Darkthrone – Transilvanian Hunger (1994)


Quand sort Transilvanian Hunger en 1994, c’est déjà le quatrième album de Darkthrone, paru sur le label Peaceville RecordsDarkthrone était déjà jusqu’auboutisme à l’époque puisqu’il ne voulait déjà ne plus apparaitre sur scène. Pourtant, la polémique allait sortir des écrits que l’on pouvait lire sur la pochette de l'album, qui feront peser des soupçons d'antisémitisme sur le groupe. La première édition de Transilvanian Hunger, contenait au dos de l’album l'inscription « Norsk Arisk Black Metal » (« Black Metal Norvégien et Aryen »).

Bien que le groupe ait expliqué avoir utilisé le mot « Arisk » pour signifier « Vrai » (True), ce qui se confirme dans la phrase en anglais également présente sur la pochette : « True Norwegian Black Metal ». Pour couronner le tout, on retrouve sur l’album la participation de Count Grishnackh (Varg Vikernes), connu pour ses opinions radicales de l’époque, et ses actions extrêmes qui avaient ébranlé les chroniques de la presse norvégiennes et anglaises de l’époque, et que Fenriz a eu la bonne idée d’écrire que celui qui osera critiquer l'album devrait immédiatement être qualifié de juif. Par conséquent le distributeur français Média 7 refusera de s'occuper de leur promotion.
 

Darthrone


Les albums suivants seront édités par Satyr et son label à vocation nationaliste Moonfog. La rumeur dit que le titre de l’album a été inspiré par Dead, le chanteur de Mayhem décédé quelques mois avant, qui arborait très souvent selon l’histoire un t-shirt « I Love Transilvania ».

Ici on ne fait pas dans le détail, c’est une œuvre de Black Metal Brut : du True !!! Le son sort directement des instruments, contribuant à l'ambiance glaciale que dégagent les morceaux en général. Il y a huit titres, six en norvégien et deux en anglais. Les quatre premiers textes sont l'œuvre de Fenriz, batteur du groupe; les quatre derniers ayant été écrits pour Darkthrone par le Count Grishnackh de Burzum.
 

Darkthrone


« Transilvanian Hunger » ne fait pas dans la dentelle, ici pas de fioriture, ça déboule à la vitesse des riffs sur une batterie au son épuré. Darkthrone va droit au but et ne se perd pas dans une production superficielle. Le riff est inquiétant, la voix rêche de Nocturno Culto accroche chaque syllabe. C’est répétitif, cinglant, même le pont qui doit être encore gelé a du mal à faire sa place sur le titre. C’est l’essence même du Black Metal des premières heures : efficacité, production minimaliste, riffs répétitifs, voix torturée, malsaine, jusqu’auboutisme.

« So Pure ... So Cold
Transilvanian Hunger,
Hail to the true, intense vampires,
A story made for Divine fulfillment »

… c’est vrai que la pochette de l’album fait dans le vampire avec Fenriz tenant un chandelier à la main totalement inspiré de la pochette du Live in Leipzig de Mayhem...

C’est brut, peu travaillé, mais Darkthrone essaye de rationaliser au maximum leur volonté d’aller à l’essentiel au détriment du beau, du facile, tels les Punks des premières heures qui savaient à peine jouer de leurs instruments. Ce n’est pas obligatoirement la musique, la richesse des riffs, des mélodies que l’on y recherche. C’est le côté épuré, qui a été taillé à la machette afin d’en laisser l’essentiel : aller vers le malsain, un sentiment d’oppression, de violence, de haine. C’est une violence gratuite avec des riffs simples qui doivent accentuer ce côté inhumain, sans espoir, torturé.

Ce que l’on recherche ici c’est le minimalisme, pas d’extrapolation, un riff qui vous torture jusqu’à l’aliénation (« Skald Av Satans Sol ») où un petit break que l’on retrouvera dans les productions Black Metal des années à venir avec celui de « As Flittermice As Satans Spys ».

« Slottet I Det Fjerne » possède un riff encore plus malsain sur une batterie de Fenriz qui fait le même boulot sur à peu près chaque morceau. Bien sûr de nos jours cela parait simpliste mais comme la peinture surréaliste il fallait oser à l’époque se lancer dans un tel chantier et offrir quelque chose de totalement différent, d’abstrait. Essayer de retranscrire la noirceur le plus simplement possible. Il fallait créer, essayer, tenter afin de chambouler les à priori.
 

Darkthrone


Un riff peu en cacher un autre avec les paroles du Count Grishnackh alias Varg Vikernes sur « Graven Takeheimens Saler ». Voix plus criarde prolongeant sur la fin des mots. Nocturno Culto a évolué depuis dans sa façon de travailler, mais en 1994 il devait aller seulement dans un sens, la violence, une haine déversée sur l’auditeur sous des riffs qui tentent tant bien que mal de garder la structure plus ou moins en place.

C’est un peu comme une voiture, pour avancer il faut 4 roues, un volant, un moteur, un habitacle et un peu d’essence. Darkthrone s’en fout totalement des options, il n’en a pas besoin pour avancer, il sait que ce n’est pas avec elles (qui coutent chères) que la voiture va faire des bornes. Ce qu’il faut c’est un moteur qui ronronne comme des riffs tronçonnés à la va-vite.

Il fallait marquer le coup, ancrer sa présence sur cette scène Black Metal qui commençait à voir pointer ses leaders, ses maîtres de la noirceur, ses piliers du mal.


Lionel / Born 666


P.S. : pour ceux qui maîtrisent la langue et ont encore l’oreille affutée, à la fin de « As Flittermice As Satans Spys », on entend un message enregistré à l’envers, invitant l’auditeur à rejoindre ses idoles et brûler les églises faites d’un bois particulièrement combustible.
 



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