Impureza – Alcázares

Alors que la fin d'année approche, nous vous proposons en ce mois de décembre un retour sur des sorties marquantes mais qui nous avaient échappé. Après un Caida de Tonatiuh (2017) qui avait confirmé tout le potentiel entrevu sur La Iglesia del Odio (2010), le retour d’Impureza en studio s’est fait longtemps attendre. Esteban Martin (chant) et Guilhem Auge (batterie) se sont certes illustrés sur le très bon album de Misgivings il y a trois ans, mais le savant mélange de death metal et de flamenco dont le quatuor orléanais a le secret commençait à nous manquer. Alcázares comble toute l’attente et la frustration accumulée, à travers onze compositions qui transpirent le talent par tous les pores.

Ce qui fait l’identité d’Impureza depuis ses débuts, c’est ce mélange de musique de tradition ibérique et d’un death metal puissant, le tout réalisé avec une aisance insolente. Le titre d’introduction « Verdiales » à l’ambiance cinématographique met en valeur le jeu chaleureux de Lionel Cano Muñoz sur guitare flamenco, avant un déferlement de rage porté par la voix d’Esteban (et son chant entièrement en espagnol). Les riffs sont solides, la basse fretless de Florian Saillard apporte de la profondeur et de la complexité et surtout, le groupe joue parfaitement sur sa dualité de styles sans que cela ne paraisse forcé.

Là où chez certains artistes le mélange de genres peut parfois apparaitre comme un gimmick et une volonté artificielle de se démarquer, Impureza montre à la fois qu’il maîtrise parfaitement les codes du death metal, et que les musiciens ont longtemps écouté les grands maîtres de la guitare classique. On entend du Andrés Segovia, du Carlos Montoya ou du Alexandre Lagoya dans le jeu acoustique de Lionel (comme sur l’introduction de « Pestilencia » ou « Muralias »), toujours parfaitement accompagné par une section rythmique qui groove (le pont à 3 :50 sur « Bajo Las Tizonas de Toledo », l’introduction de « Reconquistar Al-Ándalus » ou encore « Castigos eclesiásticos » dont certaines parties donnent furieusement envie de danser). De même, là où Esteban Martin est capable du growl le plus vigoureux (« Covadonga »), il sait également moduler son timbre et se révèle être un chanteur complet sur ses parties en voix claire (« La Orden del Yelmo Negro » à 1:39).

Chaque titre est un pur régal à découvrir, et la tracklist est intelligemment construite, proposant de courts titres instrumentaux (« Muralias », le délicat « Ruina del Alcázar ») pour renforcer la dynamique de l’album. De fait, Alcázares ne connait aucun temps faible, la qualité des parties acoustiques et la beauté des mélodies renforcent la puissance des parties death metal et chaque morceau mérite d’y poser une oreille attentive. Si au premier abord Lionel Cano Muñoz semble être le grand gagnant de l’album, à la fois à travers ses parties flamenco, ses riffs épais ou ses soli électriques ciselés, la réussite de l’opus résulte finalement d’un collectif soudé, où chacun des instruments est à sa place et où chaque détail a son importance.

Si ce sens du détail est si poussé sur ce troisième opus, il est très certainement lié à la longue attente entretenue depuis 2017. Mais devant la qualité indiscutable d’Alcázares, on ne va bien évidemment pas s’en plaindre. Nul doute que cet album des Orléanais risque de truster de belles places dans les référendums de fin d’année. Il constitue en tout cas un beau jalon dans le parcours discographique d’Impureza, et l’on espère qu’il permettra au combo de connaître enfin le succès qu’il mérite au-delà des seules portes de l’underground.

Tracklist :

Verdiales
Bajo las tizonas de Toledo
Covadonga
Pestilencia
Reconquistar Al-Ándalus
Muralias
La orden del yelmo negro
Castigos eclesiásticos
El ejército de los fallecidos de Alarcos
Ruina del Alcázar
Santa Inquisición

 

Sorti le 11 juillet 2025 chez Season of Mist
Photographie live : © Watchmaker 2016

 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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