Pas le temps de se remettre de la claque du vendredi et du samedi que le Heavy Week-End nous propose un dimanche sous le signe du core, entre electrocore et metalcore. Le soleil brille et la météo est vraiment au beau fixe, comparé aux deux autres jours. Moins de monde dans les allées : la tête d'affiche attire sûrement moins que Gojira. Pour autant, le show s'annonce assez énorme.
Shaârghot - 17h30
C'est la petite inquiétude du dimanche : Shaarghôt en plein jour à 17h30, un peu bizarre pour un groupe pour qui l'obscurité est une seconde peau. Cet adage est tellement vrai que Skarskin, la marionnette du groupe vient même appliquer de la peinture noire au premier rang de la fosse. Avant même la venue des Français, l'univers est déjà posé avec un décor steampunk impressionnant et de la fumée verte (malheureusement dissipée par le vent). Dès son entrée, le groupe donne le ton : ce dimanche sera cardio dans la fosse, et sans attendre le public répond avec circle pit et wall of death, le tout bien encouragé par le chanteur au surnom éponyme. Ça saute à gauche, à droite, ça slamme, ça s'accroupit pour bondir ensemble. Pour ceux qui attendaient un peu avant de s'échauffer, c'est raté. C'est tout simplement un joyeux bordel organisé, autant dans la fosse que sur scène. Le chanteur parcourt la scène et B-28, le percussionniste, se meut tel un serpent avec des chorégraphies félines quand il ne frappe pas ses instruments (littéralement, puisqu'un clavier midi portable passera un sale quart d'heure).
C'est peut-être un peu fouillis parfois, impression renforcée par les costumes et le maquillage intégral noir des membres du groupe. De loin, en plein jour, avec la fumée, il est difficile de voir ce qu'il se passe sur scène mais cela donne une atmosphère assez sombre qu'il faudra absolument voir en petite salle. Mais chaque membre est posté sur un promontoire ce qui permet de bien voir les différents instrumentistes. Comme pour accentuer l'univers malsain de Shaarghôt, des petits moucherons sont de la partie en gradins. Niveau prestation, on oscille entre le grand guignol d'Alice Cooper avec une distribution de billets et une exécution de figurant, et Slipknot (les masques et les percus y sont pour quelque chose) et pour un groupe d'ouverture, la barre est placée très haut. La direction artistique est assumée et très originale, ce qui fait sortir le groupe du lot et présente un réel intérêt même lors d'un set de festival de 40 minutes. Leur electrocore est très énergique et fleurte parfois avec l'indus de Rammstein mais avec une singularité particulière. Il est intéressant de noter que, si beaucoup de groupes comme Trivium ou Dominum ont fait l'effort de s'exprimer en français, Shaarghôt reste dans le personnage et parle en anglais, appelant la foule "shadows". Voilà encore une journée qui commence très très bien avec un échauffement qui avait plus l'air d'un HIIT que d'étirements.
Ice Nine Kills - 18h30
A en juger par les t-shirts portés pendant tout le week-end, Ice Nine Kills était attendu. Il faut dire que leur metalcore influencé par les films d'horreur ne passe pas inaperçu. Et dès le début du set, un Hannibal Lecter est amené sur scène, en camisole. On pense de suite au côté cinématographique et grand guignolesque d'Alice Cooper, qui s'était produit il y a deux ans. C'est simple, pendant une heure, les Américains vont faire leur cinéma, le tout avec un show vidéo rappelant la bonne époque des VHS et des locations de film. La nostalgie fonctionne à merveille, renforcée par la recréation de différents meurtres célèbres du cinéma : le policier se fait manger par Hannibal sur "Meat and Greet", "Wurst Vacation" rend hommage à Hostel, le public a même le droit aux cascades de Matrix avec "The Great Unknown" ou à la scène de la douche de Psychose avec "The Shower Scene". Le point culminant est certainement "Art of Work" avec la venue du clown Art tiré du film Terrorizer. Il passe par tous les instruments et n'oublie pas de faire une césarienne avec une tronçonneuse pour en extraire un bébé et le faire tourner façon lasso avec le cordon ombilical. C'est terrifiant et peut-être un peu trop - bon nombre d'enfants sont dans l'assistance (notamment pour assister à Electric Callboy) et certaines scènes peuvent choquer, comme l'assassinat de Paul (Jared Leto) dans American Psycho.
