Death DTA (+ Obscura et Darkrise) au Trabendo (25.11.2013)

Chuck est mort, vive Chuck !


C’est au Trabendo que devait se passer l’impossible : un concert de Death sans Chuck Schuldiner. Malgré un bon nombre de sceptiques par rapport à cette initiative, les musiciens de l’album Human, augmentés de Max Phelps (Cynic), ont réussi à remplir comme un œuf cette belle salle. Les attentes des fans étaient, légitimement, énormes et la pression exercée sur le groupe au moins aussi importante. Death DTA : réussite ou arnaque ? Réponse ci-dessous.


Darkrise

 

C’est au groupe suisse Darkrise d’ouvrir les hostilités ce soir. Et " hostilité " est le mot juste, car leur performance fait l’effet d’un coup de massue sur la tête. Armé d’un son massif, le groupe va nous administrer trente minutes d’un brutal death technique d’une précision nette et sans bavures. C’est d’ailleurs à la fois sa grande force et sa grande faiblesse, car si le groupe force le respect avec sa performance, on constate que les compositions du combo manquent d’originalité, dans un style où beaucoup a déjà été dit.
 

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Servi par un son plutôt bien équilibré pour un groupe d’ouverture, Darkrise se révèle finalement plus efficace lorsqu’il est groovy et lourd plutôt qu’avec ses moments de pure agression véloce, dopée aux blast-beats et riffs acérés. Le chanteur Greg déploie un growl impressionnant et guttural à souhait. A l’image de ses compères instrumentistes, il exécute parfaitement son boulot. La communication avec le public est peut être l’autre chose qui aura manqué à ce set pour se révéler parfaitement efficace, Darkrise se contentant d’administrer à l’audience sa dose de brutalité, sans interaction avec cette dernière.

 

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Cessons d’être mauvaise langue un instant : Darkrise a botté l’arrière train du Trabendo avec un professionnalisme impressionnant.  Gageons qu’avec plus de fraîcheur et de renouvellement dans leur musique, le groupe aura tout en main pour s’assurer une bonne place sur la scène brutal death.
 

Obscura

 

Le concert suivant montre à quel point le genre death métal peut être varié, Obscura évoluant dans un registre nettement différent de Darkrise. Et c’est avec leur classique "The Anticosmic Overload" que les allemands entament leur set. Dommage, le son n’est pas encore assez précis pour bien apprécier leur death métal technique.  En tout état de cause, le groupe semble être en bonne forme, mention spéciale à Steffen Kummerer, qui est très en voix ce soir, et Christian Muenzner, qui va nous faire don d’une performance à la hauteur de sa prestigieuse réputation de guitar hero.
 

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Le groupe axe sa setlist sur Cosmogenesis, un choix lucide, car cet album est fourbi de tubes death. Après un "Choir of Spirits" exécuté de main de maître, Steffen rappelle au public pourquoi nous sommes tous là : "Célébrer l’héritage musical de Chuck Schuldiner", avant de lancer "Incarnated", morceau qui est selon le chanteur/guitariste, influencé par l’œuvre de Chucky.  Le son est maintenant excellent, et rend le concert très agréable à l’écoute, mise à part la basse de Linus Klausenitzer qui est quasiment inaudible ! C’est plutôt décevant, étant donné que les lignes de basse fretless constituent un élément important de la musique d’Obscura.
 

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C’est le moment que le groupe choisit pour révéler un nouveau morceau, intitulé "The Imaginative Soul". A l’écoute, on peut dire que c’est un titre dans la veine d’Omnivium, avec peut être un peu moins de notes, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Au cours de l’excellent "Septuagint", on s’aperçoit que les samples sont plus forts que le pauvre Linus, qui compense  heureusement avec un jeu de scène très actif, dans la veine de son modèle Steve Harris.
 

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Après  "Ocean Gateways", le célèbre Hannes Grossman nous fait cadeau d’un court solo de batterie, révélant des capacités hors-normes. Le tout est accompagné de quelques samples bien sentis. Et c’est déjà la fin d’un concert  qui  est passé très vite, grâce à un groupe visiblement ravi d’être là. A en juger par le nombre de têtes qui ont sauté, Obscura a bien rempli son contrat ! Nouvel album à prévoir pour l’année prochaine, selon les intéressés !

Setlist :

The Anticosmic Overload
Choir of Spirits
Incarnated
Imaginative Soul (nouvelle chanson)
Septuagint
Ocean Gateways
Drum Solo
Centric Flow

Death DTA
 


Vous vous en doutez, la tension monte d’un coup lorsqu’apparaît le logo Death derrière la scène. Vont-ils se planter ou être à la hauteur de la légende ? Eh bien, lorsque  le désormais très imposant Sean Reinert se place derrière sa batterie pour entamer la légendaire intro’ de "Flattening of Emotions", on a l’irrésistible envie de pencher pour la deuxième option. Il est difficile de mettre des mots sur ce début de concert tant il concentre de choses. On est soufflé par la puissance de la musique de Schuldiner, interprétée avec maestria par le quatuor. Le son est très clair et puissant,  retransmettant parfaitement l’énergie que véhiculent les albums de Death. Très rapidement, on peut sentir que les controverses autour de cette tournée hommage, l’utilisation du nom "Death" en dépit du décès de son leader et autres chicaneries se sont évanouies : la musique a gagné (le temps du concert).

