Gus G. – I Am the Fire

La voie est close, elle fut faite par les guitaristes, et les guitaristes la gardent. La voie est close… Non, cet album n’est pas destiné à toutes les oreilles.

Si vous avez déjà écouté du Joe Satriani, du Steve Vai, du Paul Gilbert, du Yngwie Malmsteen, et tous les grands de ce genre, alors vous savez qu’il est difficile d’apprécier leurs disques sans avoir une six cordes qui quitte son socle au moins une fois par semaine à la maison. Le fait est que l’objectif de ces musiciens ne se trouve pas uniquement dans l’esthétisme musical. Certes, on y retrouve du gros riff tout comme du beau riff, mais pour les apprécier, il faut aussi être capable d’entendre la difficulté et la technicité dans les morceaux.

En digne héritier de ces quelques aliens de la guitares, Kostas Karamitroudis aka Gus G., jeune virtuose, nous propose aujourd’hui son propre album solo produit par Century Media Records.

Tout droit venu de sa Grèce natale qu’il quitte dès l’âge de 18 ans pour aller étudier au prestigieux Berklee College of Music, Gus G. va de rencontres en succès. C’est ainsi que naissent Firewind en 1998, ainsi que plusieurs collaborations, notamment avec Arch Enemy en 2005 sur Doomsday Machine. Mais l’évènement majeur de sa carrière se produit pendant l’été 2009 : Ozzy Osbourne le contacte pour lui proposer de prendre part à l’enregistrement de Scream. Enfin, 2014 marque la sortie du premier album dont la pochette arbore fièrement le nom de Gus G. : I Am The Fire.

Gus G.

Compte tenu de ses influences, qui viennent avant tout des anciens guitaristes d’Ozzy, c’est-à-dire Randy Rhoads, Jake E. Lee et Zakk Wylde, on s’attendrait à entendre quelque chose de très proche de ce qu’ont fait ses prédécesseurs. Pourtant, surprise : quand on lance l’album, les influences de Gus, qui restent présentes sur la partie lead, s’effacent sur les rythmiques, ce qui donne un étrange melting pot de genres. L’album ne semble pas pouvoir être dépeint dans sa globalité, et c’est entre autres les différents featurings qui vont nous aider à le décrire.

Le suédois Mats Levén, connu pour ses collaborations avec Malmsteen, pose sa voix sur 4 morceaux de l’album : « May Will Be Done », « Blame It On Me », « Eyes Wide Open » et « End Of The Line », qui s’inscrivent dans un genre s’apparentant au hard rock. Le chant s’adapte parfaitement aux riffs de Gus G. et le tout est rythmé par un jeu de percussions classique pour ce genre, dont le timbre est identique sur chacun des titres. Pas d’effets, ou presque (reverb sur la voix), le son est brut. Mise à part « May Will Be Done » qui présente davantage de bons éléments, ce qu’on essaye de nous faire entendre, c’est la gratte du grec sur les nombreux solos qui, soit dit en passant, sont de très bonne qualité. La plupart des couplets sont répétitifs et à mon sens, plutôt inintéressants, cependant, ils sont rattrapés par les refrains, plus accrocheurs. Jeff Scott Soto, ex-chanteur de Journey, offre un résultat similaire sur « Summer Days », tout comme Tom S. Englund sur « Dreamkeeper ».

Deux glameux participent au périple : Jacob Bunton, chanteur et guitariste de Lynam, et Michael Starr de Steel Panther. Le résultat vaut le détour, et la présence des deux chanteurs sur « Just Can’t Let Go » et « Redemption » rend la démonstration technique de M. Karamitroudis beaucoup plus accessible.

Sur les deux instrumentales de l’album, on entend les bassistes David Ellefson de Megadeth, et Billy Sheehan, qui a travaillé avec Steve Vai, Mr. Big ou encore David Lee Roth. S’il te plait Gus, retire immédiatement ta triple croche de mon conduit auditif ! Pour un guitariste d’un tel talent composant ce type d’album, je conçois que l’approche technique est importante, mais là, il n’y a que ça. A priori, c’est à ce moment du concert que les spectateurs non musiciens iront prendre une bière ou fumer une clope, et ceux qui resteront ne le feront que pour admirer l’exploit technique, qui lui est bien réel, mais objectivement, c’est laid.

Le reste de l’album est… Surprenant. La participation des américains de Devour The Day sur le titre éponyme aboutit à une espèce de punk rock californien décoré d’un solo dont la présence n’est pas conventionnelle dans ce style. Skateurs des 90’s et éternels adolescents, vous pouvez l’ajouter à vos playlists, juste à côté de The Offspring. Oui, c’est du metal punk rock californien, un genre musical est né. On continue dans l’innovation et les années 90 avec le featuring d’Alexia Rodriguez de Eyes Set To Kill sur « Long Way Down ». Passez-là en blind test, et comptez combien de personnes vous disent « Ça je connais, c’est Evanescence ! ». 

Gus G. ESP Star signtaure

Le problème principal de l’album étant le désordre qui y règne, non pas au sein des morceaux, mais entre eux, on a du mal à trouver le fil rouge qui les relie, et à force de le chercher en vain, la conclusion vient d’elle-même : Gus G. s’est simplement fait plaisir. Les diverses contributions sont sympathiques, les invités ont souvent beaucoup d’expérience, et ça s’entend ! Qu’on aime ou pas, c’est propre, c’est bien fait, et il est évident que cet album est celui d’un guitariste. Voilà donc un mélange de plusieurs genres rythmiques, pour un seul type de jeu solo, ce qui est assez spécial. Je tiens à souligner le fait que Gus, du haut de ses 34 ans, a déjà du chemin derrière lui et une carrière qui en ferait pâlir de jalousie plus d’un. Il est l’un des plus jeunes guitaristes de notre temps à accéder au rang officieux de guitar hero et trône désormais parmi ceux qui l’ont inspiré et passionné, et ça, c’est la classe !

Dans les bacs le 17 mars !
 

NOTE DE L'AUTEUR : 6 / 10



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