Motocultor 2026 – J2 : Du rhum, du clash, d’la poussière dans les yeux

Vendredi 14 août, Carhaix

Cette deuxième journée de festival est très fournie côté folk metal, et avec son lot de metalcore, de prog, de blackgaze, de thrash, et de gothique... Et surtout, une légende du black metal, qui donne lieu au plus gros clash dans le running order de l'ensemble de cette édition.

Après un jeudi raccourci comme à son habitude, puisqu'il commence en milieu d'après-midi, les hostilités se tiennent à partir du vendredi sur toute la journée. La programmation est éclectique, avec toujours une Bruce Dickinscène thématisée, en folk metal pour le vendredi, et une Massey toujours dédiée à des genres plutôt planants, avec notamment beaucoup de prog ce jour, mais aussi du gothique et du black gaze. Entre Coroner, Paradise Lost et Emperor, on est presque au Bureau des Légendes aujourd'hui, ce qui occasionne d'immenses prises de tête en matière de running order. Les températures deviennent plus supportable mais la sécheresse fait s'élever la poussière au moindre mouvement de foule. Mais ces désagréments ne sont rien en comparaison du comportement de certains festivaliers, pour qui les atmosphères sombres et planantes sont manifestement un permis de hurler, d'écraser tout le monde et d'agir comme s'ils étaient seuls au monde. Il paraît que la musique adoucit les mœurs, mais pas face à ce genre de personnes...

Nos concerts du jour

Urne 

Massey Ferguscène - 15h

Prise de tête classique, surtout quand on penche du côté prog de la force : sélectionner les morceaux pour ne pas déborder de l’horaire imposé sur un festival. Face à cette problématique, les Anglais de Urne, avec une moyenne de six minutes par titre, ont pris le parti de la ruse – et de la générosité. Pour les quarante minutes prévues, plutôt que d’amputer le set d’un titre, ils commencent avec quatre petites minutes d’avance sur l’horaire prévu, sous une Massey qui de toute façon est déjà très, très pleine pour un début d’après-midi, et ne s’autorisent que très peu de pauses entre les morceaux. Les quatre musiciens, très souriants, déploient toute la puissance de leur heavy stoner aux accents post hardcore ou progressifs, servis par un son réglé aux petits oignons, devant un parterre de connaisseurs et de curieux unanimement conquis par l’efficacité des compositions et la virtuosité du jeu.

Malgré les quelques notes acoustiques de l’introduction de “Be Not Dismayed”, single extrait du dernier opus Setting Fire to the Sky sorti cette année, Urne ne fait pas dans la dentelle et impose un tempo redoutable et une puissance rageuse. La rythmique imposée par le batteur James Cook et le bassiste Joe Nally ne faiblit pas et la lourdeur des riffs de guitare alterne avec des passages mélodiques et quelques soli bien pensés signés de l’impressionnant Angus Neyra, soutenu à la guitare rythmique par Kurtis Bagley, arrivé comme quatrième membre du groupe depuis l’an dernier. Au chant, Joe alterne chant clair et screams rageurs hardcore, et fait mouche sur des passages mélancoliques ou des morceaux accrocheurs au tempo effréné (“The Spirit, Alive”) et se révèle particulièrement féroce sur les jeux de rythmes remarquables de “Becoming the Ocean”.

Si les prises de parole sont chronométrées, le chanteur prend tout de même le temps de remercier chaleureusement le public, de pester contre la poussière ambiante et, surtout, de parler de la rencontre qui a tout changé pour le groupe : celle avec un autre Joe, notre fierté nationale. Joe Duplantier (Gojira) a en effet proposé de produire le second album de Urne, et le groupe remercie chaleureusement ce prestigieux parrain, au piano d’ailleurs dans l’intro (sur piste, tout de même) du morceau-titre “A Feast on Sorrow”. Sur des morceaux longs aux structures intriquées, les changements de rythme et les murs de riffs signés de l’impressionnant Angus Neyra et de son acolyte Kurtis Bagley font vibrer la tente et s’agiter les têtes (“Serpent & Spirit”, issu du premier album, et le morceau de conclusion “Harken the Waves”, épopée magistrale issue du dernier opus). Ovation bien méritée pour le quatuor londonien que l’on espère revoir en France en 2027, pourquoi pas dans un contexte moins poussiéreux et plus intimiste.

Stille Volk

 Bruce Dickinscène - 15h45

En ce second jour, la Bruce Dickinscène affiche une certaine continuité avec le jour précédent, puisqu’après la thématique bretonne, quel que soit le style joué par les artistes présents, aujourd’hui, comme depuis plusieurs années, c’est la journée du folk metal, d’où que viennent les artistes.

Troisième groupe de la journée, Stille Volke arrive tout droit des Pyrénées et propose un folk électrique, où les instruments traditionnels (cornemuse, vielle à roue, nyckelharpa, parfois remplacé par une cithare, ponctuellement flûte et guitare acoustique) sont vraiment au cœur de la musique, les instruments de rock (guitare électrique, basse, batterie) servant à accompagner et à densifier un peu le son, et non l’inverse comme on l’observe souvent dans les groupes de folk metal à proprement parler.

