Alex Staropoli, claviériste de Rhapsody of Fire

Rhapsody sans Luca Turilli, qui l’aurait cru à l’époque ? Depuis l’affaire du « friendly split », c’est désormais une vérité, Rhapsody of Fire continuant ainsi sans son créateur d’antan parti proposer sa nouvelle vision personnelle du groupe

Les reines sont ainsi laissées au compère de toujours, le claviériste Alex Staropoli, pour une première offrande « nouvelle ère » à paraitre le 22 novembre chez AFM Records. C’est d’ailleurs ce même nouveau Alex qui a accordé quelques minutes à La Grosse Radio afin de causer de ce Dark Wings of Steel tant attendu, en toute sincérité et simplicité.

La Grosse Radio : Bonjour Alex et bienvenue à Paris ! Nous sommes ici pour parler du nouvel album de Rhapsody of Fire, Dark Wings of Steel, le premier composé et enregistré sans Luca Turilli. Avez-vous donc du changer vos habitudes au niveau de l’écriture ?

Alex Staropoli : En ce qui me concerne, pas vraiment. Travailler seul est cependant très intéressant, et je suis certain que Luca a beaucoup aimé cela également de son côté. Après tant d’années, c’était un défi pour moi qui n’avait jamais pu réaliser d’album solo ou autres projets… J’ai ainsi décidé d’inclure mon frère Manuel dans le processus, lui qui n’était pas étranger au travail de Rhapsody comme tu le sais ! D’ailleurs, peu de gens le savent, mais quand il avait 12 ou 13 ans, il nous a initié à la musique baroque Luca et moi, tout est un peu parti de là au fond. C’est un musicien accompli, je lui ai donc confié un ordinateur pour qu’il écrive de la musique pour le groupe.

Nous avons également lu que Roberto De Micheli, le guitariste, a lui aussi apporté sa contribution à la musique…

Oui, pas vraiment la musique mais plus l’aspect guitare. Je lui ai demandé s’il avait quelques idées de riff, et il en avait plein ! Il a donc enregistré sur mon ordinateur et j’ai pu m’en servir. Il m’a beaucoup aidé, d’ailleurs quelque chose que je dis rarement mais Luca et Roberto étaient amis à l’école, ils ont débuté la guitare ensemble. Il a même enregistré les premières démo de Rhapsody avec nous ! Puis il est parti… Mais il a donc été l’un des premiers membres du groupe en fait, au tout tout début.

A-t-il tout enregistré niveau guitares ?

Oui, tout, que ce soit les parties électriques, acoustiques ou classiques.

Sur cet album, on sent les orchestrations un peu plus en retrait. Est-ce un choix délibéré de ta part ?

Oui. En retrait mais comparé à d’autres groupes de heavy metal ça reste quand même en avant (rires) ! On avait cette discussion parfois Luca et moi, sur l’ordre de puissance à donner aux guitares ou à l’orchestre, on avait parfois du mal à se mettre d’accord sur ce point mais au final on s’en tirait bien je pense. Sur cet album, j’ai cependant décidé que le mix serait accentué sur des grosses guitares et basse ainsi que sur une batterie bien en avant. C’était important. Je ne peux plus supporter d’entendre les guitares sous-mixées. Rhapsody of Fire est plus un groupe de heavy metal avec de l’orchestration qu’un orchestre avec des touches de metal rajoutées.

Alex Staropoli, Rhapsody of Fire, Paris 2013

La chorale semble différente également. Peux-tu nous en dire plus à son sujet ?

En effet, ayant la production en main j’ai été libre de faire ce que je veux, y compris sur ce point. Tout a été enregistré à Trieste dans le studio d’un ami à moi, sauf la batterie en Allemagne et l’orchestre en Macédoine. Avant tout pour économiser de l’argent, je déteste devoir en dépenser pour l’enregistrement dans plusieurs studio… Donc pour la chorale, j’ai choisi une solution locale avec de vraies personnes motivées que j’ai trouvées au conservatoire grâce à un ami. Cette chorale est composée de jeunes étudiants, ainsi qu’une fille qui est devenu professionnelle depuis. C’était très motivant d’avoir ces gens-là, ils voulaient vraiment le faire avec une grande envie, pas comme un guest qui viendrait faire sa partie sans enthousiasme avant de repartir directement chez lui. C’est comme ça que j’ai envie de travailler désormais.