Forcément le maître de cérémonie (et responsable de ces crimes en série) est le chanteur Spencer Charnas qui se montre très charismatique à la fois dans son jeu d'acteur mais aussi au chant. Il nous fait même la surprise d'inviter Alissa White-Gluz sur "Twisting the Knife" et "A Work of Art". Elle non plus n'échappera pas à son sort, se faisant assassiner par le tueur au masque de Scream. Le metalcore de Ice Nine Kills fonctionne très bien et les explorations musicales à base de charleston et de cuivres sur "Ex-Mortis", "The Laugh Track" et "Hip to Be Scared" sont les bienvenues, mais malheureusement le mixage ne permet pas d'entendre la trompette et le trombone. Il faut dire que le son met en avant la double grosse caisse de Patrick Galante et couvre un peu tout même les soli de Dan Sugarman. Mais peu importe, le public réagit très positivement à la prestation du groupe, que ce soit physiquement avec deux circle pits simultanés ou un wall of death, ou en donnant de la voix. Il faut dire que l'alternance gros riffs metalcore sur les couplets et refrains fédérateurs fonctionne à merveille. Après Shaarghôt, il fallait un groupe qui rivalise d'énergie et d'intelligence et les programmateurs ne se sont pas trompés. L'univers cinématographique est extrêmement plaisant, bien retranscrit, à la fois dans la musique, les paroles et sur scène. Avec deux premières parties de qualité, le public est déjà rassasié, mais ce n'est pas fini.
Three Days Grace - 20h00
Alors que les deux premiers groupes versaient dans un hardcore récent, voilà que s'avance Three Days Grace, l'un des groupes les plus expérimentés du week-end. Les fans ont répondu présent et on peut d'ores et déjà leur décerner la palme du public le plus fidèle du festival. C'est bien simple, le groupe donne l'impression de n'avoir composé que des tubes, tant le public chante du début jusqu'à la fin. Même les personnes dans les gradins, même le simple spectateur qui passe chercher sa bière, tous connaissent la moindre parole. Le retour d'Adam Gontier dans le groupe fait du bien car son duo vocal avec Matt Walst électrise les foules, même si on le sent plus fragile que ce dernier. L'autre membre du groupe qui attire l'attention, c'est Barry Stock avec son look de ZZ Top, il est extrêmement solide et délivre des soli mémorables avec une collection impressionnante de guitares Iceman d'Ibanez, à en faire pâlir Paul Stanley. L'harmonie au sein du groupe est plus que palpable avec de très beaux arrangements vocaux et une camaraderie qui atteint son paroxysme lorsque Adam évoque son départ du groupe. Il en profite pour rendre hommage à Matt Walst qui a repris le flambeau pendant son absence. La cohésion se sent aussi au sein du public qui, certes, est moins violent que pour les deux premiers groupes, mais qui lève les mains, applaudit et oui, quand même, parfois lance un petit circle pit et quelques pogos. On retrouve quand même une énergie punk notamment sur "Break" et la fosse saute en rythme sur "The Good Life".
En focalisant la setlist sur One-X, le groupe fait mouche avec des tubes comme "Never Too Late" "Animal I Have Become" ou le titre final "Riot". Ce dernier est une vraie explosion avec flammes et projections, mais malgré toute cette débauche d'énergie, l'ambiance reste quand même bonne enfant. Le groupe jouit d'un statut particulier, comme un groupe qu'on aurait découvert dans l'adolescence et qu'on aurait suivi avec une certaine affection. D'ailleurs certaines harmonies ou certains riffs rappellent le rock et le metal du début des années 2000 : on pense à The Offspring pour l'énergie punk de "Break" ou même Simple Plan sur "Time of Dying". Le set est relativement bien construit avec des titres plus rentre-dedans comme "Painkiller" mais aussi de belles respirations avec les couplets de "I Hate Everything About You" ou "Never Too Late". On est bien loin des blast beats des groupes précédents, et parfois le kitsch de la fin des années 90 reprend un peu le dessus notamment avec les éclairages assez girly de "Just Like You", mais les refrains addictifs nous rattrapent vite et le public se laisse embarquer par cette usine à tubes. Après deux groupes metalcore parfois exigeants, cette respiration / madeleine de Proust fait du bien et met tout le Heavy Week-End de bonne humeur pour se préparer à Electric Callboy.
