Behemoth + Dimmu Borgir + Dark Funeral à la Rockhal (Luxembourg, 11.10.2026)

Dimanche 11 octobre, jour de messe, les fans étaient attendus pour célébrer Satan à la Rockhal d'Esch sur Alzette au Luxembourg. Et l'affiche était belle : Dark Funeral les légendes de la deuxième vague de black metal, Dimmu Borgir les Norvégiens qui ont fait entrer ce style dans une autre dimension et enfin Behemoth les Polonais qu'on ne présente plus. La soirée s'annonçait sombre mais intense avec presque trois heures de concert.

Dark Funeral - 19h00

C'est un peu en avance sur le timing que la longue (trop longue ?) introduction de Dark Funeral résonne dans une salle réduite avec un rideau mais assez bien remplie pour une première partie. Il faut dire que pour cette tournée, les spectateurs ont été gâtés. Point de groupe local inconnu, mais les pionniers du black metal suédois. Pour un set aussi court (à peine une demi heure), le groupe a décidé d'être efficace et de piocher dans plusieurs albums faute d'actualité brûlante. En effet, cela fait quatre ans que l'on attend un nouvel opus mais les Suédois prennent leur temps alors ne boudons pas notre plaisir de voir des classiques tels que "The Arrival of Satan's Empire" et "The Secrets of Black Arts".

C'est par le très puissant "Unchain My Soul" que le groupe a décidé de commencer. A peine arrivé sur scène Heljamardr possède une présence charismatique impressionnante et n'hésite pas à motiver la foule à chanter à la gloire du dieu déchu. Même si la fosse est assez remplie, il y a un contraste assez intéressant entre la puissance des blast beats et le calme qui règne parmi le public. Et cette force tranquille se voit également sur la prestation de Jalomaah derrière les fûts qui détruit tout sur son passage mais qui reste d'un stoïcisme face à la violence de ses rythmes. Chose très agréable, le chant est audible et souvent compréhensible, malgré un mixage qui se veut plus brut. Cela permet d'admirer la polyvalence de Heljamardr qui délivre des screams impressionnantes notamment sur "The Arrival of Satan's Empire". Il fait également preuve de contraste puisque sa gestuelle est souvent délicate, avec des mouvements de mains plus doux. Il apparaît tel un Joker torturé et passe beaucoup par le visage pour appuyer les paroles.

Des deux côtés de la scène trônent à la guitare Chaq-Mol et le taulier Lord Ahriman. Si ce dernier est plus statique et plus concentré, Chaq-Mol fait preuve d'une belle complicité avec Adra-Melek. Le bassiste, extrêmement volubile, n'est pas très audible, sauf lors de l'intro très Black Sabbath de "Let the Devil In". Accompagné par Jalomaah dans un style très percussif, le public réagit bien au rythme martial de sa grosse caisse. Le set se termine trop rapidement avec "Where Shadows Forever Reign". Le titre est forcément bien accueilli et Heljamardr brandit un drapeau floqué d'un pentagramme inversé tel un révolutionnaire sur une barricade. Chaq-Mol et Adra-Melek headbanguent en rythme tels des frères siamois et Lord Ahriman envoie ses riffs malsains avec une précision intense. Voilà le problème avec ce genre de première partie : c'est tellement carré, pro et superbement bien effectué qu'on en veut plus. La prestation est si intense, le son est tellement bon qu'il y a cette frustration lorsque le groupe sort rapidement de la scène. Seul Jalomaah fait durer le plaisir en restant seul face au public. Plus de trente ans après ses débuts, Dark Funeral montre que la formation est toujours là avec un line-up stable et soudé et un Heljamardr qui efface de plus en plus son prédécesseur Emperor Magus Caligula.

Dark Funeral Setlist Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg, In League with Satan - Evropa 2026

Dimmu Borgir - 20h00

C'est une constante ce soir : le planning sera légèrement en avance. Dimmu Borgir, censé démarrer à 20h, balance son intro quelques minutes avant l'heure annoncée. Cela ne gène absolument pas puisque les Norvégiens sont très attendus, à en juger le nombre de t-shirts à leur effigie. Un rideau floqué à leur nom cache une partie de la scène et lorsque les premières notes de "Ulvgjeld & Blodsodel" résonnent, il tombe pour admirer les décors impressionnants : de grands piliers blancs, la batterie de Daray sur un promontoire et un énorme backdrop aux couleurs du dernier album. Ca tombe bien puisque ce premier morceau est issu de Grand Serpent Rising. On aurait pu s'attendre à une setlist se focalisant sur ce dernier opus sorti il y a quelques mois, mais non, comme Dark Funeral, les Norvégiens en profitent pour piocher dans leurs hits. Pari gagnant puisque le public réagit fortement dès le début de "Mourning Palace" tiré de Enthroned Darkness Triumphant mais les singles les plus récents emportent également l'adhésion comme sur "Gateways".

