Avec Holocene, The Ocean a marqué la fin d’un cycle : celui amorcé avec Precambrian et abordant l’évolution de la vie de notre planète, se concluant brillamment par l’impact progressif de l’Homme sur les milieux depuis la fin de la dernière période glaciaire. Cette fin d’ère s’est matérialisée par un renouvellement du line-up, mais malgré ces bouleversements pour le combo de post metal, Solaris est un nouveau jalon dans la discographie parfaite du groupe à la dimension internationale encore plus poussée.
En effet, bien qu’initialement formé à Berlin, The Ocean ne possède plus qu’un seul membre d’origine allemande (le guitariste cofondateur Robin Staps). Car la fin de l'ère glaciaire du groupe (les albums allant de Precambrian à Holocene) s'est traduite par le départ et le renouvellement de la quasi-totalité du line-up de The Ocean, qui a toujours eu une dimension collective, stabilisée autour d'un noyau dur jusqu'à ce nouvel album. Après Holocene, seul Matthias Hagerstrand (bassiste) est resté aux côtés du maître à penser Robin Staps (guitare). Une fois sa dernière mue opérée, le collectif est désormais constitué de musiciens d’origine italienne (Enrico Tiberi au chant et Marco Gennaro à la guitare), chinoise (Lane Shi, également au chant), française (Emmanuel Jessua, également leader chanteur / guitariste d’Hypno5e), espagnole (Jordi Farré, batterie), ou encore suédoise (le bassiste Matthias Hagerstrand). Pourtant, malgré ces bouleversements pour le combo post metal, de ce line-up cosmopolite, il résulte un son qui n’est propre qu’à The Ocean.

On sait que l’identité d’un groupe passe souvent par son vocaliste. Le pari de remplacer le charismatique Loïc Rossetti était osé, et Staps a choisi l’audace en proposant un duo vocal : Si Enrico Tibeiri possède un timbre clair comme saturé qui rappelle son prédécesseur, Lane Shi apporte une touche de violence et des sonorités nouvelles dans ses lignes de chant. The Ocean avance et évolue donc dans sa propre quête musicale tout en rassurant de façon intelligente sa fan-base. On retrouve en effet tout ce qui fait l’identité du collectif, à savoir des rythmes post metal plombés (« Light Pollution », « Belligerence »), une alternance entre violence et douceur (le magnifique et très progressif « Simulacra » atteignant plus de 17 minutes), des parties parfois totalement électroniques (« Milk of My Dreams » sur lequel Thorsten Quaeschning de Tangerine Dreams vient délicatement poser ses sonorités synthétiques et texturées) et mêmes des passages acoustiques (les titres d’ouvertures et de clôture « 52°30'11"N, 13°26'12"E » et « 51°28′30″S, 73°6′11″W » correspondant aux cordonnées respectives de Berlin et de la Terre de feu).
Et au-delà de l’aspect musical - qui trouve l’équilibre entre le The Ocean de Holocene et Phanerozoïc II et une version plus progressive et renouvelée - il est appréciable de constater les thématiques engagées dans l’écriture. En effet, avec Solaris, Robin Staps aborde la notion de voyage et d’exploration spatiale, autour de protagonistes quittant une planète au bord du gouffre écologique et sociétal. Cependant, il est impossible de ne pas voir une métaphore du départ des anciens musiciens du collectif dans les paroles de « Departure Song » :
"Dear friend, companion, lover, partner in crime
It is with a heavy heart that I am writing you these lines […]
I will always cherish
Every memory and every moment that we've shared
Every fight that you won in the wake of a long night searching"
Cette intelligence, cette finesse et cette sensibilité dans l’écriture des textes se retrouvent également tout au long de l’œuvre dans la composition musicale. En puisant ses forces dans chacune des qualités des nouveaux musiciens, Robin Staps propose une œuvre à la fois cohérente et diversifiée, puissante et délicate, et surtout qui ne lasse toujours pas au fur et à mesure des écoutes, malgré une durée totale de soixante-dix minutes. Sans intellectualiser non plus outre-mesure son art, The Ocean parle le langage des émotions, toujours à fleur de peau, bien aidé par l’expressivité de son duo vocal.
De quoi ressortir une fois de plus chamboulé par l’œuvre du septuor, avec une œuvre qui se hisse à la hauteur de ses plus grandes réussites discographiques (Phanerozoïc II lui restant toutefois un très léger cran au-dessus). Malgré l’adversité et les changements de line-up, Solaris est un disque puissant et rageur, parfois triste et mélancolique mais qui ne manquera pas de séduire à la fois les fans de la formation comme ceux qui poseraient une oreille curieuse sur cet album. Et nous vous invitons grandement à le faire avant la tournée française du combo à l'hiver prochain !
Tracklist :
52°30'11"N, 13°26'12"E
Departure Song
Light Pollution
Simulacra
Belligerence
Última esperanza
Milk of My Dreams
51°28′30″S, 73°6′11″W
Disponible depuis le 03 octobre 2026 chez Pelagic Records
Photographie promotionnelle (DR) fournies par le label






