Heavy Week-End 2026 – Jour 1 (05.06.26)

Jamais deux sans trois ! On croisait les doigts pour que ce festival d'un genre particulier soit perenne et il semblerait que ce soit le cas. L'annonce de deux poids lourds comme Sabaton mais surtout Gojira a réussi à faire se déplacer les foules à l'amphithéâtre du Zénith de Nancy. La programmation, certes moins éclectique et classique que lors de la première édition (qui avait vu se produire Scorpions, Megadeth, Deep Purple, Alice Cooper et Judas Priest), était de qualité et faisait la part belle à une frange plus récente du metal. 

Le Heavy Week-End continue d'évoluer avec notamment l'introduction du cashless, une offre plus importante de restauration et des points Wi-Fi pour pallier un réseau relativement défaillant sur le lieu.

Ce jour 1 était dédié notamment au power metal avec la locomotive Sabaton mais également de belles exclusivités comme Savatage et Avantasia, dont c'était l'unique passage en France cet été. Le soleil brille mais, jour de semaine oblige, la foule n'est pas encore très présente à l'ouverture des portes. On sent que la majorité des spectateurs est venue pour Sabaton, à en juger aux t-shirts à l'effigie du groupe suédois.

Dominum - 17h30

Il est 17h30 et Dominum investit la scène en ayant la lourde tâche d'ouvrir le week-end. Le pari est réussi d'emblée grâce notamment à une superbe prestation du chanteur Dr Dead avec son sourire, son jeu scénique et un français de qualité. L'univers proche de Frankenstein fonctionne bien, surtout que le groupe profite un peu des décors élaborés d'Avantasia en arrière plan. Quelques vidéos pour agrémenter l'atmosphère de films d'horreur et un lightshow digne de ce nom auraient été appréciables, mais à 17h30 avec le soleil dans la figure, cela n'aurait pas été efficace. De mémoire, on a rarement vu un accueil aussi chaleureux pour un premier groupe au Heavy Week-End et tant mieux car le groupe le mérite. Il faut dire que la musique du groupe fédère assez facilement : des hymnes power metal avec des refrains assez faciles à chanter notamment lorsque Dominum reprend au début de "Hush, Little Baby" en intro de "The Dead Don't Die". Et pourtant, la pression était grande sur les épaules du groupe : toute première date de leur tournée des festivals, juste après la sortie de nouveaux singles annonçant un nouvel album.

Autant les interactions avec les musiciens du groupe sont limitées à cause de leur masque se rapprochant de Lordi ou de Slipknot, autant Dr Dead communique énormément avec la foule. Dès "The Circus is in Town" (et une partie de ses paroles en français), la fosse se met à sauter en rythme et il est à peine 18h lorsque les premiers slams commencent sur "Thriller". Oui oui, le classique de Michael Jackson repris à la sauce metal. Dominum a bien compris l'effet imparable de la nostalgie des années 80/90  (qui sera reprise notamment par Cavalera et Electric Callboy). Le son est excellent en fosse, comme en gradins (ce qui ne sera pas le cas de tous les groupes du week-end), mais on aurait aimé que les samples de claviers soient joués par un vrai musicien. Ne leur en tenons pas rigueur, car le spectacle est assuré par les quatre membres, avec notamment un Tommy Kemp à la guitare assez impressionnant. Dominum est un excellent choix pour ouvrir le week-end puisqu'il fait un peu la synthèse de beaucoup de groupes présents : le côté power de Sabaton, un côté plus bourrin, une nostalgie pour les quarantenaires et cinquantenaires du public, l'influence des films d'horreur pour les fans de Ice Nine Kills et le côté un peu kitsch pour les adorateurs d'Electric Callboy. 18h10, le groupe quitte la scène sous fond de "Power of Love", le public est conquis et le week-end commence très bien.