Les musique des sept musiciens peut être tour à tour très mystique, solennelle, ou beaucoup plus enlevée, dansante (« Le Réveil de Pan », notamment), faisant s’agiter la tente relativement remplie mais pas non plus bondée, horaire oblige, et ponctuée de longs passages instrumentaux. Les parties où tout le groupe joue de concert alternent avec des introductions, ponts ou soli qui mettent un ou deux instruments en avant, permettant de profiter de chacun distinctement. Le son des flûtes, tout comme ponctuellement le chant, est parfois difficile à entendre, mais à ceci près, le son est bon.

Le chanteur principal et vielliste, Patrice Roques, est capable d’un chant avec beaucoup d’emphase, mais aussi de sons gutturaux, de passages très graves et d’envolées impressionnantes. Il a une présence très théâtrale, ponctue son chant de grands mouvements de bras, et ajoute encore plus d’intensité avec son seul regard. Le guitariste et le joueur de nyckelharpa assurent souvent les chœurs ou le chant secondaire, offrant des harmonies profondes et prenantes.

Les morceaux alternent entre occitan et français, avec une tradition pyrénéenne très présente et des inspirations également médiévales. Cette année, l’un des albums fondateurs du combo, Satyre Cornu, troisième disque publié, fête ses 25 ans. Pour célébrer cet anniversaire, tous les titres du concert en sont donc issus, joués dans l’ordre de l’album – sur ses onze titres, seuls deux ne seront pas joués cet après-midi.

Le public semble pleinement apprécier ce set vraiment prenant, qui fait renaître les mélodies médiévales et perpétue la tradition occitane, mais la ferveur monte d’un cran sur l’avant-dernier morceau, « Adoumestica una Terro », qui n’est rien de moins qu’une traduction en occitan de « To Tame a Land », d’Iron Maiden ! Visant à célébrer « le plus grand groupe du monde », selon le chanteur (qui lui donnerait tort ?), cette version entièrement réappropriée, avec une longue introduction folk, est magnifique et fait honneur à l’originale tout en s’en démarquant sensiblement. Une très bonne introduction à l’univers d’un groupe percutant et enthousiasmant, qui réussit à se démarquer dans un genre parfois saturé, et met la barre très haut pour le reste de la journée, tant l’empreinte de sa musique marque durablement.

Setlist 

Le Satyre Cornu
Rassa Tan Creis
Pan Domna Poc
Les Crapauds
Le Réveil de Pan
Marche Nocturne
Quan l’Herba Fresca
Adoumestica una Terro
Le Satyre Cornu

Iotunn 

Massey Ferguscène - 16h35

C’est avec un court set de quarante-cinq minutes en plein après-midi que nous retrouvons les Danois de Iotunn, pour ce qui est tout juste leur cinquième concert en France, et le premier en festival ! Leur metal progressif et leurs compositions s’étalant largement en longueur trouvent complètement leur place sur cette scène de la Massey, où le Motocultor programme ce type de groupes depuis plusieurs années maintenant. À l’instar de Ne Obliviscaris l’année dernière, on s’attend à une setlist très courte en nombre de titres.

Après une petite introduction aux claviers c’est sur “Mistland” que le concert s’ouvre, titre tiré du dernier album Kinship sorti en 2024. Jón Aldará (chant) est bien en voix mais l’équilibre sonore est assez perfectible sur le début du set avec beaucoup trop de basses ; le problème est corrigé assez vite heureusement. Les mélodies des guitares des frères Gräs (Jens Nicolai et Jesper) ont du mal à ressortir derrière la section rythmique. Cette première composition déjà bien longue donne un bon aperçu des ambitions mélodiques de Iotunn et de la technicité de ses membres, encore plus évidente sur les sections rythmiques très variées de “Kinship Elegiac”. Jón alterne entre voix claire et growl, bien assurés dans les deux cas, tout en ne lésinant pas sur le jeu de scène : avec la peinture sur son visage et sa grande capuche blanche il dégage un certain style et semble habité sur scène, se déplaçant beaucoup en embarquant souvent son pied de micro. On rassure l’amicale de défense du matériel scénique, le dit pied de micro s’est vu nettement moins malmené que pour la venue de Kvelertak en 2024 !

Le set est déjà bien avancé lorsque ce second titre s’achève après moult développements de mélodies. Iotunn continue encore sur Kinship avec son titre de clôture, “The Anguished Ethereal”, ouvert avec Jens Nicolai et Jesper en face à face au premier plan de la scène. Eskil Rask, à la basse, joue aux doigts des lignes riches en accord sur une cinq cordes sans tête, les amateurs de beau jeu sont servis. Le public plutôt discret jusqu’ici se lâche lorsque le groupe sélectionne un morceau plus punchy en fin de concert, “The Tower Of Cosmic Nihility” issu du premier album Access All Worlds (2021), au point que des départs de slammeurs se produisent. Surprenant.

Malgré des problèmes de son en début de concert et des compositions longues et exigeantes qui ne rentrent qu’au chausse-pieds dans une si courte durée de set, Iotunn a pu bien présenter sa musique au public du Motocultor, venu plutôt nombreux.

