Feuerschwanz met le feu au Knightclub de l’Elysée-Montmartre (+Miracle Of Sound, Paris, 22.03.2026)

C'est seulement le second passage des Allemands en France. Il faut dire que leur relative notoriété au-delà de leurs frontières ne date que de leur signature chez Napalm en 2020. Après avoir retourné le Trabendo fin 2024, ils ont visé plus grand et sont bien décidés à faire de même ce soir... Et transformer l'Elysée-Montmartre en Knightclub !

Miracle Of Sound

Miracle Of Sound, c'est à la base un projet solo du multi-instrumentiste irlandais Gavin Dunne, lancé il y a quinze ans. Touche-à-tout, la majeure partie de ses albums s'inspirent des jeux vidéo (ils s'appellent d'ailleurs Level suivi d'un numéro, comme des niveaux qu'il franchirait dans un jeu) et embrassent des styles musicaux extrêmement divers. Il a aussi sorti un album metal, le bien nommé Metal Up, en 2015.

S'il se produit souvent seul, il est aussi parfois accompagné d'un groupe, comme c'est le cas ce soir, avec quatre musiciens. En quarante minutes, il va parcourir six albums (sur les quinze sortis depuis 2011), pour en tirer les morceaux les plus épiques, certains metal, d'autres non, quelques-uns avec des influences folk. Le tout fonctionne très bien en live, et le public réagit avec enthousiasme. Le groupe conclut avec « Valhalla Calling », morceau puissant qui emporte la fosse. De prime abord, cela ressemble à une reprise, mais c'est l'inverse : la composition est de Miracle Of Sound, inspirée par l’opus Valhalla de la franchise Assasin’s Creed, et Feuerschwanz avait repris le morceau en 2024. La boucle est bouclée pour ce soir, et Miracle Of Sound reviendra dès cet été en France jouer au Motocultor, le vendredi 14 août.

Feuerschwanz

Le public a à peine le temps d’admirer le backdrop, représentant un dragon, comme sur la pochette du dernier album de Feuerschwanz, Knightclub, que les lumières s’éteignent avec un quart d’heure d’avance sur l’horaire prévu. Les Allemands seraient-ils pires que des Suisses ? Les deux danseuses du groupe, Hela et Yennefer, entrent en scène, chacune brandissant un drapeau. Dans les enceintes, résonnent des extraits de morceaux du groupe arrangés de façon orchestrale, qui se retrouvent dans la version de luxe de Kightclub, l’Epic Edition.

Après un extrait de « Knightclub », les musiciens arrivent, la violoniste « Johanna von der Vögelweide » (Stephanie Pracht) monte sur les praticables pour saluer le public, puis le groupe entame « Drunken Dragons », issu du dernier album. Les deux chanteurs grimpent à leur tour sur les praticables, Benjamin Metzer joue de la cornemuse sur le pont.

Le folk metal ultra entraînant du groupe, mâtiné de power, souvent festif, parfois épique, est indéniablement taillé pour le live. Feuerschwanz joue à fond la carte de la fantasy médiévale un peu viking et assez hétéroclite, un peu kitsch mais assumée dans les tenues, à grand renforts de plastrons et de cotte de maille pour les vocalistes, de peaux de bêtes, de cuir et de draperies pour d’autres, voire de hauts de forme – parce qu’après tout pourquoi pas. En-dehors de leurs accoutrements pseudo médiévaux - viking, les musiciens font aussi dans les accessoires, notamment les lunettes de soleil (notamment sur « Knightclub » et « Dragosta Din Tei », qui jurent un peu avec le reste et rehaussent l'aspect volontairement ridicule du combo.

