Motocultor 2026 – J4 : Icônes crépusculaires, sorcières féministes et stoner dominical

Dimanche 16 août, Carhaix

Dernier jour à Carhaix. Celui-ci voit la présence des plus grandes légendes jamais accueillies par le festival, mais également d’artistes féminines engagées, de formations stoners, sans oublier les groupes de metal plus extrêmes, parfois à tendance boîte de nuit.

C’est la fin de cette édition du Motocultor, synonyme de soulagement pour certains, pressés de quitter la poussière et le chaos, et de tristesse pour d’autres, qui auraient bien prolongé cette ambiance metal bon enfant - et les passages assidus au stand de boissons chaudes Call Of Coffee. Les deux sentiments ne sont d’ailleurs pas mutuellement exclusifs.

Avant les légendes britanniques de Judas Priest, le festival continue de faire la part belle à des genres éclectiques, avec ce jour-là une mise en avant du stoner côté Bruce Dickinscène, mais aussi des artistes très focalisés musiques extrêmes, et également, pour un certain nombre, avec une couleur très clubbing et / ou what the fuck. C’est enfin le jour où nous avons repéré peut-être le plus de groupes entièrement ou majoritairement féminins avec une proposition scénique marquante, à commencer par Witch Club Satan, au show théâtral et spectaculaire, et Jools avec son punk rock féministe.

Les concerts du dimanche :

Jools

 Dave Mustage, 13h05

On y est, il est temps d’attaquer le dernier jour de ce cru 2026 du Motocultor, et si le festival se prépare à accueillir la plus grosse tête d’affiche à avoir jamais foulé ses planches, c’est avec les jeunes Anglais de Jools que notre journée commence. Tous les concerts sont avancés d’une heure par rapport aux jours précédents, si bien que le concert, troisième de la journée, se joue à la même heure que les sets d'ouverture de la veille. Le concert immédiatement précédent sur la Supositor voisine (les Américains d’Internal Bleeding avec leur slam death) fait cependant du rab et comme l’ordre de passage resserré du dimanche ne prévoit aucune pause entre les scènes sur ces horaires, Jools démarre donc son set avec un petit peu de retard. Le quintette de punk rock est en place, il regarde le chanteur sur la scène voisine terminer son scream et attaque dès la fin.

Le contraste artistique est violent avec le combo précédent, mais Jools compense l’absence de ce mur de son sur-amplifié par une énergie, du dynamisme et une forte animation de la scène. Avec deux vocalistes libres d’instruments, une chanteuse et un chanteur, le combo ne manque effectivement pas d’animation scénique : la plateforme entière est bien utilisée pour les déplacements, presque jusqu’au niveau de la Supositor. Le chant principal alterne entre Mitch Gordon et Kate Price en fonction des titres, assurant une bonne variété dans les compos, qui n’hésitent pas à s’éloigner parfois du punk rock traditionnel pour ajouter de la mélancolie et verser dans le post-punk (“Spineless”, un des rares titres à ne pas être issu de l’unique album Violent Delights, sorti à l’été 2025). Il faut dire qu’il y a de la lourdeur et de la gravité dans les textes du combo, qui fait du féminisme une de ses raisons d’être. En témoigne “97%”, le brûlot contre les VSS et les féminicides introduit par une diatribe de Kate sur les droits des femmes et les valeurs de respect, copieusement applaudie dans le public : clairement un des moments les plus marquants du concert. Avec trois femmes dans son effectif (Chelsea Wrones à la batterie et Emer McLaughlin à la basse aux côtés de Kate), Jools relève d’ailleurs la mauvaise représentation féminine générale du Motocultor.

Le succès du groupe est réel et le public déjà plutôt nombreux, malgré l’heure presque matinale et le style plus doux que ce qui passe d’habitude sur la Dave Mustage. Lorsque le tempo accélère sur “Guts”, Kate et Mitch descendent dans le pit et se posent sur la barrière pour prendre un bain de foule et chanter au plus près. Kate finit même par sauter la barrière et chanter directement depuis la fosse pendant “Live Deliciously”, entourée par la foule compacte autour d’elle. Le dernier passage clé du concert reste indéniablement “Dunoon”, que Mitch introduit en racontant l’histoire de son père qui était en dépression à cause de l’état du monde, aujourd’hui décédé. Le titre a une résonance très particulière pour lui et son chant trahit l’intensité des émotions, qui ressortent à la fin du titre lorsque les larmes ne peuvent plus être retenues. Quelle intensité, les 40 minutes du set passent vraiment trop vite !

SETLIST:

Spineless
Mother Monica
Wherever
Cardinal
97%
Guts
Live Deliciously
Dunoon
Limerence

Red Sun Atacama 

Bruce Dickinscène - 14h30

Il y a du monde sous la tente de la Bruce en ce tout début d’après-midi pour découvrir le stoner / punk du trio bordelais Red Sun Atacama. Du desert rock bien énervé que le combo aux origines franco-chiliennes va servir au public en toute simplicité, sans fioriture ni scénographie particulière, juste avec une énergie débordante et un grand sourire aux lèvres. Le bassiste Clément est également chargé du chant, assez haut perché. Le combo a vraiment la pêche et envoie sérieusement sur le premier morceau, “Furies”, issu de l’opus Darwin sorti en 2022. Le guitariste Vincent se donne également à fond, il saute partout entre deux jeux d’effets. Un petit pont plus lent basse / batterie, une utilisation déraisonnable mais jubilatoire de pédale wah, et l’ensemble vrombit avant d’accélérer de façon redoutable. Les deux guitaristes font vibrer leur instrument sur les amplis. Il fait déjà chaud, et le combo trinque avec le public entre les morceaux. L’énergie punk du morceau suivant met en mouvement la fosse, les pogos prennent de l’ampleur dans la fosse, et quelques slammeurs se lancent.

