Quelques jours seulement après avoir plongé le Bikini dans les ténèbres glaciales de Mayhem, l’association toulousaine Noiser remet le couvert avec une affiche d’un tout autre calibre, mais tout aussi radicale. Cette fois, cap sur le death metal pur et dur, décliné dans trois de ses expressions les plus emblématiques avec Kataklysm, Vader et Blood Red Throne.
Avec cette programmation sans détour, taillée pour les amateurs de riffs death, de double grosse caisse et de blasts implacables, Noiser confirme une fois de plus sa volonté d’inscrire Toulouse sur la carte des tournées extrêmes en réunissant trois formations à la longévité et à la réputation solidement établies .
Ce soir, le Bikini ne s’apprête pas à accueillir une simple succession de concerts, mais bien une véritable célébration du death metal sous toutes ses forme. Et si la date est loin d’afficher complet, l’ambiance n’en est pas moins électrique parmi les spectateurs. La salle, certes clairsemée, est peuplée de connaisseurs venus en découdre avec les trois groupes. Ici, pas de curieux distraits : le public sait pourquoi il est là, et il entend bien le faire savoir !
Blood Red Throne
19h55. Blood Red Throne ouvre les hostilités. À peine les portes ont-elles laissé entrer les premiers spectateurs que le quintet norvégien est déjà à l’attaque, transformant le Bikini en chambre d’écho pour un death metal massif, frontal et sans détour. Et même si le pit n’est pas encore totalement rempli, le combo compte bien en découdre.
Baigné dans une lumière rouge épaisse, presque étouffante, Blood Red Throne ne cherche pas à réinventer quoi que ce soit : ici, on navigue allègrement dans un true Norwegian death metal, rugueux et assumé. Le public va vite s’en apercevoir dès « Unleashing Hell » qui lance les hostilités avec une violence sèche. Avec un temps de jeu très court (à peine 30 minutes), le groupe enchaîne les morceaux qui filent à toute allure comme « Every Silent Plea » ou « Vermicular Heritage » à la façon d’un rouleau compresseur. Le son, plutôt clair, met particulièrement en valeur une basse lourde et écrasante, tandis que la double pédale du batteur Freddy Bolsø pilonne sans relâche.
Malgré leur statut de « groupe d’ouverture », les Norvégiens affichent une assurance évidente. Il faut dire qu’avec plus de vingt-cinq ans de carrière, une discographie conséquente et de nombreux concerts à leur actif, on ressent clairement la maîtrise collective des hôtes de ce soir. Qui plus est, le chanteur Yngve « Bolt » Christiansen, très mobile, harangue souvent la fosse et entretient une communication permanente. Petit à petit, l’ambiance monte et les premiers circle pits apparaissent. Le Bikini commence doucement – mais sûrement – à s’embraser.

Entre morceaux récents comme « Beneath The Means » ou titres plus anciens à l’instar de « Unleashing Hell », le groupe démontre qu’il sait conjuguer brutalité pure et passages plus groovy, sans jamais perdre en intensité. À ce titre, le dernier brûlot « Smite » qui clôt la prestation est un concentré du death des Norvégiens, à la fois rugueux et puissant mais ô combien généreux !
Court, direct et brutal : Blood Red Throne a parfaitement rempli sa mission d’ouverture. Voilà une entrée en matière solide qui pose les bases d’une soirée placée sous le signe d’un death metal sans concession.

Setlist :
Unleashing Hell
Beneath the Means
Every Silent Plea
Itika
Vermicular Heritage
Smite
Vader
Après un changement de plateau rapide et le fameux pied de micro inversé installé au centre de la scène, Vader arrive sous des éclairages verts. Les vétérans polonais foulent les planches avec l’assurance d’un groupe qui a posé les fondations du death metal européen depuis plus de quatre décennies et s’est déjà mis tout le public dans la poche sans même jouer !
Dès les premières notes de « Sothis », la différence d’approche avec Blood Red Throne saute aux oreilles. Là où les Norvégiens frappaient comme un bélier, Vader tranche avec une précision chirurgicale. Les guitares de Piotr « Peter » Wiwczarek et Marek "Spider" Pająk sont affûtées, la section rythmique pilonne de Michał Andrzejczyk (batterie) et Tomasz "Hal" Halicki (basse) est d’une régularité implacable et chaque break tombe au millimètre. C’est impressionnant et sans bavure.
De plus, le groupe est visiblement en forme et content d’être là. Les Polonais le font vite savoir avec des titres comme « Fractal Light » ou « Wings » qui accélèrent une cadence déjà bien haute. Très vite, la fosse entre véritablement en fusion et on sent qu’une partie du public est venue avant tout pour Vader tant le groupe est accueilli comme une tête d’affiche par les premiers rangs.

