Si SlaveOne ne nous a pas laissés sans nouvelles depuis la sortie d'Omega Disciples, proposant tour à tour une réédition de son premier album, Disclosed Dioptric Principles, ou un nouveau titre avec "The Stanzas of Dzyan", il aura tout de même fallu attendre six ans pour découvrir le troisième album de la formation de death metal du Loiret. Pourtant, l'attente en valait la peine tant The Seraphic Conspiracy est riche et complexe, malgré un enregistrement inhabituel. De quoi prendre notre clavier pour poser quelques questions au groupe.
Bonjour à vous et merci de nous accorder ce nouvel entretien pour parler du nouvel album de SlaveOne, The Seraphic Conspiracy, six ans après The Omega Disciple. Toutefois, avant d’aborder ce sujet, je sais que Tarvos (chant) a connu des soucis de santé fin 2025, conduisant à l’annulation d’un concert. Sans vouloir être indiscret, comment va-t-il aujourd’hui ?
I : J’ai subi une intervention chirurgicale au niveau de la gorge. Cela nous a contraint à annuler une date effectivement. Tout s’est bien passé pour moi lors de l’opération et je suis de nouveau d’attaque pour affronter la scène dès que possible.
Sur ce nouvel album, on peut noter des changements de taille puisque Seb (batterie) n’apparait pas derrière les fûts bien qu'il fasse toujours partie du groupe. C’est Robin Stone, que tu as toi-même choisi pour l’enregistrement, qui est derrière la batterie sur cet album. Pourquoi cela ?
I: Seb était trop nul pour l’enregistrement de l’album donc on s’est tourné vers un pro.
II: Des soucis au premier enregistrement avec le studio ont fait que nous avons dû stopper toute collaboration et donc nous passer des prises de batterie que Seb avait enregistrées. Faute de temps et de disponibilité pour ré enregistrer de nouveau la batterie, il fallait trouver une solution sûre et rapide, donc… Robin Stone ! Et nous ne sommes pas déçu de sa prestation et de la qualité d’enregistrement.
V: Nous avons enregistré une première version de l’album à la batterie. Le rendu final n’était pas à la hauteur de nos espérances. Il a fallu s’adapter. Comme le dit II, nous avons été contraint de passer par un batteur de session. J’ai tout de même participer à la nouvelle version en enregistrement des parties de guitare, la totalité de la basse et des voix death.
Votre discographie montre une nette évolution dans le style du groupe. Nous en avions en partie parlé avec Seb et Nico lors de la sortie d’Omega Disciples, pour lequel vous délaissiez une musique très axée death technique pour aller chercher un style plus proche de vos envies de l’époque, plus dissonant et blackened death voire post death metal. Cette mue opérée dès Omega Disciples va aujourd’hui encore plus loin à mon sens sur The Seraphic Conspiracy, qui est encore plus sombre et dissonant que le précédent. Le black metal me parait mieux intégré, et on y trouve des influences à la Deathspell Omega, du Gorguts période Obscura ou du Dodecahedron. Comment voyez-vous cette évolution de l’intérieur ?
I: C’est l’évolution naturelle d’un groupe. On ne veut pas rester figé dans un style qui ne bouge pas et on se remet en question sur chaque offrande afin de ne pas lasser les disciples. Nous devons avancer ou périr.
II: Je pense que c’est un souhait de se tourner vers quelque chose d’autre, d’explorer des univers que nous n’avions pas encore abordé. C'est un pari réussi en tout cas pour nous car c’est un plaisir de jouer ces morceaux et de se mettre des chalenges. Il est vrai que les passages « black » dans certains titres sont bien assumés de notre côté et donc assez cohérents avec le reste. Le rendu correspond à ce qu’on voulait transmettre et surtout cela sert au titre et c’est bien l’essentiel !
III: A titre personnel, je ne me questionne pas sur cette évolution, tout se fait naturellement.
