Esa Holopainen, guitariste d’Amorphis (2009)

14 octobre 2009, 18h30. Deux heures avant l’entrée en scène d’Amorphis pour leur concert à La Locomotive de Paris, c’est un Esa Holopainen détendu qui m’accueille dans les loges du groupe. Après une petite discussion préalable et quelques échanges avec Tomi Koivusaari, l’autre guitariste du groupe, nous prenons place et débutons un échange des plus instructifs.

Esa Holopainen

Ju de Melon : Tout d’abord, bienvenue à Paris !

Esa Holopainen : Merci beaucoup !

Ju de Melon : Comment se passe la tournée jusqu’ici ? Hier, vous étiez à Rennes je crois…

Esa Holopainen : La tournée est prévue pour durer 5 semaines et nous sommes actuellement dans la 2ème… Jusqu’ici tout s’est très bien passé ! Les groupes qui nous accompagnent, l’équipe… tout va bien, chaque show a été un bon souvenir. En effet hier nous étions à Rennes, qui ressemble plus à un village comparé à Paris (rires), mais c’était vraiment sympa avec un très bon public. C’est dommage que nous ne fassions que deux shows en France cette fois-ci… Mais bon, Paris est une très belle ville, nous sommes contents d’être ici !

Ju de Melon : Avez-vous eu le temps de visiter un peu la capitale avec le groupe ?

Esa Holopainen : Oui, cette après-midi avant les répétitions nous avons visité le Louvre… pour voir Mona Lisa (rires) ! La première fois que nous étions venus, on avait vu la Tour Eiffel… Puis ensuite d’autres endroits… A chaque fois que nous passons dans différentes villes, on essaye de s’aérer un peu l’esprit en visitant les alentours.

Ju de Melon : Quelles sont tes attentes pour le concert de ce soir ? Penses-tu que le public sera chaud ?

Esa Holopainen : Oh, je ne sais pas si « chaud » est un adjectif qui correspond à notre musique de nos jours… Mais bon, dans un sens, pourquoi pas ! Je pense que les fans vont apprécier, nous allons jouer quelques chansons des premiers albums, mais aussi beaucoup des trois derniers depuis que Tomi Joutsen officie au chant. Je suis persuadé que les gens vont aimer la setlist !

Ju de Melon : Parlons un peu de « Skyforger », sorti il y a 5 mois désormais… Avec le recul, a-t-il parfaitement rempli son contrat et connu le succès espéré ?

Esa Holopainen : Oh oui, définitivement. Nous avons eu d’excellentes chroniques et le public a vraiment très bien acceuilli cet opus. « Skyforger » est un album plus direct que « Silent Waters » et certainement plus abouti que « Eclipse », je pense que nous l’avons plutôt bien réussi. Les fans l’ont aimé et nous aussi, vraiment…

Ju de Melon : Tu penses que c’est votre meilleur album ?

Esa Holopainen : Euh… Tu sais, nous en avons fait beaucoup avec Amorphis. Difficile à dire si c’est vraiment le meilleur, mais je pense que sur les dix dernières années oui… C’est très certainement notre préféré, et probablement le plus réussi. Notre carrière est parsemée d’albums importants pour nous avec des styles différents. Par exemple « Elegy » reste primordial pour nous… Donc voilà, il m’est pratiquement impossible de dire quel est notre meilleur CD à ce jour.

Ju de Melon : Une question très difficile, comment mieux faire après un album aussi abouti ?

Esa Holopainen : Je ne sais pas trop à vrai dire (rires). Tu sais, tout était très différent il y a dix ans, et nous avons apporté des choses nouvelles à notre musique. Pour le futur, qui sait ? On peut sûrement apporter de petites améliorations ou de petites évolutions… Voire des évolutions plus importantes, comme nous l’avons fait par le passé. A l’époque, certaines circonstances nous ont amené à changer des choses pour le groupe. Il y a dix ans, notre ancien chanteur Pasi Koskinen souffrait d’un manque de motivation et d’implication, mais ne trouvant pas de remplaçant digne de ce nom nous avons dû enregistrer un dernier album avec lui, « Far from the Sun ». Je pense avec le recul que nous n’aurions jamais dû enregistrer cet album… C’est à ce jour le seul petit regret que j’ai… Mais l’autre souci venait du label EMI. Nos relations n’ont pas été très bonnes avec eux, du coup après la sortie de cet album nous sommes très vite revenus vers Nuclear Blast pour la suite de notre carrière et nous avons trouvé Tomi. Ainsi, Amorphis a évolué, pour devenir ce qu’il est aujourd’hui…

Esa Holopainen

Ju de Melon : Quelle est la chanson du dernier album que tu préfères jouer en live ?

