Klaus Meine, chanteur de Scorpions

« C’est un nouveau challenge »
 

A l’occasion de la sortie du nouvel album acoustique de Scorpions, enregistré à Athènes en septembre dernier, Klaus Meine, chanteur et membre du groupe depuis 1969, a accordé une interview vidéo à La Grosse Radio. Il y évoque les joies de revenir à Athènes, les nouveaux arrangements des chansons, les possibilités de tournée acoustique et fait aussi un point sur l’état du groupe et la confusion quant à sa séparation.

Retrouvez ci-dessous l’interview vidéo de Klaus Meine :

 


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Ci-dessous la retranscription écrite de l’interview :

Comment est venue l’idée de sortir un album acoustique 12 ans après Acoustica ?

C’était une surprise pour nous. Plus tôt cette année, MTV Unplugged nous a fait cette offre alors qu’on venait de finir notre tournée de 2012. Nous étions prêts à souffler et voir ce que le futur nous réservait et MTV et notre label Sony Music nous ont contactés en janvier pour nous faire cette offre. MTV a mis ce format en place dans les années 80, quand tu es un artiste, c’est un immense honneur d’en faire partie. Certes, MTV n’est plus ce que c’était dans ses heures de gloire, ce format est une marque de qualité musicale pour les artistes. En faisant cela, tu entres dans une illustre famille, donc nous n’avons pas eu à réfléchir longtemps avant d’accepter. Mais c’est aussi un défi qu’on nous a lancé, car ce n’est pas un gros concert de rock, il n’est pas question de poser, c’est uniquement de la musique. Nous avons voulu faire un concert spécial et surprendre nos fans avec des chansons que nous n’avions jamais jouées en live. Nous ne voulions même pas inclure « Wind of Change » et « Still Loving You », mais notre label nous a dit « Allez, il faut les jouer, elles doivent faire partie du concept ». Mais nous nous sommes surtout concentrés sur les chansons des années 80 et sélectionné des chansons que nous n’avions jamais jouées. Nous avons aussi cinq nouvelles chansons, c’est une bonne chose.

A propos de ces nouvelles chansons, on peut facilement imaginer des enregistrements électriques, pour certaines, comme « Rock n’roll Band » ou « Dancing with the Moonlight ». Qu’en est-il ?

En 2011, nous avons commencé à travailler sur un projet de chutes de studio. Nous sommes revenus dans les années 80 et avons trouvé plusieurs chansons qui n’étaient pas finies. Par exemple, j’ai écrit « Rock n’Roll Band » dans les années 80. Elle n’est jamais sortie, mais, il y a un ou deux ans, j’ai écrit de nouvelles paroles pour cette chanson, à l’époque, c’étaient des paroles temporaires. « Dancing With The Moonlight » est de Mattias [Jabbs, guitariste], qu’il a aussi écrite il y a quelques années, à laquelle j’ai aussi ajouté de nouvelles paroles. Nous avons enregistré ces deux chansons pour ce projet de chutes studio, donc nous avons des versions électriques. Elles ressortent bien parmi les autres chansons du projet, bien que tout ne soit pas fini, donc notre producteur suédois [Mikael « Nord » Andersson] les a choisies et les versions acoustiques ressortent bien aussi. Avec cela, Mattias est  revenu de Suède avec un magnifique instrumental (nous travaillons entre Stockholm et Hannovre). Nous avons choisi un instrumental parce que, ce type de concert, pour un chanteur, c’est quelque chose ! Le chant est vraiment mis en avant, tu ne peux pas te cacher derrière un mur d’amplis Marshall avec le volume à 11 ! Donc il me fallait une instrumentale, « Delicate Dance ». Rudolf [Schenker, guitariste] avait aussi une chanson [« Love Is the Answer »], je ne l’avais jamais entendue, du coup, c’était une bonne idée de faire chanter Rudolf aussi et pas seulement jouer de la guitare. Du coup, c’était une bonne idée de garder une partie du concert où chacun présente une chanson à lui. J’avais aussi une chanson que j’avais écrite cette année, « Follow Your Heart ». Elle n’avait jamais été produite, je l’ai juste jouée avec ma guitare dans mon studio. Donc c’est bien que Rudolf chante sa chanson et qu’ensuite je laisse tout le monde faire sa pause et je joue « Follow Your Heart » seul avec ma guitare sur scène. Donc Mikael « Nord » Andersson m’a dit « Klaus, prend ta guitare, la scène est à toi ». C’est un défi à relever, je n’avais jamais fait ça. Rudolf avait une chanson dans les années 80, « Hey You », qu’on a jouée en live. On s’est soutenus ensemble et on s’est dit que ce serait cool pour les fans.

Ces chansons vont-elles sortir sur un autre support ?

