Greg Puciato, chanteur et guitariste de Killer Be Killed

Dans le cadre de la sortie du premier album de Killer Be Killed, nous avons pu nous entretenir avec Greg Puciato (Dillinger Escape Plan) pour discuter du projet, mais aussi de l'industrie de la musique, de ses dernières découvertes musicales et bien d'autres choses encore !

Pour commencer, c'est une couverture plutot bizarre et dérangeante qu'on trouve sur la pochette. Comment l'avez vous choisi ?

En fait, on en a discuté avec Max, et on en est vite arrivé à parler des pochettes de Discharge, ou en tout cas, on savait vouloir quelque chose dans cette veine. Donc j'ai demandé à l'artiste que je voulais quelque chose qui ressemble à une couverture d'un album de Discharge. J'adore la manière dont elles sont conçues, avec toujours le même design : le nom du grope à gauche, tout en noir et blanc, avec un esprit assez nihiliste. Je voulais aussi que ça ne soit pas trop agressif ou rentre dedans. Je pense qu'une pochette doit poser une question plutôt que donner une réponse. Là tu as ce mec, tu ne sais pas qui il est, son expression est vide et tu peux imaginer pas mal de choses sur lui : c'est peut etre un tueur en série, c'est peut être un prisonnier, il t'a peut être collé un pain dans la gueule. Tu ne sais pas ce qu'il est. Et avoir mis trois reflets de lui est en quelque sorte une allusion aux trois chanteurs du groupes.

On a du beaucoup te poser la question mais comment est né Killer Be Killed ?

En fait, j'ai été invité sur un album de Soulfly il y a environ cinq ans (NDLR : l'album Omen). J'ai donc écrit les parties de chant et les voix avec Max. Mais on n'avait pas écrit la musique ensemble, on était en studio et tout cela était déjà fait. Et en fait, ça c'est tellement bien passé qu'on s'est dit que ça serait cool d'écrire de la musique ensemble. Et plutôt que de faire juste une chanson, pourquoi ne pas se retrouver pour écrire pendant un certain temps et voir ce qui se passe et pourquoi pas un album entier ? Donc je suis allé chez Max dans un putain de desert, car oui, il faut savoir que Max vit au milieu d'un désert. J'ai logé chez lui pendant quatre jours et nous avons écrit jour et nuit. Nous avons aussi pris quelques heures pour discuter des directions qu'on allait prendre. On a fait ces sessions d'écriture une autre fois et c'est à ce moment-là que Troy et Dave se sont impliqués et c'est là que le projet a réellement prit vie.
 

Killer Be killed, interview, 2014, français, Greg Puciato,

Donc Max et toi avez écrit toute la musique ?

On a écrit une grande majorité des points de départ des compositions. Une grosse partie des idées de  ces "desert sessions" se sont retrouvées sur l'album. Parfois les idées étaient très avancées, parfois non. Typiquement, "Facedown" a été écrite à 70% lors des desert sessions. Quand Troy est arrivé, il a amené quelques idées également et le reste est né du fait de mettre quatre musiciens ensemble dans la même pièce.

Est-ce que le processus d'écriture a été facile ?

Oh oui, en fait, il y a eu tellement d'idées qui naissaient entre nous quatre que la difficulté est arrivée lorsqu'il a fallu faire le tri. On voulait qu'il y ait une cohérence dans l'album, ne pas le faire trop long ou compliqué. Et aussi, bien "videmment, essayer de s'éloigner au maximum de ce que nous faisons dans nos groupes respectifs, sinon, tout ca n'aurait pas beaucoup d'intérêt ! L'autre difficulté a été de trouver du temps pour se retrouver tous les quatre. Parce qu'on est tellement occupés avec nos autres groupes ! On avait une semaine libre commune en mai dernier, et apres, on ne pouvait plus se voir jusqu'en octobre ! Je te jure que dès qu'on avait du temps libre, on le consacrait à Killer Be Killed.

Dans Dillinger, ce sont Ben et Billy qui écrivent la musique. Est-ce que tu as eu du mal à écrire tes parties de guitare, par rapport à ton habitude d'écrire seulement des paroles et du chant ?

