Le soleil de Paris est doucement en train de pointer le bout de son nez en ce jeudi de fin de mois de mai. Peut-être parce qu'il est au courant qu'un line-up des quatre coins du monde a posé ses bagages dans la capitale française. Les Australiens de Hands Like Houses unissent en effet leurs forces avec les Américains de Broadside, avant d'être rejoint par les Français de Shimmeric en première partie. Rétrospective d'une soirée haute en couleurs.
Shimmeric
Les hostilités commencent par le groupe Shimmeric et son titre "Angels". Les quatre musiciens originaires de Nantes proposent un metal moderne, sublimé par la voix de leur frontwoman, Melina. Le chant est puissant et maitrisé, captivant instantanément son auditoire. L'instrumental prend une place tout aussi importante: à la limite du progressif, le metal est vibrant et hypnotisant. Le jeu de scène est tout aussi bon, et on sent le professionnalisme du groupe.
La chanteuse explique que le groupe parle entre autres d'amour et de résilience pour présenter "Best Man", puis à la fin de celle-ci lance au public "Celle-là, le Backstage, vous la connaissez." Les premières notes se lancent et on reconnaît aisément "Beautiful Things" du chanteur Benson Boone. La reprise est plus que réussie, autant dans sa technique que dans l'engouement qu'elle provoque dans la salle. Le public parisien se fait une joie de chanter avec la formation française. Puis, "Edge Of Tomorrow" dernière chanson du set, nous imprègne de son ambiance lourde et pesante, où le chant s'approche d'envolées lyriques. Une fin de show qui se termine sous les applaudissement bien nourris du public. Shimmeric convainc le Backstage, et nul va sans dire que la prochaine date sur Paris est attendue avec impatience au vu de sa performance !
Hands Like Houses
Cela fait bien treize ans que Hands Like Houses n'est pas venu jouer en tête d'affiche sur le sol français. Nouveau double album, Atmospherics, sorti l'année dernière, et nouvel EP, Lotus, la semaine dernière : il y a de la matière pour le concert du groupe post-hardcore expérimental originaire de Canberra en Australie.
C'est sobrement que le nouveau chanteur de la formation australienne, Josh Raven (également chanteur du groupe The Faim), débarque sur scène. Se cachant à moitié dans la fumée opaque de la scène, il interprète "Lotus", tiré de l'EP éponyme. La voix singulière du frontman accroche elle aussi son public. L'ambiance se révèle mystérieuse et prenante, les membres du groupe tapis dans l'ombre, proposant un rock heavy et planant à la fois. Le ton est donné.
Hands Like Houses plonge dans son ancien répertoire : "This is an old one" prévient le chanteur avant "Perspectives", tiré de l'album Dissonants (2016), mettant la foule en joie. Le rock acharné et transcendant du groupe fait mouche. Force est de constater, d'ailleurs, que le groupe était attendu. Le public parisien est en délire et accueille Josh comme il se doit lorsqu'il descend dans la fosse, une "safe space" selon ses mots, pour interpréter plusieurs titres, notamment "Flowers". Le pit est en feu, et les pogos s'enchaînent autour du chanteur, dans un élan qu'on peut qualifier d'amour. Après un solo de batterie de Matt Parkitny, le chanteur remonte sur scène pour "Hollow", et se voit offrir un bouquet de fleur, ainsi que des roses de la part d'un fan. L'émotion et la communion sont palpables.
Cette communion est notamment portée par le frontman, ouvert à ses émotions. Dans un discours, il explique que le groupe crée de la musique pour la partager avec son public. Il indique également que si on peut se sentir perdu, cela n'est pas un indicateur du reste de sa vie et que chacun mérite le bonheur. Sur ces bonnes paroles, les Australiens introduisent leur reprise de "Wicked Game" de Chris Isaak. Lente, déchirante, elle marque les esprits et plonge encore plus le public dans la musique de HLH.