Revnoir 

Dave Mustage - 17h25

Revnoir a beau n’avoir que deux EP à son actif et trois ans d’existence, le combo pèse déjà sur la scène française et son metalcore énergique et moderne ne laisse personne indifférent. Le groupe est en pleine ascension, et cela se voit avant même le début du concert avec la fosse de la Dave Mustage qui s’emplit déjà d’une foule de fans impatients, plutôt jeunes mais pas que… certains festivaliers seraient-ils accompagnés de leurs parents ?

Le quatuor, qui joue sans bassiste, se présente sous les cris d’encouragement du public. Vêtus de noir, plutôt élégants, les musiciens prennent place devant un backdrop simple au nom du groupe et entament leur set avec deux morceaux issus de Revenant, premier EP sorti en 2024. Et dès le début ça envoie : les breakdowns pleuvent, les cris de Maxime Rodriguez-Medallo percent la foule, les riffs se tendent. Tous les codes du metalcore énergique sont là et déclenchent d’emblée un premier wall of death sur “The Pact”. À coups de riffs étranges, de mélodies imparables et de couplets agressifs, qui évoquent tout autant Landmvrks que des groupes comme Architects, Revnoir fait vite s’élever la poussière du côté de la fosse. Ce n’est que le début d’une longue vague de slams et circle pits qui ne faiblissent que sur des ponts plus mélodiques (“Bang Bang”). Les guitaristes Julien Ho-Tong et Robin Leneutre enchaînent les riffs modernes sans jamais quitter le public des yeux, et se chargent également des chœurs sur certains morceaux, malheureusement sous-mixés. Derrière les fûts, Kaz Nakazawa signe une prestation soignée, tantôt assis, tantôt debout, le visage masqué par un foulard noir – choix vestimentaire bien inspiré pour survivre dans la poussière ambiante. Globalement le chant est un peu dessous dans le son d’ensemble, et les éléments électroniques et la batterie prennent souvent le dessus. C’est dommage car le chant de Maxime tient vraiment la route, sur les parties screamées comme sur le chant clair, tout en intensité. Le frontman se lance également dans des parties en rap comme sur “Into Quiet”.

Sur scène, les musiciens ne ménagent pas leur peine et arpentent la scène et l’estrade placée devant pour s’approcher encore plus du public. Les slammeurs se multiplient en milieu de set, encouragés par les tonalités plus agressives de certains titres. Les festivaliers sont assez créatifs en cette seconde journée, maintenant que la canicule est levée, avec quelques slams insolites : un ballon sauteur âne rose à l’attirail cuir et clous, un festivalier en fauteuil roulant, ou un fan absolu fier d’exhiber l’inscription de son amour du groupe sur son postérieur. Un joyeux bazar, le tout dans un épais nuage de poussière qui tarde à s’estomper. La violence de “Night Terror” déclenche un moshpit meurtrier. “Alchemised”, collaboration récente avec Carpenter Brut, fonctionne à la perfection et on assiste à un énième wall of death, devenu plutôt wall of dust, en mode bagarre de Gaulois – c’est ça aussi, l’Armorique ! Les musiciens semblent ravis, et la connexion avec le public semble totale, les festivaliers réagissant au quart de tour – sauf à un moment où le signal pour un wall of death est raté, mais Maxime offre une seconde chance au Motocultor qui se rattrape dans l’allégresse sur “in Limbo”. Arrive le (court) moment de répit avec le pont mélodique en français de “Crève”, et le début de “New World”, en piano-voix (Julien ayant troqué sa guitare contre le synthé) avant l’arrivée des autres musiciens pour le retour de l’énergie.

Une chose est sûre, la médaille du pit le plus énergique et chaotique de la journée revient certainement à Revnoir, qui annonce en fin de concert un retour en tête d’affiche en début d’année prochaine pour une tournée d’une dizaine de dates en France et en Belgique.

Coroner 

Supositor Stage - 18h15

En ce vendredi après-midi Coroner est de retour à Carhaix, trois ans après son dernier passage au Motocultor, concert durant lequel le groupe avait annoncé travailler de nouvelles compositions en vue d’un nouvel album. L’impressionnant Dissonance Theory est entre-temps sorti (fin 2025), encensé par la critique et notamment sur nos pages. Avec plus de trente ans depuis le précédent album, ce Coroner du XXIe siècle ne pouvait qu’être exceptionnel. Pour la première fois depuis fort longtemps, les Suisses arrivent avec de nouvelles compositions et  un set potentiellement rempli de titres que le public ne connaît pas. Indépendamment de la qualité des précédents concerts du groupe, qui a une réputation pas volée d’être toujours très solide sur scène, ce chamboulement inédit rend l’expérience exceptionnelle et notre attente fébrile. Alors ? Que vaut ce Coroner nouveau sur scène ?

 

La réponse arrive vite avec l’attaque sur “Oxymoron” puis “Consequence”. Le son est propre et la nouvelle composition fonctionne en live de par son efficacité. Coroner ne s’arrête pas en si bon chemin et continue de défendre son nouveau Dissonance Theory avec l’excellent “Sacrificial Lamb”. Ses sections rythmiques sont particulièrement adaptées à l’exercice, et même si dans le public nombreux sont ceux qui semblent découvrir le titre, c’est une réussite. La technicité du groupe suisse est bien retranscrite et la qualité du son permet d’apprécier le jeu de guitare de Tommy Vetterli et tous ses solos. Un bon début de set entièrement tourné vers ce dernier album, avant d’aller piocher dans des classiques du siècle précédent, festival oblige. “Divine Step (Conspectu Mortis)” ou “Masked Jackal” rencontrent un écho important dans le public, tandis que les guitares imposantes de “Grin (Nails Hurt)” annoncent plus tard la fin du concert : la sélection est serrée mais de qualité - Coroner est obligé de faire concis avec un temps de set typique de festival, c’est-à-dire assez réduit (50 minutes tout juste) !