Esa Holopainen : Hmmm… J’aime bien jouer « Sky Is Mine » et « Majestic Beast » également. Ce sont celles que je préfère en ce moment…

Ju de Melon : Et en général, ta chanson préférée d’Amorphis à faire sur scène ?

Esa Holopainen : Ca varie beaucoup en fait. Disons que certaines reviennent souvent car nous les adorons, « My Kantele » par exemple… Il y a aussi « The Castaway » de l’album « Tales from the Thousand Lakes » qui est vraiment superbe à jouer. Sans oublier « Alone », de l’album « Ad Universum », qui est une sorte de pilier en live. Toutes ces chansons, nous les jouons depuis des années pratiquement à chaque show et nous nous en lassons jamais…

Ju de Melon : Encore plus dur, quelle est la chanson dont tu es le plus fier dans l’histoire d’Amorphis ?

Esa Holopainen : Très dur… Je ne sais pas trop, mais je crois que je vais quand même répondre « My Kantele ». Tu sais, cette chanson a 14 ans et elle n’a jamais quitté l’histoire d’Amorphis, elle fait toujours partie de nous. C’est une très belle chanson, tout simplement, et elle restera à jamais gravée dans nos mémoires je pense.

Ju de Melon : Parlons un peu du travail de Marco Hietala (également bassiste de Nightwish) qui a aidé à la production de « Skyforger » comme il l’avait fait sur les deux précédents albums, son implication a-t-elle été différente et plus importante sur « Skyforger » ?

Esa Holopainen : En gros, on a poursuivi notre collaboration sur les mêmes bases. Marco est intervenu une fois la musique enregistrée, au moment où Tomi Joutsen s’occupait des parties chants. Il est venu donner un coup de main à Tomi pour peaufiner les mélodies vocales ainsi que les harmonies ou autres arrangements. Mais globalement, Tomi avait déjà préalablement en tête ses mélodies et le travail final s’en est trouvé ainsi fortement simplifié. Marco est en quelque sorte un « producteur vocal », il vient toujours avec énormément de bonnes idées, de plus c’est un excellent chanteur et nous avons eu la chance de lui faire enregistrer quelques choeurs sur l’album.

Ju de Melon : Quelques mots sur le video clip de la chanson « Silver Bride », comment s’est passé le tournage ?

Esa Holopainen : C’était plutôt simple, on l’a tourné en un jour dans un seul studio. Les images ont globalement été incrustées derrière nous, on jouait sur fond bleu donc le tournage a été rapide. On s’est quand même bien amusé en le faisant, mais le clip en lui-même résulte plus d’un travail graphique sur ordinateur. Les images incrustées ont été tournées en Suède, à Stockholm. En tout cas c’était très intéressant de voir le résultat final proposé par le réalisateur et le producteur… Car ce n’est jamais évident de concilier les idées que nous avons avec celles proposées par l’équipe de production. Mais le clip nous plait beaucoup, le compromis trouvé a été excellent !

Ju de Melon : Qu’as-tu prévu de faire une fois la tournée terminée ? Un peu de repos, écriture de nouvelles chansons, famille, amis ?

Esa Holopainen : Un peu de repos, très certainement, et puis retrouver ma famille. Nous avons déjà tous nos week-ends bookés jusqu’à la fin de l’année avec quelques shows supplémentaires en Finlande jusqu’à Noël. Mais la première semaine après la tournée on se reposera un peu, en plus ce sera le dimanche de la Fête des Pères donc je resterai un peu avec mes enfants.

Ju de Melon : Ton album préféré en 2009, à part « Skyforger » ?

Esa Holopainen : Hmmm… Il y a vraiment eu pas mal de bonnes sorties cette année… (hésitation)… Par exemple le nouveau Muse est superbe, j’ai beaucoup aimé le nouveau Mastodon également… C’est très dur à dire, ces deux albums tournent beaucoup dans ma playlist actuellement. Puis l’année n’est pas encore finie, on pourrait avoir de belles surprises encore… Je pense aussi à quelques bonnes sorties finlandaises… Le nouveau Ghost Brigade par exemple, mais il y en a plein d’autres !

Ju de Melon : Si tu devais partir sur une île déserte avec un seul album à emporter… Lequel serait-ce ?

Esa Holopainen : (longue hésitation)… Que c’est dur, un seul album… Hmmm… Y en a tellement ! Mais bon, probablement « Grace » de Jeff Buckley. C’est vraiment un classique… Puis il n’a malheureusement pu faire qu’un seul album, d’ailleurs la compagnie de disque a dû le rééditer plusieurs fois afin de profiter un maximum de son succès… (rires)

Esa Holopainen

Ju de Melon : Connais-tu et apprécies-tu certains groupes français de metal ? Ou d’autres artistes français ?