La basse est également dotée d’effets et les ralentissements et riffs pachydermiques signés Clément font s’agiter les têtes, avant que Vincent ne s’avance pour des solos presque bluesy sur “Conveyor” et “Summerchild”, issus du dernier album du même titre sorti en mars dernier. Le sympathique et facétieux combo annonce le prochain morceau qu’il présente comme sa seule ballade, mais “Echoes” se révèle être un brûlot punk ultra rapide se muant en stoner du désert. Les gros riffs sont de retour sur la groovy “Ribbons”, au solo inspiré, avant une nouvelle accélération qui redonne le signal au public d’intensifier le moshpit. Le batteur Robin impressionne par son jeu redoutable et puissant, l’air impassible.

Red Sun Atacama remercie les techniciens et les festivaliers pour leur accueil avant d’annoncer un dernier morceau, qui se transformera en un enchaînement de deux titres finalement. Il faut dire que si certains titres dépassent les six minutes, d’autres comme “Cupid’s Arrow” revêtent une identité plus punk et passent sous les deux minutes. Il faisait déjà chaud sur Kerampuilh au début du set, mais le heavy stoner punk des Bordelais a fait monter d’un cran la température. Le sympathique et prévenant trio remercie chaleureusement le public d’être venu aussi nombreux si tôt dans la journée, tout en lui recommandant de s’hydrater et en lançant des bouteilles d’eau dans la foule.

Cryptopsy 

Supositor Stage - 15h15

Sous un soleil de plomb, “For Whom the Bell Tolls” de Metallica accompagne l’attente du public devant la Supo, avant l’arrivée du combo canadien de brutal death technique. Si le groupe a connu plusieurs changements de line-up depuis sa formation dans les années 90, le quartette est stable depuis une bonne quinzaine d’années avec le membre fondateur Flo Mounier à la batterie, Chris Donaldson à la guitare, Olivier Pinard à la basse et Matt McGachy au chant.

Le groupe célèbre cet été les trente ans de l’album None So Vile, pépite de death technique, et a adapté sa setlist pour donner la part belle à cet opus, avec des titres tous aussi gores les uns que les autres. L’entame du set est meurtrière avec “Slit Your Guts” qui déclenche en quelques secondes un circle pit spontané de grande ampleur, et les nuages de poussières qui vont avec. Les cris et hurlements de Matt sont monstrueux, sur l’instrumentale extrêmement rapide et technique. Le jeu de basse d’Olivier Pinard est particulièrement impressionnant à voir, ce dernier jouant en partie au doigt sur sa cinq-cordes verte avec une célérité assez hallucinante.

Le tempo s’accélère encore avec “Benedictine Convulsions”, sur laquelle tous les musiciens headbanguent. Les slams se multiplient, et le Motocultor s’en donne à coeur joie. Matt screame et squeale pendant les titres mais également lorsqu’il s’adresse au public, en anglais surtout mais en français parfois, pour demander des circle pits ou de faire du bruit. Les deux guitaristes et le vocaliste sont fort courageux, occupant le devant de la scène sans broncher alors qu’ils reçoivent les rayons du soleil en pleine face. Flo Mounier mène la barque avec la force et la précision d’un commandant d’artillerie, véritable mitraillette qui ne faiblit jamais. Matt, lui, ne lâche jamais le public, qu’il invective en hurlant et en s’avançant. Une piste de piano - et la tendresse… -  introduit l’emblématique “Phobophile”, avant le rythme effréné de “Crown of Horns”. La marée de slammeurs répond aux musiciens toujours aussi impressionnants sur “Orgiastic Disembowelment”.

On ne peut que s’incliner devant la virtuosité et la technicité des musiciens qui réussissent à interagir avec le public en dépit du travail d’orfèvre sur les riffs tranchants et les tempos galopants. Deux morceaux du set ne sont pas issus de None So Vile, “Serial Messiah” joué au début et introduit par des accords à l’orgue. Le cri de Matt résonne à la fin, et sa capacité à alterner growl et hurlements suraigus est assez spectaculaire. Il tient d’ailleurs des longues notes en cri sur “Malicious Needs”, piste de conclusion et théâtre des derniers circle pits et slams du concert. Le public de la Supo réserve une ovation pour le groupe de Montréal, qui a fêté dignement ses trois décennies de carrière et force toujours autant le respect. 

Wormsand

Bruce Dickinscène - 16h05

Comme pour les éditions précédentes, le festival dédie la dernière journée de la Bruce Dickinscène au rock gras qui déborde de fuzz. Après les Bordelais de Red Sun Atacama, place à un second power trio du sud de la France (Menton cette fois, le vrai Sud diraient certains) : Wormsand. Créé en 2018 par Julien Coppo (guitare / chant growl), Clément Mozzone (basse / chant clair) et Tom Valstar, remplacé l’an dernier derrière les fûts par Antoine Cayol, le groupe a déjà sorti deux albums, notamment le dernier et excellent You, The King fin 2024. Après une année 2025 chargée pour le groupe, qui s’est notamment produit aux festivals Hellfest et Westill, c’est maintenant au tour du Motocultor de recevoir Wormsand.

Le set ouvre sur “Digging Deep”, premier d’une belle série de You, The King, la quasi totalité du concert avec cinq titres. Après une introduction assez ambiante avec diffusion de quelques enregistrements de voix, les instruments se déchaînent et la puissance du son frappe d’emblée : c’est beaucoup plus lourd que Red Sun Atacama, qui derrière son énergie et son côté pachydermique présentait un fort côté rock’n’roll, et même blues par moments. Ici, que nenni, avec Wormsand on est bien plus proche du sludge grungy : les guitares balancent du fuzz à fond et on se sent écrasé par les basses. C’est aussi nettement plus lent, la lourdeur et la régularité de cette section rythmique qui revient toujours à la charge suffisent à installer une base implacable sur laquelle peut s’exprimer la noirceur des titres. On remarque particulièrement l’apocalyptique “Drown” et le pas franchement plus gai “To Die Alone”, deux titres qui voient respectivement Clément et Antoine se séparer temporairement de leurs instruments pour venir au devant de la scène lancer des effets sonores.

