Xandria – Eclipse : Un metal symphonique entre ombre, révolte et lumière… et Nightwish

Avec Eclipse, Xandria prolonge la nouvelle ère amorcée par The Wonders Still Awaiting. Le groupe allemand maintient son cap et son énergie dans le sillon des piliers du genre, notamment Nightwish. Trois ans après le retour remarqué de Marco Heubaum et de ses nouveaux partenaires, Eclipse apparaît comme un album de consolidation : plus direct dans ses compositions, plus contrasté dans ses arrangements et plus ambitieux dans son propos.

Xandria - Photo du groupe
Crédit photo - Stefan Heilemann / Mirko Witzki

Là où The Wonders Still Awaiting pouvait parfois donner le sentiment d’explorer plusieurs pistes à la fois, Eclipse cherche davantage à les faire converger. Ici, le metal symphonique de Xandria intègre différentes influences stylistiques : riffs inspirés du heavy metal traditionnel, textures électroniques, passages folk celtiques, et une orchestration conçue comme une véritable mise en scène (malgré l'absence de véritable orchestre pour l'enregistrement studio).

L'album en est ainsi contrasté tout en étant homogène, et les morceaux sont généralement construits autour d’oppositions : douceur et brutalité, intime et grandiose, tradition et modernité, espoir et inquiétude. Cette logique traverse aussi bien les arrangements que le chant d’Ambre Vourvahis, devenue l’une des figures centrales de cette nouvelle incarnation du groupe.

L’ouverture, "Syzygy", qui désigne l’alignement de plusieurs corps célestes, installe immédiatement une dimension dramatique qui enchaine avec "Eclipse". Le morceau-titre quant à lui concentre plusieurs des caractéristiques de l’album (toutes ?) : une construction progressive, de gros riffs de guitares, des passages plus fragiles, des envolées symphoniques, des chœurs et une large palette vocale d'Ambre Vourvahis. Le refrain est catchy et facile à se rechanter, et on entend pour la première fois de l'album le scream à la Avatar. Comme dans beaucoup de chansons, on retrouve la patte Nightwish (dans les mélodies, les motifs rythmiques des guitares et de la batterie) et il sera difficile pour les connaisseurs et amateurs du groupe finlandais de ne pas y penser sur presque chacune des pistes d'Eclipse.

"Colours" s’inscrit dans la même veine (même type de construction, même types d'alternance entre puissance et douceur, refrain catchy) avec même un passage un peu plus éthéré, assez typique des chansons de Nightwish (mélodie avec de longues tenues de notes aiguës, soutenue par une rythmique marquée et des silences). Cette piste aurait pu être le morceau-titre tellement il fonctionne et plaira au plus grand nombre. On retrouve "The Grand Delusion" dans le même esprit, porté par une grande introduction symphonique et de beaux solos. Avec "Wave of Tanis", Xandria poursuit son goût pour les références historiques et mythologiques tout en permettant à Ambre Vourvahis de montrer toute l'envergure de ses capacités vocales. Même si le morceau reste assez classique, "Northstar" apporte une respiration plus lumineuse avec ses apports de musique celtique et sa mélodie très agréable qui sera probablement un grand moment de communion avec le public sur scène.

La seconde moitié de l’album est encore plus narrative. "The Last Generation" porte le message le plus explicitement politique, avec son chœur d’enfants évoquant l'abandon de notre monde et sa destruction. "The Poetry of the Real World" semble prolonger cette réflexion en revenant vers une approche plus humaine et contemplative. Enfin, "Lore", referme l’album sur une note plus habituelle, folklorique et légendaire.

Cette diversité ne semble donc pas relever d’un simple empilement d’idées. Les morceaux paraissent liés par une même réflexion sur les récits collectifs, les illusions modernes et la possibilité de retrouver une forme de sens dans un monde fragmenté.

Le metal symphonique comme langage cinématographique

Xandria a toujours revendiqué une approche spectaculaire du metal symphonique, mais Eclipse semble pousser plus loin la dimension cinématographique. Les références à Hans Zimmer ou John Williams ne se limitent pas à une question d’influence, elles éclairent la manière dont le groupe envisage désormais ses arrangements.

Les orchestrations ne sont pas seulement destinées à agrandir les refrains. Elles participent à la progression dramatique des morceaux, créent des tensions, accompagnent les changements de perspective et donnent aux compositions une véritable profondeur narrative. Le recours au Sofia Session Orchestra & Choir renforce cette impression d’album conçu comme une bande originale, avec ses thèmes récurrents, ses moments de rupture et ses scènes plus intimes.

Le travail de Lukas Geppert et Ishaan Tyagi aux orchestrations semble également avoir permis de mieux articuler les différentes couches musicales. Les cordes, les chœurs et les textures plus électroniques ne sont pas présentés comme des éléments séparés mais comme des composantes d’un même univers sonore. Les influences celtiques apportées par McAlbi sur "The Shannon’s Home", "Northstar", "Masquerade" et "Lore" prolongent l'orientation folk et les passages au whistle (flûte) et à la cornemuse sont de ces éléments que l'on aime à entendre sur les pistes.

