Jérémy Tissier, bassiste de Psygnosis


« Composer sans limites, sans barrières, sans frontières »

Forts d’un deuxième album, Human Be[ing], des plus réussis, les Français de Psygnosis intriguent et passionnent par leur vision personnelle et singulière de la musique. Leur dernière production étant une réussite totale, un entretien s’imposait et c’est Jérémy Tissier, bassiste de la formation, qui est venu nous éclairer lors d’une longue interview.

Peux-tu nous raconter l’histoire de Psygnosis et nous présenter votre vision de la musique qui semble très particulière ?

Déjà nous sommes un groupe sans batteur. C’est souvent quelque chose qu’on entend après nos concerts. Notre idée est de composer sans limites. C’est un projet qui est sorti de la tête de Rémi Vanhove (guitare, programmation, voix), il s’est dit « je vais balancer tout ce que j’ai envie de faire » et mélanger tous les styles sans se coller d’étiquette. Il s’est dit « si je veux mélanger du trip-hop avec du black pour ensuite partir sur du post-rock je le fais » et il ne voulait pas se limiter avec un batteur car souvent c’est lui qui pose les limites tous les styles nécessitant un groove particulier. C’est ça la base : composer sans limites, monter un groupe pour personnes éclectiques et ouvertes d’esprit. Quelqu’un qui a besoin de codes risque d’être un peu perdu parce que nous enchainons les ambiances violentes, death, rapides et des ambiances électro. C’est ça l’état d’esprit de Psygnosis, il n’y a pas de barrières. Composer sans limites, sans barrières, sans frontières. Et c’est en développant cette idée que nous avons réalisé que nous développions aussi notre personnalité. Sans horizons tracés, tu les traces toi-même. Psygnosis fait une musique libre.

Psygnosis

Pas de batteur mais un nouveau chanteur, Yohan Oscar, depuis deux ans. Ca se passe bien ?

Ho oui ! La preuve il est là depuis plus longtemps que l’ancien ! (rires). On a fait Anti Sublime en 2012, mais sans les attentes que nous avons aujourd’hui. On l’a fait pour se faire plaisir et malgré certains défauts du chanteur, même si ça avait son charme, les retours ont été positifs. Et là on s’est dit qu’on allait passer la vitesse supérieure : penser à l’avenir, préparer des shows sympas pour les concerts et faire les choses proprement. L’ancien chanteur n’a pas souhaité suivre ce qui nous a mis hors course par rapport à nos ambitions. Et nous avons rencontré Yohan, un type exceptionnel qui peut tout faire avec sa voix. Très ouvert, très influencé, meilleur guitariste que nous tous, ingénieur du son, pianiste… Si on voulait passer à la vitesse supérieure c’est ce mec qui nous fallait.

Psygnosis

Votre premier album, Anti Sublime, a été entièrement financé via crownfunding. Une bonne surprise au niveau des dons ?

Complétement. Et j’ajoute qu’à cette époque, début 2012, le crownfunding n’était pas encore la mode en France comme aujourd’hui. On s’est dit que même si les français étaient fermés à ce système par rapport à d’autres pays, on allait essayer quand même. On a récolté 1500€ en huit mois, on ne s’y attendait pas du tout, c’est à partir de là que nous nous sommes dit qu’il y avait la possibilité de faire quelque chose. Alors qu’on avait fait en tout et pour tout sept concerts jusque-là et que dans la région Bourgogne. Vu qu’il est sorti en digital, ça nous a permis d’avoir des retombées internationales et c’était très positif. Mais c’est drôle car l’idée du crownfunding à la base, c’était avant tout d’inciter les gens à nous écouter. S’ils voulaient nous soutenir financièrement tant mieux, mais ce n’était pas le but premier.

Passons à votre deuxième album, Human Be[ing]. Que représente ce nouvel album par rapport à Anti Sublime ?

C’est vraiment la représentation de ce que nous voulons faire aujourd’hui. Je pense sincèrement que nous avons pris assez de recul, pris assez de temps pour le faire, ça fait deux ans que nous sommes sur les morceaux. On a pris aussi le temps de faire une promotion propre, de démarcher les labels comme Dooweet avec qui nous travaillons. C’est quelque chose qui s’est fait plus dans la patience et la rigueur qu’avec un premier jet comme Anti Sublime, c’est un travail abouti.

Question classique : pourquoi ce nom ?