Electric Callboy - 22h00
Musique kitsch dispensée par le DJ Mathieu David (qui est passé par la Grosse Radio soit dit en passant), déguisements des années 80, le contraste entre Shaarghôt et l'ambiance d'avant concert de Electric Callboy est impressionnante. La tête d'affiche de ce dimanche tranchait assez avec le reste de la programmation de la journée et celle du reste du week-end. Mais nous allons voir que les Allemands n'ont pas volé leur statut de stars. Certes, il y a moins de monde que pour Gojira en gradins, mais c'est tout simplement parce que une bonne partie du Zénith a décidé d'aller dans la fosse pour faire la fête. D'entrée de jeu, Electric Callboy amène bonne humeur, électro et gros metalcore. Alors c'est certes pas du goût de tout le monde tant la direction artistique est très Tomorrowland mais il est impossible de passer à côté du joyeux bordel qui se passe sur scène et dans la fosse. Dès "TANZNEID", les grosses basses évoquent les rave parties tandis que les gros breaks metal font se casser les nuques. C'est un peu comme assister à un cours de gym de Véronique et Davina avec les frères Cavalera. Les chanteurs Kevin et Nico parcourent la scène, et tout le groupe participe aux chorégraphies millimétrées. Dans la série WTF plaisant, "Tekkno Train" permet à toute une fosse de faire le "tchou tchou" du petit train, "Mind Reader" déclenche non pas un ni deux mais trois circle pits. Et pourtant l'ambiance reste tellement bon enfant, et pas mal de gamins sont sur les épaules de leurs parents. L'Eurovision n'est pas loin dans la DA et certains refrains, mais Michel Drucker serait largement choqué par quelques riffs comme ceux de "RATATATA". Sur ce titre, le public explose littéralement.
Le groupe a décidé d'achever le public tant la setlist est intense. Heureusement que "Hypercharged" vient un peu calmer tout le monde, tout comme la sublime version de "Everytime we Touch". A l'origine, cette chanson de Cascada est assez kitsch mais le début au piano puis la montée hardcore transforme le titre en quelque chose de lunaire. C'est ça la force des Allemands : mettre en conflit deux univers très éloignés : l'eurodance allemande et le metalcore. Comme si ça ne suffisait pas, Electric Callboy n'est pas avare en effets lumineux et physiques. Tout y passe, des jets de flamme aux étincelles en passant par des canons à fil. Seul bémol : le set d'Electric Bassboy alias Daniel Klossek qui quitte sa basse pour mixer quelques titres de Drowning Pool et Blink-182. Le groupe rend aussi hommage au punk de Sum 41 avec "Still Waiting" et ça tombe bien puisque ce n'est autre que Frank Zummo qui officie derrière les fûts. Dommage que celui-ci soit un peu caché par la batterie mais même si on ne le voit pas tellement, on l'entend bien et c'est un délice de le voir alterner entre gros blast beats et rythmes "four to the floor" électro. Le groupe termine par "Spaceman" et "We Got the Moves" (avec de très subtils phallus en néon projetés sur le grand écran) et un déluge de feux d'artifice. Alors que certains pouvaient froncer un peu les sourcils au départ, il fallait clairement être dans la fosse pour être témoin de ce kiff intersidéral que représente un concert d'Electric Callboy. Après un week-end intense à heabanguer, slammer, pogoter et enchaîner les concerts, les tubes du groupe ont remis une couche avec la plus grosse séance de cardio du festival. Le public voulait faire la fête comme à la fin d'un grand événement, et le contrat est rempli.
C'est par cette prestation haut en couleur que se termine le Heavy Week-End. Troisième édition et troisième réussite. On est certes loin de la version "old school" de la première fois, la programmation est plus heavy et plus diversifiée mais le sentiment qui domine est celui de la fierté de voir une entreprise assez audacieuse : celle de proposer un festival dans un marché qui est déjà assez important géographiquement. En effet, à quatre heures de route maximum se trouvent le Graspop, Alcatraz, le Rock am Ring et le Rock am Park, sans compter que les festivals Hellfest ou même Wacken peuvent largement être accessibles en train. Mais ce format de week-end est un statut particulier : une seule scène et donc pas de choix cornélien ni de kilomètres pour alterner d'un groupe à l'autre. Petit à petit, on sent que le festival fait des efforts entre le cashless, le format fosse/gradins très appréciable, le Wi-Fi et l'offre de restauration. L'édition 2007 a déjà été annoncée pour le 4, 5 et 6 juin et nous y serons sans faute !
Crédit photos : Delphine Martin - Des photos au Poil//GregH Photographer/GDP. Toute reproduction interdite sans l'autorisation des photographes.
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