Concernant le chant et les paroles, je n'ai vraiment pas de problèmes avec ca, j'écris ce qui me vient naturellement. Je fais ça depuis des années, et quand j'écoute une chanson ou un riff, c'est facile pour moi d'écrire du chant par dessus. A mon avis, si tu chantes depuis tant d'années et que tu n'arrives pas à écrire une partie sur le vif, tu n'es peut être pas fait pour ce métier. C'est comme pour le basket : si tu t'entraînes à tirer depuis douze putain d' années, et que tu ne peux pas mettre un panier quand on te file la balle, tu ne devrais probablement pas être joueur pro de basket. Par contre, écrire de la guitare, c'est un peu plus difficile, car je ne le fais pas souvent et je ne me débrouille pas aussi bien à la gratte. Ben est un guitariste, Tosin Abasi est un guitariste, moi je suis juste un chanteur qui peut aussi jouer de la guitare.

 

Evidemment, les labels aiment ce genre d'association de musiciens, parce que ça leur fait un beau produit à vendre. Qu'est-ce que tu penses du marketing autour de la musique, et plus particulièrement autour de ce que tout le monde appelle...

Les supergroupes, ouais. Tu sais maintenant j'ai compris. Je réagis de la même manière quand Dillinger se fait catégoriser comme mathcore ou ce genre de connerie. Personellement, dès que quelqu'un essaye de me mettre une étiquette, ca me plaît pas vraiment. Mais je me suis rendu compte qu'il ne fallait pas s'en vexer. J'ai compris que dès que tu travailles avec un label, leur part du marché est de te marketer et de te vendre, pour ainsi dire. C'est leur boulot. Et si ca te saoûle, ne bosse pas avec un label, parce que c'est ce qu'ils feront. Mais le truc chiant avec les supergroupes, c'est qu'on te vend comme membre d'un autre groupe. Et moi je réponds à cela : évidemment qu'on est dans d'autres groupes, tu penses qu'on est quoi, plombier ? Mais du coup, les gens vont s'imaginer que le groupe va être juste une somme des groupes dont sont issus les musiciens, et c'est agaçant. Non, nous n’allons pas faire ça, il se trouve que ces musiciens ont joué dans d’autres groupes, mais ils font quelque chose de nouveau. A priori, si des musiciens font ce genre de projets, c’est pour essayer de faire quelque chose d’un peu différent de ce qu’ils font dans leur groupe principal. Je ne vais pas prendre une gratte et me mettre à écrire des riffs comme Ben, et les jouer dans un autre groupe, ça serait stupide !

Dans un article récent, Rob Flynn de Machine Head a déclaré que le côté business de la musique avait tué son aspect artistique. Il a notamment fait référence aux années 70 où les groupes de première partie avaient des rappels  et pense que peu de gens osent prendre des risques en musique de nos jours. Quel serait ton avis là-dessus ?

Je ne suis pas du tout d’accord. Je pense qu’il y a aujourd’hui plus de créativité qu’il n’y en a jamais eu. Il faut juste la chercher, et ça prend du temps. Je ne comprends pas ce que veulent les gens. Ils veulent revenir en arrière, et ne pouvoir écouter que les groupes que la presse, MTV et la radio décident de passer ou couvrir ?  Alors oui, il y a moins d’argent dans l’industrie, les salles de concerts sont syndiquées… Mais que veux-tu, les gens veulent rentrer chez eux, c’est aussi simple que ça ! Tu veux vraiment que le personnel technique reste jusqu’à cinq heures du mat’ pour gérer la salle pendant que tu continues de jouer ? Les gens ont une vie après le boulot, et ils ne vont pas te regarder pendant des heures à moins que tu ne t’appelles Prince. J’en ai marre des gens qui se plaignent. Et je ne fais pas référence à Rob Flynn directement, mais de manière générale : si tu penses que les gens ne sont pas assez créatifs, alors sors toi les doigts et sois créatif ! Si tu penses qu’il n’y a pas assez d’argent dans le business, personne ne te force d’y rester, mec !

Qu’est-ce qui rend Killer Be Killed unique ou spécial selon toi ?

Les trois chanteurs sur chacune des chansons. Je ne crois pas que cela ait déjà été fait. Mais pour moi, toute l’idée derrrière ça était de créer et de collaborer avec d’autres. Il n’y  a pas assez de projets de ce genre dans le métal. Dans le hip hop, la pop ou le jazz, les gens collaborent tout le temps et ça rend le genre plus intéressant. Pour les fans aussi d’ailleurs, et ça fait grandir l’artiste en plus de cela, surtout s’ils décident de sortir de leur zone de confort.  Je pense que certains artistes restent trop dans leur rôle, pour ensuite devenir une auto-caricature, avec le temps. Regarde Kerry King, il est devenu une putain de parodie de lui-même. Quand tu as du succès dans ce genre, tu deviens tellement défensif par rapport à ton rôle, que tu as peur de lui porter atteinte si tu sors de ce rôle pour faire autre chose. Mais c’est très dommage pour moi, je pense que plus de groupes devraient tenter ce genre de choses : des musiciens de groupes différentes s’enferment dans une salle, et on voit ce qu’il se passe. Faire des expérimentations créatives, c’est ça l’idée. « les gars vous avez trois jours pour écrire trois chansons ». N’importe quoi dans cette démarche peut être intéressant, même si le résultat final est mauvais au bout du compte, que ça soit pour l’artiste ou l’auditeur. Que Rob Flynn aille faire ce genre de choses avec un autre artiste plutôt qu’écrire un article !
 