On est assez axé philosophie et particulièrement humanistes. On aime jouer là-dessus et croire en l’humain. C’est accès sur la philosophie d’accepter l’humain dans son ensemble. Le bien, le mal, les préjugés, l’acceptation de la vie humaine. Ce sont des choses qui nous paraissent essentielles. En un mot c’est philosophique avant tout.

Psygnosis, Human Be[ing]

Sept pistes, dont cinq de plus de dix minutes. Comment avez-vous élaboré un album aussi imposant ?

On doit beaucoup à Yohan, encore une fois, qui est ingénieur du son. Nous n’avions pas de limite dans le temps et surtout comme nous n’avons pas de batteur la pré-prod est très facile. C’est-à-dire que nous pouvons tous travailler à la maison, la batterie est déjà terminée sans passer par la case studio, nous pouvons travailler avec le chant de Yohan chacun de notre côté. Quand tu es motivé, c’est très facile de faire fleurir la musique. Pour la composition, c’est Rémi qui gère tout et nous rajoutons nos éléments par-dessus. Tout sort de sa tête. Des morceaux sont jetés, des ébauches sont gardées et nous ne gardons que le meilleur. C’est clair que ce n’est pas un travail comme tous les autres groupes, c’est plus du « fait à la maison ».

Je bloque sur cette idée du groupe sans batteur, comptez-vous vraiment rester dans cette optique ?

Je pense qu’on en recrutera un quand les gens ne s’étonneront plus (rires). Quand cette idée de groupe sans batteur sera digérée, c’est à ce moment que nous en recruterons un. Et pour l’instant c’est que des avantages ! (gros rires).

Par ailleurs, vous disposez d’un violoncelliste, Raphael Verguin, comment l’avez-vous convaincu de rejoindre votre projet ?

C’est l’inverse ! C’est lui qui a fait la démarche pour nous rejoindre. Raphael, c’est le guest à long terme. C’est un musicien additionnel, il met sa touche de composition et compose toutes ses parties. Il nous a contactés début 2012 pour savoir si ses services nous intéresseraient et je l’ai rencontré sur Paris par la suite. Il avait proposé ses services à pas mal d’autres groupes mais s’était fait envoyer balader mais après l’avoir écouté jouer, nous l’avons trouvé vraiment fantastique. Nous lui laissons d’ailleurs un passage entier sur Human Be[ing] avec « Silent part.2 ». Ce qu’il a fait est vraiment touchant et il a une sensibilité musicale très ouverte et très profonde.

Puisque tu parles de « Silent part.2 », parlons également de « Silent part.1 ». Pourquoi un morceau en deux phases ?

En fait ces deux morceaux devaient être regroupés en une seule et même chanson. La partie au violoncelle devait arrivée à la fin mais une fois l’album terminé, on a trouvé ça trop dommage qu’on ne puisse pas écouter seulement ce passage, c’est d’abord pour ça qu’on l’a coupé en deux. Et puis c’est aussi le morceau le plus ambiant, la grande respiration de l’album. Le chant y est très influencé black metal et la composition est assez soft c’est-à-dire qu’on revient à quelque chose d’assez primaire qui prend aux tripes. C’est également celui qui a le message le plus fort aux niveaux des samples.

Revenons aux autres compositions et aux samples justement, la majorité de vos morceaux propose des passages parlés, en anglais et en français, d’où viennent-ils et pourquoi ?

On est tous des grands fans de Hypnose qui en utilise pas mal. C’est une chose qui se fait beaucoup dans l’électronique et aussi dans le grind. Balancer des samples de films ou de voix enregistrées. C’est notre petite touche à nous, notre petit délire. En référence à d’autres groupes de metal et à Hypnose donc mais aussi à cette culture électro. Ce sont des samples de films, de zappings, de débats. Des phrases qui nous accrochent et qui rajoutent une ambiance, ça permet de sortir un peu du côté 100% musical. On voit ça comme une invitation à rentrer dans notre ambiance. Et tous les jours on enregistre ces phrases et ces passages pour ensuite les incorporer dans des morceaux où elles collent. Rémi en a je ne sais combien dans son PC et peut-être que nous les ressortirons dans dix ans. Qui sait !

Psygnosis

Au-delà du côté musical il y a un côté visuel très mis en avant quand on voit vos pochettes ou votre clip de « Resurrection ». C’est une chose importante pour vous ?