V: C'est effectivement une évolution naturelle. Les premières démos des titres de Seraphic sonnaient déjà très dissonants. L’approche reste death metal mais on retrouve effectivement des éléments qui rappellent Gorguts. Je suis un fan de Blut Aus Nord et Deathspell Omega. Avec le recul , je dirais que notre death metal a été saupoudré des éléments dissonants qui caractérisent ces formations . J’espère que cela ne sonne pas artificiel.
Une telle musique demande à la fois une grosse exigence technique mais également une bonne cohésion de groupe pour que ça sonne. Comment composez vous ? Testez vous des choses en répétition à base de jam ou bien tout est travaillé et écrit minutieusement ? Quelle part accordez vous à l’instinct et l’improvisation ?
I: Il n’y a pas de leader dans le groupe. Seb écrit les morceaux et les paroles et nous exécutons ses idées obscures et dissonantes. Il n’y a pas de leader, il y a un gourou.
II : Pour ce nouvel album, la méthode a un peu changé, en partie à cause ou grâce aux soucis avec le premier studio qui nous a mis bien dans la m…. Nous avons été obligés de ré enregistrer les guitares, basse et voix à la maison. Cela nous a permis de revenir sur certains passages, de confronter nos avis, d’essayer d’autres façons de jouer, etc.… Et donc chacun a pu participer de près ou de loin à la bonne cohérence des titres. Mais beaucoup de choses sont écrites en amont puis harmonisées, structurées ensemble, parfois allégées, toujours, comme je l’ai dit plus haut, pour servir le titre et la musique. Pour nous, il faut que les répètes soient efficaces et donc tout le monde bosse chez soi et on règle les détail en répète, on fait tourner les titres le plus possible pour le live.
III: Nous ne faisons pas de session jam pour composer. Les riffs de guitare sont écrits et retravaillés pour être joués en live. Pour les harmonies, souvent nous avons recours à des enregistrements pour déterminer ce qui nous semble le plus en adéquation avec l’idée que nous avons d’un morceau.
V: Il est vrai qu'en tant que digne représentant du syndicat des dictateurs musicaux, je ne laisse pas de place à l’improvisation. On a essayé quelques idées durant les sessions d’enregistrement mais cela reste un processus très marginal. Pour de phase de composition en répétition, c’est impossible. Nous avons un mode de composition rodé qui ne passe pas par le local de répétition.
Cette mutation qui s’opère depuis vos débuts s’est également manifestée à travers votre logo, qui a été remanié il y a quelques années. Pourtant, sur les deux derniers albums, le logo est absent de la pochette. Est-ce afin de se focaliser sur l’artwork (particulièrement bluffant d’ailleurs sur TSC) en premier lieu ?
I: Le logo fait partie de l’identité du groupe. Il reste tout de même présent sur les t-shirts.
II: On a effectivement laissé la part belle à l’artwork. Le boulot des gars avec qui on a pu bosser est vraiment impressionnant et il faut leur rendre hommage. L’accroche se fait déjà par le design de la pochette donc c’est important qu’il soit mis en avant. Pour notre logo, il évolue avec nous, avec l’évolution du style, c’est bien qu’un logo change de temps en temps tout en étant reconnaissable par les personnes qui nous suivent.
V: Tout à fait, l’idée est de se focaliser sur l’artwork, de le mettre en valeur. Je suis d’accord avec toi , l’artwork de The Seraphic Conspiracy est somptueux. Il a été réalisé par l’artiste portugais Belial NecroArt.

Avec ces changements stylistiques, comment construisez-vous les setlists pour vos concerts ?
I: Nous essayons de faire un mix de nos différentes sorties tout en restant cohérents sur les morceaux. Certains titres vont bien ensemble, qu’ils soient issus des anciens ou des nouveaux albums.
II: On n’a pas encore commencé à se pencher réellement sur la setlist des prochains concerts mais c’est prévu dans les semaines à venir. On va voir ça ensemble. Je pense qu’on va faire un tour d’horizon de nos différents albums et EPs, et s’appuyer aussi sur des titres qui marchent en live !
III: Nous construisons les setlists en fonction de nos envies mais aussi de la difficulté des morceaux. Il est en effet difficile de commencer un set par des morceaux technique ou très rapides même après un échauffement consciencieux .
