Le Motocultor s’est conclu sur peut-être le plus gros coup de son existence, la venue de Judas Priest. Au-delà de sa programmation de qualité, le festival armoricain continue de capitaliser sur ses points forts… Mais également sur ses points faibles, qui font parfois se demander comment l'événement tient encore.
L’équipe de La Grosse Radio vous propose ici un retour en mots et en images sur cette édition 2026 du Motocultor. Vous trouverez dans ce dossier des liens vers les concerts que nous avons couverts chaque jour, et de quoi revivre ces quatre jours de bruit, de belles découvertes et de fête. Un grand merci à Nadège (Lil'Goth Live Picture) pour ses superbes clichés !
Les concerts du jeudi 13 août :
Battlesnake | Wolfheart | Celkilt et le Bagad Ar Meilhoù Glaz | Gaerea | Denez Prigent | Amenra | Primus | Komodrag And The Mounodor | Les autres concerts |
Les concerts du vendredi 14 août :
Urne | Stille Volke | Iotunn | Revnoir | Coroner | Lord Of The Lost | Miracle Of Sound | Visions Of Atlantis | Emperor | Alcest | Les autres concerts |
Les concerts du samedi 15 août :
Necrowretch | Aorlhac | Bruit ≤ | Leprous | Slift | Eisbrecher | Within Temptation | Perturbator | Nanowar Of Steel | Les autres concerts |
Les concerts du dimanche 16 août :
Jools | Red Sun Atacama | Cryptopsy≤ | Wormsand | Castle Rat | Witch Club Satan | Airbourne | Judas Priest | Shaarghot | Arch Enemy | Les autres concerts |
Le Motocultor s’est refermé et l’heure du bilan s’impose. Alors, que retenir de ce Motocultor 2026 ? Le plus important reste la musique, et comme chaque année depuis maintenant plusieurs éditions, le festival s’est avéré solide de ce côté-là. Son éclectisme est toujours réjouissant, tous les styles de metal étant représentés, ainsi que des styles hors metal mais apparentés (synthwave, punk, néo folk, hard rock…). L’attention accordée aux musiques celtes et aux artistes bretons renforce l’image d’un festival qui se veut ancré dans son territoire - et le premier jour, le grand écart entre Denez Prigent et Komodrag And The Mounodor, qui se suivaient sur la même scène, était assez extravagant. Au-delà de la seule Bretagne, la présence importante d’artistes français permet aussi de mettre en avant les talents hexagonaux, de l’émergent à l’artiste confirmé, là encore dans une multitude de styles. Les découvertes sont toujours nombreuses, même si elles ont peut-être été un peu moins marquantes que d’autres années.
Parmi les poids lourds, des noms vraiment emblématiques : Primus, Emperor, Within Temptation, Arch Enemy… et surtout, le festival a accueilli sa tête d’affiche la plus emblématique à ce jour, en la personne de Judas Priest, qui a rameuté un monde de dingue.. Seule (grosse) tache au tableau, la présence de Slaughter To Prevail, mené par un frontman russe associé par le passé à des mouvements néo-nazis, accusé de masculinisme et de propos homophobes, ce pour quoi il a cependant dans l’ensemble exprimé des regrets. Des inscriptions dans les toilettes appelaient d’ailleurs au boycott du concert.
On peut aussi pointer le faible taux d’artistes féminines, évidemment moins nombreuses que les hommes sur la scène metal pour l’instant, mais de plus en plus présentes, et dans une proportion supérieure à ce qu’a affiché le Motoc, à savoir une vingtaine de groupes avec au moins une femme. Ce nombre est cependant en augmentation par rapport à l’édition précédente, et le festival a à la fois mis à l’honneur des groupes entièrement féminins et sans concession, de Nervosa à Witch Club Satan, et offert une place de choix à des groupes emblématiques menés par une femme, Within Temptation et Arch Enemy.
Le son a quant à lui été variable, excellent sur certains sets, très brouillon et médiocre sur d’autres, notamment sur la Dave Mustage, la scène principale, mais cela a aussi été aléatoire sur les deux scènes sous chapiteau, même si dans un certain nombre de cas, cela ne durait que quelques morceaux.
L'ambiance est toujours sympathique et bon enfant, mais le comportement de certains festivaliers a le don de taper sur les nerfs, que ce soit les hurlements, éclats de rires et bousculades sur Alcest, ou des personnes présentes sur les plateformes VIP qui semblent avoir pour but de ne rien écouter du concert et de perturber le plus possible les spectateurs alentours.
Ces comportements sont heureusement une minorité mais nous semblent se multiplier, ce qui est lassant. Cela n’occulte cependant pas la bonne ambiance générale, un festival qui a grossi et reste toujours à taille humaine au vu de la programmation proposée : les files d’attente ont toujours été raisonnables, que ce soit pour accéder à la restauration ou aux toilettes (globalement propres) - à l’exception de la pose des bracelets VIP le premier jour et de quelques problèmes de cashless, mais cela ne concerne qu’une minorité de festivaliers.