Musicalement, le set navigue avec aisance entre death metal pur et héritage thrash (« Cold Demons », « Reign Forever World » et « Dark Age ») qui rappellent les racines du groupe, actif depuis 1983. Sur scène, la mécanique de Vader est implacable : peu d’effets superflus, mais une exécution redoutable avec des riffs qui s’enchaînent sans flottement et des solos au millimètre, notamment sur « The Book », qui apporte une dimension épique au milieu de toute cette déferlante sonore.
Entre les morceaux, Peter prend cependant le temps de remercier le public, évoquant avec fierté les décennies écoulées depuis leurs premiers concerts en France et à Toulouse en particulier dans l’ancienne salle du Bikini. Les pauses sont mesurées, mais dès que le son repart, c’est pour replonger immédiatement dans le tumulte à l’instar de « Carnal » ou du terrible « Helleluyah!!! (God Is Dead) » qui conclut ce set sur un tempo plus massif, presque solennel, laissant la salle exsangue mais heureuse.
Avec ce set carré, brutal, sans la moindre approximation dans la force brute, Vader a fait une démonstration de rigueur qui confirme que pour beaucoup ce soir, les Polonais restent une référence absolue du death metal old school. Puissant, vous avez dit puissant ?

Setlist :
Sothis
Fractal Light
Wings
The One Made of Dreams
Reign Forever World
The Book
Triumph of Death
This Is the War
Lead Us!!!
Reborn in Flames
Dark Age
Carnal
Helleluyah!!! (God Is Dead)
Kataklysm
Après un léger retard dans le changement de plateau, l’attente monte d’un cran dans un Bikini désormais bien chauffé. Lorsque Kataklysm entre en scène à 22h15, la réponse du public est immédiate sur les premières notes de « Soul Destroyer ». En quelques secondes, le hurleur en chef, Maurizio Iacono occupe l’espace avec pas mal d’énergie, tandis que Jean-François Dagenais (guitare) et Stéphane Barbe (basse) ne sont pas en reste sous les frappes précises du batteur James Payne. Le son est massif mais parfaitement lisible et d’emblée, on sent qu’on a affaire au Kataklysm des grands soirs tant le groupe affiche une maîtrise totale de son sujet.
Puis la machine est lancée pour de bon avec « Thy Serpent’s Tongue » qui reçoit un accueil chaleureux avec son riff emblématique et ses blasts impressionnants. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les pogos s’enchainent, encouragés sans relâche par le frontman (« on est jeudi mais c’est tous les jours samedi à Toulouse, non ? »). L’homme veut plus de mouvement, plus d’intensité et la dynamique du set des Canadiens est parfaitement calibrée pour cela, notamment dans l’alternance des charges frontales avec des moments plus groovy, véritable signature d’un groupe qui ne se limite pas à la brutalité pure.
Comme on pouvait s’en douter, Kataklysm fait un tour d’horizon de sa carrière avec au fil de titres récents comme « Goliath », « Bringer Of Vengeance » ou « Die As A King » ainsi que des compositions plus anciennes comme « Taking the World by Storm », « Prevail » ou « In Shadows & Dust » qui montre l’évolution musicale du groupe. Derrière l’agressivité des morceaux, les Canadiens font une véritable démonstration de puissance maîtrisée (« As I Slither » et « Bringer of Vengeance ») qui oscille parfois du côté d’un groove massif bien senti.

Au milieu de tout ça, un joli de solo de batterie de James Payne permet au public de reprendre son souffle avant que ça ne reparte tambour battant avec un « Blood on the Swans » explosif. Quelle claque ! Et lorsque Kataklysm entame la dernière ligne droite sur « Crippled & Broken », il enfonce radicalement le clou avec sa rythmique implacable qui met tout le monde à genou. Mais mine de rien, le groupe ne se contente pas d’enchaîner bêtement les titres. En effet, au fil de la soirée, le groupe propose différentes facettes de son univers death metal, en intégrant du groove, de la technicité et même quelques élans plus progressifs ici et là. Et cette expérience musicale accumulée depuis toutes ces années se ressent dans la fluidité du set et dans la précision collective.
Vers la fin du show, Maurizio prend le temps de remercier le public avant que les Canadiens ne terminent sur la triplette « Narcissist », « The Black Sheep » et « Elevate » pour porter l’estocade finale. Lorsque les dernières notes retentissent, le Bikini est en sueur, les nuques fatiguées et les visages marqués par l’intensité de ce concert. Sans artifice, ni superflu, Kataklysm a livré une prestation solide et fédératrice, concluant cette soirée sous le signe d’un death metal à la fois brutal, maîtrisé et résolument efficace.

Setlist :
Soul Destroyer
Thy Serpent's Tongue
Goliath
Die as a King
Prevail
Taking the World by Storm
The Rabbit Hole
Solo Batterie
Blood on the Swans
In Shadows & Dust
As I Slither
Bringer of Vengeance
Crippled & Broken
Narcissist
The Black Sheep
Elevate
Une nouvelle fois, Noiser a su offrir aux amateurs de musiques extrêmes une soirée à la hauteur de leurs attentes : malgré une affluence modeste, les trois formations ont joué sans retenue et livré des prestations solides. Ceux qui ont fait le déplacement ne l’ont pas regretté — les autres, assurément, ont manqué quelque chose !
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