Agalloch – The Serpent & The Sphere

C’est forcément avec un pincement au cœur que l’on apprend la sortie d’un nouvel opus d’un des groupes les plus intéressants de la scène metal et même au-delà pour les plus ouverts : Agalloch !

On est presque nerveux lorsque les premières notes d’une nouvelle création de ces poètes du Black metal atteignent notre tympan impatient et fébrile. Voyons de ce pas ce qu’ils nous ont préparé durant ces 4 années depuis ce Marrow Of The Spirit légèrement en deçà de ce qu’ils nous avaient offert auparavant…
 


A l’image de la cover et du titre, chaque note de cette œuvre entre dans votre conduit auditif subrepticement, froidement, tel un long serpent constricteur avançant lentement (« Serpens Caput ») pour mieux s’enrouler autour de votre âme et dans la foulée serrer d’un coup (« The Astral Dialogue ») pour vous l’annihiler. Puis, tel le phénix, votre âme renaît progressivement de ses cendres dans cette sphère emplie de toutes les ambiances dont Agalloch a le secret.

Mais ici tout est en nuance de couleurs, souvent froides. Le blanc inévitable de la neige et de la tempête d’où émergent des pointes de vert, celui des arbres des immenses forêts du Nord. Le noir de la nuit qui tombe implacablement ténébreux et glacé sur ces forêts heureusement surplombées d’un ciel constellé d’une myriade d’étoiles tel des points de repères et d’espoirs vers la lumière d’une aube promesse d’un jour nouveau.
 


C’est la parabole que l’on peut ressentir sur cet album avec ces passages totalement planants et mystiques ou préludes et breaks enchainent des moments de violences pures soutenues par des hurlements typiques d’Agalloch. On retrouve ici l’inspiration des compos de Ashes Against the Grain ou Pale Folklore, qui avait fait légèrement défaut à leur album précédent en 2010. Certes il n’était pas inintéressant mais un peu moins inspiré dans ses mélodies, ses riffs et la construction de certains morceaux. Ici les riffs sublimes de « Plateau of the Ages » ou l’introduction de « The Astral Dialogue » sont des merveilles. Tout s’enchaine de façon limpide, dévoilant à chaque nouvelle écoute un éventail de subtilités qu’ils nous font partager, tels des chamanes choisissant leurs ingrédients rares pour créer des remèdes aux saveurs si complexes et si simples à la fois. C’est pour cela que la case black metal n’est pas la bonne. En effet ils lorgnent aussi du coté du néo flok (The White EP), de l’atmosphérique, du progressif… Non, ici le style importe peu, car Agalloch fait du Agalloch et c’est ce qu’il fait de mieux. Groupe a part comme peuvent l’être des Ulver (inspiration de leur début), des Arcturus, des Solefald, en France Blut Aus Nord, des groupes à part du black metal, à part dans la musique, à part dans leur approche et de l’imagerie propre au style.

Agalloch diffère également dans ses thèmes de prédilection : le paganisme (voir l’indispensable film The Wicker Man de 1973 dont des dialogues sont samplés sur le rare EP The White), l’animisme, le retour à la nature qui sont toujours un peu présent ici mais désormais peut-être plus spirituels et célestes comme en témoigne le titre « The Astral Dialogue » avec des questionnements sur l’univers et sa création. John Haughm a visiblement levé les yeux au ciel pour inspirer les paroles de ce serpent.
 


On est loin du manichéisme habituel du Black avec les vilains chrétiens et les rebelles satanistes. La sempiternelle ritournelle du black metal avec sa guéguerre entre Satan d’un coté et Dieu de l’autre. Thème qui terrifie pourtant beaucoup les bienséants intégristes catholiques qui ont peur d’être « exterminé » par ces hordes de chevelus adeptes du malin et dont les groupes et leurs chansons seraient des sortes de gourous les incitant à tuer tous les croyants. Pourquoi avoir peur des satanistes et par la même, pourquoi vouloir interdire le Hellfest ? Digressons un peu sur ce sujet black metal/hellfest/interdiction. Les catholiques/chrétiens, pourtant moult et moult fois plus nombreux que les quelques « vrais satanistes » dont le nombre doit être infinitésimal par rapport au plus de 2 milliards de Chrétiens à travers le monde, ont visiblement peur de ces quelques « pourfendeurs » de leur religion. Ils veulent interdire cette grand fête bonne enfant qu’est le Hellfest, par peur. Peur de quoi ? De Satan ? Jamais vu. Peur de la violence dans le Black metal ? Elle est bien loin et sans commune mesure avec la violence extrême que certains croyants déploient ou ont déployé, il suffit d’ouvrir un livre d’histoire. Peur que les 45000 personnes du Hellfest se transforment en une horde sauvage (petit hommage au passage au grand Sam Peckinpah, grand créateur par le chaos lui aussi) ravageant la charmante petite ville de Clisson et se mettent ensuite en route vers le Vatican pour éradiquer une bonne fois pour toute la Chrétienté en ayant pris soin, durant leur progression, de détruire toutes les églises et tuer tous les chrétiens ?! N’ayez point peur gens de foi, il ne vous arrivera rien.

