Samedi 15 août, Carhaix
Troisième journée du festival breton ! La canicule n’est plus qu’un souvenir, pas le talent. Punk et éclectisme au programme, pour une journée en apparence plus légère niveau programmation, malgré Within Temptation en tête d’affiche, mais qui réservera au final son lot de belles surprises… Et aussi de déceptions, mais pas à chercher du côté des concerts.
Les soirées rafraîchissent ce samedi, mais avant cela, la journée est encore relativement chaude. Habituelle journée punk sur la Bruce Dickinscène, éclectisme ailleurs, et talent partout ! Celui-ci n’a pas de nationalité, mais c’est la journée où notre équipe a couvert le plus de formations françaises, que ce soit des groupes installés ou de très bonnes découvertes dès potron-minet.
C’est aussi le jour de Within Temptation, seul groupe de tête d’affiche mené par une femme. Une énorme file d’attente se forme pour la séance de dédicace du groupe néerlandais, très attendu par ses fans, malgré un changement de dernière minute de l’horaire de ladite dédicace… Malheureusement, l’organisation encore assez chaotique fera que seule une minorité pourra effectivement accéder à la dédicace, laissant des dizaines de fans déçus, mais refusant de quitter la file malgré les appels répétés de l’organisation, voulant croire à un miracle qui ne viendra pas.
Les groupes du samedi
Necrowretch | Aorlhac | Bruit ≤ | Leprous | Slift | Eisbrecher | Within Temptation | Perturbator | Nanowar Of Steel | Les autres concerts |
Necrowretch
Dave Mustage - 12h45
On reprend tôt en ce samedi férié avec les Valentinois de Necrowretch, qui attaquent avec leur black/death le premier concert en plein air de la journée, à l’heure où de nombreux festivaliers décuvent encore ; les punks locaux de Shady Fat Kats ouvrent de leur côté la Bruce Dickinscène et dès ce premier créneau les ambiances sont très éloignées ! Si Necrowretch n’est clairement pas tout jeune (dix-huit ans de carrière, c’est beaucoup pour une place si tôt dans l’affiche !), son dernier album Swords of Dajjal (2024) nous avait particulièrement marqués avec sa thématique de black metal mâtiné d’influences arabisantes. C’eût donc été dommage de rater la prestation du groupe !
C’est sur une intro aux sonorités orientales que le combo démarre, laissant rapidement place aux riffs acérés de “Ksar Al-Kufar”, titre d’ouverture de ce fameux dernier album. Le public est encore très clairsemé, rien de surprenant après déjà deux jours de festival et la chaleur qui épuise encore un peu plus les corps : ce titre nerveux, agressif mais aussi mélodique est exactement ce qu’il faut pour réveiller et dynamiser ce public. Le son est correct pour ce premier concert de la journée, mettant bien en valeur chaque guitare et permettant d’apprécier le travail mélodique de W.Cadaver, alias Wencelas Carrieu.
Après ce premier titre satisfaisant nos attentes, Necrowretch propose un retour en arrière avec “Satanic Slavery”, tiré de Welcome To Your Funeral sorti en 2018. La rythmique est rapide et assez brouillonne, mais on s’éloigne nettement de l’ambiance du premier titre et cette fois les mélodies de guitare si nettes sur le premier titre marquent par leur absence. Le retour sur Swords of Dajjal avec “Dii Mauri” puis le titre éponyme permet de retrouver rapidement ces mélodies de guitares nettement plus en avant qui offrent plus de richesse aux compositions et de variété aux transitions rythmiques, tout en gardant la rapidité du blast-beat et l’âpreté du chant saturé. Un schéma se dessine, et quand le groupe repart ensuite vers ses débuts avec “Putrid Death Sorcery” (2013), on commence à souffler. Malgré un potentiel mélodique qui se discerne déjà dans le pont de ce titre au milieu des riffs très rentre-dedans, le contraste est vraiment saisissant entre ces vieux morceaux qui sont bien plus dépouillés que les plus récents et sont pratiquement le brouillon de ce qu’est devenu le groupe aujourd’hui. Jusque dans le champ lexical, qui passe du cliché (“Satanic Slavery”, “Putrid Death Sorcery” ou “Death May Die” à quelque chose d’au moins plus exotique, entre l’arabe “Ksar Al-Kufar” et les latins “Dii Mauri” ou “Vae Victis”). Les changements de line-up du groupe, et notamment l’arrivée de W.Cadaver, doivent avoir eu un gros impact dans le travail d’écriture !
Le concert de Necrowretch était finalement un peu en demi-teinte. Pas particulièrement à cause d’un manque d’engouement du groupe, qui a quand-même bien rempli sa mission - et jouer si tôt devant un public clairsemé n’est jamais une mission simple -, mais juste parce qu’il existe un trop grand écart entre les compositions de Swords of Dajjal et les plus anciennes, et cet écart s’entend en live.
SETLIST:
Ksar Al-Kufar
Satanic Slavery
Dii Mauri
Swords Of Dajjal
Putrid Death Sorcery
The Ones From Hell
Vae Victis
Death May Die
Aorlhac
Supositor Stage - 13h30
Il est encore tôt et le soleil est très haut dans le ciel quand arrivent les Français d'Aorlhac. Le quintette originaire d’Aurillac dans le Cantal propose un black metal épique, centré sur l'histoire de France, notamment l’Occitanie, avec même un album dédié à son Auvergne natale, Pierres Brûlées, dernier né datant de 2021. Le nom même du groupe s’inspire d’ailleurs du nom occitan d’Aurillac.