Cette approche constitue l’une des grandes réussites d’Eclipse. Xandria veut créer des espaces, installer des climats et donner à chaque titre une identité visuelle autant que sonore. Le metal devient alors un langage de narration, capable de passer d’une atmosphère de menace à une sensation d’élévation en quelques mesures. Et ça marche.

La présence d’Ambre Vourvahis reste l’un des principaux atouts de cette nouvelle période. Sur The Wonders Still Awaiting, elle avait déjà démontré qu’elle pouvait s’éloigner des automatismes du chant symphonique traditionnel. Sur Eclipse, cette polyvalence semble encore davantage intégrée à l’écriture.

Nous avons déjà parlé du morceau-titre dans lequel Ambre alterne passages doux, chant rock plus frontal, lignes opératiques et scream. Cette variété n’a rien d’un simple exercice technique. Elle correspond à la structure même de l’album, qui refuse de choisir entre fragilité, puissance et théâtralité.

Sa voix joue également un rôle narratif. Elle peut incarner une figure vulnérable dans un passage dépouillé, puis devenir une force collective lorsque les chœurs et l’orchestre prennent le relais. Cette capacité à changer de registre sans perdre en personnalité permet à Xandria de conserver une identité forte malgré la diversité des influences.

La production vocale, assurée par Marco Heubaum et Ambre Vourvahis au Neverworld Studio, contribue à cette impression de proximité. Même dans les passages les plus grandioses, le chant semble destiné à rester lisible et expressif. L’objectif n’est pas de noyer la voix dans le groupe ou vice versa, mais de faire dialoguer les deux.

Un album plus engagé et plus ancré dans le présent

Une autre évolution importante concerne les textes. Xandria conserve son goût pour les mythes, les symboles et les récits de grande ampleur, mais Eclipse paraît davantage tourné vers les tensions contemporaines.

Le disque aborde la démocratie, le pluralisme, l’empathie, la manipulation et la responsabilité collective. La phrase de "The Last Generation", “No more songs without a voice that counts” (plus jamais de chansons sans une voix qui compte), résume cette volonté de donner une portée plus concrète au propos. Le groupe ne se contente plus de construire des mondes imaginaires, il utilise ces mondes pour parler du nôtre.

Cette dimension politique pourrait être particulièrement sensible dans "The Grand Delusion", "Masquerade" ou "The Poetry of the Real World". Les titres suggèrent une réflexion sur les illusions collectives, les apparences et la difficulté à distinguer la vérité du récit que l’on nous impose.

Pour autant, Eclipse n'abandonne pas la dimension fantastique de Xandria. Les références à "Wave of Tanis", "Northstar" ou "Lore" montrent que le groupe continue de puiser dans l’histoire, la mythologie et le folklore. La différence tient peut-être à la fonction de ces éléments : ils ne servent plus seulement à créer une évasion, mais à éclairer les problèmes du présent par le détour du symbole.

Avec Eclipse, Xandria semble vouloir démontrer que sa renaissance ne repose pas uniquement sur un changement de chanteuse ou de line-up. Le groupe cherche à établir une nouvelle identité, plus ouverte, plus moderne et plus consciente de ses possibilités. Marco Heubaum reste le principal architecte du projet, mais l’équilibre paraît désormais plus collectif. Ambre Vourvahis occupe une place déterminante, tandis que Robert Klawonn et Dimitrios Gatsios contribuent à donner au groupe une assise plus solide. Cette formation semble capable de défendre aussi bien les passages les plus lourds que les moments plus atmosphériques. L’album représente ainsi un point d’équilibre entre plusieurs périodes de Xandria. Il conserve le goût du grand spectacle associé au groupe, reprend certaines ambitions de Universal Tales et prolonge la reconstruction entamée avec The Wonders Still Awaiting. Sauront-ils s'affranchir un jour du monolithique Nightwish ? Nous l'espérons pour eux, la palette vocale d'Ambre Vourvahis pouvant bien en être l'outil d'émancipation.

Points forts

  • Ambre Vourvahis, dont la polyvalence vocale devient un élément structurant de l’identité du groupe.
  • Une palette riche mêlant metal symphonique, modern metal, folk celtique, électronique et musique de film.
  • Un propos plus contemporain, qui aborde clairement les enjeux politiques et sociaux.
  • Des collaborations variées, avec Ally Storch, McAlbi, Richard Z. Wang et le Sofia Session Orchestra & Choir.

Quelques nuances

  • Une grande partie des pistes auraient pu être des morceaux de Nightwish
  • L’approche plus politique pourrait détourner les amateurs de paroles héroïques ou juste poétiques.

Tracklist
Syzygy
Eclipse
Colours
The Shannon’s Home
The Grand Delusion
Wave of Tanis
Northstar
Masquerade
The Last Generation
The Poetry of the Real World
Lore

Eclipse, le nouvel album de Xandria, est déjà disponible chez Napalm Records.

Invités et collaborations
Ally Storch – violon sur "Lore"
McAlbi – tin et low whistles sur "The Shannon’s Home", "Northstar", "Masquerade" et "Lore"
Richard Z. Wang – piano sur "The Last Generation"
Sofia Session Orchestra & Choir – orchestrations et chœurs
Lukas Geppert et Ishaan Tyagi – orchestrations

Xandria- Eclipe - Album cover

NOTE DE L'AUTEUR : 7 / 10



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