Au milieu du set le groupe interprète deux titres plus anciens, “Deprivers” du premier album Shapeless Mass (2021) et “Weedosaurus” du premier EP Wormsand (2019) : Wormsand représente toute sa discographie pour le plaisir des fans présents dans la foule ! Les compositions exploitent habilement le contraste marqué entre la lourdeur des instruments et le chant de Clément souvent fort mélodique. La guitare oscille en général entre appui de la basse pour ajouter de la lourdeur et jeu mélodique pour amplifier ce contraste, mais les compositions présentent parfois une dynamique encore plus marquées entre ces sections de rythmique assommante et de beaux breaks aériens (sur le bien-nommé “Daydream” notamment).

Le seul bémol du concert réside au final dans la qualité du son du micro de Clément, souvent mis en défaut à l’attaque des premières lignes de chaque titre et causant même quelques micro-coupures, problème que l’on retrouvera pour un des derniers concerts sous tente du festival. Pas de quoi altérer la réception du public, qui est nombreux à rester sur place pour accueillir les prochains groupes de la scène.

SETLIST:

Digging Deep
Daydream
Deprivers
Weedosaurus
Black Heaven
Drown
To Die Alone

Castle Rat 

Bruce Dickinscène - 17h50

Castle Rat, voilà un groupe que beaucoup de monde attend sur la pelouse devant la scène. Depuis la sortie en 2024 du premier album Into The Realm, le jeune combo de Brooklyn fait sensation avec son heavy old-school/proto-doom instantanément accessible au plus grand nombre, mais aussi et surtout grâce à son univers marqué et son imagerie médiévale, associés à des costumes qui rendent chacun de ses membres très photogéniques. La frontwoman Riley Pinkerton bien sûr (alias The Rat Queen) qui assure le chant, la guitare rythmique et dirige tout ce qui se passe entre les morceaux, mais également le guitariste Franco Vittore (The Count), le bassiste médecin de peste Charley Ruddell (The Plague Doctor) et le batteur Josh Strmic (The Druid, membre fondateur du groupe avec The Rat Queen). En pleine tournée des festivals, le quatuor marque un arrêt en terre armoricaine, terre de légendes par excellence, pour continuer sa quête et sûrement chercher moult dangers à occire. Pour celà, il faut d’abord passer l’épreuve du concert au Motocultor !

Le combo attaque sur le très lourd et efficace “Dagger Dragger”, ouverture très énergique d’Into The Realm, instantanément addictive quoiqu’un peu clichée. Castle Rat verse largement dans le revival, et le spectacle se passe au moins autant sur scène que dans les compositions. Entre deux lanternes placées des deux côtés de la scène The Rat Queen fait le spectacle : tantôt jouant avec The Plague Doctor en s’approchant de son masque de médecin de peste jusqu’à en lécher le bout, puis prenant la pose avec lui et The Count pendant les solos (comme beaucoup de vieux groupes de classic rock), sans oublier les batailles régulières et fortement chorégraphiées avec la Mort à tête de rat (The Rat Reaperess, interprétée par Madeline Wright, qui effectue quelques allers et retours entre la scène et le backstage). Le tout, organisé avec une suite logique dans les titres et des séquences entre eux, racontées avec ferveur par The Rat Queen : clairement, le spectacle est total et on ne s’ennuie pas avec ce show rythmé et millimétré.

Paradoxalement, c’est aussi ce spectacle varié qui engendre le principal (et important) défaut que l’on peut reprocher au groupe : l’impression de redite est vraiment très forte. Le spectacle joué en terre bretonne est ainsi vraiment très proche de celui que le groupe avait présenté au Westill fin 2025, à quelques organisations de titres près. Avec la mise en scène recherchée sur chaque titre et les déclamations de The Rat Queen entre les morceaux qui sont identiques à chaque concert - l’histoire de ce royaume n’ayant pas vocation à être réécrite entre chaque date - l’impression de déjà-vu est réelle et tenace. Castle Rat, c’est très remarquable la première fois que l’on voit le groupe, à condition d’être client de la mise en scène théâtrale un peu cheap (un autre plan sur lequel le groupe fait également du revival) et du style proto-doom efficace mais basique. Et à en juger par l’engouement dans le public, les clients sont nombreux devant le concert avec circle pit et slammeurs : Castle Rat a vraiment une formule qui marche et attire avec son imagerie et ses compositions très accrocheuses.

Cet engouement reste associé à la découverte, et sa proposition trop scriptée diminue nettement l’intérêt de revoir le groupe ; du moins avant qu’il ne ressorte un nouvel album pour agrémenter l’histoire qu’il veut raconter et ajouter des éléments à sa mise en scène. Bonne nouvelle, le rythme de sortie d’album est soutenu pour l’instant avec un peu moins de 18 mois entre les deux premiers albums (Into The Realm et The Bestiary) : à quand un nouvel album pour renouveler l’expérience ?

Witch Club Satan 

Supositor Stage - 18h45

Phénomène en approche sur la Supositor Stage, avec Witch Club Satan, qu’une réputation de performance un peu sulfureuse commence à entourer. Au son d’une musique enregistrée avec un chant féminin, les trois musiciennes entrent en scène vêtues de longues robes blanches, dont celle de la guitariste Nikoline Spjelkavik possède des découpes qui laissent voir ses seins, toutes trois le visage recouvert de maquillage noir et blanc, des cornes sur la tête. Elles allument des bâtons d’encens de façon solennelle, puis s’installent à leurs instruments.