Le groupe attaque par « La Révolte des Tuchins » (révoltes auvergnates organisées, contre les mercenaires puis le pouvoir centralisateur), au début assez lent, qui accélère quand le vocaliste entre en scène. Aorlhac est très carré techniquement, très en agressivité, avec des pointes plus mélodiques. Le quatuor arrive à construire un mur du son puissant, qui fracasse les nuques. Son black épique est régulièrement parsemé d’influences thrash. La basse (Nerra) et les guitares (NKS et Alexandre "Lenos" Thiong-Sion) sont rapides, tout en saturation, la batterie (Gustave "Zweihänder" Heitz) fait des démonstrations de vitesse et de blast en règle. La plupart des morceaux sont très véloces, et malgré quelques morceaux plus mid tempo, des attaques ou des ponts plus lents, parfois quelques arpèges en guitare claire, l'ensemble est un peu monolithique et manque un tout petit peu de variation.
De plus, le chant est difficilement compréhensible. C’est d'autant plus dommage que c'est l'un des vrais points forts d’Aorlhac, qui chante en français des textes sur différentes tragédies du Moyen-Age : révoltes, massacre des Cathares, guerres… « Nous sommes là pour raconter les histoires les plus sombres de notre passé et de nos aïeux », rappelle ainsi le chanteur Spellbound.
Malgré les difficultés à faire comprendre ses récits, il est véritablement habité par les paroles, et se déplace de façon très théâtrale, tour à tour perché sur les praticables ou à genoux sur scène, faisant de grands gestes avec les bras, les yeux parfois clos. Son chant est très majoritairement saturé, du plus grave au plus aigu, parfois éraillé, ponctué de screams puissants, avec quelques passages en chant clair plus mélodieux, qui peuvent se faire graves et profonds ou ponctuellement parlés, et parfois des rires sardoniques et des cris douloureux donnant l'impression qu'il vit réellement ce qu'il raconte. Les autres musiciens, dont les deux guitaristes assurent quelques chœurs, sont en comparaison plus statiques.
Le public, relativement nombreux pour l'heure, semble apprécier et écoute avec attention. C'est au final un set très intéressant qu'a proposé le groupe auvergnat, qui gagnerait à un peu plus de dynamisme dans les compositions et un chant plus compréhensible pour donner encore plus d'impact et mieux retenir l'attention.
Setlist (si dispo )
La Révolte des Tuchins
Le Bûcher des Cathares
Au Travers de Nos Cris
Infâme Saurimonde
Bruit ≤
Massey Ferguscène - 15h
Comme l’indique la voix qui est diffusée sur un sample du premier titre, « Bruit means noise. Everything is noise ». Car un concert de Bruit ≤, c’est bien plus qu’un concert, c’est une expérience qui se vit – et ne se prend pas à la légère. Avec des animations projetées sur le backdrop, des jeux de lumières et d’ombres, et une intensité phénoménale dans le jeu des quatre musiciens, le show de la formation de post metal instrumental devient très rapidement complètement immersif, cinématographique même.
Des images s’affichent, montrant le contraste entre la nature et l’omniprésence et l’invasion des technologies de communication (“Data”), ainsi que quelques messages subliminaux, militants ou dystopiques : les visuels sont travaillés et le message explicite. Le spectateur est pris dans ces ambiances angoissantes, inquiétantes, et emmené dans des séquences plus expérimentales avant d’être projeté dans des murs de sons massifs. L’appellation post-rock semble étriquée pour décrire les élans aventureux et expérimentaux des compositions du groupe.
Le Motocultor assiste à une démonstration de virtuosité de la part des quatre musiciens, complètement habités, parfois comme en transe. Au milieu de la scène, tête baissée, parfois debout, parfois à genoux, jouant des effets sur son pedalboard, le guitariste Théophile Antonino vit la musique. À droite, Clément Libes, lui, passe de la basse au violon sur l’enchaînement des premiers titres (“Ephemeral”, “Industry”), tandis qu’au violoncelle Luc Blanchot livre une performance intense et très physique, qui trouve son apogée dans le morceau-fleuve “Technoslavery/Vandalism”. Une introduction douce avec de belles lignes de violoncelle, Clément au clavier, pendant que Théophile joue de la guitare à l’archet… c’est le calme avant la tempête et le déferlement de puissance, marqué d’abord par les frappes monstrueuses de Julien Aoufi à la batterie. Luc inflige une correction à son instrument, le faisant tourner, hurlant à l’intérieur, détruisant son archet. Les effets de dissonance qu’il crée prennent aux tripes. Le guitariste, lui, est retourné, faisant bourdonner ses cordes de guitare contre son enceinte, avant un ralentissement funeste et une fin abrupte.
Clément prend la parole pour présenter le groupe, qui a la particularité de boycotter les plateformes de streaming depuis le début de leur carrière, et n’existe vraiment que par le bouche à oreille et la force de ses prestations live. Un remerciement aux programmateurs de festivals qui prennent le risque de les programmer, et surtout au public, très nombreux aujourd’hui, qui vient les voir. La splendide montée en puissance de “The Machine is Burning” clôt le set du groupe toulousain qui, on l’espère, continuera de faire grand bruit, mais toujours en-dehors des sentiers battus.
Leprous
Dave Mustage - 19h10
Quelques minutes avant le début du set des Norvégiens, du côté du pit photo, des agents de sécurité brandissent une pancarte « Slammez SVP » en direction du public. Vont-ils avoir du succès, avec les rythmiques syncopées et les structures alambiquées du prog moderne de Leprous ? Une chose est sûre, le son est impeccable, et ce dès les premières secondes de “Silently Walking Alone”, premier des trois morceaux joués ce soir issus du dernier opus Melodies of Atonement sorti il y a deux ans déjà. Le chant pur, aérien de Einar Solberg, très élégant comme tous les musiciens sur scène, perce la fosse de la Dave à coups de grandes envolées aussi précises qu’intense, sur des silences ou des déferlements de puissance apportés par ses camarades, tout aussi virtuoses à la batterie (le fantasque et génial Baard Kolstad), aux guitares (Tor Oddmund Suhrke, Robin Ognedal) et à la basse (Simen Daniel Børven).
