Après plus de vingt ans à défendre un heavy metal fidèle à ses racines, Stonecast revient avec Expand Crimson Chaos, un album qui porte parfaitement son nom : une œuvre ambitieuse, traversée par la puissance des grands classiques du genre mais également par une volonté de raconter une histoire plus vaste. Sept ans après I Earther, le groupe français ne revient pas simplement pour raviver la flamme du passé. Il propose un disque pensé comme un voyage, entre récits de survie, conflits intérieurs et visions apocalyptiques, où chaque morceau semble participer à une fresque plus grande.

Formé au début des années 2000, Stonecast s’est rapidement imposé comme l’un des représentants français d’un heavy metal traditionnel aux ambitions internationales. Le groupe a partagé la scène avec des références majeures comme Warlord, Blaze Bayley ou Tim “Ripper” Owens, avant de participer au Sonisphere 2011 aux côtés du Big Four du thrash metal. Avec trois albums studio derrière lui, dont I Earther (2018), reconnu par la presse spécialisée internationale, Stonecast a toujours défendu une approche où la mélodie, la puissance rythmique et la narration occupent une place centrale.
Avec Expand Crimson Chaos, la formation franchit une nouvelle étape. L’attente était importante, mais le groupe choisit de répondre par un album dense et généreux, loin d’un simple exercice nostalgique.
Dès les premières secondes de « Death », Stonecast installe une ambiance sombre et dense. Le morceau nous sert une intro lourde qui est bien représentative de l'album : du heavy, du vrai, mais à leur sauce.
La force principale de l’album réside dans cet équilibre entre héritage et personnalité. Les influences des grands noms du heavy metal traditionnel sont clairement perceptibles : la puissance rythmique d’Iron Maiden, les accélérations plus agressives héritées du heavy américain, ou encore l’importance accordée aux refrains et aux harmonies que l’on retrouvait chez Judas Priest ou Queensrÿche.
Cependant, Stonecast ne se contente pas de reproduire une formule connue. Les compositions prennent souvent des directions plus progressives, alternant passages acoustiques, changements d’atmosphère et envolées mélodiques. L’objectif n’est pas seulement de faire taper du pied, mais de construire un univers. Les mélodies sont bien travaillées et le tout est accrocheur comme les deux pistes qui suivent l'intro, "Walking Dead" et "Blood Red".
Une exécution d'une précision redoutable
Ce qui rend cet album vraiment marquant est la qualité des musiciens qui vont mettre leur technique au service de la musique tout au long des onze pistes. Le travail de Seb Casula (guitares rythmiques et lead) et de Lionel Antonorsi (basse), possède cette efficacité immédiatement identifiable du heavy metal traditionnel : des lignes franches, puissantes, pensées pour le live ("Kneel or Die"). À leurs côtés, les solos de Thomas Tiberi (Sunbeam Overdrive) apportent une dimension supplémentaire, avec des interventions techniques d'une grande précision, toujours au service de la mélodie. L'album serait totalement différent sans l'inspiration musicale de chacun des solos, tantôt classiques, tantôt virtuoses comme sur "Kneel or Die" dans lequel on peut entendre les deux.
Et comment ne pas parler de cette voix polymorphe qui s'adapte à tous les styles de morceaux, qu'ils tendent vers le power metal, le heavy, le growl, le scream ? On entend facilement quelques grandes pointures derrière ses timbres : Iron Maiden, Avenged Sevenfold, Guns'n'Roses, Judas Priest, etc. Une fois la voix "naturelle" se fait entendre sur le morceau en français "A Ce Lieu", qui donne l'impression théâtrale d'une comédie musicale metal à la Magoyond (peut-être la piste la plus insolite de l'album, et qui sort de l'homogénéité de celui-ci). Il semble cependant difficile d'imaginer une telle précision et diversité en live. Il faudra le découvrir lors d'une date prochaine.
Pour finir sur les musiciens, l'apport du batteur Brent Smedley (Iced Earth) est plus que notable : une diversité de jeu, de techniques et d'intervention qui rendent chaque morceau unique. Même dans les moments de démonstration virtuose, le travail sonore permet d'intégrer la batterie de manière naturelle sans jamais avoir l'impression de break extravagant ou juste pour le show.
La production de Expand Crimson Chaos joue un rôle essentiel dans l’efficacité de l’album. Réalisé, mixé et masterisé par Christophe Boin au Recording Studio de Marseille, le disque bénéficie d’un son clair et puissant qui permet à chaque instrument de trouver sa place. L’ensemble donne un album qui sonne moderne tout en conservant cette chaleur organique propre au heavy metal traditionnel.
Entre fantasy, apocalypse et réflexion humaine
Au-delà de ses qualités musicales, Expand Crimson Chaos repose sur un véritable fil narratif. Stonecast explore ici différentes facettes de l’existence humaine : la résistance face aux épreuves, la recherche de sens, la lutte contre l’inévitable et la volonté de survivre malgré un monde en destruction.
Les textes naviguent entre récits fantastiques et réflexions plus contemporaines. Des figures symboliques comme le « King Of Hell » côtoient des visions de futurs dévastés dans « Nuclear Winter » ou « Gundown The Flag ». L’album joue ainsi avec les codes du heavy metal classique (batailles, héros, forces obscures) tout en leur donnant une dimension plus introspective.
Le morceau-titre « Expand Crimson Chaos » résume parfaitement cette philosophie. Avec ses riffs imposants, son refrain fédérateur et son architecture plus ambitieuse à la power metal, il représente le point de rencontre entre toutes les influences du groupe : puissance, mélodie et narration.
Avec Expand Crimson Chaos, Stonecast signe un retour particulièrement solide. L’album ne cherche pas à réinventer le heavy metal et ce n’est d’ailleurs pas son ambition. Sa réussite se trouve ailleurs : dans la capacité du groupe à célébrer un genre qu’il maîtrise parfaitement tout en proposant une œuvre personnelle et cohérente, avec des musiciens invités surqualifiés.
Les amateurs de heavy metal traditionnel retrouveront les éléments qui font la force du style : grands riffs, solos mélodiques, refrains mémorisables et atmosphères épiques. Mais Stonecast ajoute suffisamment de nuances et de contrastes pour éviter l’effet catalogue d’influences.
Après plusieurs années de silence, le groupe français revient avec un album généreux, mature et profondément attaché à l’esprit du heavy metal.
Points forts
- Un heavy metal classique maîtrisé, puissant et mélodique.
- Une écriture ambitieuse avec de véritables évolutions dans les morceaux.
- La voix de Frank Ghirardi, capable d’allier puissance et émotion.
- Les solos de guitare de Thomas Tiberi et la batterie de Brent Smedley, toujours au service des compositions.
- Une production claire et massive.
Quelques nuances
- Les amateurs de metal plus moderne pourraient trouver l’approche très ancrée dans les codes traditionnels du genre.
- On se demande si l'album trouvera sa place en concert sans les deux guests et sans le travail studio pour la voix.
Tracklist :
Death
Walking Dead
Blood Red
A Ce Lieu
Against The Tide
King Of Hell
Kneel Or Die
00.00.01
Expand Crimson Chaos
Gundown The Flag
Nuclear Winter
A Ce Lieu - Démo (bonus CD)
Expand Crimson Chaos est déja disponible via Pitch Black Records