On apprécie la focalisation sur Dissonance Theory qui récolte la majorité du temps de jeu, même si on aurait apprécié en entendre d’autres titres (un “The Law” ou “Trinity” auraient largement leur place dans une setlist plus fournie). Avec un retour stratégique sur les singles “Symmetry” puis “Renewal”, ce dernier terminant le concert sur une note bien énergique, Coroner assure et vient satisfaire un public qui se déchaîne, comme l’atteste un nuage de poussière conséquent et presque permanent devant la scène de la Supositor. Les lances à incendie sont de sortie en cette heure toujours chaude bien que relativement avancée dans l’après-midi, le léger vent rendant les fortes chaleurs heureusement plus supportables que la veille.

 

Après un rendez-vous réussi au Motocultor, la prochaine étape est la date en salle qui arrive très vite et offrira peut-être l’opportunité d’entendre plus de ce nouvel album en live : Coroner se produit le 25 septembre à la Machine du Moulin Rouge, à l’occasion du premier passage du groupe dans la capitale en trente ans !

Lord Of The Lost 

Dave Mustage - 19h10

Devant un décor composé de grands arcs gothiques, les musiciens prennent place sur des notes de boîte à musique qui introduisent le titre “Bazaar Bizarre”. En hauteur, la batterie de Niklas Kahl est à gauche, les claviers de Gared Dirge à droite. Benji Mundigler est désormais le seul guitariste depuis le départ de Pi Stoffers annoncé quelques semaines auparavant. Costumés, maquillés, toujours très stylés, les cinq artistes saluent le public et entament le set en se lançant dans un morceau aussi épique que moderne, entre gothique, indus, et metal mélodique. À la basse, le gaucher Bengt Jaeschke semble assez à l’aise, compte-tenu du fait que l’annonce de sa participation à la tournée des festivals ne date que de quelques jours… En effet, suite au départ de Klaas Helmecke après 17 ans au sein du groupe, Lord of the Lost a fait appel en début d’année à Dom R.Crey (Powerwolf) pour assurer l’intérim temporairement, avant de se tourner vers Bengt, proche du groupe depuis plusieurs années en tant qu’ingénieur du son et également guitariste dans le groupe de dark rock Scarlet Dorn.

Chris Harms, très élégant, s’impose sans difficulté et domine le set de sa voix de baryton au timbre bas et profond. Très dynamique, le frontman fait taper des mains et interpelle le public en français, tandis que Gared et Benji font les chœurs. Les refrains et couplets sont en chant clair, mais sur la fin très lourde de “Damage”, la voix de Chris se mue en scream intense. Les refrains, tels des hymnes, sont repris par le public qui semble acquis à la cause des Allemands. Il faut dire que les mélodies sont efficaces au possible, comme sur “I Hate People”, issue du troisième volume de OPVS NOIR sorti il y a quelques mois. Le vocaliste fait sauter le public sur “Blood for Blood”, et lance un « one person circle pit » où chacun, en toute sécurité, peut lever un doigt et tourner sur lui-même. Ce petit moment mignon aura eu le mérite de stopper un temps la formation de nuage de poussière, et les agents de sécurité semblent reconnaissants.

Gared et Niklas se chargent de l’intro tribale de “Priest”, unique titre de l’album Judas joué ce soir, qui fonctionne également très bien. Il en va de même pour l’incontournable “Loreley” sorti en 2018 : toute la fosse chante, et Chris descend dans le pit qu’il arpente avant de monter à la barrière pour exhorter les spectateurs à « cry for la France » . Les slammeurs se mettent en mouvement sur “I Will Die in It”. Le frontman prend la parole souvent, semble s’amuser, et apprécier le moment et l’accueil du Motocultor. Que l’on soit ou non fan du kitsch de l’Eurovision, on ne peut nier que le titre “Blood & Glitter” (avec lequel le groupe a participé à la compétition en 2023) a tout d’un tube, et déclenche une grosse ambiance dans la fosse. Car LOTL est un groupe qui rassemble, et ce morceau est finalement un clin d’œil à ce qui fait son identité et sa singularité : ce côté inclusif qui dépasse les paradoxes, sombre mais pailleté, gothique mais pop et disco. À la fin du morceau, le frontman remercie le public qui semble à fond, pour laisser les musiciens jammer autour d’un gros solo de clavier de Jared. L’entame douce de l’ultime morceau “Light Can Only Shine in the Darkness” laisse place à un tempo entraînant, l’occasion d’une dernière danse dans la fosse.