La signature Leprous se met en route, précise, déconstruite, à coups de polyrythmes et de contretemps, de riffs lourds mais complexes, soulignés de nappes de synthés, alternant avec des accords délicats, et du relief créé par des déflagrations retardées. Et pourtant, les vœux des agents de sécurité sont exaucés et les slammeurs défilent sur des passages lourds comme la fin de “Like a Sunken Ship”, où Einar passe de façon impressionnante de lignes vocales haut perchées à un growl redoutable, ou sur les accélérations entêtantes de “Atonement”.
Il faut compter aujourd’hui sur une participation enthousiaste et très sonore du public au chant, y compris sur des passages relativement inchantables. Les festivaliers mélomanes accompagnent les vocalises irréelles et sublimes de Einar sur les morceaux incontournables, du refrain de “Below” à l’introduction (pourtant rythmiquement casse-gueule) de “The Price”. Les trois guitaristes headbanguent de concert avec le frontman et la fosse sur les riffs lourds du titre, et de nombreux autres, et l’ambiance dans la fosse est très dansante. “From the Flames”, malgré sa rythmique complexe, est irrésistible. Bien sûr, les envolées vocales de Einar Solberg, impérial, forcent l’admiration, mais les chœurs et harmonies assurés par Simen, Tor, Robin et le claviériste de tournée Harrison White sont également impeccables. Le bassiste Simen s’avance plusieurs fois sur le podium en avant-scène, la basse en l’air, et invective régulièrement le public.
Après un passage en piano-voix somptueux sur “Nighttime Disguise”, la vague de puissance arrive, énorme, et les musiciens sautent et dansent partout sur la scène. Einar signale que les praticables installés sur la scène sont beaucoup moins hauts qu’à leur habitude et avoue se sentir gêné pour ses pas de danse habités lors des passages explosifs. Arrive le moment d’une introduction monstrueuse à la batterie avant l’arrivée des musiciens pour le début de “The Sky Is Red”, encore un très beau moment maîtrisé à la perfection … mais le morceau, raccourci, s’arrête bien (trop) vite et vient déjà l’heure des remerciements généreux et du salut pour le groupe norvégien – salut debout et sourire aux lèvres pour les six musiciens, y compris Baard debout sur son siège de batterie. Il n’y a pas grand-chose à dire devant ce set de haut vol. Pas grand-chose, si ce n’est que ces 50 petites minutes de grande classe ont semblé bien trop courtes.
Slift
Massey - 20h05
Quatre ans après leur dernier passage au Motocultor (alors encore sur le site de Saint-Nolff) c’est avec une actualité particulièrement chargée que les Toulousains de Slift sont de retour au festival breton. En effet le groupe a sorti très récemment son tout dernier opus, le remarqué Fantasia dispo depuis le 5 juin sur bandcamp. Avec ce nouvel album déjà présenté notamment à l’Olympia, au Hellfest et au Brutal Assault, c’est pour un set mieux placé que le trio est de retour, avec le créneau de 20h contre celui de 16h il y a quatre ans. Il ne fait pas encore nuit mais l’heure approche et la Massey continue dans les concerts intenses (bien que dans des styles différents) après Bruit ≤, Múr et Hollow Jan. Une projection 3D s’affiche sur le fond de scène et des bruits synthétiques résonnent, c’est parti.
La lourdeur des basses est d’emblée bien présente quand le trio attaque directement par “Fantasia”, annonçant la couleur d’un set largement orienté vers ce dernier album. Le public semble déjà conquis, à la vue des premiers slammeurs qui s’élancent dès cette ouverture. La voix est un peu étouffée dans le mix (heureusement plus clairement audible dès le titre suivant, “Corrupted Sky”) mais l’interprétation hurlée reflète bien l’intensité des propos, véritable cri du cœur pour la planète, que l’Homme avec son capitalisme (lequel est personnifié par une ville abominable, figure centrale de l’album) est en train de tuer à (pas si) petit feu. Il y a de quoi avoir la rage ! L’écran du backdrop diffuse de son côté des ambiances psychédéliques, allant de pair avec les lignes souvent aériennes de la guitare.
Au milieu d’une sélection de titres couvrant l’essentiel de la progression thématique de Fantasia et après de chaleureux remerciements aux équipes du festival, aux bénévoles et à ses proches, Slift propose un retour sur deux titres antérieurs copieusement appréciés dans le public : le long et épique “Ilion” et le plus ancien “Ummon”, avec ses lignes de chant en retrait qui s’insèrent dans le mix comme des nappes de claviers. Le public savoure, les slammeurs s’enchaînent et le nuage de poussière se densifie : on passe un très bon moment.
Le final du set s’effectue en apothéose sur un retour à Fantasia avec sa conclusion : “Secret Mirror”. Les ambiances de ce titre tout en contraste versent par moments dans le stellaire, s’inscrivant alors dans la continuité de “Corrupted Sky”, avant, dans un contrepoint remarquable, de se vautrer avec délectation dans des sections nerveuses servies par un chant rageur, qui font écho à la virulence de “The Day Of Execution”, joué plus tôt ce soir. Derniers moments de grâce dans le public, qui ne manque pas d’applaudir largement le trio à la fin du concert !
