Elder – Through Zero

Vingt ans déjà qu’Elder suit son chemin singulier, entre stoner, heavy psyché et élans progressifs. Le groupe américain désormais basé en Allemagne a profité de sa tournée 2025 et de quelques sessions hivernales aux studios Big Snuff à Berlin pour donner vie à son septième opus, quatre ans après Innate Passage.

Six titres, 53 minutes de musique: Elder continue de cultiver l'art des longues compositions et des voyages sonores au long cours. Dès les premières secondes, la basse de Jack Donovan s'impose comme le véritable fil conducteur de l'album. Ronflante, claquante, elle ouvre « Sigil to Ruin » avant même que les guitares de Michael Risberg et du frontman Nick DiSalvo ne viennent la rejoindre. Les riffs s'élèvent, tournoient et entraînent l'auditeur dans leur élan. Porté par une rythmique aussi dynamique qu'inspirée, le morceau alterne immersion contemplative et énergie bondissante, entre deux syncopes et virages rythmiques.

Sur ce nouvel opus, Elder pousse encore plus loin son travail sur les textures. Les synthés occupent une place plus importante et les effets, plus marqués, enrichissent des mélodies et des atmosphères particulièrement évocatrices.

Le groupe continue d'explorer ce son seventies entre rock psychédélique, heavy rock, stoner et metal progressif. Les riffs massifs côtoient des lignes plus aériennes, les changements de rythmes surgissent là où on ne les attend pas et les motifs de guitare se transforment souvent en boucles hypnotiques. Une véritable démonstration, où chaque musicien devient à tour de rôle le pilote de cette odyssée sonore soignée à la production par Richard Behrens. Le mix semble moins compressé que par le passé, mettant en valeur chaque instrument et toutes les nuances des compositions.

Mais la véritable surprise de ce cru 2026 réside dans le traitement de la voix de Nick DiSalvo. Longtemps reléguées légèrement en retrait sur les précédents albums, les lignes vocales du frontman occupent désormais le devant de la scène. Un nouvel équilibre qui fonctionne extrêmement bien et apporte une dynamique supplémentaire à l'ensemble.

La démonstration est éclatante sur « Capture / Release ». Derrière une virtuosité et un travail d'orfèvre typiquement progressifs, le morceau affiche une luminosité et une accessibilité remarquables. Elder y conjugue densité et légèreté avec aisance. Les lignes vocales accrocheuses et les mélodies immédiatement mémorisables donnent envie de reprendre chaque refrain en chœur. Toujours présente en filigrane, la basse de Jack Donovan guide l'auditeur à travers ces paysages progressifs, et le refrain, absolument imparable, élève le single au range de candidat évident au titre de hit prog de l'été.

« Through Zero » poursuit sur cette lancée avec un sens du mouvement absolument magistral. Les transitions s'enchaînent avec une fluidité déconcertante tandis qu'un groove insolent s’impose. De superbes lignes de guitare viennent se poser sur une basse virevoltante. Elder mêle ici ses racines stoner à de délicates touches atmosphériques, tandis que le chant clair de Nick DiSalvo, toujours bien mis en avant, ajoute une touche d’intention pleine d’énergie. Derrière les fûts, Georg Edert livre également une prestation particulièrement affirmée. Son jeu riche et dynamique, participe pleinement au voyage. Le groupe construit progressivement un schéma circulaire fascinant jusqu'au retour du riff initial, répété presque jusqu'à l'hypnose.

Elder band 2026
Photo : Leon de Backer

Cette logique de mouvement permanent trouve son apogée avec « Strata », véritable pièce maîtresse de l'album. L'enchaînement avec le titre précédent relève du grand art. D'abord léger, le morceau se construit comme un immense crescendo. Les riffs se durcissent progressivement, la tension monte et un superbe solo de guitare vient illuminer l'ensemble. Les changements de rythme qui surviennent vers 3 min 50 puis surtout à 8 min 03 portent de véritables déflagrations sonores. La basse virevolte, des touches de guitare acoustique apparaissent ici et là, tandis que les claviers enrichissent encore la palette sonore, évoquant par instants les grandes heures d'Opeth. Tout y est : la richesse, la beauté, la sophistication progressive. Difficile de ne pas imaginer ce morceau devenir un moment fort des futurs concerts du groupe.

La fin cosmique de « Strata » se fond délicatement dans « Sight Unseen », sans doute le morceau le plus ouvertement seventies de l'album. Elder y propose de vastes pérégrinations cosmiques baignées de space rock et de psychédélisme. Pourtant, derrière cette apparente douceur, la tension ne cesse de monter. À partir de 6 min 49, le groupe délivre une impressionnante déferlante de riffs massifs. Cette outro est tout simplement monstrueuse : la section rythmique avance comme un mastodonte et les riffs pachydermiques appellent irrésistiblement au headbang avant de s'évanouir dans une conclusion éthérée menant au tout dernier acte de l’album.

Le final « Blighted Age », tout en subtilité et en délicatesse, est porté par quelques accords de guitare acoustique devenant rapidement un leitmotiv hypnotique. Un dialogue entre piano et guitares s’entame, les effets atmosphériques rendent l'ensemble doux, tendre et élégant. Pourtant, le morceau peine à véritablement décoller. C'est sans doute là le seul véritable bémol de ce magistral Through Zero : son incapacité à se conclure sur un moment vraiment puissant ou mémorable. Citons quelques fins d'albums monumentales comme « Spirit of Aphelion » sur Lore en 2015 ou « Thousand Hands » à la fin de Reflections of a Floating World deux ans plus tard.

Plus lumineux, plus ouvert et plus immédiatement accrocheur que certains de ses prédécesseurs, ce foisonnant Through Zero confirme les Américains parmi les références incontournables de cette scène heavy psyché. Avec quatre titres forts, très forts, une apogée mémorable, et une fin qui ne manque pas de qualités mais se révèle un peu moins marquante, le groupe propose une nouvelle fois des montagnes russes d’émotions. Et livre une expérience d’écoute qui en laissera plus d’un époustouflé, intrigué, captivé, et certainement décidé à se plonger dans un nouveau voyage au pays d’Elder.

Une nouvelle pépite à ajouter à la discographie nourrie du combo, que le public français pourra découvrir en live très bientôt : Elder se produira au Hellfest ce 18 juin, dans le cadre d'une tournée d'été des festivals. Pour goûter à Through Zero en salle plus intimiste, il faudra attendre le début d'année prochaine et l'unique halte française d'une grande tournée européenne, au Trabendo (Paris) le 21 février 2027. Elder sera accompagné en première partie du quatuor de rock psychédélique néerlandais Temple Fang.

Elder EU Tour 2027

Tracklist Through Zero :

1. Sigil To Ruin
2. Capture/Release
3. Through Zero
4. Strata
5. Sight Unseen
6. Blighted Age

Through Zero, nouvel album de Elder, est déjà disponible ici.

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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