C’est déjà la fin de ce set impeccable porté par le charisme d’un leader et le talent des musiciens qui l’accompagnent. De quoi séduire un large public, de la communauté des irréductibles « losties » jusqu’aux néophytes volontiers embarqués dans l’énergie positive et communicative de la prolifique formation allemande. On redoutait un peu la setlist, le groupe ayant multiplié les albums et les singles depuis deux ans avec la sortie de l’ambitieux triptyque OPVS NOIR, et certaines inquiétudes pouvaient s’élever avec les changements récents de line-up, mais les réticences sont vite levées : le set généreux et cohérent du combo allemand semble faire l’unanimité et se révèle idéal pour animer un début de soirée à Carhaix.

Miracle Of Sound

Bruce Dickinscène - 19h10

La journée folk continue avec Miracle Of Sound. Le groupe était à la base un projet solo du multi-instrumentiste irlandais Gavin Dunne, lancé il y a quinze ans. Dans sa discographie éclectique, inspirée essentiellement par l’univers du jeu vidéo (ses albums s'appellent d'ailleurs Level suivi d'un numéro, comme des niveaux qu'il franchirait dans un jeu), plusieurs titres prennent des accents épiques, folk et / ou metal. Ce sont ceux-ci qu’il joue sur scène, en compagnie de cinq musiciens (deux guitaristes, un bassiste, une claviériste et un batteur). Une demi-douzaine d’albums sont ainsi représentés en cinquante minutes de set.

Le chanteur promet un set fait de « metal irlandais, pirate metal, et si vous êtes très gentils avec nous, du viking metal ». Il n’y a pas tromperie sur la marchandise et c’est effectivement ce qu’il va se passer, certains titres se lancent joyeusement dans le pirate metal, d’autres d’inspirations plus heavy folk traditionnels. C’est généralement enlevé, accrocheur, parfois dansant, parfois épique. Les musiciens savent proposer des morceaux dynamiques, qui changent de rythme et d’ambiance. De quoi provoquer l’animation dans la fosse relativement remplie, des pogos et des slams enjoués.

L’ensemble est plaisant, bien exécuté, énergique. Tous les instrumentistes assurent des chœurs, et la claviériste prend parfois le chant en duo avec Gavin Dunne, et même en solo sur « Whatever Comes Our Way ». Mais si c’est indéniablement efficace, avec certains titres entêtants ce n’est pas forcément très marquant dans le flot de folk metal qui opère aujourd’hui. D’autant que si c’est correctement interprété, les performances vocales n’ont rien non plus d’exceptionnel, et que toutes les instrumentations folk sont reproduites au clavier, ce qui gâche forcément l’immersion. « Sirona » se démarque cependant, avec une vraie progression sur presque six minutes, passant d’un début lourd et entêtant tout en chœurs graves à une accélération avec une pointe de chant saturé et de blast beats, le rendant beaucoup plus agressif, pour finir dans une atmosphère presque solennelle.

Le chanteur s’enthousiasme à plusieurs reprises de l’accueil et de la folie du public français, expliquant que c’est le dernier concert du groupe avant un moment. Sa dernière prise de parole se fait plus politique, fustigeant les logiciels d’intelligence artificielle qui plagient sa musique depuis plusieurs mois, provoquant les vivats du public au son de « Fuck AI ! » Avant d’enchaîner : « Nous allons faire ce qu’une IA ne pourra jamais faire, joindre nos forces ensemble ». C’est l’heure du dernier titre, l’un de ses plus connus, « Valhalla Calling », composé après avoir fini Assasin’s Creed Valhalla. Une fin endiablée, le refrain étant repris en chœur par le public, avant que le chanteur ne finisse a capella, tandis que la foule lui répond. Une fin probablement plus marquante que la majorité d’un concert très sympathique mais pas extrêmement mémorable.

Setlist

Deceiver
Gráinne Mhaol, Queen of Pirates
Ode to Fury
Sirona
Whatever Comes Our Way
All as One
Beneath the Black Flag
Valhalla Calling

Visions Of Atlantis 

Bruce Dickinscène - 21h

Embarquement du côté pirate du folk metal avec les Autrichiens de Visions Of Atlantis, menés depuis 2013 par une capitaine française, Clémence Delauney. Depuis maintenant un quart de siècle, le quintette distille un power metal aux influences symphoniques. Sur une musique enregistrée, la frontwoman entre seule en scène, dissimulée sous une longue cape, puis ressort avant que les trois instrumentistes (Thomas Caser à la batterie, seul membre originel restant, Christian Douscha à la guitare et Herbert Glos à la basse) montent sur scène.

Clémence Delauney fait alors son retour sur scène, coiffée d’un magnifique tricorne pirate, pour attaquer « The Land of the Free ». Malheureusement, sur le début de concert, le son de batterie est beaucoup trop fort, et la voix de la chanteuse difficilement audible. Cela ne l’empêche pas de redoubler d’énergie, d’agiter les bras de gauche à droite pour inciter le public à faire de même, de lui envoyer des cœurs avec les doigts… Elle est rejointe sur le refrain par le second chanteur, l’Italien Michele Guaitoli, arrivé en 2018, qui chante aussi en voix claire, parfois légèrement plus éraillée.

Musicalement c’est efficace et entraînant, sans non plus être monstrueux de technique. La Française sait placer des pointes de lyrique (par exemple un beau passage sur « Legion of the Seas »), mais qui servent plus de ponctuation que de trame dans son chant. S’agissant de metal symphonique, la tentation est grande de comparer le groupe à Nightwish ou Epica, ce qui ne serait pas à l’avantage de Visions Of Atlantis, qui n’a pas le même niveau de recherche musicale ni de performance vocale que les deux fleurons du genre.