Eisbrecher
Dave Mustage - 21h
Après Oomph en clôture de la première soirée, c’est un autre groupe de “Neue Deutsche Härte” que l’on retrouve samedi, Eisbrecher. Déjà passé au Motocultor quatre ans plus tôt, où il nous avait fait une forte impression avec son show grand spectacle particulièrement visuel, le groupe gagne cette fois une place sur la scène principale. Quoi de plus logique ! Habillée de leds programmables et glissantes, diffusant des dégradés de couleurs au gré des ambiances de chaque morceau, la scène semble toutefois un peu moins spectaculaire que celle sur laquelle le groupe se produisait en 2022, le passage en plein air participant sans doute à cette impression. Les Allemands ont également sorti Kaltfront entre temps (c’était en 2025) et arrivent avec ces nouvelles compositions et une tournée qui a déjà pu ratisser (un peu) l’Hexagone, en passant notamment par Toulouse, Lyon et Rennes.
C’est très logiquement que le concert démarre sur l’ouverture de Kaltfront, “Minus 90 Grad” sur bande pour l’arrivée des musiciens puis la très catchy “Everything Is Wunderbar”, single évident de l’album. La rythmique binaire et les guitares lourdes (Jürgen Plangger et Marc Richter, remplaçant Noel Pix depuis deux ans) sont très typiques du style (que l’on peut assimiler à du metal industriel) et donnent aux refrains une puissance qui place effectivement le groupe aux côtés des autres grands noms du genre. Cette puissance se retrouve également dans le chant qui s’impose sans mal grâce à la voix percutante d’Alexx Wesselsky et le recours massif aux chœurs sur les refrains ; et aussi avec la quasi-totalité des textes en allemand, les clichés sont tenaces, on ne va pas se mentir. Les couplets contrastent en revanche par leur approche bien plus calme, souvent bâtis sur des boucles mélodiques de synthétiseur et une rythmique très réduite, parfois sans même une seule frappe de batterie. On n’est souvent pas loin d’un registre de pop survitaminée, la formule est parfaite pour la scène et cela se voit dans le public (ultra compact jusqu’à l’estrade VIP) qui se déchaîne sur des missiles comme “Himmel, Arsch und Zwirn”, “Kaltfront” ou “So Oder So” et les tubes “Was Ist Hier Los?” et “Verrückt” qui terminent le set.
Alexx est par ailleurs un vrai showman et enchaîne mouvements amples (posant le genou à terre sur un pré-refrain) et prises de parole humoristiques, souvent en français. Il a ainsi partagé le secret de la potion magique avec le public breton : il s’agit en fait du hard-rock ! Loin de se contenter d’occuper la scène en portant la voix du groupe, Alexx abuse également d’accessoires en tout genre pour illustrer les morceaux : tantôt un appareil Polaroid (“1000 Narben”) avec lequel il prend des instantanés de la foule, là un cor de chasse et une chope de bière pour représenter le cliché du pays du Bretzel (“This Is Deutsch”). Un des moments les plus marquants reste sans doute “Waffen Waffen Waffen”, pamphlet anti-militariste avec son intro à l’harmonica qui lui donne des airs de crossover improbable entre metal indus et western spaghetti, sur lequel Alexx utilise une bombe de peinture pour graffer le symbole de la paix sur l’inscription “Waffen Waffen Waffen” (littéralement “Armes Armes Armes” dans la langue de Nena) ! Le tout en changeant régulièrement de costume, passant de la veste noire à un ensemble cravate/nœud-pap doré, puis une tenue de camouflage et enfin un chapeau traditionnel bavarois. On n’en est pas encore au stade de Tobias Forge avec Ghost mais clairement le spectacle est assuré. Alexx sait se faire apprécier et le prouve une fois le concert terminé en lançant la Marseillaise, que l’ensemble du public s’empresse de reprendre à l’unisson.
SETLIST:
Minus 90 Grad (sur bande)
Everything Is Wunderbar
Himmel, Arsch und Zwirn
So Oder So
Kaltfront
Waffen Waffen Waffen
1000 Narben
Sturmfahrt
This Is Deutsch
FAKK
Zwischen uns
Was ist hier los?
Verrückt
Within Temptation
Dave Mustage - 23h
Parmi les couacs dont il est coutumier, le Motocultor a réussi à se mélanger dans les horaires : ainsi, sur plusieurs journées, un groupe est censé commencer à jouer tandis que celui sur la scène voisine n’a pas fini son set. Bien évidemment, cela n’arrivera pas durant les concerts concernés auxquels nous assisterons, mais cela va semer une certaine zizanie, tout particulièrement ce samedi.
Ainsi, Within Temptation est censé commencer à jouer cinq minutes avant la fin de Nevermore, qui joue sur la Supo… et finir un bon quart d’heure avant Omnium Gatherum, sur cette même scène. Nevermore finissant approximativement à l’heure prévue, ce qui est logique, il y a à peine quelques dizaines de secondes de battement avant que les lumières ne s’éteignent sur la scène principale pour annoncer le début du set des Néerlandais.
Cela aura au moins laissé le temps au public, extrêmement nombreux pour l’occasion, d’admirer le décor fait d’arches et de colonnades. Une musique enregistrée retentit, une vidéo avec le symbole du groupe démarre, les cinq instrumentistes arrivent sous des nuages de fumée. La voix de la vocaliste Sharon Den Adel retentit alors, sans qu’elle soit visible, et elle attaque « We Go to War », issu du dernier album Bleed Out, depuis les coulisses. Le morceau, accrocheur, fonctionne très bien comme introduction, et le son des musiciens est assez lourd sur ce titre. La chanteuse entre finalement en scène, arborant un grand masque orné d’épines.