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La setlist est axée sur Human et les albums précédents, ce qui aura fait autant d’heureux que de mécontents ! Entre deux morceaux, c’est le célèbre Steve Di Giorgio qui prend la parole pour nous souhaiter une bonne soirée en leur compagnie pour cette fête-souvenir. On regrette tout de même que Di Giorgio ne soit pas plus mis en avant dans le mixage ! (on me glisse dans l'oreillette que c'était déjà le cas du temps où il jouait dans Death) Tant pis ! L’osmose dans la salle est de celles qu’on voit rarement dans un concert de métal extrême, le public reprenant à gorge déployée les paroles ou les riffs mélodiques qui sont si caractéristiques de Death.

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Paul Masvidalien est impérial, en rythmique comme en solo, et donne vie avec classe à Death. Mais le vrai héros de la soirée n’est autre que Max Phelps, qui avait la tâche impossible de prendre la place de Schuldiner au chant et à la guitare. Sobrement, il interprète très bien ses parties, sans singer complètement Chuck, pour un résultat plus que satisfaisant qui force le respect. Les classiques défilent, et les cervicales du public sont bien vite réduites en miettes !

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Après un medley de "Zombie Ritual" et "Baptized in Blood", Sean Reinert cède sa place aux fûts à Hannes Grossman, pour une interprétation tellurique de "Crystal Mountain", qui fait une fois de plus des ravages dans la fosse. A la chanson suivante, c’est Max Phelps qui laisse Steffen Kummerer chanter "Spirit Crusher" à sa place. Sans faute. Et c’est déjà la fin de ce (trop court) concert. Sean Reinert revient à la batterie, avant que le groupe ne nous donne le coup de grâce avec le diptyque sans pitié "Lack of Comprehension et "Pull the Plug" , hymnique à souhait.

Réserves (ou pourquoi cette soirée ne fut pas totalement parfaite) :

Après mûre réflexion, ce concert avait toutes les cartes en main pour se placer parmi les meilleurs évènements métal de l’année, si ce n’est le meilleur pour certains. Pourtant, quelques petits plis sont venus écorner ce concert. Le premier est la durée du spectacle. Il peut être extrêmement exigeant physiquement de jouer ce type de musique de manière prolongée, mais une heure quinze de concert bien tassée, ça reste court. D’autant plus qu’il y a eu le solo de Di Giorgio et le petit jam qui l’a suivi,  impressionnants mais honnêtement, entre ça et un morceau de Death, gageons que la plupart des fans auraient préféré un morceau supplémentaire.

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Est-ce que placer la vidéo hommage à Chuck Schuldiner, d’une qualité qu’on pourrait discuter, en milieu de concert était une bonne idée ? Vraisemblablement non, car elle faisait tomber toute la tension et l’adrénaline accumulées ! Un placement en début de concert, ou en annonce du rappel aurait sans doute été plus efficace.

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Enfin, plusieurs fois dans le concert, certaines passages ont été ostensiblement ralentis !! On a pu le noter sur "Lack of Comprehension", "In Human Form" ou "Crystal Moutain". Loin de les rendre plus lourds, ces ralentissements ont diminué l’impact des morceaux, qui sont pourtant des classiques incontestés de Death.
 

Paul Masvidal, Death, DTA, Paris, 2013, le Trabendo,

Multiples pauses et changements de musiciens, ralentissements et concert bien court, tout cela comme s’il fallait économiser un, ou plusieurs instrumentistes se fatiguant vite sur scène. N’ayant aucune information là-dessus, nous ne ferons pas de vaines spéculations.

En conclusion, oui, ce concert de Death DTA fut une bien belle soirée chargée d’émotions, comme on aimerait en avoir plus souvent dans le petit monde du métal, menée par des musiciens d’exception jouant un répertoire tout aussi exceptionnel. C’est d’autant plus frustrant si on pense qu’avec quelques ajustements, la soirée aurait pu approcher la perfection. L’hommage à Chuck Schuldiner reste beau, et on a déjà envie de les revoir au Hellfest 2014, en espérant que le line-up sera différent, pour varier les plaisirs, et le répertoire !

Setlist :

Flattening of Emotions
Leprosy / Left to Die
Suicide Machine
In Human Form
Spiritual Healing / Within the Mind
Cosmic Sea
Solo de basse + jam

Entracte : vidéo hommage à Chuck Schuldiner

Zombie Ritual / Baptized in Blood
Crystal Mountain (avec Hannes Grossmann)
Spirit Crusher ( avec Steffen Kummerer et Hannes Grossmann)
Lack of Comprehension

Encore:

Pull the Plug

Reportage par Tfaaon

Photos :  © 2013 Olivier GESTIN / INTO The Pit Photographe
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.



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