L’imagerie de la sorcellerie est convoquée avant même le premier morceau. « Bienvenue dans le cercle, bienvenue dans le coven, lance la guitariste. Ce n’est pas un safe space, c’est un espace de transformation. Ce n’est pas un spectacle, c’est un rituel ». Elle va même plus loin : « Si à n’importe quel moment du spectacle vous avez envie d’enlever vos vêtements, hommes ou femmes, et de rejoindre le cercle, sentez-vous libres »

Elles attaquent alors un black metal de facture extrêmement classique, tout en hurlements suraigus (essentiellement la guitariste et la bassiste Victoria Røising), déluge de blast beat et doublé pédale (Mina Halvorsen de Gloombound, qui remplace Johanna Holt Kleive, en congé maternité), riffs ravageurs ultra saturé, dissonance à tous les étages. Assez logique pour un groupe norvégien. C’est efficace, mais l’originalité n’est pas à chercher dans la musique principale.

Entre leurs morceaux bruts et ultra agressifs, les trois sorcières déclament aussi des contes ou des chansons ressemblant à des comptines, mais en version malsaine, prenant alors une voix claire fluette, un peu enfantine, mais dissonante, celle d’un enfant qui aurait mangé le clown de Ça ou croisé le chemin de l’ado possédée de L’Exorciste. Le conte « Water Girl » avant « Mother Sea » est ainsi plein de suspense, même si un peu confus à suivre par moments, réunissant tragédie grecque, sirènes et violences patriarcales. Même la façon de toiser le public a quelque chose de malsain.

Et le spectacle est en plusieurs actes. Après le troisième morceau, les filles quittent longuement la scène, sur laquelle est alors diffusée une musique angoissante, avec du chant saturé d’outre-tombe, puis reviennent sans cornes, mais avec des cheveux noirs jusqu’aux chevilles, des traces de sang sur le corps, et surtout uniquement vêtues d’un string couleur chair. On pourrait d’ailleurs s’attendre à des remarques beaufs de la part du public, que l’on n’entendra en fait pas, soit que les hommes tentés de le faire aient fui le concert avant, soit qu’ils soient trop estomaqués de ce qu’ils voient – ou alors, le public du Motoc a changé. Elles continuent de plus belle leurs assauts sauvages, la batterie tabasse plus que jamais, la guitariste et la bassiste se répondent en cris, se retrouvent à genoux et finissent allongées au sol tout en continuant de jouer

Le spectacle se veut aussi politique, avec certaines chansons aux thèmes ouvertement politiques, accompagnées de « pas de pitié pour le génocide, pas de pitié pour Benjamin Netanyahou ». Mais le spectacle de sorcellerie reprend rapidement. « Un rappel que nous préférons voir les freaks à l’avant, vous voir crowdsurfer si vous voulez, vous voir danser, une danse amusante ou une danse de la pluie ». La fosse s’exécute et un circle pit se lance.

Enfin, dernier acte, elles reviennent cette fois dans des robes entièrement déchirées et des masques, la guitariste rampant jusqu’à la batterie puis à son propre instrument. Le public, relativement nombreux sans que ce soit bondé, est attentif au début du set et se déchaîne progressivement. Les musiciennes n’hésitent d’ailleurs pas à aller à son contact. La bassiste se retrouve ainsi à chanter au milieu de la foule. La fin du set voit aussi la présence de « Fresh Blood Fresh Pussy », peut-être le morceau le plus mémorable et accrocheur du groupe, à sa façon. Le titre suivant a lui des arrangements plus electro, et a quelque chose de dansant tout en restant lourd, et voit la guitariste partir en slam dans la fosse. La prestation se conclut avec « Solace Sisters », « pour nos sœurs les sorcières dans le club » durant lequel les derniers slams se jettent dans la bataille.

C’est une performance au moins autant qu’un concert à laquelle le Motocultor a assisté. Reprenant les codes du black metal, sa théâtralité, son sens du rituel et du scandale, le trio se l’approprie pour porter ses valeurs, et c’est à saluer.

Setlist

Hysteria
Wild Whores
Water Girl / Mother Sea
Mother
Black Metal Is Krig
You Wildflowers
Fresh Blood Fresh Pussy
Solace Sisters

Airbourne

Dave Mustage - 19h40

La réputation en live des Australiens n’est plus à faire, et l’espace devant la Dave Mustage est plein comme rarement de ces heures-ci. Le quintette attaque pied au plancher avec « GUTSY » sous les acclamations. Le son est très brouillon au début, avec notamment une batterie très étouffée, mais cela va progressivement s’améliorer. La formule d’Airbourne est immuable : un hard rock rapide, toutes guitares en avant (Joel O'Keeffe et Brett "Bretty" Tyrrell), des riffs énergiques et entraînants, une rythmique (Ryan O'Keeffe  à la batterie et Justin Street "Streety" à la basse) basique mais très bien tenue, un chanteur (Joel O’Keeffe) dont le chant éraillé est à la limite du cri et lance avec conviction des couplets galopants et des refrains taillés pour être repris dans les stades, souvent appuyé par les chœurs de ses camarades. La formule est d’une efficacité redoutable mais tend à être répétitive. Le groupe joue quasiment tous ses albums, mais honnêtement, la différence de l’un à l’autre est quasiment imperceptible. 

Si vous n’avez pas vu le groupe depuis des années, vous aurez l’impression que rien n’a changé depuis la dernière fois, voire depuis ses débuts il y a vingt ans, mais il se sera écoulé suffisamment de temps pour que le concert soit appréciable : c’est fun, c’est rythmé, ça bouge, c’est parfait pour se dépenser encore une fois avant la fin du festival.