Ça joue bien, ce n’est pas spectaculaire de technicité mais c’est très bien exécuté, c’est énergique, les instrumentistes ont droit à leurs moments de gloire respectifs. La violoniste est souvent devant sur les praticables avec son superbe violon bleu brillant, de même que parfois le bassiste « Jarne Hodinsson » (Jan Jamaszyk) (qui fait aussi certains chœurs) et le guitariste « Hans der Aufrechte (Hans Platz) – qui s’offre quelques soli efficaces – en duo. Le batteur « Rollo H. Schönhaar » (Rolf Hering), très dynamique, offre avec parcimonie quelques passages en double pédale et aura même droit à un beau solo vers la fin, le tout sur une réinterprétation électronique du thème du Seigneur Des Anneaux. La joie des musiciens est palpable et communicative, tout le monde sourit, semble ne pas se prendre au sérieux, et leur connivence semble sincère. Ajoutez à cela un son bien réglé et des lumières réussies, et le concert est sur de bons rails.

Au milieu de tout ça, la dynamique entre les deux vocalistes Benjamin Metzer (anciennement surnommé « Prinz R. Hodenherz III ») et « Hauptmann Feuerschwanz » (Peter Henrici) ajoute encore une dimension supplémentaire. Selon les morceaux, ils se partagent le lead ou laissent l’un d’eux prendre plus d’importance, et Benjamin Metzer use de vocalises aigües sur de nombreux morceaux – et de « Scream for me » qui ne sont pas sans rappeler un certain Bruce... En plus du chant, il joue souvent de la grande cornemuse, parfois des flûtes, rarement du bouzouki. Hauptmann, lui, se sert parfois de son bouzouki en bandoulière.

Régulièrement sur les praticables, les deux frontmen parlent beaucoup au public, en partie en français, en anglais la plupart du temps mais aussi un peu en allemand, pour raconter des choses qui font manifestement beaucoup rire certains germanophones dans la salle. Fort heureusement pour ceux qui ont fait roumain LV2, les deux vocalistes font aussi pas mal de blagues en français et en anglais. S’il continue d’assumer le second degré (malgré quelques morceaux plus sérieux), le groupe s’est cependant calmé sur les thématiques grivoises qui le caractérisaient à ses débuts. Le chanteur flûtiste se présente d’ailleurs en ces termes, en français dans le texte : « Je m’appelle Ben et nous sommes Feuerschwanz queue de feu, une bande de folk metal allemand » - et oui, c'est bien celle à laquelle vous pensez, bande de pervers.

S’il officie désormais dans des thèmes plus convenus dans le metal, les vikings, la guerre, l’alcool, les mondes imaginaires, ainsi que quelques thèmes un peu plus philosophiques, le groupe a cependant quelques restes un peu moins chastes. Après sa présentation fracassante, Benjamin Metzer raconte par exemple que le dieu nordique Loki était un « naughty boy » qui a eu beaucoup d’enfants sans être marié, pour présenter « Bastards von Asgard ». Sur la présentation du morceau suivant, sautant dans les clichés, il lance en français « Paris, cité de l’amour », avant de poursuivre en anglais « nous voulons chanter une chanson d’amour. Paris, vous savez comment faire l’amour, n’est-ce pas ? Mais imaginez un problème : vous travaillez pour l’église catholique ». Ainsi donc, « Name Der Rose » narre les affres du célibat religieux, illustré par les deux danseuses déguisées en nonnes – mais plutôt celles qu’on trouverait aux côtés de Papa Emeritus III de Ghost.

D’une manière générale, les deux chanteurs sollicitent très fréquemment le public, lui demandent de s’accroupir pour descendre au « Knightclub » avant de se relever en sautant, engagent un duel sans armes pour savoir qui représente la moitié de la salle qui chante le plus fort… Et comme ils n’arrivent pas à trancher, ils enchainent « Ils veulent toujours se battre ! Alors on va accomplir un rituel. Vous devez ouvrir le pit et Asgard décidera. Vous savez ce que cela veut dire ? Faites l’amour à la manière guerrière ». Des animations somme toute assez classiques mais le fait de l'appliquer à l'univers médievo-humoristico-épique leur confère un minimum de fraicheur – et le groupe prend soin avant le wall of death de demander à la fosse de faire attention aux plus fragiles car « Feuerschwanz est pour tout le monde ». Le public, plus que réceptif, euphorique, se lance dans des pogos effrénés et des slams à tour de bras, chante la mélodie, crie les paroles et saute même sur les passages a capella…

