Alice Cooper + My Own Ghost à la Rockhal (Luxembourg, 08.07.2026)

Par ces fortes chaleurs du mois de juillet, nombreux sont ceux qui cherchent un peu de fraîcheur dans les salles de concert climatisées. Pourtant, choisir Alice Cooper comme refuge n'était peut-être pas la meilleure idée. Dès les premiers instants, l'atmosphère devient étouffante, non pas à cause du thermomètre, mais sous l'effet de l'excitation qui envahit progressivement la Rockhal. Dans une salle quasiment pleine, toutes les générations se côtoient : des fans ayant découvert le maître du hard rock dans les années 70 aux plus jeunes venus contempler une véritable légende vivante.

My Own Ghost

Avant de pénétrer dans l'univers du maître, c'est un groupe local qui a la lourde responsabilité de lancer les festivités. Ouvrir pour Alice Cooper n'a rien d'un cadeau. Face à un public venu principalement pour la tête d'affiche, le moindre faux pas peut être fatal. Fondé en 2013 autour de la chanteuse Julie Rodesch et du guitariste Phil Bock, le quintette s'est progressivement imposé comme l'un des groupes les plus prometteurs de la scène rock luxembourgeoise. Composé de musiciens issus du Luxembourg, de France et d'Allemagne, le groupe incarne parfaitement le caractère transfrontalier de la Grande Région. Cette tournée avec Alice Cooper représente une véritable consécration d’autant plus que les musiciens jouent « à domicile »

Dès les premières notes, le groupe choisit une stratégie intelligente. Plutôt que de chercher immédiatement l'impact maximal, les premiers morceaux installent progressivement l'ambiance. Les mélodies prennent leur temps, laissant la voix chaleureuse de Julie Rodesch attirer naturellement l'attention d'un public encore en train de gagner sa place.

Petit à petit, la machine s'emballe : les guitares gagnent en mordant, la batterie accélère le rythme et les nombreux samples électroniques viennent enrichir des compositions particulièrement accrocheuses. A la croisée des mondes entre Evanescence et Amaranthe, My Own Ghost possède une identité similaire et suffisamment assumée pour entraîner l’approbation des spectateurs qui les découvre. Le groupe alterne entre passages aériens et refrains puissant, soutenus par une rythmique solide.

Sur scène, malgré un espace forcément réduit, les cinq musiciens occupent chaque mètre carré disponible. Les échanges entre les guitaristes dynamisent constamment le spectacle tandis que Julie Rodesch multiplie les déplacements et encourage régulièrement le public à participer. Son énergie communicative finit rapidement par gagner une assistance plutôt curieuse, quoiqu’un peu timide. Mission accomplie.

Alice Cooper

La venue d'Alice Cooper au Luxembourg s'inscrit dans la tournée Alice's Attic, un spectacle entièrement repensé qui accompagne la sortie de son dernier album. La tournée est d'ailleurs passée par le Hellfest quelques jours auparavant. Si les grands classiques restent incontournables, cette nouvelle production promet plusieurs tableaux inédits et une scénographie revisitée, tout en conservant l'ADN macabre qui a fait la réputation de d’Alice Cooper depuis plus de cinquante ans.

Dès les premiers morceaux, on enchaîne les classiques avec "Spark in the Dark", "No More Mr. Nice Guy" ou "Billion Dollar Babies" et sa pluie de billets à l’effigie de la star du jour. Puis on remarque que plusieurs tableaux ont été entièrement revus. Les fans les plus fidèles retrouvent immédiatement les codes de l'univers Cooper, mais découvrent également une scénographie renouvelée. Le premier grand moment intervient sur "Muscle of Love". Rarement mis en avant ces dernières années, ce classique retrouve une nouvelle jeunesse. Les jeux de lumière et l’utilisation du grand écran soulignent parfaitement l'atmosphère rétro du morceau.

Ce qui frappe tout au long du concert, malgré les nouveaux tableaux qui sont appréciables, c’est qu’il n’y a aucun morceau du nouvel album. Alice Cooper privilégie les classiques qui ont construit sa carrière, hard rock mais pas que, puisque le maître du shock rock a exploré divers genres durant toutes ces décennies. Ce n’est pas pour déplaire au public mais on aurait aimé un peu de nouveauté. Cela rend le spectacle un peu plat et prévisible.

Le morceau "Dirty Diamonds" offre une véritable palette de tout ce que le groupe sait faire en mettant successivement chacun des quatre musiciens sous les projecteurs. Là encore, tout semble réglé au millimètre. Aucun déplacement n'est laissé au hasard, chaque éclairage accompagne les interventions des instrumentistes avec une précision presque théâtrale. Si Alice Cooper reste évidemment le centre du spectacle, son groupe constitue depuis longtemps une véritable machine de guerre. A mi-concert, le public est déjà plus que ravi. Ryan Roxie et Tommy Henriksen multiplient les échanges de guitares avec une complicité évidente. Chuck Garric assure une présence constante à la basse tandis que Glen Sobel derrière ses fûts, impose une frappe aussi puissante que précise.

L'une des principales nouveautés de cette tournée réside également dans l'arrivée d'Anna Cara à la guitare. Choisie pour succéder à Nita Strauss par Nita Strauss elle-même, la jeune musicienne avait suscité beaucoup de curiosité avant le début de la tournée. À seulement vingt-deux ans, elle relève pourtant bien le défi, malgré une certaine timidité. Après "Poison", Alice Cooper lui laisse même entièrement la scène. Seule sous les projecteurs, elle enchaîne un solo à la fois mélodique et démonstratif. Sans chercher à imiter sa prédécesseure, elle impose rapidement sa propre personnalité. Un belle promesse.

Sur "Brutal Planet", chacun y va de son petit solo, même Glen Sobel. Pendant ce temps, Alice disparaît et revient ligoté, pour "Ballad of Dwight Fry". Les spectateurs savent que le spectacle touche à sa fin. On enchaîne alors les tableaux les plus mythiques du groupe : la camisole, l’apparition de Calico, la fille d’Alice, la traditionnelle scène de la guillotine, un incontournable puis la cloche de "School’s Out". Alors que l’on pense le concert fini, Alice nous surprend avec , en guise de final, une reprise "Smells Like Teen Spirit" de Nirvana. L'espace d'un instant, deux générations du rock se rencontrent dans un final aussi festif qu'improbable.

À 78 ans, Alice Cooper continue de donner une leçon à une bonne partie de la scène rock actuelle. La tournée Alice's Attic prouve surtout qu'il est encore possible de faire évoluer un show mythique sans le dénaturer. Les nouveaux tableaux apportent suffisamment de fraîcheur pour surprendre les habitués, tandis que les grands classiques restent les temps forts que chacun est venu retrouver. On pourra peut-être reprocher au groupe un peu moins d’effets et de jeux scéniques et l’absence des nouveaux morceaux, mais quand on observe la satisfaction sur les visages des spectateurs, le pari est largement réussi. Alice confirme son statut d’un des plus grands showman de l’histoire du hard rock.

Crédit photo : Delphine Martin - Des Photos au Poil. Reproduction interdite sans autorisation de la photographe.



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