Cradle of Filth & Behemoth (+ In Solitude, Inquisition et Svarttjern) au Bataclan (11.02.2014)

Feu et ténèbres

A l’occasion de leur tournée en double-tête d’affiche, Behemoth et Cradle of Filth ont fait un passage au Bataclan, permettant à chacun de montrer son nouveau show. Pyrotechnie pour l’un, écran vidéo pour l’autre, ils ont présenté à leur manière leur vision du live. Pour les accompagner, deux groupes de black metal, Svarttjern et Inquisition, et un groupe de heavy qui faisait figure d’outsider, In Solitude.

Svarttjern

La soirée est ouverte par un groupe de black metal on ne peut plus typique. Corpse-paint de rigueur, bracelet à pics et postures droites et fières, le décor est posé pour ce groupe norvégien. Allant de pair avec les clichés visuels, le son est cradingue est imprécis, comme le jeu du guitariste soliste HaaN, dont la performance est discutable.

Le reste du groupe semble carré, notamment sur certains passages heavy des chansons, qui éclaircissent les compos jouées, assombries par des riffs black metal typiques et malheureusement noyés dans un maelström sonore peu avenant. D’aucun ne pourra se raccrocher à la voix de HansFyrste, perdue dans un océan de reverb, qui donne, certes, un côté fantomatique à l’ensemble, mais qui enlève tout le naturel d’un groupe extrème.

Svarttjern

Aussi victime de son horaire de jeu, Svarttjern ne bénéficie pas du public le plus fourni de la soirée, bien que de nombreux spectateurs se sont déplacés tôt pour pouvoir apprécier la soirée dans son ensemble. On peut remarquer que les metalleux ont un peu de mal à rentrer dans l’univers du groupe, probablement pas assez original par rapport à la suite.

Setlist :

Ultimatum Necrophilia
Upon Human Ending
Code Human

Inquisition
 

Après un très bref changement de plateau, Dagon et Incubus, qui forment le duo black metal Inquisition, entrent en scène pour envoyer la purée pendant 35 minutes. L’absence de basse et de seconde guitare ne provoque aucune gêne sonore. En effet, le groupe arrive à sonner de manière plus massive que les cinq musiciens qui l’ont précédé.

Inquisition

Les spectateurs se prennent donc un mur de riffs en pleine poire, soutenu par les roulements apocalyptiques d’Incubus, qui ne défaillira pas pendant l’ensemble du set. Dagon, seul membre sur scène, montre une voix plus naturelle, qu’il tient sans problème malgré l’enchaînement de riffs rapides et agressifs. On pourra juste lui reprocher d’utiliser un curieux chant clair nasillard, qui ne rend pas service à son attitude sobre et classe.

De la même  manière, le stroboscope utilisé à répétition (notamment au début du set) ne rend pas service au lightshow, pourtant intéressant au vu des couleurs utilisées. Cela n’empêche cependant pas le public d’être réactif et d’applaudir Inquisition à tout rompre. Plus fournie et impliqué que lors du set de Svarttjern, la foule a montré que le nombre de musiciens sur scène ne fait pas nécessairement la force d’un groupe.

Inquisition

Setlist :

Force of the Floating Tomb
Nefarious Dismal Orations
Command of the Dark Crown
Embraced by the Unholy Powers of Death and Destruction
Those of the Night
Crush the Jewish Prophet
Astral Path to Supreme Majesties
Infinite Interstellar Genocide

In Solitude

Arrive maintenant l’ovni de la soirée, In Solitude, groupe de heavy metal dont la noirceur musicale semble être le seul point commun avec les autres groupes à l’affiche. Visiblement fiers de son nouvel album, Sister, qui marque un tournant plus propret et moins agressif dans leur carrière, les musiciens lui consacrent la quasi-totalité de leur set, laissant la chanson accrocheuse "Witches Sabbath", du premier album, à la toute fin. Les fans de l’album The World, the Flesh, the Devil peuvent donc calmer leurs ardeurs.

In Solitude

Si l’album présenté est très sombre, on remarque que le comportement des Suédois tirés à quatre épingles est à l’avenant, avec un léger manque de communication avec le public et des blancs laissés entre les titres. Heureusement, les musiciens semblent apprécier ce qu’ils jouent et maltraitent leurs instruments avec ferveur. On notera la performance vocale tout à fait acceptable du frontman Horpner.

Seulement, la sauce ne prend pas avec le public friand de black metal. L’accueil froid et consterné de certains spectateurs peut faire figure de flop du groupe, qui aurait pu choisir des chansons plus musclées de son répertoire. Visiblement adepte de la prise de risques, In Solitude a joué et n’a pas gagné le cœur des fans de metal extrême présents.

in Solitude

Il ne reste plus qu’à espérer que les Suédois offrent un set plus rentre-dedans au Hellfest, qui montrerait un éventail plus large de leurs compositions.

Setlist :

Death Knows Where
Lavender
A Buried Sun
Horses in the Ground
Sister
Witches Sabbath

BEHEMOTH

Après avoir laissé le soin au public d’apprécier quelques morceaux d’AC/DC entre les groupes, Behemoth, figure emblématique du metal extrême polonais, monte fièrement sur scène au son de "Blow Your Trumpets Gabriel", titre d’ouverture de son nouvel album, brandissant des torches enflammées pour faire monter la température dès le début.