Une organisation qui s'améliore, mais toujours avec des ratés
Côté organisation, nous devons reconnaître que le festival semble faire des efforts, et que sur place, il n’y a pas eu de problème majeur. Cependant, il arrive toujours un moment où on a l’impression que le festival se dit “L’organisation ? ça se mange ?”. Les premières nuits ont ainsi été raccourcies par les facéties de l’organisation des parkings sur le festival : pourquoi faire simple simple quand on peut faire n’importe quoi, tel semble être le crédo du Motocultor. Les festivaliers sur le parking le plus éloigné ont ainsi eu droit à une absence totale d’indications, pour se rendre sur le festival comme pour revenir au parking après les concerts - le tout sans lumière la nuit, y compris pour les accès piétons vers le centre de Carhaix, sinon c’est pas drôle. Accessoirement, les voitures avaient l’air d’avoir fait le Paris - Dakar simplement en accédant au parking. Pagaille aussi pour la dédicace de Within Temptation, changée d’horaire au dernier moment, et pas suffisamment encadrée, ce qui fait que seule une minorité de fans pourra effectivement faire signer quelque chose.
Les dispositifs fraîcheur ont également cafouillé. Le festival avait promis une zone de brumisation géante. Le premier jour, elle était encore en cours de montage, alors que c’était le plus étouffant. Soit, après tout, il a fait chaud les jours suivants. Les jours suivants, elle était montée… mais n’a jamais fonctionné.
Côté bar, il était annoncé que l’eau serait gratuite si la température dépassait 28 degrés. Cela semblait un peu compliqué à mettre en place (à 27,5 on n’a plus droit à rien mais à 28 c’est littéralement open bar ?) mais, au moins le premier jour, le plus chaud, l’eau a été distribuée sans problème. Par ailleurs, cela fait plusieurs éditions que le festival autorise les gourdes, un point très positif - même si la veille, le festival indiquait que seules les gourdes en plastique étaient finalement autorisées, ce qui heureusement n’a en fin de compte pas été le cas. Le nombre de points d'eau semblait cependant un peu insuffisant vu la chaleur. Les 1 400 bénévoles présents se sont par ailleurs démenés durant tout le festival pour rendre l’expérience la plus agréable possible.
Côté prévention des violences sexistes et sexuelles (VSS), le festival s’enorgueillit d’un dispositif qui fonctionne bien. Jusqu’alors organisée par l'association NousToutes29, la prévention des VSS a cette année été assurée par la micro-entreprise Equimauve. Selon le directeur du Motocultor, Yann Le Baraillec, interrogé en conférence de presse, il s’agit d’un changement organisationnel, les personnes présentes étant en grande partie les mêmes que les bénévoles de NousToutes29. Mais ce serait oublier que l’an dernier, NousToutes29 avait marqué son mécontentement face à la programmation de Slaughter To Prevail, et s’était désolidarisé du festival suite à cette annonce. Un appel à témoignages a en outre été ouvert par un ancien bénévole du festival pour documenter des agressions sexuelles. Les échanges que nous avons pu avoir donnent en tous cas le sentiment que le travail de l’association est pris au sérieux, et nous avons pu voir plusieurs maraudes durant ces quatre jours. Le stand “VHSS Safe Zone”, avec son approche ludique et bienveillante était très bien placé sur le chemin des deux main stages et nous l’avons souvent vu bien rempli.
Le directeur du Motocultor a également évoqué la mise en place cette année d’un dispositif de réduction des risques la nuit, pour accompagner les festivaliers ayant besoin d’un soutien mais ne nécessitant pas une prise en charge médicale - un dispositif dont beaucoup de festivaliers n’avaient pas connaissance, selon un journaliste présent à la conférence de presse. Mais qui a tout de même permis un accompagnement psychologique de quelques festivaliers chaque nuit, au moins les premiers soirs, nous a confié une bénévole qui y travaillait.
Des chiffres qui se maintiennent et un public qui vieillit
Concernant l’affluence, le Motocultor 2026 a annoncé 61 000 entrées, presque autant que l’an dernier, dont 53 500 entrées payantes. Le directeur a assuré le dimanche que 70% des passes promo avaient été vendus. Pour la prochaine édition, le festival a mis en place un système de prix en quatre étapes, avec un tarif qui augmente au fil du temps, et s’affichera à 255 euros pour le dernier niveau de prix. Le festival grandit, et commence à ce titre à attirer des prosélytes religieux. Ainsi, le premier jour, des témoins de Jéhovah et des individus avec des drapeaux et t-shirts « I love Jesus » étaient présents le long de l’accès piéton pour interpeller les festivaliers et tenter de les remettre dans le droit chemin.
Yann Le Baraillec a également reconnu un vieillissement du public metal, avec un âge médian de 36 ans cette année au Motocultor, contre 29 ans en 2017. Ce qui explique selon lui la location de tipis cette année pour les festivaliers sur le camping le souhaitant, et la mise en place de chalets l’an prochain.”Le public metal vieillit, on s’adapte au public”, explique-t-il. Les groupes de metalcore, Ashen et Revnoir en tête, ont d'ailleurs été quasiment les seuls à attirer de très jeunes adultes, rajeunissant momentanément la moyenne d'âge.
Une vingtaine de groupes ont déjà été annoncés pour 2027, dont Helloween, Halestorm, et The Hu. Une édition un peu spéciale, puisque cette 18e édition marquera les vingt ans de la première édition. “Symboliquement, des groupes de la première édition seront programmés, c’est encore en discussion”, a assuré Yann Le Baraillec, précisant que le festival célébrerait de façon plus marquée la vingtième édition.
Malgré son désordre ambiant, qui semble désormais faire partie du paysage, le festival s’améliore et a offert une édition agréable, avec de belles découvertes, peut-être moins de coups de cœur intenses, mais peu de déception, qui confirme la solidité du festival en matière de programmation.
























