Très importante. Encore une fois, nous n’avons pas de batteur, donc sur scène on se doit d’avoir un chaud travailler et visuellement en rapport avec notre ambiance pour faire oublier ce manque. Cela a toujours été une volonté de jouer là-dessus. Pour les pochettes nous avons la chance de travailler avec un graphiste qui s’appelle Damien alias Okiko, de Dijon, un gars exceptionnel et personnellement je ne comprends pas comment il est aussi peu connu avec le talent qu’il possède. On travaillera avec lui surement jusqu’à la mort. Il sait vraiment s’imprégner de ce que nous faisons et sait parfaitement le retranscrire sur nos pochettes. C’est un membre satellite du groupe. Il a son mot à dire et nous le laissons toujours s’exprimer. Pour les clips nous travaillons avec un réalisateur qui a un œil vraiment soigné au niveau de la réalisation et qui comprend très bien notre ambiance et sait la mettre en avant. Et nous laissons toujours carte blanche à ces personnes. Ils sont très professionnels.

Avec autant d’éléments, quel public ciblez –vous ? J’ai l’impression que cela va bien au-delà de la musique.
   
Viser un public est quelque chose qui nous dérange un petit peu. Est-ce que nous visons un public ? Est-ce qu’on fait ce que nous aimons ? Est-ce que nous faisons ce que nous sommes? Human Be[ing] c’est ça justement. Nous faisons ce que nous sommes. Est-ce qu’on vise un public ? Je ne sais pas. Nous remarquons que nous touchons un public assez féminin déjà, plus que les autres. Après on ne peut pas dire que si les gens aiment ça ou ça ils vont nous aimer, nous faisons une musique très personnelle et c’est un épanouissement personnel ainsi qu’artistique. Si on touche des gens, tant mieux pour eux et pour nous. Nous faisons des morceaux de dix minutes, des clips de dix minutes. Il n’y a pas de stratégie particulière pour toucher le public. Finalement on s’en fout un peu, on nous prend comme on est, on nous aime ou on ne nous aime pas, ça ne nous pose pas de soucis particulier. On ne peut pas convenir à tout le monde de toute façon. Je pense que des gens un peu ouverts et peu intellos peuvent être touchés mais il n’y a pas de généralité.

Comment vous sentez-vous maintenant que ce nouvel album est terminé ?

Un peu anxieux. Avant de bosser avec Dooweet on était même très anxieux. On avait tenté une recherche de label, on en ciblait un seul pour tout de te dire, et ça a été un échec puisqu’on s’est fait envoyer chier en beauté. Du coup grosse période de doute. Mais depuis que nous bossons avec Dooweet et que nous voyons les premières retombées nous sommes beaucoup plus confiants. Par rapport à ta question précédente, c’est vrai qu’on ne touche peut-être pas les gros metalleux qui boivent de la bière, mais on voit qu’on touche un maximum de gens mais aussi que des gens nous détestent. Et ça nous va très bien car c’est un signe de personnalité. Et puis la confiance elle vient aussi de ces gars qui nous adorent, on a déjà vu des types se taper 800 bornes pour venir nous voir, ça fait très chaud au cœur. Mais oui nous sommes confiants et avec le recul Human Be[ing] est vraiment l’album que nous voulions faire et nous ne pouvons probablement pas faire mieux aujourd’hui.

psygnosis, jérémy tissier

Et bien il ne reste plus qu’à parler de votre avenir. Un troisième album en préparation peut-être ?

Pour tout te dire, on a déjà quarante minutes de composées, quatre morceaux, la moitié de l’album quoi (gros rires). On est dessus depuis un bout de temps, on ne s’arrête pas de composer. L’avenir proche? C’est faire un peu comme tous les groupes sans faire comme tous les groupes c’est-à-dire que nous prenons pas mal de dates uniques et concernant une tournée nous en ferons une si on nous propose quelque chose de vraiment intéressant. Disons que nous avons plus envie de faire de bons concerts dans de bonnes salles plutôt que de faire des dates à tout prix. Les projets à venir sont donc de rester stable, de se développer et promouvoir notre musique dans les meilleurs lieux possibles. Et puis de nouvelles rencontres également.

Un dernier mot pour les gens qui vous suivent ?

Une question très difficile… Merci. Que dire de plus à part merci de s’intéresser à nous? Mais j’aimerais dire que je suis vraiment content de ce que devient la scène metal en France. Vraiment content. Je crois qu’on a plus à avoir honte de faire partie de la scène française et que les groupes français commencent vraiment à faire quelque chose. On a notre identité qui se développe de plus en plus et ça c’est vraiment cool. Je tenais à le dire.

 
  



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