Je pense que ce serait cool, j’aimerais bien enregistrer une véritable version studio de « Follow Your Heart ». Je l’ai enregistrée juste pour moi, sur mon iPad, en faisant les chœurs et les harmonies, mais personne ne s’est vraiment penché dessus, j’aimerais que ce soit la même chose pour « Delicate Dance » et « Love Is the Answer ». J’espère que ça se fera.

Parle-nous de l’histoire de Scorpions avec le théâtre Lycabettus à Athènes.

On y a joué il y a plus de dix ans, après cela, on a fait que des stades en Grèce, comme le Karaiskaki Stadium à Pyreos. Ça peut contenir 8000 personnes quand même, nous avions fait un concert rock là-bas, les gens grimpaient sur les rochers, parce que c’est construit à même la pierre, il y a une très belle église en haut de cette colline. C’est un endroit assez spectaculaire qui faisait partie des possibilités pour enregistrer ce live. Puisque nous n’avions aucun problème avec le département culturel, pour prendre soin des vieilles pierres comme l’Acropole. Il y a aussi un amphithéâtre à côté, mais il est plus petit. Même au format unplugged, nous voulions un concert fort et puissant, qui puisse atteindre 3000 ou 4000 personnes. Après les deux concerts enregistrés pour MTV, nous avons fait un autre concert au même endroit et il y avait 8000 personnes. La différence, c’est que le public était debout, alors que pour les concerts enregistrés, MTV voulait que le public soit assis, du coup il y avait 3500 personnes. Mais je pense que c’était trop dur pour nos fans grecs de rester assis pendant 2h30, donc ils se sont lâchés quand même ! Mais MTV voulait aussi que les artistes soient assis sur des tabourets de bar. C’est différent d’un concert de rock, on se concentre sur la musique.

Parlant de musique, comment avez-vous choisi les réarrangements des chansons ?

Nous travaillons avec deux producteurs suédois, Martin Hansen et Mikael « Nord » Andersson. Mikael est un excellent guitariste, il a joué avec Roxette pendant des années. Ce sont d’excellents musiciens. Quand on a mis ce projet au point, ils en ont faisaient partie intégrante et nous ont rejoint sur scène. Pour décider de la manière de réarranger les chansons, nous leur avons proposé plein de chansons de notre catalogue et ils ont choisi eux-même les chansons à réarranger. Mattias est parti à Stockholm pour travailler sur ces arrangements. Il y avait un autre artiste suédois, Hans Gardemar, qui s’y est beaucoup impliqué aussi. Nous avons dû travailler sur 40 chansons en tout, mais quand eux deux revenaient de Stockholm, ils avaient huit ou neuf chansons et nous décidions si les nouveaux arrangements nous plaisaient ou non, s’ils étaient bons, mais qu’il fallait changer telle ou telle partie… Nous avons eu trois sessions à Stockholm et Hannovre pour construire ce set. Il fallait que ce soit un concert énergique, nous n’allions pas jouer que des ballades, il fallait des chansons rapides et bien rock. Pour l’instrumentation, Hans s’en est occupé, c’est un très bon pianiste… Ce sont tous des musiciens talentueux, ils peuvent faire tout ce que tu veux, on les appelle les couteaux suisses ! On a aussi un autre musicien suédois, Ola Hjelm. Le seul musicien allemand est Pitti Hecht aux percussions, qui vient de notre coin, un grand artiste. Mais, pour les réarrangements, ce sont surtout les musiciens suédois qui s’en sont occupés. Par exemple, pour « When you Came into my Life », puisqu’elle avait été écrite par Rudolf et moi avec un artiste de Bali, pendant une session d’écriture dans les années 90, avec un sitar, je pense, Rudolf a dit qu’il lui faudrait une vie entière pour apprendre le sitar comme Ravi Shankar. Du coup, nous l’avons appelé Rudi Shankar ! Il s’est donc mis à apprendre à jouer cette chanson au sitar pour le concert en Grèce. Michael est aussi un un bon guitariste, comme j’ai dit, il joue de la slide guitar, de la Weissenborn et joue de la mandoline de manière fantastique. Il a dit « je suis si fier, je peux jouer avec Scorpions, le groupe légendaire » et quelqu’un lui a demandé « qu’est-ce que tu joues ? » et il a répondu « de la mandoline… » [rires]. Il voulait mettre le feu avec une flying V, mais il joue de la mandoline à la place. Mais il a fait des merveilles. Quand tu écoutes « Rock you like a Hurricane », par exemple, c’est comme une version grecque, ou aussi « Hit Between the Eyes »… Ils ont trouvé des arrangements magnifiques, avec les bons accords… En même temps, je travaillais sur l’ordre des  chansons. Nous avons fait un travail studio comme sur album, avec des démos et des enregistrements. Il fallait travailler les voix, pour voir comment je m’en sortirais sur scène. Du coup, avec les 25-26 chansons que nous avions sélectionnées, j’ai fait en sorte de construire un set puissant et en cherchant à savoir comment l’interpréter, parce que c’est un set très exigeant pour un chanteur, tellement le chant est en avant. Mais tout s’est bien passé, avec les invités qui sont aussi montés sur scène.
 