Côté mise en scène, les danseuses sont présentes sur la majorité des morceaux. Elles réalisent tantôt des chorégraphies plus ou moins inspirées, dont l’une avec des éventails et des foulards qui rend l’ensemble très esthétique sur « Ultima Nocte », tantôt des mouvements plus guerriers avec des boucliers, des haches, des masses d’arme, des marteaux... Elles interagissent aussi avec les musiciens, et se retrouvent à jouer du carnyx… pas exceptionnellement, il faut être honnête (et pour le coup la sonorisation n’est pas très bonne), mais c’est toujours impressionnant visuellement.

Feuerschwanz chante quelques chansons en anglais, mais les deux-tiers dans sa langue natale, un tout petit peu plus que lors du précédent concert au Trabendo en novembre 2024, le premier du groupe en France. Une bonne chose tant l’allemand sied bien au metal en général et au style du groupe en particulier. Le groupe pioche essentiellement dans ses trois derniers albums et dans une moindre mesure dans les deux précédents, couvrant les huit dernières années, sur douze albums studios en vingt-deux ans de carrière. Le choix est assez logique, dans la mesure où c’est à partir du huitième album Methämmer, sorti en 2018, que le groupe a évolué d’un folk rock médiéval (pas très inspiré sur le tout début de carrière) à du folk metal nettement plus puissant. Outre « Metnotstand im Märchenland » tiré de Walhalligalli en 2012, le groupe offre cependant à ses fans un medley acoustique de quatre titres (avec les deux chanteurs et la violoniste sur une estrade au fond de la salle), dont deux issus de ses vieux albums.

La fin du set approche, et c’est l’heure du rituel de l’ultra entraînante « Die Hörner hoch », qui date de 2018, où le groupe enjoint les spectateurs à enlever leurs tee-shirts et les faire tournoyer autour d’eux. Si quelques-uns s’exécutent, cela marche aussi avec des sweats et des écharpes. S’ensuit un grand moment de n’importe quoi : la fabuleuse reprise en version originale de « Dragosta Din Tei », tube des années 2000 du groupe roumain O-Zone, sur lequel une des danseuses part en stage diving… sur un canot pneumatique. Le groupe s’est fait une spécialité de reprises toutes plus invraisemblables les unes que les autres, et celle-ci fait partie de ses moments de bravoure, encore plus en live avec le public qui se déchaîne.

Feuerschwanz offre finalement trois morceaux pour le rappel. « Chevaliers de Paris, are you ready ? » s’enquiert Benjamin Metzer, qui explique vouloir rejoindre le public dans la fosse… et y passera tout le morceau « Rohirrim », pendant qu’un grand circle pit tournoie autour de lui – un peu ralenti par les participants qui tentent d’apercevoir le chanteur.

Le set se conclut sur le poignant « Das Elfte Gebot », de l’excellent album éponyme. Le groupe revient ensuite saluer et faire les présentations individuelles… au son de sa reprise la plus improbable, « Gangnam Style » du Coréen Psy – oui, Feuerschwanz aime le multiculturalisme et la diversité linguistique. Les éventuels regrets que le groupe n’ait pas joué sur scène ce sommet de n’importe quoi sont vite effacés par une partie de la fosse toujours en feu qui se lance dans un grand pogo sur la musique enregistrée. Pour la seconde fois, Feuerschwanz aura offert un gros shoot d’euphorie, et par les temps qui courent, c’est extrêmement précieux.

Photos : Sana Ben Salah. Reproduction interdite sans autorisation de la photographe



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