Misanthrope – Embrasement

Malgré les nombreuses sorties de qualité proposées par Misanthrope ces dernières années (dont les marquants Death Ascent, Les Déclinistes ou encore le troisième volume du projet parallèle Argile), il aura fallu patienter presque une décennie pour que le quatuor propose un nouvel album studio constitué de compositions originales. Il faut dire qu’avec Alpha X Omega, Misanthrope avait placé la barre très haut et qu’il était difficile d’imaginer de nouvelles compositions rivaliser avec leur dixième album. Prenant leur temps durant presque une décennie en peaufinant leur art, S.A.S de l’Argilière et ses comparses ont ciselé chaque note et chaque mot d’Embrasement, pour en faire en bons bâtisseurs une nouvelle pierre angulaire de leur discographie.

Si Spleen Angel, le dernier opus d’Argile, nous avait montré une grande diversité dans le propos, Embrasement se détache largement de son alter-ego, lorgnant plus du côté de l’efficacité d’un Misanthrope Immortel, avec ses sonorités rappelant l’école death mélodique suédoise (« Ancrage »), et ce dès le titre d’ouverture, « Le Diagnostic des Aiguilles ». Pourtant, la formation ne cède jamais à la facilité, proposant des riffs certes efficaces mais où la technicité de la paire de cordistes Jean-Jacques Moréac (basse) / Anthony Scemama (guitare) force le respect (et évoque parfois à la façon dont tricotent John Petrucci et John Myung de Dream Theater sur « Trismégistes » ou l’unisson de « L’Affrontement »). En effet, le bassiste est en feu sur l’ensemble de l’album (« Comtesse Vampyr »), et notamment sur l’instrumental « Aube Nouvelle » qui ferme ce nouveau chapitre, laissant même entrapercevoir l’influence de Cliff Burton sur son jeu (on songe largement à « Orion » sur cette composition).

Les discrètes lignes de claviers (par ailleurs jouées par les deux musiciens sus-nommés) ne viennent jamais alourdir inutilement le propos et rappellent l’héritage de la période 97-2003 du combo (« A Nos Fils Vainqueurs »). Embrasement s’éloigne des sorties « récentes » du groupe (Alpha X Omega et Aenigma Mystica), plus posées, proposant ici une musique pleine de rage, de colère et d’envie (« Helloïse », « Rapaces », « Embrasement »), comme si le fait d’avoir revisité récemment leurs jeunes années (à travers Death Ascent ou Les Déclinistes notamment) leur avait fait retrouver cette hargne parfois mise de côté. Cette dernière est d’ailleurs bien illustrée par les parties de batterie de Gaël Féret, impressionnant de précision, d’autant plus lorsque l’on sait que le musicien souffre d’une maladie neurologique, qui ne semble pas (à l’écoute de l’album) affecter la puissance et la qualité de son jeu (« Edificateur de l’Anjou »).

Le talent et l’identité de Misanthrope s’expriment également à travers la plume de S.A.S de L’Argilière, qui propose des textes toujours très travaillés (« Trismégistes », « Le Couvent des Maudites »), bien mis en valeur par le chant toujours habité du leader de la formation. Il se permet de nombreuses références aux textes passés du groupe (notamment à « Matador de l’Extrême » sur « Sous Moi Coule Le Léthé ») assurant la continuité du concept des voyages d’Alceste de Haine, abordé depuis les débuts du groupe (et sa fin ? Les dernières lignes de « L’Affrontement » ne laissent que peu de doute à ce sujet…). Sur la forme, S.A.S de l’Argilière trouve d’ailleurs un très bon équilibre entre vocaux growlés et lignes mélodiques (le refrain de « Sous Moi Coule Le Léthé ») sans oublier le chant plaintif (« Comtesse Vampyr ») qui fait sa signature, tout en se faisant moins théâtral qu’à l’accoutumée.

Dans l’ensemble, il faut plusieurs écoutes pour apprivoiser cette nouvelle œuvre très homogène et peut-être moins accessible que les deux opus précédents du quatuor. La musique de Misanthrope est toujours dense, exigeante et rarement immédiate, même si les excellents « Edificateurs de l’Anjou » ou encore « Comtesse Vampyr » (intelligemment dévoilé en premier « single »), constituent une très bonne porte d’entrée par leur côté diablement efficace et accrocheur. Mais une fois cette phase d'apprivoisement dépassée, chaque note de ce nouvel album se révèle à sa place, pleinement mûrie après près de dix ans de gestation.

Le défi est relevé : Misanthrope parvient à proposer un digne successeur à Alpha X Omega et prouve que près de 40 ans après ses débuts, le combo a encore le feu sacré… et le portera jusqu’à l’Embrasement généralisé de la scène !

Tracklist :

Le diagnostic des aiguilles
Helloïse
Édificateur de l’Anjou
À nos fils vainqueurs
Rapaces
Trismégiste
Ancrage
Embrasement
Comtesse Vampyr
Le couvent des maudites
Sous moi coule le Léthé
L’affrontement
Aube nouvelle

Sorti les 29 mai chez Holy Records
Photos promotionnelles : DR

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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