Et c’est parti pour une grosse heure de show. Le groupe n’usurpe pas sa place de tête d’affiche : le décor de colonnes pose un cadre très visuel, rehaussé par un beau travail sur les lumières. Les affichages vidéo ne sont pas forcément transcendants mais habillent efficacement, la scène a du relief avec des plateforme pour la batterie (Mike Coolen), le clavier (Vikram Shankar), et les deux guitaristes (Ruud Jolie et Stefan Helleblad) et bassiste (Jeroen van Veen) à tour de rôle. Et surtout le groupe envoie.
Ce n’est pas un secret pour les gens qui suivent le groupe, plus pour ceux qui l’ont laissé où il en était il y a quinze ans : les racines symphoniques, si elles n’ont pas disparu, sont bien plus légères depuis plusieurs albums, et ressemblent plus à des influences qu’aux fondations de la musique. Et ne parlons pas des débuts gothiques, presque doom des premiers disques, disparus depuis longtemps. Les derniers albums se sont plus orientés vers un metal moderne aux accents metalcore et electro.
Or, à part le tout premier album, tous les disques longs sont représentés. Le groupe fait donc des grands écarts d’un titre à l’autre, ce qui pourrait aboutir à un set décousu. Alors, certes, la différence de styles s’entend durant le concert, mais le groupe arrive à garder une cohérence, notamment parce que les titres sont parfois légèrement réarrangés, et surtout, beaucoup plus lourds. Cela donne un set plutôt varié et dynamique, mais relativement agressif, avec des guitares, une basse et une batterie qui prennent toute leur place, et un peu de growl ponctuellement (enregistré semble-t-il).
C’est particulièrement appréciable pour les titres les plus récents, comme « Bleed out » ou « The Reckoning » qui gardent leurs claviers très en avant, mais gagnent en densité. Comme souvent sur du metal d’inspiration symphonique, il y a parfois des sons enregistrés, mais cela semble plus mesuré que lors de précédents concerts des Bataves. Après, évidemment, Within Temptation fait du Within Temptation, et ne convaincra pas ce soir les personnes totalement réfractaires à son style, qui a toujours privilégié les rythmes simples et les mélodies accrocheuses.
Mais les musiciens sont vraiment en forme, ils débordent d’énergie. Les deux guitaristes sont particulièrement à fond, ils font des va-et-vient sur toute la largeur de la scène et sur la plateforme. Ils jouent parfois de courts soli, de leur côté ou ensemble, headbanguent de concert ou avec la chanteuse, haranguent le public et occupent l’espace avec beaucoup de naturel – le groupe est après tout habitué aux grandes scènes.
Cependant, c’est bien la chanteuse qui prend le plus la lumière. Sharon Den Adel est particulièrement en voix, avec, là encore, moins de pistes enregistrées que par le passé. Ses passages lyriques sont vraiment beaux, sur des morceaux d’époques très différentes, de « We Go to War » à « Ice Queen » en passant par « What Have You Done ». Pour les deux morceaux initialement en duo (« What Have You Done », justement, en duo avec Mina Caputo, encore Keith à l’époque, et « Paradise (What about Us) », avec Tarja Turunen), une vidéo de l’autre vocaliste est diffusée en simultanée, Sharon Den Adel chantant parfois la ligne vocale par-dessus. Son abattage est impressionnant, elle arpente sans cesse la scène, toujours en mouvement, joue avec les autres musiciens. Entre les morceaux, elle prend souvent la parole de façon concise, souvent pour répéter en français dans le texte « Merci Bretagne ! »
Le public acclame avec enthousiasme chaque morceau, convaincu dès les premiers instants, mais ce sont souvent les titres les plus anciens qui récoltent les ovations les plus vociférantes. Le concert se conclut comme de rigueur et pile à l’heure prévue sur l’iconique « Mother Earth », tiré du deuxième album éponyme, ode épique à la Terre et à la nature, qui semble particulièrement de circonstance par les temps qui courent, le tout dans un déluge de fumée. Le groupe a évidemment convaincu ses adeptes, et d’un point de vue de personnes pas inconditionnelles sans être réfractaires, le groupe a livré une prestation convaincante, et semble sur scène se bonifier avec le temps.
Perturbator
01h30 - Dave Mustage
Choix curieux, le set de Perturbator débute dix minutes avant l’horaire prévu, prenant de court de nombreux festivaliers et trompant un peu le public nombreux déjà présent sur place qui pensait assister à quelques balances de dernière minute. Il faut dire que l’artiste franco-britannique James Kent a fait une entrée en scène plutôt discrète, s’installant sans prévenir sur son perchoir-console plongé dans l’obscurité, avant d’entamer sans préambule “The Art of War”. Sur le second podium sur le côté droit de la scène trône la belle batterie transparente de Dylan Hyard, qui accompagne James en live, dont on ne distingue que la silhouette à contre-jour. Les deux podiums, reliés l’un à l’autre pour l’instant, s’écarteront plusieurs fois pendant le concert. On ne voit pas son visage mais le frontman headbangue et la foule commence à danser dans ce premier titre.
Dès le deuxième titre, nouveau problème – visuel : d’épais nuages de fumée envahissent la scène, et les deux musiciens, déjà mal éclairés, disparaissent complètement. Les sonorités synthwave sont bien lourdes sur “Corrupted by Design” avec ses passages techno ambiance clubbing assez sombre qui fait danser le public. Les artworks des albums ou EP apparaissent en backdrop sur grand écran, et les jeux de lumières sont très travaillés, avec des lasers colorés qui rendraient toutefois encore mieux s’il y avait moins de fumée.
