Coagulative Matter, le premier opus de The Scalar Process, avait su nous séduire il y a cinq ans, entre death metal technique et ambiances éthérées, quelque part entre The Faceless, Fallujah ou Beyond Creation. Le combo franc-comtois est de retour cette année avec Agnomysticism, un album plus mature et plus riche en ambiances post-rock. A cette occasion, nous avons souhaité poser quelques questions à Eloi, guitariste et membre fondateur du groupe, pour en savoir plus sur ce deuxième opus.
Bonjour Eloi et merci de nous accorder cet entretien pour la Grosse Radio. Votre nouvel album, Agnomysticism s’apprête à sortir à la fin du mois de mai. Avant d’en parler plus longuement, quel regard portes-tu aujourd’hui sur Coagulative Matter, votre premier album ?
Bonjour ! Tout d’abord merci pour cette interview. Coagulative Matter a été écrit durant mon adolescence et le début de ma vie d’adulte. Malgré certaines maladresses d’écriture, c’est toujours un album qui me tient à cœur. J’ai écrit l’album tout seul et peu de temps après Mathieu m’a rejoint pour y apporter sa voix, à la fin de l’écriture de celui ci. Jusqu’à la signature du label, TSP n’était qu’au stade de projet.
Il y a eu quelques changements dans le line-up depuis 2021. A l’époque, c’est Clément Denys (Fractal Universe, Obscura live) qui était en guest à la batterie. Thomas Giroud vous a rejoints depuis, et vous avez récemment recruté Lucas Martinez à la guitare. Comment ce sang neuf a joué sur votre processus de composition ?
Tout d’abord Clément Denys était présent sur le premier album en tant que batteur de session studio. Je l’ai rencontré en 2017 quand j’étais guitariste live pour Derealized et nous avions joué en première partie de Blazing war machine, ainsi que son groupe Fractal Universe. Il a été donc assez naturel pour moi de collaborer avec lui à l’époque, mais il était déjà pris par Fractal Universe et sollicité pour de nombreux projets. Il fallait donc que l’on trouve un lineup pour le live et la suite. Il y a eu plusieurs auditions avant d'arriver à trouver les bonnes personnes. Cela n’a pas toujours été une question de niveau, mais surtout de volonté : nous voulions voir jusqu’à quel point chaque membre pouvait s’engager dans le groupe.
Votre nouvel album garde la recette du précédent, mais explore plus encore le côté atmosphérique et aérien que vous aviez déjà mis en avant sur Coagulative Matters. On entend même des voix féminines et éthérées sur "Physical Conquest", le titre d’ouverture. Comment as-tu composé et quelle direction artistique t’étais-tu fixé ?
La période d’écriture a débuté peu de temps après le dernier confinement et le couvre-feu lié au Covid 19. A cette période je lançais tout juste Scalar en live. Il y a eu une pause d’un an sur l’écriture, j’ai du écrire deux morceaux à cette période ("Far From The Flesh" et "Agnomysticism"). J’ai repris l’écriture quelques temps après notre tournée au Japon avec Archspire fin 2023, et l’inspiration est venue de manière fluide jusqu’à l’été 2024. Il y a eu plusieurs périodes d’écriture et celles-ci sont aussi liées à des découvertes musicales : j’ai un intérêt particulier pour tout ce qui touche aux ambiances chargées, y compris en dehors du metal comme dans le shoegaze, l’electronic ambient, le drone, le post rock ou la coldwave. Tous ces éléments et ces périodes d’écoutes se sont naturellement greffés à l’écriture.
Sur le premier album, le morceau titre était particulièrement long, affichant onze minutes au compteur. Cette fois, vous êtes allés vers plus de concision, avec des titres globalement plus courts à l’exception d’ "Agnomysticism" qui affiche sept minutes. Qu’est-ce qui est le plus délicat à composer en tant qu’artiste selon toi : un titre efficace court ou un titre progressif et long ?
C'est une question difficile car tout est une histoire de contexte en musique.
La plupart des morceaux étaient plus longs à l’origine, et en raccourcir certains a même été un challenge pour moi finalement. Il fallait faire des choix et enlever certains riffs qui ne convenaient pas au contexte, mais qui pourtant nous plaisaient. Il faut servir la composition dans tous les cas.
Deux de tes influences majeures sont présentes sur l’album, avec les participations d’Andy Thomas (Rivers of Nihil) au chant, et Justin McKinney (The Zenith Passage) qui joue le solo sur "Illness". J’imagine que tu ressens beaucoup de fierté à les avoir sur ton nouvel album… Est-ce que tu peux nous en parler ?