Au final ils sont simplement quatre, dont le plus jeune a 18 ans, et on a enregistré leur voix en harmonies diverses pour donner ce rendu final. Ce sont aussi de vrais musiciens, c’était donc facile de travailler avec eux. Ils se sont donnés à fond car je pousse toujours mes chanteurs à la limite, je suis un vrai tyran à ce niveau ! (rires)

Même avec Fabio ?

Non, car lui il sait déjà très bien ce qu’il fait, il n’a pas besoin d’être poussé à son maximum car il sait d’instinct se donner à fond. En plus nous n’avons eu quelques jours pour l’enregistrement du chant, il a donc fait ça sous la pression en écrivant les paroles en très peu de temps.

Justement au sujet de Fabio et des paroles, c’est la première fois qu’il le fait pour Rhapsody of Fire il me semble ?

Oui, je lui ai demandé car j’en suis tout simplement pas capable. C’est un aspect important de notre musique, donc j’étais dubitatif au départ mais les premiers textes de Fabio m’ont vite plu. Et comme il ne s’agit ni d’une nouvelle saga, ni d’un concept album, c’était plus simple pour lui. Ses paroles ont tout pour coller au groupe : le côté fantastique, la passion, l’émotion… Tu as besoin de ces éléments pour sublimer l’aspect épique de notre musique.

Il n’y aura donc plus de concept album ou de saga autour de Rhapsody of Fire…

Non, je ne pense pas, ce serait trop difficile à mettre en place. Il faut savoir qu’avant même que Rhapsody n’existe, bien cinq ans avant, Luca avait déjà écrit ses livres dont les paroles de la saga sont issues. C’était donc plus simple à mettre en place.

Pensez-vous qu’à l’avenir vous explorerez d’autres thèmes en dehors du domaine fantastique ?

Pas pour le moment ni dans l’immédiat en tout cas. Rhapsody of Fire est trop lié au fantastique pour ça, même si je pense que certains thèmes intéressants au-delà de cet univers peuvent être abordés, comme dans un film… à voir donc, mais nous ne parlerons jamais de sujets terre à terre liés au quotidien, je n’aime pas ça.

Tom Hess a récemment quitté le groupe. Il était vraiment trop difficile de travailler voire composer avec lui ?

En aucun cas je n’aurais pu imaginer écrire avec lui. Avec mon frère oui, sinon je suis plutôt un solitaire à ce niveau. De toute façon Tom et moi n’étions pas sur la même longueur d’onde, peut-être voulait-il trop imposer son opinion et c’est le genre de chose qui me rend mal à l’aise. Je suis là pour servir Rhapsody of Fire au mieux, et pour cela je travaille mieux seul avec mes idées ! Mon frère me comprend bien là-dessus, j’aime avoir le contrôle des choses.

Penses-tu à l’intégration d’un nouveau guitariste à sa place ?

Je ne pense pas, Rhapsody of Fire est très bien en configuration cinq membres, comme à ses débuts. Pourtant j’aime les groupes avec deux guitaristes, comme Alter Bridge où le chanteur est très bon avec son instrument, mais pour notre groupe pour le moment je ne pense pas. Ou alors il faudrait que je trouve quelqu’un comme mon frère, en qui j’ai totalement confiance, et ce serait uniquement pour les live… mais ce n’est pas prêt d’arriver je pense.

Ou alors tu donnes à Fabio une guitare et c’est parti… (rires)

Oui (rires) ! Le pire c’est qu’on en avait déjà parlé avec Luca à l’époque, c’est dommage que Fabio ne veuille pas jouer d’instrument car il est très talentueux, il pourrait je pense. Sur scène il veut rester libre et ne faire que chanter.

Plus tôt cette année en mars, Rhapsody of Fire a sorti son premier double album live, le second en tout. Qu’en penses-tu avec le recul ?

Je n’étais pas sûr à la base de vouloir faire un album live, mais dans cette optique nous avons enregistré en tout dix shows afin de voir lequel serait le meilleur pour un bon rendu sonore. Une fois à la maison, j’ai tout écouté attentivement, et j’ai bien aimé… Du coup j’ai foncé, mais je voulais garder le tout très « live » avec le moins de retouches possibles, juste quelques petits montages sur quelques soucis. J’ai décidé de ne pas choisir un show en particulier, j’ai donc un peu mélangé tout ça.