V: Nous allons essayer de conserver une certaine cohérence dans la setlist pour les prochains lives. Les morceaux tirés d’Omega Disciples que nous jouons sont dans le même esprit que ceux tirés de The Seraphic Conspiracy que nous allons jouer. Nous allons jouer quelques morceaux de notre premier album et de notre EP. Il y aura donc un passage sur la setlist avec un grand écart stylistique.
Depuis vos débuts, les thématiques autour des cultes ou sociétés secrètes sont légion dans vos albums. Ici, elle se reflète à nouveau dans les photos promos, le choix des pseudonymes dans le digipack du CD, ou encore les incantations proférées par Frédéric Gervais (mixage) sur le titre "The Adversial Path Pt. II". Pourquoi cette fascination pour ces sociétés secrètes ?
I: La dualité, le Bien et le Mal font partie des Hommes. Les sociétés secrètes sont présentes pour convertir, obtenir le pouvoir et nous amener vers la fin des temps.
II: Il est toujours intéressant d’avoir d’autres visions du monde qui nous entoure, d’autres conceptions de la Vie, comment aborder la gestion des différentes croyances quelles quelle soient sur la vie dans l’univers, le commencement est il une fin ?
III: Je dirai plutôt que ce sont nos réflexions sur l’Homme et sa condition qui nous fascinent plus que les sociétés dites secrètes ou autres mouvements sectaires.
V: Je rejoins III, c’est surtout la nature humaine qui me sidère. Nous sommes capable de faire preuve de tant de stupidité. Les thèmes qui résonnent sur The Seraphic Conspiracy sont l’endoctrinement, la soumission…Le passage récité par Fred sur "The Adversarial Path" en est la parfaite illustration.
Vous avez fait le choix du français sur quelques titres depuis Omega Disciple. Nous en avions parlé lors de notre dernier entretien, mais qu’apporte le français selon vous au metal ? A propos de français, les déclamations de F. Gervais sur l’album m’ont directement fait penser à Misanthrope, même si musicalement les deux groupes sont très différents.
I: Sur The Seraphic Conspiracy, nous avons voulu inclure quelques paroles en français ou en latin. J’ai entièrement écrit le titre « Après nous le néant » dans notre langue maternelle afin d’avoir un vocabulaire plus élaboré et pouvoir mieux exprimer mes intentions.
II: Le français sied bien à certaines ambiances, incantations et passation d’émotions. Comme toujours, si ça ajoute une plus value au titre, il faut en profiter.
V: L’écriture en français a été un exercice complexe à ses debuts. Mis à part Misanthrope, je n’avais pas de référence en la matière et j’avais peur de tomber dans le kitch. Au final, notre langue est pleine de subtilités qui collent parfaitement au style.

Il y a quelques années, vous avez proposé un nouveau titre, "The Stanzas of Dzyan", qu’on s’attendait à retrouver sur cet album. Il a finalement été intégré sur le split avec Voorhees. Pourquoi ne pas l’avoir inclus sur TSC ?
II: On peut y voir les prémisses de ce qu’est devenu The Seraphic Conspiracy. C'était un test pour nous aussi, qui a été réussi je pense. Mais l'album se devait d’avoir une unité propre et je ne sais pas si "Stanzas of Dzyan" y aurait trouvé sa place.
III: Ce titre avait été écrit comme une pièce unique. Difficile pour nous de l’inclure à TSC car il nous semblait qu’il y avait un monde à nos yeux entre "The Stanzas of Dzyan" et les compos de l’album. Par souci de cohérence, c’est le choix du split CD avec Voorhees qui nous est apparu le plus judicieux.
V: Nous avons le sens du timing. On vient de sortir un album alors que I vient de se faire opérer de la gorge et ne peut assurer les lives. En 2020, Omega Disciples est sorti juste avant la crise sanitaire. "The Stanzas of Dzyan" est un morceau publié pour montrer que l’on était toujours actif. On a eu la chance de pouvoir le proposer sur un split avec Voorhees via Crypt of Dr Gore. Mais si l’époque , on n’imaginait pas sortir un album avec eux, le sort en a décidé autrement. Ce morceau n’est pas sur TSC car on avait assez de titres composés. Il a sa propre existence. C’est d’ailleurs l’unique clip que nous ayons tourné.