Avantasia - 18h30

Vingt petites minutes après la belle prestation de Dominum, c'est au tour d'Avantasia, le projet porté par Tobias Sammet, d'entrer en scène. Et là, la fosse se transforme : on ne peut pas dire que le groupe est extrêmement connu mais dès les premières notes de "Creepshow", le public participe activement au spectacle. Il faut dire que le sourire et la bonne humeur du chanteur est très communicative. Les refrains portés par Chiara Tricarico et Herbie Langhans aux chœurs fonctionnent extrêmement bien et embarquent tout le monde dans l'univers porté par les décors travaillés. Avantasia, c'est avant tout une grande communauté puisque plusieurs chanteurs et musiciens participent au projet et sur scène et même en backstage, et cette connivence se ressent bien. Chaque guest, en attendant son tour, chante par cœur les chansons et dès son arrivée sur scène, transmet une joie incomparable. Le premier à rejoindre Tobias est l'immense Kenny Leckremo : le Suédois possède une belle énergie très power metal avec des notes qui atteignent la stratosphère pendant que les deux guitaristes Sascha Paeth et Arne Wiegand se livrent à un duel mémorable. Par contre en arrière plan, on sent que Chiara et Herbie s'ennuient un peu et ne font pas vraiment d'efforts pour partager les bonnes ondes. Même constat pour Michael Miro Rodenberg derrière son clavier : si celui-ci assure bien aux choeurs, il ternit un peu l'ensemble avec des sons un peu kitschs. Tommy Karevik, le chanteur de Kamelot, intervient sur le titre phare "Avantasia", repris par le public. Il rivalise extrêmement bien avec Tobias et une belle complicité se dessine. On a l'impression d'une grande fête sur la scène.

L'ambiance redescend un peu à l'apparition de Bob Catley. Il faut dire que le chanteur de Magnum est le doyen du week-end et à presque 80 ans, il n'a pas la fougue de ses collègues plus jeunes, mais assure encore au chant. Il faut quand même compter sur un Tobias Sammet facétieux qui se dandine tel Mick Jagger et, avec son chapeau, a parfois des airs d'Alice Cooper. A lui seul, il pourrait largement tenir tout un show. Mais d'autres invités prennent la scène, comme la vocaliste Chiara Tricarico sur "The Story Ain't Over" et "Farewell". Elle démontre qu'elle n'est pas juste une choriste au sein de ce projet en apportant une vraie touche féminine qui (à part pour Nova Twins le samedi) manquera globalement au festival. "Farewell" et son côté ballade ternaire fait redescendre un peu l'énergie et Tobias en profite pour se mettre au piano afin d'introduire "Lucifer". Mais c'est sans compter le côté épique de ce titre et le public se remet à bouger. Avantasia a décidé de prendre des risques en proposant des titres plus complexes et ce n'est pas "Let the Storm Descend Upon You" qui fera dire le contraire. Sortir une chanson de 12 minutes dans un set d'une heure, c'est osé mais très bien interprété notamment par Ronnie Atkins, qui retrouve la scène du Heavy Week-End deux ans après son retour avec Pretty Maids. Le set se termine avec le duo "Sign of the Cross/The Seven Angels" et comme pour illustrer ce beau sentiment de communion familiale, l'intégralité du cast est de retour. Avantasia a sorti le grand jeu malgré une petite heure de set, et Tobias a fait office de Père Noël en avance en offrant au public un set et des guests de qualité.