Il y a donc deux chansons extraites du show à Paris…

Oui, il fait partie des dix shows que nous avons mis sur bande. Comme tu peux l’imaginer ce fut un processus très long de sélectionner les bonnes chansons. La plupart sur cet album viennent du show de Milan.

Quels sont les projets pour la prochaine tournée concernant Dark Wings of Steel ?

Nous sommes en train de travailler sur quelques dates avec notre agence All Access. On a quelques idées précises mais rien de concret pour le moment, ça commencera pour sûr l’an prochain et très certainement en Europe.

Tu penses que pas mal de morceaux du nouvel album seront joués ? Sachant que celui-ci est assez direct.

Je n’ai pas encore trop songé à la setlist. Mais je ne suis pas certain que nous en jouerons beaucoup du dernier, quatre chansons maximum je pense, on a tellement de bonnes chansons dans notre discographie…

Nous avons appris la veille de cette interview que Fabio Lione chantera sur le prochain album studio de Angra. Il va être très occupé ! (rires)

Oui, très… J’avoue ne pas lui en avoir parlé et avoir appris cela aujourd’hui lors des précédentes interviews. C’est quelqu’un de très « free lance » tu sais, il aime faire ce qu’il veut. Depuis toujours, Luca et moi nous lui avons donné la liberté d’être libre (« the freedom to be free »), vu que nous nous occupions de tout ce qui était écriture. Il avait donc la possibilité de participer dans d’autres projets, il l’a fait avec Kamelot en live, puis Vision Divine et d’autres groupes, maintenant Angra… Disons qu’à un moment il ne pourra pas tout faire, c’est physiquement impossible. On verra bien ce qu’il en est ! (soupir)

Penses-tu qu’une tournée Angra / Rhapsody of Fire soit faisable ?

Je ne pense vraiment pas, ce serait impossible pour n’importe quel chanteur dans le monde. J’ai écouté les live dea Angra avec Fabio, certaines chansons sont si hautes à chanter… ce n’est pas du tout le style de Fabio, j’avoue que je ne comprends pas. André Matos et Fabio Lione n’ont pas la même voix, Fabio ne peut pas chanter comme André. Bref, peut-être que sur le nouveau Angra ils feront en sorte que ça colle mieux à sa voix mais les fans ont toujours identifié ce groupe à la voix d’André, donc j’avoue que je reste dubitatif sur ce point. C’est assez particulier comme situation.

Rhapsody of Fire 2013

As-tu eu l’occasion d’écouter le premier album de Luca Turilli’s Rhapsody après votre split ?

Oui, j’étais intéressé avant tout de voir le résultat sonore réalisé par Sebastian Roeder, à une époque où j’hésitais encore pour la production du prochain Rhapsody of Fire entre lui et Sascha Paeth. Bon au final j’ai décidé de m’occuper moi-même de ce point. Après, pour être honnête, je ne donne jamais mon opinion sur de nouveaux albums, je suis bien trop exigeant. Puis le seul groupe que j’aime vraiment en ce moment, c’est Alter Bridge. A part ça, j’écoute de vieux trucs, et pas vraiment du metal… Je préfère écouter de la musique pour me détendre. Le seul truc sorti cette année que j’ai envie d’écouter et que je n’ai pas encore fait, c’est le nouveau Black Sabbath.

As-tu d’autres projets musicaux en tête en dehors de Rhapsody of Fire ?

Non, pas pour l’instant. Mon album solo non plus, depuis le décès de Midnight ce n’est de toute façon plus possible, c’était avec lui que je voulais le réaliser et personne d’autre.

Un dernier mot pour nos lecteurs et les fans français ?

J’espère vous revoir bientôt en France, la dernière fois à Paris était un bon moment. Jouer en France c’est comme jouer en Italie, c’est un peu notre seconde maison. J’ai aussi appris ce qui s’était passé avec L’Elysée Montmartre et que rien n’avait été fait depuis, quel gâchis… c’est vraiment triste.
 


Entretien mené par Vyuuse et Ju de Melon

 



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