Klaus Meine Scorpions


Parlant des invités, comment les avez-vous choisis, on retrouve notamment un beau duo avec Cäthe sur In Trance ?

Nous avons tous eu nos propres idées avec nos noms à soumettre. Nous pensions plus à des artistes hard rock ou heavy metal,  de Lemmy [Kilmister, chanteur de Motörhead] ou Richie Sambora [guitariste de Bon Jovi], des artistes qui viennent de notre famille. Mais MTV Berlin, qui gérait l’évènement, a sorti une liste d’artistes que nous ne connaissions pas. Mais l’idée de présenter de nouveaux artistes et de leur donner une visibilité mondiale nous a plu, puisque que ce live sort dans plus de 50 pays. Pour Cäthe, notre manager nous l’a présenté il y a quelques années. Plus tard, notre promoteur local à Hanovre nous a mentionné Cäthe parmi de jeunes artistes allemands. Puisque j’avais déjà entendu ce nom auparavant, l’idée m’a séduit. Elle a une belle voix rock, elle n’est pas très connue, même en Allemagne, mais elle a fait un super travail sur « In Trance », tout le monde semble avoir apprécié. MTV voulait aussi soutenir Johannes Strate, chanteur du groupe Revolverhead, de Hambourg. Il m’a dit qu’il avait grandi avec ma musique et que « Rock You Like a Hurricane » était un de ses hymnes rock favoris. Du coup, je lui ai laissé sa chance, et avec cet arrangement puissant, les fans grecs ont adoré, je pense que Johannes a pris la bonne, il s’en est bien sorti. Concernant Morgan Harket, il nous avait vus en Russie quand on a joué à Ekterinbourg l’année dernière, il a aimé le concert et a été soufflé par l’émotion quand j’ai chanté « Wind of Change » avec un fan russe. C’était le premier à se porter volontaire pour chanter avec nous. On ne s’attend pas à voir le chanteur de A-ha chanter avec Scorpions, mais il a donné à la chanson une toute nouvelle interprétation.

Qu’en est-il de votre départ de la scène qui semble être reculé ?

J’ai donné une interview à l’instant avec un journaliste américain, qui m’a demandé « comment se passe la retraite ? », ce à quoi j’ai répondu : « Si c’est ça la retraite, j’adore ! » [rires]. En fait, pour cette tournée, après 40 ans de carrière et Sting in the Tail, qui est un super album, on s’est dit : « comment peut-on aller au-dessus ? » Donc partons en tournée, jouons partout dans le monde et cela pourrait être un bon moment pour arrêter. Puis on a vu que c’est impossible de rouler à toute vitesse sur l’autoroute, puis freiner brusquement et rentrer chez soi et faire… faire quoi ? Donc on s’est dit que c’est plus réaliste de faire une pause, sortir un projet par-ci, un projet par-là, faire quelques concerts, mais arrêter toutes ces tournées, de jouer 100 concerts chaque année. C’est juste trop, bien qu’on adore ça. De plus, cette tournée a eu beaucoup de succès, il n’y a rien de mieux, on s’est beaucoup amusés. On a vu que c’était notre vie, on ne peut pas devenir retraités comme ça, on est des artistes, on écrit des chansons et on fera ça toute notre vie. Mais pour Scorpions, prendre du recul est une bonne décision et je ne suis pas revenu dessus. J’ai fait une interview plus tôt cette année, dans laquelle j’ai dit que j’en avais assez de parler de cette tournée d’adieux, de dire au revoir et ils ont compris que je revenais sur ce que j’avais dit. Maintenant il y en a marre de dire au revoir et de tirer le rideau. En ce moment, il n’y a pas de raison de se séparer, donc prenons les choses comme elles viennent et arrêtons toutes ces tournées et ce cycle d’aller en studio puis en tournée. Ensuite, MTV Unplugged nous a contacté et nous a surpris, à la fin de la tournée, nous n’avions pas eu vent de ce projet et nous étions prêts à partir pour les îles et nous amuser [rires]. Mais cela nous a occupé pendant 2013, nous n’avons pas joué tant de concerts cette année, peut-être 25. C’était bien. Pour l’avenir, nous n’avons pas de projets majeurs. Il y avait des promoteurs allemands à Athènes qui nous ont dit « ce concert était génial, on le veut en Allemagne ». Donc il y a très peu de concerts en Allemagne. Notre promoteur français veut aussi un concert comme ça en France, au moins à Paris. Je ne sais pas si ça va se faire, on verra, ce n’est pas facile d’amener 18 musiciens en tournée mondiale. On risque de faire quelques concerts, très peu, et nous aimerions bien revoir nos fans français. Ensuite nous allons sûrement retourner en studio pour ce projet de chutes studio, l’année prochaine probablement, mais rien n’est planifié à l’heure qu’il est.
 



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