Pestilence + Seth au Glaz’art (05.05.2014)

En ce début de mai, le Glaz’art accueille une nouvelle fois du beau monde, puisqu’à peine une semaine après le passage de Six Feet Under ce sont cette fois ci les Hollandais de Pestilence qui viennent investir la salle parisienne. Si le groupe de Patrick Mameli est désormais un incontournable de la scène death et a contribué à l’élaboration du style à travers les pierres angulaires que sont Testimony of The Ancient et Spheres, leurs albums récents ont parfois du mal à convaincre les fans les plus acharnés, à l’image du récent Obsideo sorti en fin d’année dernière. C’est d’ailleurs pour défendre ce dernier album sur scène que le groupe sillonne les routes européennes ce printemps, en compagnie des Londoniens de Ancient Ascendant et des français de Seth.

Ancient Ascendant

Alors que la salle se remplit doucement, les anglais d’Ancient Ascendant (au merchandising plutôt bien fourni) ont le privilège de débuter la soirée avec un set d’une demi heure. Le combo, dont le dernier album Echoes and Cinder est sorti il y a peu débute son set par une introduction orchestrale avant d’envoyer la purée. Le groupe bénéficie pour l’heure d’un son très correct, mettant en avant son leader Alex Butler (chant/guitare) et permettant d’apprécier les qualités techniques de chacun des musiciens, à la fois à l’aise dans les parties rapides où blasts se succèdent. Si le tout est très bien exécuté par les anglais, il manque un soupçon d’originalité dans la musique du combo, dont le death metal flirtant avec le brutal ne semble pas marquer plus que cela un public pour l’heure encore peu nombreux.

Si les spectateurs applaudissent poliment entre les chansons, on ne peut pas dire que dans le pit c’est l’acharnement. Le groupe présente des extraits de son dernier opus, mais la majeur partie des présents sont venus essentiellement pour la tête d’affiche, si bien qu’Alex Butler semble bien seul à s’époumoner dans son micro. La section rythmique composée de Dave Moulding (batterie) et Alan Webb est cependant bien en place mais malgré leur décennie d’existence (ou presque) le groupe manque encore de charisme et de compositions accrocheuses pour réellement changer la donne.

Qu’importe, souhaitons que Ancient Ascendant se développe artistiquement et continue sur sa lancée , puisque le groupe tourne un peu partout et récolte les éloges de certains pontes tels Dan Swanö.

Seth

Après les anglais, c’est au tour des français de Seth de présenter au Glaz’art leur black metal malsain. Ce soir, il s’agit du seul groupe à jouer ce style de musique, mais en raison de leur ancienneté (le combo existe depuis 1996), il joue juste avant la tête d’affiche de la soirée. Cartouchière à la ceinture, corpse paint relativement discret et guitare en main, le quintet emmené par le vocaliste Saint Vincent (en remplacement de Black Messiah) est présent pour promouvoir The Howling Spirit leur dernier album.

Le black Metal de Seth envoie à tout va, à coup de blast maîtrisés de la part de Kevin Paradis (batterie) et de cris aigües de Saint Vincent. Le son semble s’être un peu détérioré depuis le groupe précédent et il est parfois difficile de comprendre quelque chose à ce qu’il se passe musicalement. En effet, les structures des morceaux (souvent complexes) passent rapidement d’un passage ultra violent où les guitares de Cyriex et d’Heimoth se déchaînent à des ambiances planantes proches du post-rock, et ce parfois sans transition (rassurez vous, on reste quand même dans du black). Si l’initiative de varier le propos est louable de la part du groupe, cela est fait de façon parfois maladroite.

Mais celui qui tire vraiment son épingle du jeu, c’est bien Kevin le batteur, à l’aise en toute circonstance, à la fois dans les parties violentes comme sur les passages les plus progressifs, faisant preuve d’une maîtrise de son instrument totalement  ahurissante. Le public, s’il semble bien plus conquis que par le premier groupe, reste néanmoins sur sa réserve tout en répondant présent aux sollicitations du leader du groupe qui s’exprime en français.
Le temps de jeu accordé à Seth est à peine plus long que pour Ancient Ascendant, si bien qu’au bout d’une quarantaine de minutes, le groupe donne rendez vous à ses fans au stand de merch avant de laisser la scène vacante.