Vous invitez régulièrement des amis d’autres groupes depuis quelques années : c’est devenu récurrent depuis votre EP An abstract and Metaphorical Approach to Deceit (où l’on retrouvait Dave de Savage Annihilation). Sur Omega Disciple, on retrouvait Laurent Chambe de Nephren-Ka et Warchangel de Ritualization. Aujourd’hui c’est Sebastien Briat de NK qui intervient sur TSC. Est-ce que c’est une démarche consciente quand vous composer ? D’où vous vient cette volonté de proposer votre musique sous une forme collaborative ? Est-ce une envie de renouer avec l’esprit DIY et de fédérer la scène metal extrême ?
II: C’est toujours un plaisir d’échanger avec des musiciens. Avec certains, on continue d’avoir des contacts réguliers, chacun suit les évolutions des autres et on partage des avis, des scènes, de la musique… Donc, c’est un juste retour des choses que d’inviter les acteurs du metal français à mettre une partie d’eux dans notre production.
V: Ca se faisait beaucoup dans les années 90. J’adorais lire les livrets des albums que j’achetais pour savoir s’il y avait des guests. Pour ma part, c’est un énorme clin d’oeil à ces années. Par contre, les guests et les passages sur lesquels ils figureront sont choisis après la phase de composition.
Pour Omega Disciple, vous aviez sorti une box ultra-limitée en auto-financement contenant outre l’album, un buste en résine. Pour le nouvel album, vous avez réitéré le concept de l’édition box limitée. Pourquoi cette envie ? Est-ce en réponse au mode de consommation du public metal de plus en plus tourné vers le dématérialisé ? ou simplement l’amour du bel objet ?
I: C’est pour le côté bel objet de collection. C’est aussi pour faire les stars.
II: On est un peu à l’ancienne pour ça, on aime bien les objets physiques, CDs, Tshirts, goodies… donc c’est tout naturel et avec envie que nous proposons ces box. On se doit de proposer autre chose qu’ un CD et une version numérique. Il faut essayer de se démarquer aujourd’hui pour exister.
V: C’est l’amour du bel objet. C’est un parti risqué à chaque fois. De plus, c’est hyper chronophage. On se fait plaisir avant tout. Ca demande beaucoup d’intendance . Mais on a de la chance, les boxs sont bien parties.
Même si votre album précédent date de 2020, vous n’êtes pas restés sans activité puisqu’en 2022, vous avez remixé et réédité votre premier album, en y incluant votre premier EP, Cold Obscurantist Light. Pourquoi ce choix ?
II: Refaire découvrir ce qu’on avait fait mais avec un son plus actuel. C’est quand même plus facile d’entrer dans une écoute quand le son est bon ! De plus, la personne qui nous avait fait le mix et mastering souhaitait revenir sur son travail pour nous proposer quelque chose de mieux, donc on a saisi cette occasion pour rééditer DDP et Cold. Avec pour le plaisir, un nouvel artwork trop cool, de nouveaux Tshirts, posters… Tout ce qu’on aime !
Merci à vous pour vos réponses. Je vous laisse le mot de la fin pour nos lecteurs !
I: Achetez notre album car c’est certainement l’album de l’année (voire du siècle). Venez à nos concerts si des gens veulent encore nous faire jouer après cette interview.
II: Je tiens à remercier le talentueux Frédéric Gervais qui a fait un boulot de fou, sans qu’on ait à lui donner de directives. Quand on a affaire à des professionnels qui connaissent leur boulot et la musique tout se passe bien, ce fut un régal de travailler avec lui. Merci encore à lui pour sa disponibilité et tous ses conseils.
V: En effet, mille mercis à Fred. Merci à Mathieu et Seb pour leur confiance et merci à toi pour cette interview.
Interview réalisée par mail en mars 2026
Photographies : DR SlaveOne
The Seraphic Conspiracy de SlaveOne est disponible chez Crypt of Dr. Gore