Les musiciens courent d’un bout à l’autre de la scène, et si le chanteur et guitariste Joel O’Keeffe ne monte plus aux échafaudages de la scène comme durant sa prime jeunesse (il en a probablement eu marre d’être coursé par la sécurité), il continue cette performance extrêmement intelligente qui consiste à s’éclater des canettes de bière sur la tête. A cette occasion, un technicien aligne les canettes sur une planche pour que le chanteur puisse en enchaîner un nombre conséquent, les envoyant ensuite dans la foule. Cela permet de jouer au jeu, toujours perdant, de qui attrapera la bière avec le contenu encore intact. Il parle un peu entre les chansons, pour clamer « vive la France » et expliquer que le groupe est ravi d’être de retour pour « boire du vin et manger du fromage », évidemment. Il descend aussi dans la fosse, relativement longtemps, porté par la sécurité tout en continuant de jouer de la guitare, sur « Ready to Rock » qui s’étire à l’infini. 

Le public est conquis dès le début, applaudit dès les premiers riffs, les slams attaquent dès le premier morceau, et augmentent au fil du set, partant de tous côtés, avec même une femme à genoux sur un homme en train de slammer. Ça remue jusque très très loin dans la fosse, et les pogos s’aventurent également très profondément, soulevant de très hauts nuages de poussière. Sur « Ready to Rock », le public chante même la mélodie instrumentale d’introduction. La bonne ambiance se maintient durant l’heure de set, conclu, après l’annonce d’un nouvel album en septembre, et des acclamations demandées pour la sécurité et l’équipe technique, par « Running Wild », l’un des titres les plus connus et les meilleurs du groupe, qui continue de faire des ravages. A petite dose, un concert d’Airbourne, c’est une vraie cure de jouvence et d’euphorie.

Setlist : 

GUTSY
Too Much, Too Young, Too Fast
Hungry
Back in the Game
Ready to Rock
Breaking outa Hell
Live it up
Alive after Death
Running Wild

Deafheaven

Massey - 20h45

Du post black joué par des musiciens aux allures de gendre idéal, ça vous dit ? Le quintette originaire de San Francisco cache en effet bien son jeu, sourires aux lèvres et tenues plutôt neutres - le guitariste et membre fondateur Kerry McCoy étant même vêtu d’un polo et de mocassins. Et pourtant, le groupe s’apprête à signer l’une des prestations les plus agressives de cette dernière journée de festival. La setlist largement dédiée à Lonely People With Power, le sixième album sorti l’an dernier, aux airs de retour en force pour Deafheaven après des sorties plus nuancées ou atmosphériques. L’enchaînement "Doberman" / "Magnolia" en début de concert dégage une puissance phénoménale, des passages mélodiques intenses laissant place à des accélérations brutales de blast beats punitifs et de riffs tranchants.

Le chanteur George Clarke, monté sur ressorts, pousse des hurlements saisissants, le regard complètement habité, en incitant le public à s’agiter. C’est chose faite très rapidement, et l’air de la Massey s’épaissit encore, la poussière s’élevant sur le moshpit.

Quelques morceaux plus anciens ponctuent le set, comme l’excellente “Brought to the Water” ou deux extraits du tout premier album Sunbather (2013), le morceau-titre d’abord, au début blackgaze somptueux (qui n’est pas sans rappeler Alcest). Des passages redoutables déclenchent de nombreux slams dans la fosse avant des phrases plus mélodiques, les transitions étant gérées de main de maître par les guitaristes Kerry McCoy et Ian Waters, qui headbanguent copieusement sur les passages les plus lourds.

Le début furieux de “Dream House”, lui, est le théâtre d’une énième salve de slams, avant des passages plus lents où les riffs restent monstrueux, tout comme les lignes de basse de Christopher Johnson, également assez mobile sur scène. Redoutables également, les cris du vocaliste qui ne ménage pas sa peine et arpente la scène en demandant au public de bouger (c’est fait), ou de chanter (plus compliqué, même si certains courageux dans le public s’essaient au scream).

Les morceaux récents, parfaitement adaptés à un set de festival, soufflent le chaud et le froid, comme sur “Revelator” où le blackgaze atmosphérique et des notes délicates laissent place à des rugissements intenses avant une fin abrupte. Le morceau choisi pour conclure le set, “Winona”, est une pépite de post metal marquée par des tonalités contemplatives qui se muent en montées en puissance prenantes. Pour son tout premier passage au Motocultor, le groupe a fait forte impression, et le public semble en redemander. Il ne faudra pas attendre longtemps pour entendre parler à nouveau de Deafheaven qui prépare déjà son prochain album, comme George l’indique entre deux remerciements chaleureux.

Judas Priest 

Dave - 21h40

Il est finalement assez tôt dans la soirée, choix compréhensible pour une tête d’affiche qui affiche plus de cinq décennies de carrière au compteur et a passé l’âge des créneaux de minuit - qui nous entraînent au bout de la nuit. Mais finalement, cet horaire est plutôt appréciable pour les festivaliers qui ne souhaitent pas faire long feu sur le site, éreintés après quatre jours de festival, ou soucieux de reprendre la route à des heures décentes. La moyenne d’âge dans le public, sans non plus s’approcher de celle des musiciens sur scène, s’est tout de même fortement élevée ce soir, et la foule emplit bien avant le début du set tout l’espace devant la Dave, débordant largement sur la Supo voisine, et atteignant la tribune VIP de l’autre côté – tribune elle-même pleine à craquer. Clairement, c’est LE concert à ne pas manquer ce dimanche, et peu importe leur âge, nombreux sont les festivaliers conscients du privilège d’avoir l’occasion de voir ou de revoir le groupe mythique de heavy metal originaire de Birmingham. Judas Priest, figure majeure de ce petit club très fermé des formations de légende qui ont marqué l’histoire de la musique en posant les premières pierres de tout un genre.

Un rideau masque la scène quand retentit l’introduction sur “War Pigs” de Black Sabbath, que la fosse de la Dave entonne en chœur. Le public est en voix, l’impressionnant mur de techniciens son, lumières, et laser, est bien en place également au niveau de la tour de régie : le grand show peut commencer. Et c’est chose faite avec un début tonitruant, à toute allure, qui montre bien le désir des Anglais d’offrir un set best of à leur public plutôt que de surfer sur la nouveauté : les six premiers morceaux joués ce soir balayent en effet des albums emblématiques sortis entre 1976 (Sad Wings of Destiny) et 1984 (Defenders of the Faith), et la grande majorité des titres de la setlist remonte aux années 1980s. Un départ en trombe, donc, et très rythmé.