Mais la comparaison serait une erreur : les Austriaco-italo-français ne cherchent pas à imiter les deux figures de proue du sympho, ils se sont au contraire construit leur propre univers, en cherchant la cohérence plutôt que la virtuosité. Initialement plongé dans le mythe de l’Atlantide, d’où son nom, sur ses derniers albums le groupe a maintenu l’univers marin mais est remonté à la surface et s’est orienté vers des thématiques plus pirates, sans le côté grand-guignol d’Alestorm. Le set d’une heure est d’ailleurs entièrement composé de titres des deux derniers albums, Pirates et Pirates II : Armada.

Ainsi, les musiciens arborent des éléments de costumes pirates, la chanteuse prend souvent des poses qui lui donnent des airs de reine des pirates, ils agitent des drapeaux sur certains morceaux… Quand les deux vocalistes s’adressent au public, ils restent vraiment dans leur personnage, assurant que certains ne sont pas « nouveaux à bord », demandant « combien d’entre vous sont nés dans la piraterie » et expliquant que ce soir les spectateurs vont devenir des pirates, s’ils réussissent les épreuves jalonnant le concert, censés faire d’eux de vrais loups de mers. « Avant de faire de la vraie piraterie, on veut vérifier que vous savez faire la fête », lance par exemple la chanteuse avant « Tonight I’m alive », présentation bien choisie pour un titre très dansant aux airs latino, durant lesquels les deux leaders se lancent dans des mouvements de danse hispanisants.

C’est manifestement un programme qui enchante la fosse, les gens sautent dans tous les sens, pogo et circle pits vont bon train, les slams s’enchaînent, souvent en costume pirate, parfois dans un canot pneumatique. « S’il y a bien un coin de France où je pensais trouver des marins, c’est bien ici, de vrais pirates », salue Delauney. C’est le plus souvent elle qui s’exprime, en français évidemment, ce qui donne au spectacle un je-ne-sais quoi de réjouissant, comme si un remake de Pirates Des Caraïbes se déroulait dans le Finistère – ses compatriotes, évidemment, s’expriment en anglais, même si le guitariste Christian Douscha tente d’expliquer en français ce que le public va devoir chanter sur un titre.

Le groupe n’a pas pu amener tous ses éléments de décors (notamment des canons) pour le set, mais malgré trop de parties enregistrées (voix et claviers notamment, l’enfer du metal moderne), l’aspect épique et entraînant de sa musique fait mouche. Le public s’exécute dès qu’il s’agit de lancer un wall of death, de chanter certains passages (même si l’on entend parfois des extraits de « Santiano » dans la fosse entre les morceaux), de faire le rameur au sol… « La France est vraiment le meilleur public, je le pense profondément », assure la chanteuse. Le concert se finit dans la même énergie qu’il a commencé, les musiciens debout sur les praticables, et laisse une furieuse envie de trouver une bouteille de rhum avant de lever l’ancre pour aller aborder le premier navire venu.

Emperor 

Supositor Stage - 22h05

Avec de nombreux passages au Motocultor via sa formation solo, Ihsahn est clairement devenu un régulier du festival. Mais en ce vendredi 14 août c’est différent, car pour la toute première fois c’est avec Emperor que le prolifique Norvégien revient. La formation iconique de black metal, contemporaine du Mayhem des heures les plus sombres, mais qui a su se faire une place dans le milieu grâce à la démesure de son ambition compositrice, n’avait jusqu’ici jamais joué dans un aussi “petit” festival en France. À l’exception de Garmonbozia, qui s’était permis d’inviter les légendes pour la célébration de ses 25 ans, il n’y a guère que le Hellfest à l’avoir régulièrement programmé ces vingt dernières années. Même si le groupe est nettement moins important que des Primus, Within Temptation ou évidemment Judas Priest, il s’agit là d’un évènement marquant et c’est une première pour le Motocultor. Tête d’affiche de la journée du vendredi, Emperor partage malheureusement le créneau de Paradise Lost, donnant lieu à un des clash de running order les plus violents de cette édition.

 

Évacuons tout de suite les interrogations que plusieurs pouvaient avoir avant le concert : contrairement aux shows donnés à Wäcken puis Bergen (Beyond The Gates) avec le line-up historique revisitant le tout début de carrière du groupe (Mortiis à la basse et Faust à la batterie), Emperor est ici en formation classique : aux côtés d’Ihsahn se produisent Jurgen Munkeby aux claviers et aux choeurs, Secthdamon à la basse, Trym derrière les fûts et son partenaire historique de riffs : Samoth. Pas de commémoration spéciale à attendre ni de “Night of the Graveless Souls” tiré du premier EP, mais le set réserve tout de même une belle surprise. Le groupe démarre sur l’incontournable “Into The Infinity of Thoughts”, ouverture de l’iconique premier album In The Nightside Eclipse. L’introduction sombre et épique résonne jusqu’au premier mur de guitares qui lance le concert. Quelques petites imperfections de son en début de titre laissent perplexes mais sont rapidement corrigées et la composition froide et complexe ne tarde pas à embarquer le public.