Le tempo s’accélère sur “Diabolus Ex Machina”, sur laquelle la présence du batteur live apporte une dimension et une puissance supplémentaires, des passages redoutables à la double pédale. James s’adonne au headbang circulaire, frappe ses platines et fait des gestes vers le public. Les bras se lèvent dans le public même si globalement ce n’est pas la folie furieuse dans la fosse. Il est tard et la fraîcheur dissuade même les plus motivés. Sur une grosse accélération en fin de morceau, la fosse bouge enfin. Arrive “Glass Staircase” et ses vibrations de basse, puis l'artiste finit par prendre sa guitare. Sur “Messalina, Messalina” il pose des lignes vocales chantées et parlées, autour de passages lents et inquiétants avec guitare et cymbales avant une fin où des tonalités new wave s’invitent encore. Les deux podiums qui étaient séparés, se rejoignent.
Quelques morceaux se distinguent sur la setlist, comme “Apocalypse Now” tirée comme le premier morceau de Lustful Sacraments (2021), véritable pépite de darksynth qui passe extrêmement bien. Ce morceau en collaboration avec Ulver possède une ambiance coldwave très 80s et les lignes vocales mélancoliques se démarquent, notamment sur son superbe refrain. Autre morceau accompagné de chant (toujours sur piste, aucun invité n’est prévu ce soir, dommage), l’excellente “Venger”, en collaboration avec l’artiste new-yorkaise Greta Link qui fonctionne très bien et fait crier le public. Sur un fond de lumière rose et entre deux nuages de fumée, James envoie des baisers au public pour le remercier de son enthousiasme.
Un pentagramme occupe l’écran pour “Neo Tokyo”, autre titre reconnu et acclamé par les festivaliers, et les slammeurs se mettent enfin en mouvement. Ce n’est pas forcément le titre idéal pour le crowdsurfing car le tempo ralentit dangereusement. Un mur de lasers s’élève entre les deux podiums sur “Future Club”, marquée par de gros coups de subs en intro. Visuellement c’est impeccable, mais voilà, le BPM de ce morceau entêtant est encore moins rapide que la précédente. “Tainted Empire”, troisième titre de l’EP New Model sorti en 2017, se distingue par ses tonalités lourdes et son tempo lent… avant une fin assez abrupte et, dix minutes avant l’heure prévue, le départ des deux musiciens, très rapide et sans salut, à l’exception de gestes de remerciement au public de la part du batteur. La foule semble aussi déconcertée qu’au début (prématuré) du concert, espérant peut-être un rappel – qui ne viendra jamais.
Le choix des morceaux de ce soir était certes varié mais finalement assez peu adapté à une soirée de festival. Certains titres, moins connus ou plus lents, ont eu du mal à emporter l’adhésion, comme si l’artiste essayait plus d’endormir les festivaliers (et d’aller se coucher plus rapidement?) plutôt que de les réveiller. D’autant plus que caché sous ses cheveux voire complètement dissimulé sous la débauche de fumée, Perturbator s’est fait très discret, et son départ abrupt bien en avance laisse le public encore présent sur sa faim. Au final, le set est resté assez statique et ce malgré le lightshow superbe. Un show maîtrisé mais gêné par une trop grande distance entre les musiciens et le public, et qui aurait sans doute bien mieux fonctionné sous une tente plutôt que devant cette grande fosse de la Dave, alors que le froid fait – enfin – son apparition à Carhaix.
Nanowar Of Steel
01h30 - Bruce Dickinscène
Alors qu’une partie du public s’enjaille (ou pas) sur Perturbator, une autre partie a choisi d’aller également faire la fête de façon nettement plus débile avec les inénarrables Romains de Nanowar Of Steel. Suite aux horaires chaotiques de la journée, les deux derniers concerts de la journée se retrouvent à commencer avec dix minutes d’avance.
Cela fait un moment que le show loufoque du quintette italien est rodé : son power metal moqueur, qui s’aventure parfois dans d’autres styles pour les besoins de la parodie (pirate metal, reggae metal, gospel metal…), serait déjà efficace en live sans artifice, mais le groupe a mis au point un spectacle total (et volontairement ridicule), avec costumes semblant sortis de carnavals, accessoires en fonction des morceaux, et surtout blagues à tous les étages, dans les chansons évidemment, mais également presque entre chaque titre.
C’est d’ailleurs ce dernier point qui évite au spectacle de devenir redondant. Car les costumes et les accessoires sont les mêmes depuis plusieurs années (à part évidemment pour ceux plus récents), mais si le groupe garde des blagues d’une tournée sur l’autre (le wall of death qui devient un wall of love avec des câlins, notamment), il renouvelle son stock régulièrement.
Le bassiste, Gatto Panceri 666, parlant une multitude de langues dont le français, intervient régulièrement dans notre langue, pour donner des directives ou râler parce que le public n’attend pas le décompte pour se lancer dans le wall of love, ou au contraire est trop lent : « Allez-y vite s’il vous plait, on veut dormir, c’est tard ! ». Il explique aussi que le groupe ne veut pas voir le personnage en costume de chouette effraie qui vient danser sur « Barbagianni » rentrer en Italie, et qu’il faut donc le faire slammer en-dehors de la tente – il continuera d’ailleurs de slammer même après la fin du morceau.
