirage poussif d'un "At Dawn We Ride" terminant l'album sur un sentiment d'inachevé ... La sentence est donc sans appel, malgré le temps alloué à chaque titre afin de bien laisser les ambiances s'installer et se développer, l'album souffre encore d'une certaine sensation de vide et d'une durée de vie trop courte (malgré ses 42 minutes pour seulement sept titres).

 

Il serait pourtant criminel de passer sous silence le potentiel certain de ce bataillon de mercenaires aguerris. Au premier rang desquels Alan Averill qui se permet de bien belles envolées solenelles dans les aigus façon Eric Adams (sublimant encore le refrain d'un déjà envoûtant - tout autant que de mauvais présage - "Sword of Damocles", avec son surprenant et déjà mythique : « we are the sons of the hammer ... the neutron hammer », qui vient nous rappeler que tout nostalgiques qu'ils sont, les gaillards n'en oublient pas pour autant - à l'instar de Quorthon en son temps - l'époque dans laquelle ils vivent, et le bel âge «atomique»...), mais qu'on avait connu dans ses autres tonalités plus convaincant au sein de Primordial (il suffit de réécouter le prenant "Bloodied Yet Unbowed" sur le tout dernier Redemption at the Puritan's Hand). D'autant qu'il n'échappe pas, tout comme ses autres camarades d'album, au piège de la surenchère heavy et Manowaresque sur l'introducteur "Destiny Forged in Blood" ou l'éponyme "Fire on the Mountain", où le vocabulaire pseudo-fédérateur d'un côté - à base de redondants "metal", "fire" et "blood" (heureusement qu'ils ne nous ont pas interpelés en tant que leurs « brothers and sisters », on aurait pu en avoir des envies fratricides!...) - n'a égal en efficacité (ou plutôt absence d'efficacité) que les accélérations rythmiques typées Judas Priest de l'autre, franchement dispensables et téléphonées, qui auraient plutôt tendance à faire perdre les morceaux en authenticité et en cohésion.

En revanche, il est juste regrettable à ce niveau qu'au contraire les prouesses d'un Nick Barker, qui à des moments se lâche bien comme il faut, ne soient, elles, pas davantage mises en valeur. Rassurez-vous, on est aux antipodes de la prod' foireuse de la batterie sur le Cruelty and the Beast de Cradle, mais simplement dans une approche peut-être pour le coup un poil trop organique/naturelle et pas assez 'larger-than-life' du traitement de son son. On pourrait presque en dire autant des guitares, mais leur manque de chaleur purement sonore est compensé par le jeu et l'interprétation passionnés et limpides dont font preuve les gratteux (avec un Rune Eriksen étonnant à contre-emploi, même si l'ont perçoit quelques délectables dissonances et arpèges inquiétants de-ci de là...), notamment à l'occasion des breaks et ponts les plus recueillis où les twin-guitars fleurent bon les vieux Maiden ou encore un Priest cette fois plus judicieusement invoqué. En définitive, une prod' certainement bridée pour en paraître d'autant plus posée, appliquée et respectueuse d'un certain esprit originel (même si encore une fois on est bien loin niveau son des sorties de Quorthon...), parti pris artistique qui sur cet album pourra en rebuter certains.

On devine en revanche sans peine les ravages que de tels titres pourront faire en tant que bouffées d'air salutaires au milieu d'une setlist plus typée 'Bathory' au cours de prochains festivals (souhaitons pour cela que la France ne soit pas boudée cette fois, mais on sait que quelques dates y ont d'ores et déjà été programmées...).

En somme, un équilibre encore un peu précaire fort compréhensible sur ce premier album hors des sentiers déjà tracés pour Twilight of the Gods. Gageons qu'avec un peu de rôdage et quelques autres galettes de plus en plus personnelles dans la besace, la formation parviendra d'ici peu à trouver sa vitesse de croisière, faire du tri dans ses idées pour ne garder que le meilleur et nous pondre un grand classique intemporel du métal « nordique » de la trempe - dans un autre genre toutefois - du Hammer of the North des Grand Magus.

LeBoucherSlave

7/10

Twilight of the Gods promo band pic 2013

 

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NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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