"Dead", petite nouvelle de l'EP est jouée, un moment beau et bouleversant. Josh parle du concert comme un moment qu'il aimerait encapsuler et ouvrir à nouveau lorsqu'il se sent mal. C'est dire l'intensité de ce show, dernière date de cette courte tournée avant de partir en Angleterre pour le Slam Dunk Festival. Il rajoute même qu'ils ne sont qu'à 64,5% (oui, c'est précis) de l'intensité du show, avant de déterrer le titre "Colourblind" qui nous propulse probablement à 80% en une chanson.
"I am", tiré du même album, suit l'engouement déjà engagé de son prédécesseur. Enfin, le mythique "Heaven" premier titre du retour de Hands Like Houses dans la scène musicale, achève cette soirée déjà mémorable. Les crowdsurfs s'y enchaînent et la salle est en symbiose presque cathartique. Un retour réussi des Australiens sur le sol français.
Broadside
Une courte pause et le public n'est plus entièrement le même, une partie s'en est allée, avant qu'une nouvelle vague de fans n'arrive, résolument là pour le deuxième co-headliner. Il est temps ainsi pour les Américains de Broadside de monter sur scène. Ils frappent fort avec le premier single de leur nouvel album, Nowhere, At Last, sorti en avril dernier. Le morceau "I Think They Know", est aux antipodes musicales du groupe précédent. Ici, tout est lumineux, et le pop-punk fait sa grande entrée. Le groove prend place et les fans sont survoltés.
Même si la fanbase est différente, l'énergie est tout autant présente. Oliver Baxxter, le chanteur principal, a une aura bienveillante, toujours le sourire aux lèvres et accroche son public aisément. Broadside, c'est ce côté pop et joyeux, qui aborde autant des problèmes sérieux et personnels comme sur "Cruel" qui évoque les tourments ressentis face au monde, que des sujets légers voire humoristiques, comme sur "Nights Alone" qui parle de "fucking in the car", dédié à "for dogs who sleep on the couch, people who let the old lady cross the street before" (même si on comprend mal le rapport entre du sexe dans une voiture, des chiens qui dorment sur le canapé et laisser traverser les vieilles dames aux passages cloutés). Cette ambivalence est accrocheuse et le public le sait et le chante à tue-tête, comme si il n'y avait pas de lendemain.
Les hits se succèdent, tels que "Warning Signs" ou "Dead Roses", deux chansons du dernier album qui sont déjà des classiques aux yeux des fans. La rage et l'énergie du groupe est palpable. L'euphorie est autant présente sur scène que dans la salle. Les membres Hands Like Houses débarquent même au compte goutte dans la fosse pour s'ambiancer. Oliver rappelle qu'ils sont déjà venus dans cette salle il y a huit ans et que la moitié des gens présents ce soir étaient là à cette époque. Cela reste impressionnant pour eux d'avoir un tel engouement en traversant la moitié du globe.
Le très attendu "Coffee Talk" fait son entrée. Hymne pop-punk du groupe, précurseur de l'histoire musicale que Broadside a créée, le titre fait son effet. Les crowdsurfs ne donnent aucun répit et le pop-punk rugissant de ce titre est plus qu'apprécié. D'ailleurs, le chanteur de Hands Like Houses monter su scène pour se faire un petit bain de foule, porté par le public parisien. Ce concert ressemble à une soirée bien folle.
Le groupe continue de piocher dans sa discographie en jouant également l'entêtant "Laps Around A Picture Frame", sortie en 2017. L'ambiance est au soleil, accentué par le chanteur qui déclare à quel point il est important de s'entourer des gens qui comptent. La communion de la soirée est définitivement présente et se ressent de toute part. Le show se termine en apothéose sur le dernier titre de la soirée, "Foolish Believer" et son "I just wanna be remembered" qui sonne comme un mantra pour ces musiciens dont nous voulons nous aussi nous souvenir, un magnifique résumé de cette soirée et d'une scène alternative où la santé mentale est très souvent placée au premier plan. Des concerts, il y en a à la pelle, tous les jours, mais ceux qui dégagent une énergie si spéciale, pas tant que ça. Ce co-headline entre Hands Like Houses et Broadside était définitivement de ceux là.
Live Report & Photos: Emma Forni


















































