Psygnosis – Human Be[ing]


Valeur montante de la scène française, Psygnosis revient en ce printemps 2014 avec son deuxième album : Human Be[ing]. Aussi osé que surprenant ce résultat d’un travail monstrueux et appliqué s’avère tout simplement bouleversant. Audacieux, singulier, inclassable et pourtant tellement logique et maitrisé, Human Be[ing] est une réussite incontestable. Décryptage de l’une des plus grosses claques de ce premier trimestre 2014.

Un temps de cogitation est une chose inévitable après la première écoute d’un album fraichement acquit. En revanche, il est rare qu’après s’être passé le dit album une vingtaine de fois, la réflexion et le questionnement soient toujours omniprésents. Dans le cas de Human Be[ing] les questions récurrentes peuvent être « Quel est leur vision de la musique? » ; « Où ce groupe veut-il nous emmener » ; «Jusqu’où des influences peuvent-elles être associées ? ».

On l’aura compris, Psygnosis est un groupe qui ne laisse pas indifférent. Fondé à Mâcon en 2009 et sorti de la tête de Rémi Vanhove (guitare, programmation, voix), Psygnosis a attendu trois ans et un EP pour produire son premier album, Anti Sublime. Manifestement satisfaits, les Bourguignons ont rapidement planché sur une deuxième galette. Deux ans et un nouveau chanteur plus tard Human Be[ing] débarque avec pour fer de lance l’idée de « créer une musique sans barrière et sans préconception ».

Défi relevé haut la main par Psygnosis. Chacune des sept compositions de cet album s’impose comme une œuvre singulière, méticuleusement travaillée et totalement maitrisée. Mais alors que donne le résultat ? Si le genre qui résume cette musique n’a pas encore été abordé c’est tout simplement car il est difficile à établir. Le groupe a beau définir ses compos comme du « metal extrême atmosphérique », il va pourtant bien plus loin. Impossible en effet de compter toutes les influences que l’on peut retrouver au fil des sept pistes proposées sur Human Be[ing] : Meshuggah, Mastodon, Type O Negative, Tool, Ahab, Sublime Cadaveric Decomposision ou encore Deicide.

Une telle alchimie peut paraître extrêmement casse gueule et pourtant rien qu’après l’écoute de la première piste, « Phrase 6 », on se dit que Psygnosis a réussi un coup de maitre. Un morceau progressif qui s’installe doucement avec des samples calmes, limpides et hypnotiques. Puis la tempête, guitares et basse crachent des riffs sur un mid tempo lourd et obscure toujours appuyé par une prog mystique. Outre des musiciens d’un grand niveau on est surtout surpris par un chanteur doté de capacités très impressionnantes : growls, chant clair, hurlement, pigs squeal… Yohan Oscar fait tout simplement ce qu’il veut de sa voix en s’adaptant à chaque rythme, variation et ambiance.

Toujours côté line-up, aucun batteur n’est à signaler et il ne s’agit pas d’un traditionnel problème de personnel mais d’un choix assumé. Pour Psygnosis, un batteur représente « une limite pour la composition ». Du coup les fûts sont remplacés par des machines et le résultat est plus que convenable et colle parfaitement à l’ensemble.

Autre point à souligner quant à la structure de Human Be[ing] : la durée des morceaux. Ils sont assez longs à l’exception de « Silent Part. 2 » qui met avant le violoncelle de Raphael Verguin pour un interlude reposant et épuré. Concernant les autres pistes, les décortiquer une par une serait une ineptie car cela priverait l’auditeur de bien des surprises, prendrait un temps monstrueux et surtout parce que la musique de Psygnosis se ressent et se vie d’une façon qui est propre à celui qui l’écoute. Mais il serait stupide de ne pas souligner le bulldozer « Resurrection » où se mélange death bien lourd, solos heavy et rythmique utlra groovy (surtout sur la fin). Ou bien encore la dernière, de près de quinze minutes, « Hurricane », et son côté death mélodique/metalcore, plus que jamais sublimée par les prouesses vocales de Yohan Oscar. Mais quoi qu’il en soit, chaque compo de ce Human Be[ing] est une invitation à l’évasion et à la découverte d’un autre univers.

Au-delà de la musique, cet univers est instauré par des samples, des sons ainsi que des passages totalement épurés et très planants. A cela viennent s’ajouter des passages lus, en français et en anglais, tirés de films, de documentaires ou de courts métrages ayant « retenu l’attention » des zikos. Il est également à noter un grand plaisir visuel avec la magnifique pochette de l’album. Au final, si l’on devrait comparer le travail de Psygnosis à des œuvres littéraires ou cinématographiques alors des noms comme H.P. Lovecraft ou Darren Aronofsky ressortiraient sans nul doute. Mais, une nouvelle fois, l’auditeur interprétera cette musique comme il l’entend.

Psygnosis

Qu’on se le dise, Human Be[ing] n’est ni un OVNI ni une expérimentation. Il s’agit d’un album mature, paufiné, osé et, encore et toujours, totalement maitrisé. Alors bien sûr produire une telle œuvre à un prix : celui de l’accessibilité. On s’en doute, une musique aussi déstructurée et aussi peu conventionnelle (à l’image de certaines influences citées dans cette chro) ferme bien des portes ; surtout aux moins patients. Néanmoins, quiconque se prétendant amateur de musique metal, élitistes ou non, ne peut que saluer le travail fourni par Psygnosis et l’incroyable voyage, tant musical que spirituel, que propose ce groupe.

Note finale : 9,5/10
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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