Pestilence

Pour la tête d’affiche de ce soir, la salle n’affiche pas complet même si les spectateurs semblent plus nombreux que pour les deux premières parties. Peut être est-ce dû à la sortie d’un Obsideo peu convainquant, accentuant l’aspect brutal de la musique des hollandais, au détriment des envolées jazzy qui avaient fait mouche à l’époque de Testimony of the Ancient au tout début des années 90. Le concert de ce soir a donc pour but de ramener les sceptiques sur le navire hollandais et de convaincre sur scène lorsque cela devient compliqué en studio.

Malheureusement, c’est avec le morceau éponyme de leur dernier album que la bande de Patrick Mameli entre en scène, le poussif « Obsideo ». Le son s’était détérioré au cours du set de Seth mais là, c’est une purge sonore qui s’offre à nous. Jouant sur 8 cordes, Mameli et Uterwijk écrasent tout avec leur son de guitare et coupent la dynamique des morceaux, qui auraient rendus beaucoup mieux s’ils n’étaient pas joués dans des registres aussi graves. On ne distingue pratiquement pas les parties de basse de Georg Maier, même sur les parties initialement jouées par Tony Choy (« Neuro Dissonance », « Prophetic Revelation ») en studio.

Mameli est également en souffrance, sa voix si particulière semblant à la limite de la rupture, alors qu’il avait su encore récemment montrer toute l’étendue de son talent sur le premier album d’Illuminati. Pour finir sur le désastre sonore, le talentueux Dave Haley (Psycroptic) est totalement surmixé et assène des coups de double pédale couvrant le reste.

Les musiciens, dans l’ensemble statiques, assurent cependant brillamment leurs parties instrumentales, avec une technique irréprochable. Mais l’accent est malheureusement trop mis sur les derniers albums du groupe, post-reformation (Obsideo sera représenté par six morceaux et cinq extraits de Ressurection Macabre seront joués), au détriment de deux titres de Testimony, accueillis avec enthousiasme par le public qui se lance alors dans quelques pogos effrénés.

Les titres s’enchaînent, avec un très bon « Amgod », sans doute le meilleur morceau de Doctrine, mais visiblement le groupe est en pilote automatique et les soli de Mameli et Uterwijk seront quasiment inaudibles ; les fréquences graves dominent l’ensemble au détriment des parties les plus intéressantes. Mameli communique peu entre les morceaux, malgré quelques tentatives d’échanges de la part du public, se contentant de quelques sourires et de quelques phrases en français.

Techniquement, Pestilence est une machine de guerre, mais le choix de setlist est peu judicieux et dommageable pour le groupe qui ne montre par sa meilleur facette. Nous retiendrons tout de même de bonnes choses avec « Echoes of Death » (Consuming Impulse) ou « Soul Search » (Spheres) sur lesquels les musiciens sont beaucoup plus en adéquation avec l’attente de leur public.

Au bout de presque une heure de jeu, les musiciens servent en guise d’au revoir un très bon « Twisted Truth », alors que le son semble enfin s’améliorer en toute fin de set. Dommage que cela n’arrive que si tard. Pestilence est un groupe au statut culte, mais il faudrait faire attention à ne pas abimer cette image, en sortant de sa réserve et en prenant plus de risques musicalement comme scéniquement. Pour les néophytes, la soirée fût bonne et a permis de voir la légende hollandaise, trop rare en France. Mais les fans les plus exigeants resteront sur leur faim et espéreront que le groupe saura redresser la barre rapidement.

Setlist Pestilence :

Obsideo
Neuro Dissonance
Echoes of Death
Displaced
Prophetic Revelations
Horror Detox
Amgod
Laniatus
Devouring Frenzy
Soul Search
Necro Morph
Hate Suicide
Super Conscious
Sinister

Aura Negative
Resurrection Macabre
Twisted Truth

Photos : Arnaud Dionisio / © 2014 http://anantaphoto.deviantart.com/
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.
Merci à Garmonbozia et au Glaz’art.
 



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