Behemoth

"On n’avait jamais vu de la pyrotechnie au Bataclan" répètent les habitués de la salle parisienne après le concert. En effet, Nergal et sa bande ont mis les bouchées doubles pour présenter un concert le plus visuel possible, bien que la salle ne leur permette pas  de déballer toute l’artillerie. Quand bien même, des jets de fumée sont utilisés à répétition, et des lance-flammes sont réquisitionnés sur "Ora Pro Nobis Lucifer". Côté décor, on retrouve l’habituelle imagerie de Behemoth, avec les pieds de micro richement étudiés. Pour ajouter un aspect "bling-bling" le groupe fait même tomber des cotillons dans la salle pendant le rappel, avant le final diaboliquement grandiose de "O Father O Satan O Sun", au cours duquel chaque membre arbore un masque démoniaque.

Si le show est étudié, le frontman, Nergal, n’est pas en reste et se montre très communicatif avec son public. Le désormais célèbre "It feels good to be alive" avant "Conquer All" est de mise, comme un "Hail Satan" de rigueur avant "At the Left Hand Ov God", mais le frontman sait aussi se montrer plus spontané lors de ses nombreuses apostrophes au public.

Behemoth

Côté performance, Behemoth remporte la palme du groupe le plus propre de la soirée. Nergal et Seth se complètent dans les riffs diaboliques superbement interprétés et se renvoient la balle lors des solos mélodiques joués. Côté rythmique, Orion et Inferno taillent dans le vif et savent se montrer agressifs dans leur jeu, notamment le second, à la batterie, toujours aussi impressionnant.

Devant une telle performance, le public jubile et applaudit à tout rompre, quand il ne scande pas les refrains, y compris ceux des chansons tirées de The Satanist, comme la sulfureuse "Furor Divinus" ou la tubesque "Ora Pro Nobis Lucifer". Le public chante aussi à l’unisson sur les indispensables "Conquer All" ou "Ov Fire and the Void".

Behemoth Nergal

Fort d’une setlist conséquente et d’un show fort bien étudié pour un groupe extrême, Behemoth a fait l’unanimité lors de cette soirée parisienne, deux ans après avoir foulé les mêmes planches, en compagnie de Cannibal Corpse. Un concert concluant qui a de quoi rendre plus impatient ceux qui comptent aller au Hellfest en 2014.

Setlist :

Blow Your Trumpets Gabriel
Ora Pro Nobis Lucifer
Conquer All
Decade of Therion
As Above So Below
Slaves Shall Serve
Christians to the Lions
Hidden in a Fog
The Satanist
Ov Fire and the Void
Alas, Lord Is Upon Me
Furor Divinus
At the Left Hand ov God
Chant for Eschaton 2000

Rappel :

O Father O Satan O Sun!

CRADLE OF FILTH

C’est au dernier groupe de la soirée de jouer ses cartes. Cradle of Filth, groupe britannique controversé, ne remporte malheureusement pas le même succès que son homologue polonais, malgré son statut de groupe de clôture de la soirée.

Cradle of Filth

Dans un premier temps, on remarque que le décor n’est pas aussi élaboré que celui de Behemoth. Après la pyrotechnie et les effets visuels à foison, se retrouver avec un écran qui passe des clips ou des images d’ambiance dignes d’écrans de veille du début des années 2000 est quelque peu décevant. De plus, l’espace scénique et l’éclairage n’étaient pas des mieux gérés, si bien que Lindsay Schoolcraft, chanteuse et claviériste, s’est retrouvé invisible pendant une bonne partie du concert.

Côté performance, on remarque que les deux guitaristes Ashok et Richard Shaw s’en sortent avec les honneurs, notamment lors du duel de solos sur A Dream of Wolves in the Snow. Performance d’autant plus méritante car ils ont été recrutés au pied levé après que Paul Allender et James McKillboy se soient rendus indisponibles. Les autres musiciens du groupe font le travail sans problème.

Cradle of Filth

Cependant, la performance de Dani Filth fâche. Connu pour ne pas être des plus carrés, notamment lors des concerts en festival, on voit ici qu’il transmet ce qu’il veut transmettre. Mais malheureusement, son phrasé exagéré ne met pas tout le monde d’accord, tout comme ses hurlements suraigus, répétés jusqu’à l’épuisement des tympans de nombreux spectateurs.

De fait, le public se montre bien plus mou et pire encore, déserte le Bataclan au compte-goutte, ne laissant que les fans les plus téméraires du groupe apprécier le concert en entier, qui dure près d’1h25. Le groupe y joue d’ailleurs certains de ses tubes incontournables, comme "Nymphetamine (Fix)" et fête aussi le 20e anniversaire de son premier album, The Principle of Evil Made Flesh, avec trois titres joués en début de concert.

Non dupe sur la molesse du public, Dani Filth, dans une tenue que n’aurait pas renié Joel Schumacher dans Batman & Robin, tente de le défier en le comparant à celui de Londres, devant lequel le groupe s’est représenté la veille. Malheureusement, le chanteur garde probablement un meilleur souvenir de l’accueil de ses compatriotes.

Cradle of Filth

Cradle of Filth était connu pour délivrer un show travaillé et novateur, il est maintenant dépassé par d’autres groupes qui font l’actualité et fait désormais fuir une partie du public. Dommage pour un groupe dont les musiciens sont loin d’être mauvais et dont l’ambiance sombre des compos a pu trouver des amateurs. Il ne leur reste plus qu’à se ressaisir.

Setlist :

At the Gates of Midian [sur bande]

Cthulhu Dawn
A Dream of Wolves in the Snow
Summer Dying Fast
The Principle of Evil Made Flesh
Beneath the Howling Stars
For Your Vulgar Delectation
Haunted Shores
Nymphetamine (Fix)
Born in a Burial Gown
Cruelty Brought Thee Orchids
Her Ghost in the Fog

Rappel :

Ave Satani [sur bande]
Funeral in Carpathia
 
Photos : Lionel / Born 666 / © 2014
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.



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