À l’instar des deux précédents passages du groupe dans l’Hexagone, c’est avec “In The Wordless Chamber” que le concert continue. Le titre de Prometheus: The Discipline of Fire & Demise est devenu un incontournable des concerts récents pour notre plus grand plaisir : il s’agit vraisemblablement là d’un des titres les plus progressifs joué par le combo norvégien ce soir, un choix qui surprend toujours un peu dans un contexte de festival. Tout le contraire de l’exceptionnel “With Strength I Burn” (du deuxième opus Anthems To The Welkin At Dusk) et son ouverture sur un blast-beat imparable qui lance les premiers slammeurs, passablement en difficulté avec un public nettement captivé par la performance du groupe et les solos techniques assurés par Ihsahn. Et ce, malgré des problèmes de matériel à cause des compagnies aériennes comme cela se produit tous les ans (peut-être la cause des soucis techniques en début de concert). Le groupe s’est fait prêter son matériel par Hellripper, qu’il remercie chaleureusement ce soir.

 

La setlist est garnie de titres incontournables du groupe, pour la grande majorité issus des deux premiers albums, dont le triptyque “I Am The Black Wizards”/“Inno A Satana”/“Ye Entranceperium” qui termine le concert. C’est déjà royal, il ne manque guère que “Thus Spake The Nightspirit” parmi les plus gros classiques, mais dans cette setlist 5 étoiles se niche un véritable ovni : “An Elegy Of Icaros”, véritable revenant de IX Equilibrium. Dire que le titre est peu fréquent est un énorme euphémisme. Représentant l’un des pics de complexité dans les compositions du groupe, ce morceau ultra rare (en ce soir du 14 août 2026, Emperor joue le titre en France pour la première fois depuis le Hellfest 2007, 19 ans plus tôt) constitue un des moments les plus mémorables du concert.

Alcest

Massey Ferguscène - 00h15

À minuit passé et après s’être fait retourner par au choix Paradise Lost ou Emperor, le concert d’Alcest s’annonce magistral, à l’instar de celui d’Amenra le premier soir du festival. La scène est très belle et présente la même composition en plusieurs plans déjà utilisée par le groupe pour sa dernière tournée en salle, avec des plantes et des oiseaux baignés de lumière et un disque solaire au fond. C’est beau, et avec les chants liturgiques diffusés à bas volume en attendant le début du concert, ce serait une superbe invitation au recueillement ou à la méditation… s’il n’y avait pas dans le public quelques festivaliers (on suppose) très alcoolisés passant l’ensemble de ce moment calme à faire des cris d’oiseaux fort dans la tente. Passons pour le moment qui se veut beau, lorsque le groupe commencera à jouer il devrait couvrir tout ce brouhaha. N’est-ce pas ?

 

Il y a dix ans sortait Kodama, le concert au Motocultor aurait pu être une superbe occasion de présenter une setlist anniversaire pour le célébrer, pourtant c’est bien avec “Améthyste” qu’Alcest ouvre la cérémonie. Issu du dernier album Les Chants De L’Aurore sorti deux ans plus tôt, ce premier titre ouvre formidablement bien le set avec ses guitares caractéristiques du style blackgaze du groupe, véhiculant beaucoup de mélodie et d’émotion derrière l’apparente âpreté du son. Associées au chant clair et hurlé de Neige et aux évolutions du titre, long, on tient ici une belle entrée en matière qui possède ses moments forts, à l’instar des morceaux plus anciens. Les lumières sur la scène versent majoritairement dans le rouge et les plantes et oiseaux prennent les flashs lumineux, pour un habillage scénique toujours très beau.

Alors que ce ce premier titre s’achève, le groupe continue avec “Protection”. La rythmique enlevée ne tarde pas à arriver et impose le titre de Spiritual Instinct, le premier d’une assez longue section, continuée sur “Sapphire” et “Le Miroir” plus loin dans le set, avec son final qui ferme la boucle en s’entremêlant avec le thème de “Protection”. La fumée s’installe massivement sur la scène, percée des spots de lumière, orientée vers le guitariste Zero pendant ses parties de chant clair. C’est un régal de retrouver encore autant de titres de ce superbe album sept ans après sa sortie, on ne va pas bouder notre plaisir.

 

Il faut attendre la fin du concert, après une toujours aussi sublime représentation d’”Écailles de Lune Part II”, durant laquelle la scène se pare d’un bleu profond, pour qu’enfin Kodama soit mis à l’honneur : via “Éclosion” puis enfin le morceau éponyme en clôture du set, “Kodama”. Après avoir beaucoup donné durant tout le concert, les musiciens partagent un dernier moment de communion, tournés les uns vers les autres dans un grand cercle, leurs regards profondément mélangés. Ils jouent ensemble pour eux, loin, très loin d’un public malheureusement pas du tout au niveau. Les cris d’oiseaux répétés régulièrement dans la fosse étaient déjà pénibles avant le début du concert (et ont fini par valoir quelques remarques et commentaires à leurs auteurs), mais les “chut, il y a Timéo qui dort” pendant les nombreux passages calmes du concert marquent un vrai manque de respect. On dirait que le public insupportable qui avait pourri le concert d’Amenra en 2023 a jeté son dévolu sur Alcest cette année. Il n’y avait que dans les premiers rangs que l’on pouvait vraiment apprécier le moment de partage touchant que proposait le groupe. Merci Alcest, et pardon pour le public exécrable.