Les musiciens headbanguent, et le charismatique vocaliste Rob Halford s’avance vers le public, fait des gestes de la main tout en interprétant “You’ve Got Another Thing Comin’”. Si on constate du côté du septuagénaire un petit déclin de mobilité - il marche plutôt lentement, la jeunesse éternelle de sa voix force l’admiration. Son vibrato, intact, retentit bien clairement sur la plaine de Kerampuilh. Le son est globalement excellent, et sert la prestation énergique et enlevée des Anglais en mettant en avant les soli inspirés de Richie Faulkner et Andy Sneap (remplaçant de Glenn Tipton, atteint de la maladie de Parkinson, sur les tournées), la rythmique imposée par l’infatigable Scott Travis à la batterie et les lignes de basse bondissantes de Ian Hill. Véritable démonstration musicale, c’est une masterclass impeccable qui se déroule ce soir, sans manifestation de lassitude perceptible. En somme, la New Wave of British Heavy Metal pour les nuls.

De grands écrans avec animations colorées et décor immersif rappellent les artworks des albums ou illustrent les titres, avec des extraits de vidéos ou des paroles s’affichant en mode karaoké pour certains refrains. Le plus impressionnant vient probablement de l’utilisation des lasers, en nombre, créant un spectacle particulièrement appréciable pour les spectateurs situés plutôt sur les côtés, à distance de la scène. Mais le show vient avant tout de la musique. La recette fonctionne toujours autant, après cinq décennies : les lignes mélodiques servies par le duo de guitares lead, une rythmique enlevée et des attaques agressives, et ces grandes envolées de Rob Halford, qui montent haut, très haut, comme sur “The Ripper”. Les refrains emblématiques, accrocheurs au possible, sont repris en chœur par toute la fosse (“Breaking the Law”, “Metal Gods”). En plus des lasers, le spectacle est mis en valeur par un superbe lightshow coloré. La scénographie et la débauche de couleurs et de lumières compense fort bien l’absence de pyrotechnie, interdite sur toute la Bretagne pour cause de risque élevé d’incendies.

Le set prend encore plus de couleurs sur la deuxième partie du set, après “Ligthning Strike” (morceau plus récent sur lequel Rob fait montre d’un talent d’interprétation, se transformant presque en conteur). La prêche prend une tournure nouvelle, et les prêtres de Judas nous parlent d’amour avec l’inévitable tube “Turbo Lover”. Tout le monde en fait des tonnes sur scène, et le public célèbre cet hymne à l’amour heavy metal en chantant et en slammant de bon cœur. Une bataille de soli fait rage entre les deux guitaristes, pendant que Rob, comme au spectacle, les observe et les applaudit. Arrive la première prise de parole du frontman, qui prend un siège sur le côté de la scène pour échanger avec le public et exprimer sa gratitude face à cette ferveur, et surtout de parler de ce sentiment d’appartenance à la grande communauté du metal.

Notre photographe n'ayant pas été autorisée à photographier Judas Priest durant ce concert, nous vous proposons sur la première galerie des images du concert de Judas Priest au Heavy Week-End de 2024, et sur les deux galeries suivantes, une sélection personnelle d'hommages au groupe et de sosies approximatifs de Rob Halford.

Fin de la pause, le professeur se lève et le show reprend à cent à l’heure. Lightshow et lasers virent au rouge pour “Panic Attack” et son refrain catchy, avant “Victim of Changes”, second morceau après “The Ripper” à fêter ses cinquante ans ce soir. La fin de ce morceau emblématique des débuts de Judas Priest est de nouveau marquée par ces double solos de guitare, et l’incroyable cri perçant de Rob qui se mêle aux hurlements des guitares. Les notes tenues très haut perchées, la signature de monsieur Rob Halford, donnent le signal pour “Halls of Valhalla”, pièce épique toujours aussi rapide. Le storyteller conte, mime, arpente la scène, lève les mains, jusqu’à sortir un growl des enfers. Les slams se multiplient, puis le groupe salue et sort – les musiciens ont bien mérité une petite pause de récupération, pendant laquelle des animations apparaissent sur l’écran avec une grosse voix enregistrée, introduction à la salve de tubes qui constituera le long rappel en plusieurs actes, sur lequel le frontman continue à s’amuser en multipliant les personnages et les costumes.

Pour “Painkiller”, où les aigus sont toujours complètement déments, c’est la veste noire à frange, avant une nouvelle sortie de scène. Veste à paillettes argentées, en mode disco, pour “Electric Eye” où Rob menace « You must die ». Une fois le groupe sorti, un frisson s’élève dans la fosse. Le public sait bien ce qui arrive, et les vrombissements mécaniques l’annoncent bien assez tôt : le grand spectacle est à son apogée avec l’arrivée de Rob sur sa moto, entièrement vêtu de cuir, pour “Hell Bent for Leather”. Sur les écrans, des images de bikers défile, et le frontman / biker donne des coups de cravache à sa machine pendant qu’Andy Sneap exécute un énième solo. Les Anglais enchaînent directement avec “Living After Midnight”, et même s’il n’est pas tout à fait l’heure, le public s’adonne à la liesse générale et répond au quart de tour aux gestes et sollicitations des musiciens. Rob Halford, avec son emblématique veste longue à patchs, caresse sa moto, et les paroles s’affichent sur l’écran, peut-être inutilement pour une bonne partie des festivaliers qui connaissent beaucoup de morceaux sur le bout des doigts. Le frontman s’avance, salue de tous les côtés, et lance : « Merci mes amis ! » avant de conclure sur « We are Judas fucking Priest ». Un salut final après une longue distribution de médiators et de baguettes, et ce show de grande classe s’achève, généreux et spectaculaire, véritable cure de jouvence pour le groupe et pour les spectateurs.