Esa Holopainen : Je me souviens d’un groupe, Treponem Pal, que nous avons rencontré en tournée à l’époque de « Tales from a Thousand Lakes » et avec qui nous avons joué quelques shows… Je me souviens également de Mercyless… et bien sûr nous connaissons Johnny Hallyday !! (rires)

Ju de Melon : Ah bon, vous avez aussi Johnny Hallyday en Finlande ? Mais il est partout ! (rires)

Esa Holopainen : Bien sûr (rires) ! Mais je te rassure, je ne connais pas sa musique, juste le personnage… Tu sais, on a pas mal de chaînes étrangères sur le satellite, et à chaque fois qu’on zappe sur une chaîne française : on tombe sur lui (rires) ! D’ailleurs, quand on a eu notre journée de repos avant le concert de Rennes, on a passé une journée en Normandie… Et la première chose que j’ai vu je crois c’est une affiche publicitaire avec Johnny ! Donc bon… (rires) ! Tu sais, je pense que chaque pays a un peu sa mega star comme ça… En Finlande aussi nous avons ce type de chanteur qui se prend un peu pour Elvis et ça marche beaucoup ! Enfin bon… (rires)

Ju de Melon : (rires) Reprenons un peu notre sérieux, parle-nous de ta formation en tant que musicien !

Esa Holopainen : Ca remonte… à 1985 je pense, époque où j’ai assisté à mes premiers concerts, notamment Iron Maiden. J’ai de suite su que c’était fait pour moi ! Et à 14 ans j’ai pris ma première leçon de guitare pour ne plus jamais arrêter par la suite. Puis tout s’est passé très vite, j’ai commencé à jouer avec des amis, puis j’ai fait une école de musique où j’ai appris et perfectionné les bases…

Ju de Melon : Parlons un peu de Tomi Joutsen. Ca fait maintenant 3 albums qu’il a rejoint le groupe… Est-ce que son intégration fut simple et s’est-il de suite imposé ou cela a-t-il pris du temps ?

Esa Holopainen : Bah en tout cas pour nous ce fut très rapide et très simple. Dès les premières répétitions nous avons su que ce serait lui et personne d’autre. Il a vraiment un très bon charisme, c’est un choix qui s’imposait de lui-même. Pour lui par contre, peut-être que ça a été moins facile : s’intégrer à un groupe déjà formé c’est plus difficile que d’accueillir quelqu’un de nouveau. Nous nous connaissions déjà un peu avant son arrivée dans Amorphis, mais ça a pris un bon mois avant qu’il ne soit totalement à l’aise. Pour un chanteur, intégrer un groupe n’est jamais évident je pense… Vous devez vous approprier un public habitué à un autre frontman, et lui prouver que vous êtes meilleur ou au moins aussi bon que le précédent. En tout cas les fans l’ont de suite adopté, personne n’est venu réclamer un retour de Pasi… Je suis heureux pour Tomi et pour nous également !

Ju de Melon : De plus Tomi est désormais devenu la véritable signature vocale d’Amorphis

Esa Holopainen : Oui, c’est vrai, et c’est ce qu’il y a de bien chez lui. Il peut chanter dans une grande diversité de voix, du clean à l’agressif, sans grande peine.

Ju de Melon : Restez-vous encore en contact avec les anciens membres du groupe comme Pasi Koskinen par exemple ?

Esa Holopainen : En ce qui concerne Pasi, on l’a croisé l’été dernier à un festival. Mais bon, on n’est plus trop en contact même si nous avons des amis en commun. Il est désormais avec son groupe de black metal Ajattara et… voilà, chacun poursuit sa vie comme il l’entend (rires) !

Ju de Melon : Quelques derniers mots pour les fans français et les auditeurs de La Grosse Radio ?

Esa Holopainen : Merci (en français) ! On aurait voulu jouer d’autre shows en France… D’habitude on joue aussi à Lyon, mais pas cette fois, c’est un peu dommage. Mais bon, Paris c’est déjà pas mal, c’est l’endroit rêvé pour emmener sa petite amie…

Ju de Melon : Surtout que le Moulin Rouge n’est pas loin ! (rires)

Esa Holopainen : (rires) Oui, en effet !

Ju de Melon : Merci pour cette entrevue et bon concert !

Esa Holopainen : C’était un plaisir !

Esa Holopainen & Ju de Melon

Une interview très plaisante avec un guitariste plutôt zen et d’excellente humeur. Au nom de La Grosse Radio Metal, je remercie Esa pour sa disponibilité et sa gentillesse tout en souhaitant le meilleur à Amorphis pour la suite. Je vous rappelle que « Skyforger », leur dernier opus, figure parmi les meilleures sorties metal de l’année 2009. A se procurer d’urgence !



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