Le groupe surfe même sur l’actualité sportive. Le titre « Pasadeña 1994 », qui narre de façon épique une défaite de l’équipe de foot d’Italie lors d’une Coupe du Monde, pourrait sembler obsolète. Pourtant, quelques titres plus tard, le groupe explique que « en tant qu’Italiens, nous adorons l’été, surtout quand il y a une coupe du monde », mais que c’est compliqué ces dernières années, l’Italie ne s’étant plus qualifiée depuis 2014. Le groupe a donc décidé d’agir pour que la Squadra Azzura puisse de nouveau se qualifier, et pour cela, il a étudié un modèle inspirant, la Norvège, qui possède trois qualités essentielles : « A good defence, a good offence, and praying Satan ». Plus qu’une bonne défense et une bonne offense, c’est bien le dernier point qui intéresse particulièrement les transalpins, lesquels demandent au public de s’accroupir pour invoquer Satan. « Je ne vois pas de Satan », s’impatiente l’un, avant que l’autre ne lui réponde « Il arrive, c’est un long trajet… il vient avec Easyjet ». Une très longue et très drôle introduction, qui passe d’une référence à l’autre, caractéristique du groupe, pour finalement arriver à « Norweggian Reggaeton », mélange de metal et de reggaeton truffé de références au black metal norvégien des origines.
Au-delà de la blague, les musiciens donnent de leur personne, toujours au deuxième voire troisième degré, bougent dans tous les sens, prennent des poses pas possibles. Techniquement, cela reste relativement simple mais c’est très bien exécuté, à part les voix un peu en-dessous dès qu’il s’agit de chanter les passages initialement interprétés par des invités. En plus des deux chanteurs (Mr Baffo et Potowotominimak), les trois instrumentistes (Gatto Panceri 666 à la basse, Abdul à la guitare, Uinona Raider à la batterie) assurent les chœurs, ce qui permet d’avoir une superposition de lignes vocales et donc de références aux antipodes dans un même morceau, notamment sur les incroyablement dansants « Disco Metal » et « Norweggian Reggaeton ».
Avec plus de deux décennies d’existence et une dizaine d’albums à son actif, le groupe doit forcément faire des choix. Il privilégie globalement ses titres les plus récents, notamment son dernier album long Dislike To False Metal, mais aussi ceux tirés de son dernier EP sorti cette année, The Genghis Khan EP to End All Genghis Khan EPs, et ses morceaux sortis indépendamment ces derniers temps, « Armpits of Immortal » et la reprise de « Brave Margot » de Brassens, que le combo reprend désormais à chaque concert en France. Si Dislike To False Metal était encore très bon, les morceaux suivants semblent cependant en-deçà, ils fonctionnent dans l’absolu mais finissent par provoquer une pointe de lassitude, comme si le groupe peinait un peu à se renouveler.
Il faut cependant reconnaître qu’ils restent entrainants en live, et recueillent l’approbation du public. Les trois titres plus anciens ont cependant droit à un accueil spécial, les deux titres tirés de Stairway To Valhalla qui ont vraiment permis au groupe de connaître le succès à l’international ainsi que « Il Cacciatore della Notte », seul titre en italien – à ce propos, il est dommage qu’aucun titre de l’excellent Italian Folk Metal, principalement en italien, ne soit joué.
Le public est en tout cas à fond, sauts, pogos, walls of death / love, chants, cris, mains qui claquent se multiplient, et c’est un joyeux chaos tantôt spontané tantôt demandé par le groupe qui s’installe. Le groupe finit par son habituel « Valhalleluja », qui réussit à rendre épique le montage d’une table basse Ikea sur scène, avant que celle-ci ne parte en slam dans la fosse.
Et, alors que le concert s’achève et que le groupe salue puis quitte les planches au son de son insupportable morceau « El Baile del Perrito », de nombreux spectateurs improvisent… une chenille, qui parcourt la fosse, sort de la tente, y revient, se transforme en tunnel sous lequel les danseurs passent par deux. Le groupe revient même voir ce qu’il se passe, provoquant un nouveau sketch, sans paroles cette fois, où le groupe se fait acclamer dès qu’il revient et huer dès qu’il repart, et ce pendant plusieurs minutes. Un spectacle de Nanowar, on ne sait jamais exactement si c’est un concert, une animation de club med ou un five-men-show humoristique, mais c’est en tout cas toujours hilarant.
Setlist
Sober
Stormwarrior of the Storms
Pasadeña 1994
Careless Whisper (extrait)
Disco Metal
Il Cacciatore della Notte
Norweggian Reggaeton
Brave Margot
Feet & Greet
Valhalleluja
Les autres concerts du samedi
12h45 : Changement d’ambiance drastique par rapport aux deux jours précédents sur la Bruce Dickinscène, puisque, c’est désormais habituel, le samedi est consacré au punk. Pour le premier concert de la journée, comme souvent, ce sont des presque voisins qui lancent les hostilités : le quatuor de Shady Fat Kats arrive d’Auray, dans le Morbihan, et attaque pied au plancher. Le groupe joue un pop punk extrêmement efficace, dynamique au possible, souvent rapide, ponctuellement plus mid-tempo, parfois infusé de punk mélodique un poil plus lourd et de ska punk. Les influences du groupe sont vraiment très très audibles, et Blink-182 ou Simple Plan ne sont jamais très loin. C’est vraiment quitte ou double : les allergiques au pop punk ont probablement fui après une minute d’écoute, les adeptes sont ravis de cette dose de vitamines de bon matin. Cela ressemble encore beaucoup aux modèles du genre, mais le groupe n’a que huit ans d’expérience, avec un EP et une poignée de singles au compteur.
Vu l’heure, il y a plutôt du monde, et le public semble totalement apprécier le set. Le groupe communique beaucoup, fait chanter des « hey ho » à l’auditoire, agiter les mains en rythme, et cela fonctionne plutôt bien. « On s’est dit qu’au Motoc, on allait faire un peu de metal. Alors n’hésitez pas à faire vos petits cercles ! ». Le circle pit qui s’ensuit attire pas mal de gens, sur une introduction punk suivie de screams. Le titre est clairement plus lourd que le reste du set, avec notamment du growl, mais rien à faire, dans la structure, cela reste indéniablement pop punk… Cette entrée en matière met d’excellente humeur, et si le groupe doit encore trouver une identité plus singulière, il a clairement du potentiel dans le genre !