Shaârghot 

Massey Ferguscène - 23h15

Nous y sommes, après quatre jours de festival la Massey Ferguscène s’apprête à recevoir son vingt-sixième et dernier concert. Malgré la grosse tête d’affiche qui joue sur le créneau juste avant et fait carton plein sur la Dave (le pouvoir du Priest amasse la foule), la tente de la Massey est déjà largement blindée plusieurs dizaines de minutes avant le début du set de Shaârghot. Clairement, le combo parisien de metal industriel est très attendu pour sa première fois au Motocultor. Et même s’il reste encore le créneau final Dave/Bruce (avec Arch Enemy, quand-même) pour les plus téméraires, quoi de mieux que les rythmiques martelées de Shaârghot pour faire la fête une dernière fois ? Ajoutons à ceci les ambiances sombres et menaçantes de la majorité des compositions ainsi que ce grand œil rouge qui surveille le public pendant tout le set, le cocktail est parfait pour marquer les esprits.

Les lights sont encore allumées lorsqu’arrivent les premières percus, les danseurs investissent la scène avec leurs dégaines de mantes religieuses menaçantes alors que “The One Who Brings Chaos” (introduction de Volume III: Let Me Out, sorti fin 2023) installe l’ambiance sombre via la sono de la scène. Le public se réveille, appelle le groupe par des “we are the shadows” jusqu’au vrai démarrage des festivités sur l’explosif “Let Me Out” ! The Shaârghot (Etienne Bianchi) arrive avec son style signature, peinture noire intégrale et chapeau melon. Cette attaque dynamite la foule qui se lâche dans cette boîte de nuit malsaine comme si c’était la dernière fois, tandis que The Shaârghot s’amuse beaucoup avec ses comparses sur la scène. Ce troisième et dernier album est d’ailleurs à l’honneur avec la majorité des titres ce soir, notamment le lourd “Great Eye” introduit par un sitting très suivi par le public et le mélodique “Something In My Head” pour terminer en beauté.

Aux côtés de ces titres du troisième album Shaârghot revisite également les deux premiers avec une sélection de missiles bien choisis : “Kill Your God” et “Traders Must Die”, sur lequel un gars avec une grosse chaîne en or (qui n’aurait pas dépareillé pour Svinkels Friends & Family la veille) balance plein de billets dans la fosse, ou encore “Now Die!!!”, où un soldat avec une arme factice fait irruption sur scène. Sans oublier l’incontournable “Break Your Body”, toujours aussi jouissif et qui déclenche mouvements dans la fosse et départs en slams. Slammeurs d’ailleurs présents en masse y compris sur “The Way”, malgré l’aspect périlleux de la démarche avec sa chorégraphie qui consiste à indiquer la direction dans laquelle tout le public doit marcher en rythme.

Rien à dire sur la prestation, le spectacle est réussi avec les conditions de lumière faible et les nombreux artifices (canons à fumée, guitare sur laquelle est montée un canon de feu d’artifice) à disposition du groupe, et les compositions sont super efficaces, quoique répétitives car très homogènes. En revanche, le micro d’Etienne a un gros problème et cause très régulièrement des micro coupures. Tous les titres souffrent de ce problème, qui perdure jusqu’à la fin du set. Dommage, cela ternit un peu ce dernier souvenir du festival.

SETLIST:

The One Who Brings Chaos
Let Me Out
Kill your god
Life and choices
Traders must die
CutCutCut
Great eye
Now die!!!
The way
Break your body
Something In My Head

Arch Enemy 

Dave Mustage - 00h10 

Pas facile de passer après les légendes que sont Judas Priest, mais une heure après les Anglais, Arch Enemy investit la Dave Mustage pour clore le festival. Le groupe suédois est attendu avec d’autant plus de curiosité que le groupe s’est récemment séparé de sa chanteuse emblématique, la Canadienne Alissa White-Gluz (présente de 2014 à 2025, qui avait elle-même remplacé la chanteuse allemande de longue date Angela Gossow), et l’a remplacée par Lauren Hart, chanteuse états-unienne, ayant notamment cofondé le groupe de melodeath / groove Once Human, où elle jouait également de la guitare, contrairement à Arch Enemy 

La sono diffuse « Ace of Spades» de Mötörhead tandis qu’un grand rideau blanc « Pure fucking metal » masque la scène. Finalement, l’introduction enregistrée « Khaos Overture » retentit, le rideau tombe, dévoilant simplement une petite estrade pour la batterie, et les cinq musiciens attaquent le set avec « Yesterday Is Dead and Gone », de l’album Khaos Legions. 

Le melodeath des Suédois, particulièrement rageur, fait des ravages et ne laisse pas une minute de répit. C’est assez homogène, malgré la durée de carrière du groupe, c’est souvent très bourrin, très saturé, avec tout de même des breaks réguliers. Clairement, le « melo » n’est pas la composante principale de leur melodeath. Le problème est que par moments, cela devient un peu monolitihique, même si heureusement, ce n’est pas le cas de l’entièreté du set, avec parfois des passages en arpèges clairs (Michael Amott, seul cofondateur restant, et Joey Concepcion), de courts soli, des roulements de batterie (Daniel Erlandsson) très rapide entre deux blasts, quelques variations de rythme, tenu à la basse par Sharlee D'Angelo. « To the Last Breath », par exemple, se distingue par son rythme très marqué, presque martial.

 Dès les premières minutes, les questions se dissipent : la chanteuse assure en live et n’a pas à rougir de sa performance. Elle réussit à s’approprier les chansons du groupe, des plus récentes aux plus anciennes, le groupe ayant trois décennies d’existence. La voix est très majoritairement en growl, le chant clair n’intervenant que très ponctuellement. 