Killer Be Killed, 2014, Greg Puciato, interview, français,

Est-ce que tu as d’autres projets en cours ou à venir dans un futur proche ?

Oui, nous avons cette nouvelle chanson qu’on vient d’enregistrer avec Dillinger Escape Plan. On l’a écrite il y a deux mois, et plutôt que de la garder pour le prochain album, on a décidé de la sortir en cassette et vinyle. Je bosse aussi sur un autre projet qui s’appelle the Black Queen avec Josh Eustis (Puscifer, NIN…) C’est pas vraiment du métal, ça va plus taper dans le style de Portishead. Ca devrait sortir à la fin de l’année. J’ai aussi fait une apparition sur le dernier album de Suicide Silence. On trouve toujours de quoi s’occuper !

Dans ce groupes,vous êtes tous des musiciens célèbres et accomplis. Mais parfois, est-ce que tu ne penses pas que les labels devraient donner plus de moyens pour la promotion de nouveaux groupes ?

En un sens oui, mais je n’ai pas vraiment d’avis sur les labels tu sais. Tu n’as plus besoin de passer par eux aujourd’hui. Je ne m’occupe pas du business, je veux juste faire de la musique. Même si tout se cassait la gueule et que je ne me faisais plus d’argent avec ce métier, je le ferais quand même. Ca serait sympa en effet de voir les labels prendre plus de risques et promouvoir de nouveaux talents , mais en un sens, je les comprends : si le marché ne va pas bien et que tu as moins d’argent, tu n’as pas trop envie de claquer ça sur des groupes inconnus qui ont très peu de chances d’être rentables. Imagine la même chose en bourse : la bourse s’effondre, et on te demande de tout claquer dans un business dont personne n’a entendu parler : tu ne vas pas le faire. De leur point de vue, je comprends leur réaction, ils essayent de rafistoler les trous de leur navire en train de couler du mieux qu’ils peuvent. Mais d’un point de vue de groupe, je pense que les groupes de nos jours sont trop obnubilés par leur label, leur page Facebook et tout ce qui n’a pas de rapport avec l’écriture. Si tout le monde se contentait de faire de la bonne musique, et se concentrait pour essayer d’être créatif, ça serait une autre donne. Et d’autres personnes se chargeraient du reste.
 

Killer Be Killed, 2014, Greg Puciato, Interview, français,

Je crois déjà connaître la réponse, mais est-ce qu’on peut prévoir une tournée de Killer Be Killed ?

Impossible vu nos emplois du temps dans nos groupes respectifs. Mais on se démène actuellement pour pouvoir organiser quelques concerts. C’est difficile, mais ça arrivera, c’est sûr. C’est très frustrant que ça soit si compliqué, mais je suis sûr qu’on trouvera un créneau où on est libres tous les quatre.

Qu’écoutes tu en ce moment ?

Voyons voir…  Il y a  Windhand, j’aime beaucoup l’album qu’ils ont sorti l’année dernière. De l’excellent doom. J’adore aussi Nails dans un style à la Converge,  et Powertrip, du thrash crossover à l’ancienne ! J’adore aussi le nouvel album de Beck. Il y a aussi the War on Drugs qui vient de sortir un nouvel album, avec un feeling à la Bob Dylan.

Est-ce que tu as un mot pour vos fans français ?

Oui bien sûr. On aime la France, notamment parce que c’est un pays qui a accueilli Dillinger à bras ouverts, alors que les autres étaient encore en train de se gratter la tête ! Merci beaucoup de vous intéresser ne serait-ce qu’un peu à ce qu’on fait dans nos divers projets, merci pour votre temps passé à nous écouter. N’importe quel musicien un peu reconnu devrait être content que des gens s'intéressent à ton putain de groupe à la con ! On n'est pas des gens importants, des politiciens ou que sais-je !

Interview par Tfaaon

 

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