Sepultura – The Mediator Between Head and Hands Must Be the Heart

Coup de médiator concis pour titre à rallonge
 

Qui suit Sepultura de près est habitué à être concis. Après s’être affranchi de barrières musicales, le groupe brésilien revient à la charge avec un album au titre original : The Mediator Between Head and Hands Must Be The Heart. Sorte d’enfant illégitime d’une union bâtarde entre Roots et A-Lex, ce nouvel album montre un groupe toujours créatif avec la même volonté d’aller de l’avant, le tout dans une ambiance mystérieuse et oppressante. Andreas Kisser et sa bande n’ont pas fini d’étonner.

Sepultura, où l’histoire incroyable du groupe qui a tourné le dos au succès après y avoir goûté. Après avoir explosé au sommet de sa carrière en 1996 après le départ d’un des leaders et membres fondateurs, Max Cavalera, le groupe a persévéré en expérimentant avec plus ou moins de réussite des mélanges divers sur ses albums. Avec Kairos, sorti en 2011, on pouvait croire à un retour aux sources avec un album qui draguait les fans de la première heure, avec des titres plus directs.

Mais, en 2013, coup de théâtre, Sepultura ressort alambics et tubes à essai pour créer The Mediator Between Head and Hands Must Be The Heart, fruit d’une union stylistique improbable : l’ambiance lourde et opressante d’A-lex (2009) avec les aspects tribaux et oppressants de Roots (1996). Si le second a connu un succès phénoménal à l’époque, Sepultura prend quand même les fans à contrepied avec ces influences qui n’ont pas fait l’unanimité.

Malgré ce mélange curieux sur le papier, le groupe s’en sort avec les honneurs en offrant des compositions originales et variées. En effet, comment marier le bruitiste et épuré « Trauma of War » avec le touffu et inquiétant « The Vatican » ? ou bien l’émouvant « Grie » et le malsain « The Bliss Of Ignorants » ? Nul ne sait, sauf le génie Andreas Kisser qui arrive à marier violons et percussions tribales sur le même disque sans que cela ne fasse désordre. Les compos peuvent être simples et efficaces (« Tsunami », « Obsessed ») ou alambiquées (« The Vatican », « The Age of The Atheist »), mais sont toujours cohérentes.

En revanche, comme sur A-lex, l’écoute requiert un effort de l’auditeur. Les points d’accroche sont peu nombreux et le son sert plus le propos de l’album que l’oreille de l’auditeur. Imprécis et dense, le rendu sonore privilégie les aspects étouffants et oppressants, avec une saturation de la basse et du chant omniprésente et la présence de claviers peu avenants. Sepultura ne fait pas dans le sexy. Sepultura est sale et pue l’asphalte même quand il s’aventure dans la jungle.

Sepultura

Mais Sepultura n’est pas insensible non plus. On retiendra notamment le titre « Grief », qui montre un Derrick Green impressionnant au chant clair, dans un titre porté par l’énergie du désespoir, calme morbide et rage contrôlée. Le groupe sait également se faire destructeur avec « Impending Doom » et « Tsunami », titres directs et pachydermiques.

Côté performance musicale, on peut s’attarder sur le petit nouveau, Eloy Casagrande, qui avait impressionné nombre de fans sur scène lors de son arrivée dans le groupe en 2011. Sa performance à la batterie est impressionnante de maîtrise, sur les parties brutales comme sur les parties tribales, à en faire pâlir Igor Cavalera, membre fondateur de Sepultura qui s’était illustré dans ce domaine. Pendant que la basse saturée de Paulo Xisto suit la mesure avec une régularité métronomique en servant avant tout les compos, le maestro Andreas Kisser enchaîne riffs typiquement thrash et autres plus bruitistes, en ponctuant ses compos de solos improbables dont il a le secret. Si le son rugueux sert la musique avant les musiciens, leur travail n’est pas factice.

En 2013, Sepultura continue donc son bonhomme de chemin. Fini le thrash classique des années 80/90 et le retour aux sources de Kairos, place à la créativité sombre et repoussante qui avait fait le sel d’albums comme Dante XXI ou A-lex. Sepultura avance et ne force personne à le suivre. Une intégrité artistique à saluer, comme la réussite de The Mediator Between Head and Hands Must Be The Heart, qui plaira à  qui sera d’humeur aventureuse.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



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