14h15 : Très tôt dans l’après-midi, il y a déjà énormément de monde, en plein soleil, devant la Dave pour le groupe parisien de metal alternatif Ashen, dont le premier album Chimera est sorti fin 2025. Le groupe qui navigue entre nu metal, rock et metalcore moderne, se montre très dynamique et communique énormément avec le public. Mention spéciale pour le dernier arrivé dans le groupe, le bassiste Nathan Hakoune, qui assure à la quatre-cordes mais aussi aux chœurs et surtout aux cris, puissants et ravageurs. Au chant, Clem Richard aurait mérité un meilleur mixage, mais se donne et sait surfer sur l’émotion pour la sympathique reprise de “Smells Like Teen Spirit” de Nirvana. À la fin du set il se rend même dans la fosse en plein milieu du circle pit. L’ambiance est bon enfant avec des pogos poussiéreux et slams nombreux - sans non plus que ce soit la folie furieuse dans la fosse comme pour Revnoir la veille.
17h25 : La journée punk continue avec The Casualties sur la Bruce Dickinscène, groupe de street punk new-yorkais formé en 1990. Sur scène, impossible de rater le quatuor, l’un des guitaristes arborant une énorme crête iroquoise, à quoi le second répond par une iroquoise plus modeste mais bien présente. Fidèles à la variante de punk pour laquelle ils sont connus, les musiciens états-uniens jouent donc un punk basique mais rapide et accrocheur, énervé et dépourvu de toute fioriture, à l’esprit hardcore mais sans jamais se départir d’un certain sens de la mélodie. C’est efficace et enragé tout en étant entraînant, et le groupe n’hésite pas à faire chanter des « wowowow » au public. Un concert endiablé qui montre que The Casualties n’ont pas usurpé leur réputation de figure de proue du street punk.
18h15 : Tout droit venu d’Islande, le quintette de post metal Múr tourne cet été en Europe pour la première fois de sa jeune carrière en tête d’affiche, en plus d’assurer la première partie d’Amorphis. Avec deux guitares sept cordes, une basse, une batterie et un keytar, le combo développe un post metal lourd et groovy qui impressionne, avant de présenter des compositions progressives entêtantes, avec un côté expérimental, atmosphérique parfois, alternant avec des passages plus en force. Le vocaliste / keytariste Kári Haraldsson, à la longue chevelure, passe de la voix claire au growl puissant, voire au scream occasionnel, apparemment sans effort. Des motifs hypnotiques aux guitares ou des breakdowns meurtriers donnent du relief aux compositions, et les lignes de keytar apportent une densité supplémentaire aux nappes de riffs développées par les musiciens qui headbanguent et lèvent régulièrement leurs instruments en direction des festivaliers, qui semblent conquis et n’hésitent pas à slammer. Une très belle découverte que ce groupe venu du Nord, que l’on attend bientôt avec un second opus, l’album éponyme étant sorti il y a deux ans déjà, et qui assurera la première partie de la tournée imminente de Oranssi Pazuzu, de passage à Paris, Belfort, Grenoble et Montpellier fin octobre.
21h : En soirée, la programmation punk laisse la place au metal festif sur la Bruce Dickinscène, avec trois groupes qui ne se prennent pas au sérieux et ont pour vocation de faire rire et danser les foules. Avant le groupe de bluegrass finlandais Steve'n'Seagulls, le premier de ceux-ci, c’est Frog Leap. Initialement chaîne YouTube du multi-instrumentiste norvégien Leo Moracchioli, le projet a pris vie sur scène, entouré de musiciens : Hannah Boulton au chant, Erik Torp à la basse, Rabea Massaad à la guitare, Truls Haugen au chant et à la batterie. L’artiste, à la guitare et au chant, y reproduit ce qui a fait le succès de sa chaîne : des reprises metal de standards de la pop culture, de génériques de films, séries et dessins animés à des tubes de musique pop ou en tous cas très mainstream. Durant une heure, le groupe enchaîne ainsi les versions du générique de S.O.S Fantômes, de « House of the Rising Sun », de « Eye of the Tiger », de « Blinding Lights » ou encore de « Zombie » des Cranberries, sur lequel un homme en costume de lapin viendra danser. C’est vraiment très bien fait, amusant, et le public s’en donne à cœur joie. Cependant, la formule finit par lasser un peu, car le groupe joue au final un metal assez générique, sans véritable identité. La recette est donc moins intéressante qu’une série de reprises dans un genre de metal plus affirmé, que ce soit du folk, du doom ou du thrash. Reste que c’est le genre de set parfait à écouter en fond sonore pendant l’apéro.
Textes :
- Aude (Shady Fat Khats, Aorlhac, The Casualties, Frog Leap, Within Temptation, Nanowar Of Steel)
- Félix (Necrowretch, Slift, Eisbrecher)
- Julie (Ashen, Bruit ≤, Mùr, Leprous, Perturbator)
Photos : Lil'Goth Live Picture. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe.











































































































































































































