La force de Dimmu Borgir est vraiment de proposer des titres qui marquent profondément même s'ils ont été dévoilés dans l'album précédent. Les deux titres issus d'Eonian fonctionnent parfaitement en live : "The Council of Wolves and Snake" impressionne avec son intro tribale. Shagrath martèle un tambour de guerre, soutenu par Daray. Puis les piliers s'enflamment et le reste du titre devient mythique notamment lors de son break orchestral. Même constat pour "Ætheric" et son riff fait pour briser des nuques. Il y a une énergie thrash chez Dimmu Borgir renforcée par la venue de Damage à la guitare. Le petit dernier a largement trouvé sa place et s'approprie tellement la discographie du groupe qu'il connaît les paroles de "Puritania" par cœur. Dommage par contre que la fumée ne permette pas de voir sa dextérité lors de soli impressionnants.

Néanmoins, la scénographie accompagne bien le côté orchestral et grandiloquent du groupe. Le tout est dirigé de main de maître par Shagrath. Sa présence, renforcé par un costume très détaillé, est mystique, ses déambulations sur scène sont contrôlées et lourdes. Cela fonctionne bien avec les riffs plus ralentis à la Black Sabbath de "Ascend". Sur ce titre, le chanteur montre toutes ses techniques de chant et utilise sa voix parlée de façon ténébreuse. C'est lui qui motive le public et captive l'attention quitte à éclipser Victor Brandt lorsque celui-ci l'accompagne au scream. Et pourtant, juché sur son promontoire, le bassiste est visible mais plus discret. Par contre sur le côté droit, Silenoz est toujours impérial. Ses riffs sont ciselés, son solo en tapping sur "Kings of the Carnival Creation" fait son petit effet. Ce qu'il y a de bien chez Dimmu Borgir, c'est que le groupe a une capacité à aller piocher dans différentes influences notamment thrash, mais également rock. Les Norvégiens délivrent une énergie assez old school avec le rythme syncopé et groovy de "Cataclysm Children".

Alors certes, leur marque de fabrique reste le côté orchestral. Malheureusement, la plupart des mélodies symphoniques ne sont pas jouées en live et sont sous-mixées. Le travail de Gerlioz passe souvent à la trappe et c'est dommage car le claviériste fait un travail formidable mais ses parties piano, comme sur "Progenies of the Great Apocalypse" ne sont pas du tout audibles. Il sait cependant sait se faire remarquer avec son jeu de scène proche de Christian "Flake" Lorenz, le claviériste de Rammstein. Lorsqu'il ne joue pas, il harangue la foule, fait preuve d'humour, fait mine d'avoir peur lorsqu'il va démarrer un solo. Autre point négatif concernant les samples diffusés : l'absence de l'ancien bassiste et vocaliste secondaire ICS Vortex qui, 16 ans après son départ, se remarque cruellement. Le groupe a même remplacé ses interventions en chant clair par des chœurs. "The Serpentine Offering" tombe complètement à plat à cause de ces écueils alors que le titre est grandiloquent à souhait. Heureusement que le public luxembourgeois chante tout, des paroles à la mélodie et rend la prestation plus mémorable. Même constat pour "Progenies of the Great Apocalypse" qui a propulsé Dimmu Borgir dans une autre dimension lors de la sortie de Death Cult Armaggedon.

C'est d'ailleurs sur ce titre que le groupe finit un set plutôt court d'une heure, amputé de quelques titres comparé aux dates précédentes. On ne peut s'empêcher d'être un peu frustré par cette prestation : peu de titres du dernier album, des hits qui fédèrent certes mais qui peuvent paraître un peu répétitifs pour ceux qui ont vu le groupe plusieurs fois et un côté orchestral parfois passé à la trappe. Et pourtant, Dimmu Borgir a délivré pendant 60 minutes un set terriblement efficace, à la scénographie impressionnante et la frustration laisse place à l'envie de le voir très rapidement en tête d'affiche.

Setlist

Ulvgjeld & Blodsodel
Mourning Palace
Kings of the Carnival Creation
Council of Wolves and Snakes
Ætheric
Ascent
Cataclysm Children
The Serpentine Offering
Puritania
Gateways
Progenies of the Great Apocalypse

Behemoth - 21h45

Une fois n'est pas coutume, Behemoth ne débute pas quelques minutes en avance mais un peu en retard. Le ton est donné avec une vidéo diffusée sur un drap géant cachant la scène. Dès que le rideau tombe, les Polonais sont présents et assènent les riffs malsains de "Daimonos". Faut-il encore rappeler que Nergal s'impose directement par sa présence et son charisme ? Si le public était déjà convaincu du niveau des deux premiers groupes, Behemoth enfonce le clou. Un son quasi parfait que ce soit au niveau de la basse très audible d'Orion, des paroles de Nergal et de la batterie d'Inferno n'écrasant pas le reste, une prestation impressionnante de bout en bout et une générosité incroyable. Les trois premiers titres passent à une vitesse folle à l'image de l'énergie déployée par Nergal que ce soit à la guitare ou au chant. Le leader du groupe capte tous les regards par son jeu de scène et ses mouvements tel un félin.