Avantasia Setlist Heavy Week-End 2026, Here Be Dragons

Savatage - 20h00

L'attente était grande pour Savatage, les Américains n'ont jamais joué aussi longtemps en France depuis le début des années 2000. Après un retour au Hellfest 2025le groupe a fait le déplacement de Suède spécialement pour être aux côtés de Sabaton. Le show commence à l'heure malgré des balances assez catastrophiques : on sent, avant même que le spectacle commence, que la grosse caisse est trop forte, il y a trop de reverb. Et dès le premier morceau "Dead Winter Dead", cela se confirme : Zak Stevens est inaudible alors qu'il nous lance "Let me hear you!". Mais mon cher Zak, c'est toi que nous aimerions entendre ! Le groupe met du temps à rentrer dans son show : Al Pitrelli est plus en retrait, Chris Caffery est concentré et le public est assez décontenancé par l'absence du batteur Jeff Plate, remplacé par Blas Elias de Trans-Siberian Orchestra. Pourtant ce dernier, qui connaît bien les membres du groupe, fait un très bon travail, mais le mixage ne l'aide pas à se faire apprécier. Autre problème de taille au niveau du son : la quasi inexistence des deux guests claviéristes Paulo Cuevas et Shawn McNair. On les entend lorsqu'ils prennent le micro pour faire les chœurs, mais les ambiances synthétiques sont absentes. Surtout que le groupe a décidé de démarrer de façon assez heavy. "Jesus Saves" et "The Wake of Magellan" dépotent pas mal. Mais même dans la foule, on sent que, à part les fans hardcore, beaucoup voient une différence entre Avantasia et Savatage. C'est dommage car Zak Stevens se démène vraiment au chant. On le voit partout, il harangue la foule.

Et petit à petit, le groupe se détend, le public réagit et commence à chanter sur "Sirens". Al se déride et rigole, Chris oscille entre son rôle de pitre et de papi bougon. Ce qui est quand même très agréable, c'est de voir à quel point Savatage maîtrise différents styles : du hard rock très old school de "Lights Out" qui n'avait plus été joué depuis 2003, aux longs morceaux plus prog comme "Handful of Rain", et "Chance" qui lorgne plus du côté des compositions de Trans-Siberian Orchestra. Le public ne s'ennuie pas et dans la fosse, ça part en chenille, rien que ça ! Les premiers slams apparaissent même sur "Believe". Il est quand même assez intriguant de voir du crowdsurfing sur une ballade, d'autant plus que ce titre est le clou du spectacle. En effet, Savatage a décidé de sortir la carte de l'émotion : une vidéo de Jon Oliva chantant le titre au piano est diffusée, et le groupe l'accompagne ensuite avec un montage rendant hommage à Criss, le frère de ce dernier, mort dans un accident en 1993. La température est bonne à Nancy, mais les yeux sont humides et les frissons sont là. Le groupe est enfin chaud, le public aussi, et la fin du set se révèle plus énergique et réjouissante grâce notamment au classique "Gutter Ballet" dont le refrain est repris par les fans. "Edge of Thorns" nous permet d'évoquer la classe et le son du bassiste Johnny Lee Middleton, la mémoire vivante du groupe, qui délivre un groove imparable. L'avant dernier titre "Power of the Night" fait apparaître des pogos et Savatage nous achève avec le classique "The Hall of the Mountain King".

Pour ce retour de Savatage, c'est donc une prestation en demi-teinte qui souffre de la comparaison avec Avantasia. A cause d'un son mauvais et d'un groupe frileux en début de set, les Américains nous ont fait un peu peur. Néanmoins, ils obtiennent la palme de l'émotion avec "Believe" et effectuent une deuxième partie de set imparable. Reste à savoir pourquoi le groupe n'a pas davantage percé, mais espérons qu'ils continuent sur leur lancée.