La frontwoman communique avec parcimonie, et globalement, le groupe semble relativement statique, même si les musiciens jouent parfois entre eux, ou se retrouvent à quatre sur le devant de la scène pour jouer sur une même ligne. Le public est encore relativement nombreux vu l’heure, applaudit, agite les bras, des slams partent. Pour ce dernier concert, le son est plutôt bon depuis le début. Peu de mises en scènes ou d’animation, si ce n’est, sur le dernier titre, des lâchers de ballons géants roses et violets. 

Etrangement, Arch Enemy oublie complètement ses deux derniers albums, sortis respectivement en 2022 et 2025, et joue cinq des sept albums sortis entre 2001 et 2017, avec un léger accent mis sur Khaos Legion, paru en 2011. Les trois premiers disques sont passés sous silence, à une exception notable, puisque le set se conclut sur « Fields of Desolation ». Au final, un set efficace, carré, qui a donné une dernière bouffée d’énergie et d’agressivité avant de refermer les portes du Motocultor, mais à la fin très abrupte, puisque sitôt le titre fini, les musiciens jettent baguettes et médiators et quittent les lieux sans un mot, faisant vainement espérer au public un rappel qui ne viendra pas.

Les autres concerts du dimanche : 

16h55 : Attention, name-dropping en approche : John Cxnnor, c’est ce projet dark electro indus formé à Copenhague par Rasmus et Ketil Sejersen de LLNN (groupe de postcore). À voir la scène étrangement vide, où trônent uniquement deux sets de platine, le public composé essentiellement de curieux ne se doute probablement pas qu’il va se faire rouler dessus par un set aussi inattendu que maîtrisé. Première surprise, le nombre d’artistes sur scène : en plus des deux frères à leur table de mix, on voit défiler pas moins de quatre chanteurs invités, se succédant sur scène en fonction des morceaux.

Sur de nombreux titres, les cris sont assurés par l’athlétique Martin Nielskov, aux commandes du groupe danois de hardcore The Psyke Project, en alternance avec l’illuminé Victor Kaas (chanteur du groupe de hardcore Eyes – programmé le même jour sous la Massey à 12h25), qui hurle ses parties en lançant des regards fous au public. Le set démarre plutôt sagement avec des montées en puissance et de gros subs qui font vibrer toute la tente. Entre indus, dark doom et EBM, avec le chant hardcore viscéral et fiévreux, le duo impose des rythmes qui mettent vite une ambiance de rave party assez crasseuse sous la tente, et très vite un premier wall of death s’organise, d’ampleur puisqu’il rejoint le fond de la tente. Un second wall of death encore plus suivi se lance alors que le chanteur Victor Klaas est descendu au beau milieu de la fosse.

Puis c’est au tour de Loïc Rossetti (ex vocaliste de The Ocean) de faire son apparition. Les cris déchirants du chanteur français amènent encore plus de dynamisme au set, toujours redoutable rythmiquement. Le défilé d’invités s’achève avec l’arrivée de l’artiste synthwave Sierra Veins, qui, elle, s’était produite la veille sous la Massey, pour interpréter une version remixée de son titre "In the Name of Blood" – quel dommage que la voix de la Française soit relativement sous-mixée par rapport au chant de ses camarades masculins. Les deux DJ font des gestes vers le public et l’incitent à se mettre en mouvement. Dans la fosse, ça danse, ça court en cercle, ça slamme énormément dans un nuage de poussière bien épais. Sur les derniers morceaux, les six artistes sont présents sur scène, se partageant le chant et en vibant sur scène, portés par la grosse ambiance clubbing de la Massey. Loïc et Martin descendent à la barrière et vont slammer – intrépide, Loïc réussit à chanter tout en slammant. Au final, l’énergie des artistes qui se sont donné à fond, sur scène et dans la fosse, et les nombreux changements de vocalistes ont apporté une variété bienvenue à un set électro qui, sur le papier, aurait pu vite devenir répétitif et redondant (n’est-ce pas Perturbator).

 

17h50 : Cet après-midi, un ovni musical prend possession de la Dave Mustage. L’artiste originaire d’Australie Kim Dracula se présente ainsi avec cinq musiciens. Dracula s’est fait connaître sur YouTube et TikTok, d’abord avec des reprises metal de chansons d’autres genres, puis avec ses propres compositions. Cet après-midi, c’est un mélange de compositions et de reprises (notamment le thème de James Bond ou « Careless Whisper ») qui sont jouées. Même si l’on peut ressentir un certain scepticisme devant des artistes ayant percé sur les réseaux, Kim Dracula les balaye immédiatement. Son metal, qui de prime abord semble être un metalcore de facture assez classique (chant saturé sur les couplets, refrain en voix claire un peu cliché, breaks), explose très vite les codes, en convoquant du jazz, de la musique latine, de l’indus, de l’electro, du neo-metal, des passages scandés dissonants, beaucoup de groove… Sa voix elle-même est impressionnante de malléabilité, entre chant clair qui peut monter très haut, growl, scream, rap parfois saturé, murmures, passages pas loin du lyrique… Le tout aidé par des musiciens qui ont de l’espace pour s’exprimer, notamment un saxophoniste qui apporte beaucoup de variété au set, très en avant sur certains morceaux. Malgré un très léger coup de mou en milieu de concert, le spectacle nous scotche par sa capacité à exploser les genres pour donner un résultat absolument unique, qui doit encore mieux prendre ses aises lors d’un concert en salle en tête d’affiche.

Textes : 
- Aude (Kim Dracula, Witch Club Satan, Airbourne, Arch Enemy)
- Félix (Jools, Wormsand, Castle Rat, Shaârghot)
- Julie (Red Sun Atacama, Cryptopsy, John Cxnnor, Deafheaven, Judas Priest)

Photos : Lil'Goth Live Picture. Toute reproduction interdite sans l'autorisation de la photographe. Première galerie de Judas Priest : photos prises durant le Heavy Week-End de 2024.



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