Le set prend une tournure plus religieuse avec "The Shit ov God" issu de l'album éponyme. Le chanteur se pose les bras en croix tel un antéchrist et le public scande le refrain. L'espace de la Rockhal est aussi bien rempli dans la fosse que sur scène, entre les aller-retours des différents membres de droite à gauche et les promontoires situés à plusieurs mètres qui permettent de mettre la lumière sur Seth et son magnifique solo de guitare. Après quatre morceaux passés à la vitesse d'un TGV, Nergal en profite pour rendre hommage aux trois groupes de l'affiche, cette incarnation de Satan en une bête à trois têtes, rappelant le Lucifer de la Divine Comédie de Dante. Alors oui, Behemoth s'incrit dans un style black metal satanique mais les influences death et thrash sont omniprésentes comme sur le pont extrêmement technique de "Conquer All". Le mixage, déjà loué plus tôt dans ce compte-rendu, permet d'admirer la technicité du groupe et ce n'est pas "Blow Your Trumpet Gabriel" qui fera dire le contraire. Le public adhère complètement à ce titre plus lent, plus doom, influencé sûrement par Black Sabbath. A noter par ailleurs, que lors de l'entracte avant la prestation du groupe, "Iron Man" ainsi que d'autres classiques du rock et du metal ont été diffusés. Preuve que les Polonais vont puiser bien plus loin que dans le black metal des années 90.

La sensation qui se dégage de la prestation de Behemoth est un sentiment d'unicité et de cohérence. Alors certes Nergal est un frontman charismatique mais il n'efface en aucun cas le reste du groupe. Seth et Orion sont vraiment mis en valeur et les chœurs apportent une autre dimension aux interventions du chanteur. Ils participent également à la mise en scène puisque sur "Ov Fire and the Void", ce sont eux, les "Lucifer" ceux qui, selon l'étymologie latine, apportent la lumière avec leurs torches. Il faut dire que niveau direction artistique, le groupe a mis le paquet. Que ce soit le lance flamme de Nergal sur "I, Scvlptor" ou sa couronne sur "Bartzabel", visuellement ça claque. Ce titre d'ailleurs prend une dimension supplémentaire : le format ballade et la voix plus aiguë du chanteur sont une belle pause dans un set très intense. Ce morceau est admirablement bien introduit par les percussions d'Inferno. Le batteur effectue d'ailleurs une prestation impressionnante sur tout le set. Presqu'aussi calme que Jalomaah de Dark Funeral derrière les fûts, il dévoile un panel de techniques très varié allant des blast beats classiques du black metal à un jeu à la charley sur "Ora Pro Nobis Lucifer".

Avec plus de trente ans d'activité, les Polonais maîtrisent leur sujet et puisent dans plusieurs de leurs albums sans pour autant en mettre un en avant. Malheureusement pour ceux ayant assisté à la dernière tournée avec Satyricon et Rotting Christ, les titres joués ce soir sont presque les mêmes. Leur dernier opus The Shit Ov God, dont l'univers sert de base à la scénographie, n'est évoqué que deux fois avec le titre éponyme et "To Drown the Svn in Wine". Ce dernier d'ailleurs reçoit un accueil plus calme alors que Nergal le présente en se plaignant que le groupe a joué trop de ballades et a envie d'accélérer un peu le tempo. Pour information, les musiciens venaient tout juste de terminer "Ov Fire and the Void" qui n'est pas franchement une berceuse pour enfants. Alors que la soirée touche à sa fin, le chanteur appelle Shagrath pour la reprise tant attendue du titre de Venom "In League with Satan", qui donne également son nom à la tournée. Forcément cela évoque le décès de Cronos survécu quelques jours avant le concert. Ce morceau résume à lui seul la soirée : Shagrath et Nergal reprennent un titre du groupe qui est à l'origine physique et sémantique du black metal. Un bel hommage repris en chœur par le public luxembourgeois. Petit moment de flottement avant le dernier titre "O Father, O Satan, O Sun". En effet, la salle se rallume, une bonne partie du public pense que le concert est terminé mais non, la Rockhal est replongée dans le noir pour un final empli de riffs thrash et de flammes.

Comme pour les deux autres groupes, on en aurait repris encore même si Behemoth a été plus généreux que ses collègues. Les Polonais ont montré qu'ils étaient incontournables sur la scène black metal et bien au-delà. Alors que cette soirée de mèche avec Satan s'achève, malgré le format co-headlining qui réduit les prestations des groupes et des setlists assez convenues de la part des trois groupes, il y a cette envie générale de les revoir en tête d'affiche. En attendant, la tournée continue à Paris au Zénith ce vendredi et Dark Funeral passera également par le Motocultor 2027.

Setlist

Daimonos
Ora Pro Nobis Lucifer
Thy Becoming Eternal
The Shit ov God
Conquer All
Blow Your Trumpets Gabriel
I, Scvlptor
Ov Fire and the Void
To Drown the Svn in Wine
Bartzabel
?
O Father O Satan O Sun!

Crédits photos : Deadly Sexy Carl. Toute reproduction interdite sans l'autorisation du photographe.



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...