The Devil’s Blood – III: Tabula Rasa or Death and the Seven Pillars

Comme chacun le sait, The Devil’s Blood n’est plus.
« Non, moi, j’étais pas au courant ! »

Pleurs, incompréhensions, réactions diverses de désespoir au sein de la communauté metal qui voit disparaître une formation devenue culte en peu de temps, ayant amassé une foule de fans et d’adeptes à leurs rites ésotériques.
« Pourquoi c’est toujours les meilleurs qui partent en premier ? »

Le duo composé de Farida et Selim Lemouchi nous a laissé deux excellentes galettes à écouter et réécouter sans modération, ainsi que des singles (aaah le morceau « A Waxing Moon Over Babylon ») et un EP (aaah la superbe « Voodoo Dust » …).
« Non, trois albums sombre imbécile. T’y konai ri1 t pa 1 vré fan ! »

Ah oui c’est vrai … bien qu’ayant splitté, le combo a tout de même sorti une galette cette année, répondant au doux nom à rallonge de III : Tabula Rasa Or Death And The Seven Pillars.
« Tu vois bien que j’avais raison ? »

C’est donc sur cette dernière et ultime sortie que notre chronique va porter.
« On avait pas deviné ? Quel teubé ce mec ! »

Et dès « I Was Promised a Hunt », on sent que TDB en avait encore sous le coude et sait toujours composer des titres aussi excellents. Non parce que démarrer l’écoute sur une piste de 22 minutes, ça aurait pu être complètement casse-gueule si celle-ci n’était pas composée avec soin, prenante, carrément envoûtante même. Cette longue pièce introductive, divisée en trois actes, nous plonge totalement dans le bain et change légèrement de ce que la formation a pu proposer par le passé : le tempo est globalement assagi, et l’atmosphère déployée par les musiciens est le vecteur principal de l’enchantement qui plonge dans cette somptueuse composition. Le côté très planant du titre se marie avec une déconcertante facilité au chant de Farida, qui semble baignée dans son élément. Cette parfaite osmose nous fait ainsi démarrer sous les meilleures auspices. Non seulement, il semblerait que le combo soit à même de se renouveler mais en plus, ils n’ont rien perdu en talent d’écriture et en ambition !

La recette reste toujours la même, ceci dit : vieux rock typé 70s mâtiné de thématiques occultes, se donnant toujours un apparat très sombre, histoire de parfaitement respecté le concept de The Devil’s Blood. On aurait douté d’un total revirement stylistique, ceci dit, bien que le duo reste maître de sa musique et va là où bon leur semble. La première piste n’est pas réellement représentative du contenu général de III : Tabula Rasa Or Death And The Seven Pillars, qui bénéficie d’une suite plus énergique que cette entrée en matière, plus rock aussi. Cependant, au long des sept morceaux composant l’œuvre, on ne retrouve pas vraiment un titre aussi tubesque que la bien connue « Christ or Cocaine », pour ne citer que celle-ci. Cette sortie mise davantage sur la puissance de ses ambiances et sur l’aura dégagée par les morceaux pour combler son auditoire que par des refrains particulièrement marquants. Les deux néerlandais, tout en empruntant une voie encore un peu différente de leurs précédents efforts, synthétisent parfois ce qui a pu faire le succès de leurs réalisations passées. C’est notamment le cas sur « In the Loving Arms of Lunacy’s Secret Demons », une très belle réussite, captivante et entraînante à la fois.

The Devil's Blood

Avouez qu’ils vous manquent.

De manière générale, on ne trouvera aucune piste à jeter. Même « Dance of the Elements », sur laquelle Farida est absente. Mais cette instrumentale fait mouche immédiatement, se classant même parmi les moments forts de l’opus. Si un morceau devait se situer un ton en-dessous des autres, on retiendrait peut-être moins « The Lullaby of the Burning Boy », sympathique au demeurant mais ne marquant pas vraiment les esprits. Rien de mauvais, loin s’en faut, mais on ne touche pas non plus à ce que les musiciens ont pu nous offrir de mieux. Dans un registre plus court et tubesque, « …If Not a Vessel ? » s’en tire beaucoup mieux, avec une chanteuse très en forme : sur cette livraison, la frontowoman joue sur un registre plus doux, plus aérien et léger qu’auparavant, ce qui en affecte directement les ambiances, suivant le mouvement.

Outre « Dance of the Elements », The Devil’s Blood fait le curieux choix de terminer ce III : Tabula Rasa Or Death And The Seven Pillars sur trois longues pistes (d’une durée supérieure à huit minutes pour la plus courte). Ceci dit, « White Storm of Teeth » et « Tabula Rasa » tiennent toutes leurs promesses et se révèlent extrêmement différentes l’une de l’autre, évitant ainsi de tomber dans la redite. La première est aérienne, calme mais intense, le chant de Farida au service de la musique pour intensifier encore davantage cette atmosphère qui grandit au fur et à mesure. Du côté de « Tabula Rasa », on a quelque chose de plus rock, typique de ce que le combo offre généralement. Et le chant … il n’y en a pas. Encore une instrumentale ! En fait, sur cette œuvre, la voix est plus en retrait, laissant aux instruments plus d’espace d’expression. La formule fonctionne toujours aussi bien, les pistes étant toujours aussi prenantes et bien ficelées. Ceci dit, cette relative absence du chant (notamment en fin de course) peut (et on comprendra) décevoir, surtout pour les amoureux de cette voix féminine qui donne son petit cachet à The Devil’s Blood.

III : Tabula Rasa Or Death And The Seven Pillars est bien pensé, bien composé et aborde la musique de The Devil’s Blood sous un angle toujours aussi intéressant. En laissant le chant plus en retrait (la preuve avec les deux morceaux sans intervention de Farida), en prenant le pari de livrer la grosse pièce dès le départ et en jouant plus que jamais sur l’ambiance, on aurait pu s’attendre à ce que le duo néerlandais se tire une balle dans le pied mais ce n’est vraiment pas le cas ici. Et vu qu’il s’agit, en plus, de leur dernière sortie, autant ne pas bouder son plaisir sur une telle réussite, qui demande cependant un peu plus de temps avant d’être apprivoisée que les deux albums précédents. Mais une fois le charme opéré, difficile de s’en lasser.

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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