Les deux groupes sont des influences majeures dans mon écriture et ma façon de travailler. C’est évidemment un honneur de les avoir dans l’album et ça fait sens également, L’intérêt pour moi d’avoir un guest au sein d’un album est de savoir quel rôle il peut porter dans la structure d’un morceau, et Andy et Justin ont rempli ces rôles à la perfection. Et ça faisait longtemps que je voulais les intégrer dans le projet. Je suis également honoré de partager l’affiche avec eux cet été !

L’artwork reste finalement dans les tons roses / violets du premier album, comme une sorte de signature visuelle du groupe. Est-ce quelque chose de conscient ou juste une coïncidence ?
C’est quelque chose de tout à fait conscient. Le violet est par nature une couleur qui renvoie au mystère. On évoque des thèmes parfois à libre interprétation. Cette couleur représente plutôt bien l’identité du groupe à la fois d’un point de vue esthétique mais aussi en raison des différents thèmes abordés.
Le titre de l’album, Agnomysticism, est un néologisme combinant agnosticisme et mysticisme. Finalement, on pourrait l’interpréter comme le fait d’être sceptique face aux croyances et doctrines mystiques, et le voir comme l’apologie d’une démarche scientifique. A l’heure des attaques toujours plus fortes contre la science et l’émergence de certaines pratiques new age, c’est un titre assez fort finalement. Quel est ton ressenti là dessus ?
Le titre Agnomysticism est plus nuancé qu’une simple opposition entre science et mysticisme : il évoque surtout une démarche de doute et de questionnement. L’idée, c’est d’accepter de ne pas tout comprendre, et de ne pas combler ce vide par des croyances qui peuvent vite devenir de l’auto-persuasion. Mais à l’inverse, une vie totalement dépourvue de croyances peut aussi mener à une forme de perte de sens. Le spirituel reste donc présent, de manière mesurée, comme une direction pour garder le cap, quelque chose de plus instinctif et lié à l’inconnu, plutôt qu’un système figé. C’est finalement une recherche d’équilibre entre rester ancré, continuer à questionner, et avancer sans forcément tout expliquer.
L’été prochain, vous retournez jouer au Japon, en compagnie de Rivers of Nihil, Psycroptic et The Zenith Passage. Tu as déjà fait quelques dates là-bas. Raconte nous cette expérience de jouer devant ce public ?
Les Japonais sont extrêmement attentifs et réactifs. On a déjà vécu l’expérience aux cotés d’Archspire en 2023 et c’est un pays globalement très actif dans l’art au sens large. Le Japon est un pays à l’accueil chaleureux et d’une discipline irréprochable. On est naturellement excité à l'idée d’y retourner jouer, mais aussi d’y remplir nos estomacs !

Vous avez finalement donné relativement peu de dates en France, mais vous tournez au Japon. Pourquoi ce choix ? Souhaitais-tu dès le départ donner une dimension internationale au groupe avant de conquérir le « marché français » ?
Malheureusement les choses sont plus compliquées. La seule raison qui fait que l’on joue peu, c’est que l’on est tout simplement peu sollicités pour le live en France. On est activement à la recherche d’opportunités, mais malheureusement ça n'est pas facile.
Tu es également bien occupé avec d’autres projets, comme Dawohl que tu as rejoint à la guitare. Récemment, tu t’es également chargé de mixer le nouvel album de Towering. Ces deux groupes ont des styles très différents, presque blackened death. C’est un style que l’on pourrait te voir explorer à l’avenir avec The Scalar Process ?
Je ne suis plus dans Dawohl depuis 2023. Les occupations avec Scalar pour le Japon ainsi que ma vie professionnelle ont quelque peu bousculé mes plannings. Il n’était plus possible de joindre les deux bouts dans les deux projets. A propos du blackened death, on l'explore déjà en partie sur des passages atmosphériques. Cela va plus se rapprocher du post black ou du blackgaze. C’est une scène que j’apprécie beaucoup, mais il est encore trop tôt pour dire à quoi ressemblera la suite.
Merci Eloi pour tes réponses. Je te laisse le mot de la fin pour les lecteurs de la Grosse Radio !
Merci pour cette interview, nous sortons notre prochain album Agnomysticism ce 29 mai via Transcending Obscurity. Quelques trucs se profilent pour l’après Japon. On espère que cela concernera la France également. Et surtout on espère que l’album vous plaira !
Interview réalisée par mail en avril 2026
Photographie live : © Watchmaker 2024
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