Edguy – Hellfire Club (2004)

Welcome to the freakshow!

Putain 10 ans, comme dirait l’autre. Ca ne vous rajeunit pas un homme ça ! 2004, ou les prémices de la dernière grande période du power metal (qui s’acheva en 2007 disons), et apogée d’une carrière pour un certain groupe allemand un temps appelé à être le digne héritier des Angra, Helloween ou autres Stratovarius. Auréolé d’excellents albums tels que Vain Glory OperaTheater of Salvation ou Mandrake, Edguy offre le 15 mars de cette année un successeur à ce dernier paru trois années auparavant. La barre était déjà haute, et Edguy a su avec ce Hellfire Club entretenir la flamme d’un combo au firmament de son art.

Alors évidemment, si je parle aujourd’hui de cet album en mode nostalgique, c’est un peu en guise de teaser au Space Police – Defenders of the Crown à venir fin avril chez Nuclear Blast, mais aussi parce que 10 ans c’est un compte rond qui rappelle ô combien de souvenirs.

Edguy Hellfire Club inlay

Le premier, pas très avouable il est vrai, c’est (pour la première fois de ma vie) l’obtention de ce Hellfire Club en mode « advance » à l’époque où, vil petit pirate avide de découverte, je surfais sur les Kazaa ou autres eMule (RIP). Qu’on vienne me passer les menottes au poignet s’il le faut, mais force est de constater que sans ces plateformes assez peu légales, jamais peut-être je n’aurais acheté cet album (parmi tant d’autres) et assisté au concert du Worlwide Hellfire Club Tour qui s’en suivit.

Et cela m’amène au second souvenir : le premier concert metal parisien de votre serviteur, alors jeune étudiant à Montpellier. Un évènement sans précédent forcément, et une adrénaline décuplée à l’époque par la grande qualité de ce nouveau CD qui me conduisit ce 21 avril 2014 à l’Elysée Montmartre (RIP aussi) avec Nocturnal Rites et Brainstorm en ouverture. Pour une setlist (voir à ce lien) et un concert parfait.

Cela étant dit, laissons-nous porter par quelques riffs d’intro et un Tobias Sammet hurleur comme jamais afin de nous replonger vers ce Hellfire Club qui n’a pas pris une ride… welcome to the fuckin’ freakshow, qu’il disait !

Entamer un album par un morceau très heavy (presque thrashisant) tel que « Mysteria », voici quelque chose que Edguy ne refera probablement plus jamais (à moins que…) ! Comme morceau d’introduction, on peut difficilement faire mieux même si certains regrettèrent le choix de ne pas incorporer la version duo avec Mille Petrozza (Kreator) directement sur la galette d’origine (disponible donc en bonus sur la version digipack). De peur de choquer les fans du mélodique pur et dur peut-être ? Ceci annonce en tout cas le mieux, et ce qui suit transpire l’apogée : un « The Piper Never Dies » mythique, différent des « The Pharaoh » ou « Theater of Salvation » (autres morceaux épiques des précédentes sorties), plus mûr et carré en un sens où Tobi donne une de ses meilleures performances vocales qu’un Ronnie James Dio (même si la référence principale de Sammet reste Bruce Dickinson) n’aurait parfois pas renié. Magistral.

Ce qui est bien avec Hellfire Club, c’est que le rythme ne retombe jamais, même la ballade « Forever » en mode sympho-acoustique douce qui explose au bon moment est fort potable, très certainement l’une des meilleures composées par Tobias dans un exercice où il n’excelle pas vraiment il faut l’avouer (car Tobias excelle ailleurs, à la basse aussi… *pardon*). Il faudra en fait attendre… la conclusion du CD pour souligner THE big bémol de l’album : un « The Spirit Will Remain » profondément imbuvable et longuet et mode épopée symphonique plate dépourvue de tout esprit rock. Une grossière erreur de casting qui empêche peut-être Hellfire Club d’être aujourd’hui considéré comme le meilleur méfait de Edguy. Dommage.

Edguy, c’est aussi le fun, la non prise de tête absolue, comme sur ce « Save Us Now » de Mandrake où le alien drum bunny s’est fait une belle réputation. Hellfire Club poursuit la folie avec un « Lavatory Love Machine » totalement délirant qui donnera lieu à un clip inoubliable. Bien que souvent mésestimée musicalement, on peut souligner la qualité de ce morceau dans un registre plus hard heavy, style que le groupe explorera de plus en plus par la suite avec plus ou moins de réussite. Autre moment amusant, ce « Rise of the Morning Glory » dédiée à l’érection matinale avec des paroles que Steel Panther s’approrierait avec plaisir. Sans oublier cet interlude/intro « Lucifer in Love » qui « ne sert à rien » certes mais il vaut mieux en rire, non ? Les préludes d’un Rocket Ride encore plus déjanté et qui marquera les esprits à ce niveau jusque dans sa pochette ! Mais pour Hellfire Club, album considéré comme plutôt sérieux et très équilibré, c’est déjà fort suffisant, permettant à l’ensemble d’encore mieux respirer.

Typiquement axé heavy power mais avec un côté peut-être plus old school, l’album nous offre ainsi son lot de tubes qui résonnent encore aux oreilles des fans du groupe une décénnie plus tard. Les « Down to the Devil », « We Don’t Need a Hero » ou « Under the Moon » figurent très facilement parmi les classiques power rythmés du groupe, quant au « Navigator » quasi final (saleté de « The Spirit Will Remain » va !) il fait écho au « The Piper Never Dies » du début en parfaite symmétrie pour une mélodie plus mid tempo qui fera un bel effet en concert. Reste à mentionner le single « King of Fools », pas un monstre de composition mais qui vous sort le type de refrain accrocheur relevé d’un synthé habile qu’on ne peut s’imaginer de fredonner toute une journée durant.

Bref, avec Hellfire Club on passe un très grand moment, en mode plus léger et moins speedé que les précédents mais parfaitement maîtrisé de bout en (presque) bout. Une oeuvre de composition bien menée par un Tobias Sammet sûr de son fait, entouré par des musiciens à la fête et au feeling constant (les guitaristes Jens Ludwig et Dirk Sauer en tête). Avec cet aboutissement, on peut aisément comprendre que par la suite Tobi et ses amis aient eu envie d’explorer d’autres horizons… Mais ce qui avait fonctionné avec l’étonnant Rocket Ride a quelque peu raté avec les très moyens Tinnitus Sanctus et Age of the Joker, à voir donc ce que le quintet germanique nous réserve avec le prochain que l’on annonce plus heavy et assez fun ! Ma foi, ce ne sera certainement pas un nouveau Hellfire Club ni un retour aux sources à « Mandrake of Salvation », mais si c’est bon nous serons très largement preneurs.

Car Edguy est un groupe qui compte pour les fans de power metal, quoiqu’on en dise, et même si nous sommes souvent devenus durs avec lui, Tobias Sammet a certainement toujours en lui ce grand potentiel de créateur musical. On ne peut que l’espérer fermement.

Note : 8.5/10
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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