Mayan – Antagonise

Quand on y regarde bien, le père Jansen est un mec sacrément productif. S’il ne s’occupe pas de son projet principal Epica, il passe son temps à peaufiner les compositions de sa toute nouvelle formation, baptisée MaYan. Mais en dépit de toute cette quantité de morceaux qu’il nous offre à l’écoute, on ne peut que s’inquiéter de la qualité en berne des œuvres du guitariste néerlandais : que ce soit Quarterpast, la première offrande de ce qui était supposé être un opéra death metal, ou le Requiem For the Indifferent de son groupe à succès, la qualité, elle, n’était pas au rendez-vous. Bref, une pente descendante qu’il va devoir remonter au plus vite, au risque de montrer des signes de fatigue à la face du monde.

Entre temps, MaYan se transforme en véritable formation, intégrant de vrais musiciens (une bonne partie provenant évidemment de son groupe principal), et surtout deux chanteurs permanents : Henning Basse (ex-Metalium, ex-Sons of Seasons) et la chanteuse d’opéra italienne Laura Macri. Bref, du bien beau monde pour une seconde livraison, Antagonise, arrivant trois années après la première et nous balançant en pleine face le thème de la surveillance mondiale. Tout un programme à retranscrire en musique.

Dans sa chronique du précédent opus des néerlandais, mon collègue Edgecrusher prenait l’exemple du cinéma pour illustrer toute la problématique que posait Quarterpast : de bonnes performances et des musiciens techniquement impeccables ne font pas forcément une belle œuvre s’il manque la cohérence et la qualité d’écriture. Qu’en est-il à présent ? Il semblerait bien que Mark souhaite démentir cette affirmation et ne pas voir cette galette affublée de l’étiquette « gros casting incohérent ». Déjà, la présence des guests est réduite : outre le violoniste grec Dimitris Katsoulis, on retrouve les chanteuses Marcela Bovio (Stream of Passion) et surtout Floor Jansen (Nightwish), déjà présente sur la précédente réalisation. Et c’est tout. Et ceux-ci sont employés avec bien plus de parcimonie que par le passé, histoire de prouver que MaYan se résume à présent surtout à la qualité de son line-up définitif, de sa stabilité. Les huit (oui oui) membres veulent en imposer et démontrer qu’ils peuvent très bien réussir en tant qu’entité consistante et non en un unique metal opéra vite écouté, vite oublié.

Cependant, la formule du combo est sensiblement la même. Gros death metal aux rythmiques alambiquées, avec construction très dense et massive, le tout mené par un cortège rassemblant grosse section rythmique, chant féminin, masculin et growl, enrobé par quelques orchestrations pour dire qu’on fait du « death metal symphonique ». Et, une fois de plus, l’offrande est très difficile d’assimilation tant elle souhaite en imposer à chaque morceau. L’effet rouleau compresseur, plutôt bien vu sur certains passages, est ici bien trop redondant pour captiver jusqu’au bout, tant et si bien qu’il est difficile de se laisser prendre au jeu. En réalité, les structures des titres sont bien pensées et on trouve toujours d’agréables éléments (les interventions féminines sur la très bonne « Human Sacrifice », des breaks savamment construits), mais le but recherché est toujours le même. Au début, on goûte avec un certain plaisir, on se ressert deux ou trois pistes mais s’enfiler le disque d’un seul coup nous fait frôler l’indigestion.

Mayan

Mayan is watching you!

Il est vrai que les musiciens savent manier leur instrument avec dextérité et que les qualités individuelles ne sont plus à prouver. Mais honnêtement, était-il vraiment nécessaire de vouloir faire un tel étalage technique pour aboutir à un résultat qui pourrait être tellement meilleur en étant allégé ? Tous les morceaux ne sont pas réellement convaincants, et nécessitent un nombre d’écoutes assez impressionnant pour être assimilés et compris. Contrairement à ce que j’ai pu lire à divers endroits, un album qui demande à ce que l’on revienne dessus (très) souvent pour être intégré n’est pas nécessairement un chef d’œuvre, et qualifier Antagonise avec cette mention est très, très exagéré, tout simplement parce qu’après plus de vingt écoutes, certaines pièces sont toujours aussi peu attrayantes. C’est le cas de « Lone Wolf », « Devil in Disguise » ou « Enemies of Freedom » : des titres massifs, puissants, mais ennuyeux, répétant les mêmes automatismes que d’autres morceaux déjà entendus sur cette offrande ou, pire, sur la précédente. La formule de MaYan souffre vraiment de son côté affreusement répétitif.

De même, au niveau des trois acteurs principaux, on regrettera le sous-emploi de Laura Macri, apportant pourtant une diversité vocale très intéressante. Œuvrant dans un registre lyrique, la belle aurait mérité de briller un peu plus, afin de casser la monotonie. Sa première intervention s’entend sur « Paladins of Deceit », et reste utilisée avec beaucoup de parcimonie, sauf sur l’interlude « Insano », évoquant furieusement « Essenza Di Te », l’interlude de Quarterpast. Le chant se partage donc surtout entre Mark Jansen et Henning Basse. Sauf que le chant growlé de l’un manque cruellement de variations et s’avère monotone sur la durée, et que son compère, lui, joue tellement sur le côté agressif de son chant heavy qu’il en devient exaspérant. Quant aux guests, leur apport est presque inexistant : Floor balance quelques lignes sur « Burn Your Witches » et « Redemption », puis s’en va. Dimitris nous berce de son violon sur l’interlude et apporte de rares touches à d’autres endroits, et rien de plus. Marcela, elle, répond presque aux abonnés absents.

Malgré tout, il y a tout de même des morceaux qui valent vraiment la peine d’être écoutés : outre l’interlude rafraîchissante (voir même salutaire tant elle permet de respirer au milieu de cette océan de linéarité), les trois premières pistes sont tout à fait passables, avec une mention spéciale pour « Redemption » qui voit l’apparition d’une Floor en pleine forme. « Human Sacrifice » utilise intelligemment le chant de Laura et les duels entre celui-ci et la voix de Mark sont plutôt bien amenés, et réussis.

Meilleur que Quarterpast, Antagonise est tout de même pénalisé par son aspect monolithique et sa déferlante continue. Lassant sur sa longueur et éprouvant à l’écoute, MaYan souhaite impressionner la galerie mais plus personne n’y croit. Le talent des musiciens n’est pas à remettre en cause au niveau de la technique, mais question composition, on commence à se poser des questions tant la remise en cause des défauts entachant leur précédent disque semble minime. C’est bête, parce qu’un tel line-up pourrait vraiment produire une musique de qualité, mais ce n’est pas encore pour aujourd’hui.

NOTE DE L'AUTEUR : 5 / 10



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