Sabaton - 22h00 

22h, le soleil est presque couché et les spectateurs sont présents. La foule n'est pas compacte et les gradins sont clairsemés mais peu importe, Sabaton est là pour conquérir la France, en témoignent les trois tanks sur scène, dont un qui sert de promontoire pour la batterie de Hannes Van Dahl. Point de longue introduction comme lors de leur concerts en tête d'affiche, le groupe attaque directement par "Ghost Division" avec une avalanche de flammes et de feux d'artifice. La fosse répond extrêmement bien puisque les premiers slams apparaissent immédiatement - un membre de la brigade des Désoiffeurs (le personnel qui se balade dans la fosse avec un fût de bière) va même être porté par le public. Sabaton va tout simplement dérouler une avalanche de tubes et mettre tout le monde d'accord. Les Suédois auraient pu proposer une version plus light de leur Legendary Tour, mais le show proposé ce soir est assez différent : les deux premiers titres n'avaient pas été joués (si on veut vraiment chipoter, "Ghost Division" était sur la dernière tournée interprété par le Legendary Orchestra en première partie), et l'écran géant est utilisé pour afficher des animations. Mais la bonne surprise vient du Legendary Choir qui apparaît dès les premières chansons. Lors de la tournée précédente, les choristes qui officiaient au sein du Legendary Orchestra arrivaient à partir de la moitié du set alors que là, ils donnent très vite une autre dimension au show et sont sublimés grâce au mix très agréable. "Templars" est encore plus épique et le public a même le droit à la version française de "I, Emperor", d'abord scandée par le chœur puis par le personnage de Napoléon. Le groupe a décidé de gâter le public français, car l'empereur joué par Raphaël Lecat n'est sur scène que pour les trois dates françaises. Il viendra asticoter le public qui ne se prive pas de chanter deux fois la Marseillaise comme à Lyon et Paris en hiver dernier. Le maître d'orchestre de ces cadeaux est bien sûr Pär Sundström le bassiste qui, sur ses appuis, n'est pas avare en sourires.

Autre bonne surprise, l'ajout de "The First Soldier" dans la setlist avec un lightshow très bleu, blanc, rouge. Sabaton a bien compris une chose : il faut tout faire pour mettre le public dans sa poche et ne pas hésiter à le faire beaucoup participer. Proposer une version karaoké de "Templars", ça c'est fait, demander d'illuminer l'amphithéâtre avec les téléphones pour qu'il devienne un sapin de Noël géant, check. Et c'est ça qu'on aime aussi chez Sabaton, cette spontanéité et cette joie indescriptible sur scène. Certes, il y a une production et une direction artistique énormes, mais les musiciens se montrent aussi parfois comme cinq gamins qui veulent essayer leurs jouets. Que dire de Joakim Brodén qui enfume tout le monde, même l'entrejambe de Chris Rörland sur "The Attack of the Dead Men", et de la batterie de Hannes Van Dahl qui crache du feu ? Cela fait tellement plaisir de voir des sourires sur les visages de chaque membre du groupe. Quel plaisir de retrouver la folie de Thobbe Englund, le guitariste avait quitté le groupe entre 2016 et 2024. Cela fait quand même deux ans mais le pauvre se fait toujours bizuter puisque Hannes explique lors d'une petite pause, que le guitariste est parti en loges se faire faire un examen de la prostate.

Le Heavy Week-End en prend plein les yeux du début jusqu'à la fin, et même pour un "simple" festival, le groupe sort le grand jeu. Certes, l'énorme château n'est pas là, point de passerelle ou de personnages (sauf Napoléon), mais la pyrotechnie est au rendez-vous sur tout le set avec un climax sur "Night Witches" et ses feux d'artifice qui vont et viennent entre le sol et le plafond. Sabaton peut aussi compter sur ses compositions fédératrices. Avec un peu recul, ce ne sont pas des titres complexes et ils sonnent souvent comme du déjà-vu, mais c'est un plaisir coupable que d'entonner les "oh oh oh" de "Swedish Pagans" et de siffler l'introduction de "To Hell and Back". Et comme si cela ne suffisait pas, le groupe sera le seul à déborder des horaires. En effet, alors que tous les concerts de la journée se sont achevés à l'heure précise (ou même un peu avant), Sabaton offre dix minutes supplémentaires au public, qui quitte l'amphithéâtre après une journée bien remplie, avec le sentiment que les Suédois ont vraiment été généreux.

Sabaton Setlist Heavy Week-End, European Summer 2026

Crédit photos : Delphine Martin - Des photos au Poil. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe. 



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