Les autres concerts du vendredi 

20h05 : Place au metal progressif sous la Massey avec le groupe suédois Soen, fort d’un septième opus sorti cette année, Reliance. Au fond de la scène, (peut-être un peu loin derrière, au point qu’on peine à le distinguer), le batteur et fondateur du groupe Martin Lopez (ex-Opeth) mène la barque, avec un son un poil trop marqué qui parfois prend le dessus sur les guitares. Le set, qui balaye les quatre derniers albums du groupe, met en avant des morceaux mélodiques et surtout accrocheurs avec des refrains mémorables qui sont souvent repris par le public. Les belles lignes vocales de Joel Ekelöf sont soulignées par les chœurs et harmonies des deux guitaristes Cody Ford (tout sourire, qui enchaîne les soli) et Lars Åhlund (qui se charge aussi des parties au clavier). Le vocaliste fait preuve d’une énergie folle, et multiplie les tenues : il entame le set en veste à queue de pie, brandit un drapeau noir sur “Antagonist”, passe carrément en tenue militaire pour “Memorial”, morceau-titre de l’album sorti en 2023, avant de revêtir un gilet puis une veste en cuir pour la fin du concert. À noter, le retour à la basse de Stefan Stenberg, six ans après son départ du groupe. Le public accueille le set avec enthousiasme. Le talent des musiciens et leur attitude souriante et généreuse séduisent sans peine les festivaliers qui n’hésitent pas à chanter avec Soen ou à réagir aux sollicitations des musiciens. Les applaudissements sont nourris pour acclamer le groupe après le dernier morceau terriblement efficace et fédérateur “Unbreakable”.

22h05 : C’était l’un des clashs douloureux du jour : en même temps que le groupe de légende Emperor, les Anglais de Paradise Lost sont de passage à Carhaix et prolongent leur tournée dédiée au dernier opus Ascension sorti l’an dernier. Trois morceaux sont joués ce soir d’ailleurs, dont “Tyrants Serenade”, vraie réussite. Le groupe, qui fête cette année ses 37 ans d’existence, parcourt sa discographie avec des morceaux aux univers et aux tempos variés mais toujours dans des tonalités sombres, gothiques, avec ces boucles mélodiques de guitare entêtantes signées Greg Mackintosh, impeccable. Au chant, Nick Holmes (présent la veille avec le groupe de death metal Bloodbath) navigue sans difficulté entre les lignes claires et des passages en growl. Alors oui, la communication avec le public reste très limitée, et ce n’est pas le set le plus humoristique du festival (quoique, les petites piques occasionnelles, très british, distillées par Old Nick, détendent l’atmosphère), mais la magie opère complètement. Les morceaux emblématiques du groupe sont repris en chœur par la fosse, certains datant des années 90 (“As I Die”, “Hallowed Land” ou “One Second”) ou plus récents comme “Faith Divides Us – Death Unites Us” (de 17 ans d’âge, tout de même), aux tonalités traînantes et plaintives. Le point d’orgue du soir est certainement la reprise géniale de “Smalltown Boy” de Bronsky Beat, avec laquelle Paradise Lost fait le pont entre ses influences synthwave et gothiques. Sur quelques morceaux l’utilisation excessive de pistes enregistrées vient ternir un peu la spontanéité du concert, notamment lorsqu’il s’agit de pistes vocales, mais cela ne concerne heureusement pas la majorité du set, véritable plongée dans cette mélancolie à l’anglaise qui n’a pas pris une ride.

01h20 : Pour clôturer la journée sur la Bruce Dickinscène, et tenter d’oublier le comportement affligeant d’une partie du public d’Alcest, Eiwhar est un choix tout désigné. Le duo toulousain propose un néo-folk très fortement teinté d’électro, inspiré par la mythologie nordique. Tout en peaux de bêtes, les deux musiciens se partagent le chant, qui va du clair au saturé, la vocaliste Asrunn en assurant cependant la majeure partie, le tout assorti de percussions tribales, tandis que Mark reste le plus souvent derrière sa batterie, gérant également les nappes électro. Des sons enregistrés de vielle et de flûte se font également entendre. Le public est nombreux pour répondre à cette transe entre chamanisme et boîte de nuit. Les musiciens parlent beaucoup entre les morceaux, et si growler de façon gutturale « merci » ou « tous ensemble » peut avoir un côté ridicule, les invectives de la chanteuse – « putain les gars, il est 1h30 du mat’, vous foutez quoi » – sont assez drôles de naturel. C’est en tous cas un excellent concert de fin de journée, permettant de relâcher les tensions et de se laisser emporter dans une danse aussi contemporaine qu’ancestrale.

Textes : 
- Aude (Stille Volke, Miracle Of Sound, Visions Of Atlantis, Eiwhar)
- Félix (Iotunn, Coroner, Emperor, Alcest)
- Julie (Urne, Revnoir, Lord Of The Lost, Soen, Paradise Lost)

Photos : Lil'Goth Live Picture. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe.



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