Pourtant L’Observatoire de la Christianopobie ou encore le blog Provocs Hellfest, ça suffit (Et oui ils ont même créé un blog) écrivent et relayent les quelques pétitions anti-Hellfest avec des titres à tomber par terre « Pour l’interdiction du Hellfest, festival de musique satanique pronant le meurtre des chretiens ! » Il est très intéressant d’aller lire les absurdités écrites sur ces pages. En voici un échantillon pour le plaisir : « Quand on fait des recherches sur internet avec les mots clés « metal anti islam », on tombe invariablement sur Seeds of Iblis et Janaza. Janaza dont nous vous laissons découvrir le logo et la signature visuelle du groupe dont on pourrait penser qu’ils soient justement bien marqués anti Islam. En lisant attentivement les interviews, on s’aperçoit que ce groupe black metal irakien dénonce bien plus l’islamisme radical politico-religieux attentatoire aux libertés les plus élémentaires que l’Islam en tant que tel ! Par contre, Seeds of Iblis a tout à fait sa place au hellfest dans l’espace du nom de « the temple ». il suffit simplement d’adapter cet espace pour que n’y figurent pas exclusivement des symboles du christianisme mais aussi de l’Islam ! » Edifiant ! Franchement il fallait aller les trouver ces groupes de Black Irakiens ! Ils doivent passer un temps fou sur Spirit of Metal.

Une citation du grand Pierre Desproges résume bien l’attitude et l’irrationalité de leurs revendications « l’intelligence c’est comme les parachutes, quand on en a pas on s’écrase« .

Ce manque d’intelligence, lui, fait très peur….

Laissons ces gens dans le néant duquel ils n’auraient jamais sortir. Toutefois il est bien, de temps en temps, de faire le point sur ces gens qui fustigent, caricaturent et ostracisent d’autres gens parce qu’ils écoutent du metal (ou pour d’autres raisons toutes aussi futiles) parce qu’ils ne le considèrent pas digne de visibilité car art mineur pour certains ou blasphématoire pour d’autres ou encore considéré comme du « bruit » dans un autre cas de figure. Pourtant ce sont des oeuvres de l’esprit, de l’imagination, ce qui leur fait visiblement défaut. Comme toute création artistique, le metal est parfois subversif comme peut l’être la peinture, la littérature ou le cinéma. Des oeuvres, qui sont à l’image de cet opus d’Agalloch : grandioses, profondes et émotionnellement fortes, poussant à la réflexion mais que seuls peu de groupes peuvent créer. On est ici dans de l’art, de la création, du ressenti et toujours, toujours dans de l’émotion. Les esprits étriqués, puritains et conformistes n’ont même pas le recul nécessaire pour faire la différence entre une création et la réalité.
 


Comme l’être humain, cette album n’est pas totalement parfait. Un ingrédient important manque : le chant clair de Haughm. Ce chant si caractéristique et envoûtant est ici quasiment en permanence relégué au second plan. Dommage quand on sait son apport primordial sur tant de morceaux par le passé : exemple les sublimes « Falling Snow » ou « Not Unlike The Waves ». Ici la mise en avant des fameux murmures n’est pas forcément toujours très heureuse et ce chant clair aurait justement apporté une dimension encore plus grandiose à l’ensemble.

Une nouveauté notable, le fait que les courtes interludes instrumentales acoustiques « Serpens Caput », « Cor Serpentis » , et « Serpens Cauda », soient composées et interprétées par Nathanaël Larochette du projet de neofolk canadien Musk Ox. Personne auparavant n’était intervenu de la sorte dans un album du groupe. Il fera aussi 3 autres instrumentaux dont 2 en fin d’album sur l’édition japonaise (« Omega Serpentis » et « Sigma Serpentis ») et un autre « Alpha Serpentis (Unukalhai) » édité en vinyle ultra limité à 150 exemplaires, uniquement disponible lors de la release party à Portland. Tout ceci devrait, comme toujours, avec les sorties limitées d’Agalloch, faire grimper exponentiellement le prix de ces raretés et nous, de nous en passer malheureusement…

En conclusion précipitez-vous sur ce très bel album. Laissez vous porter par cette univers riche et si vous ne connaissez pas encore le reste de la discographie de ces américains atypiques, prenez la totale vous ne serez pas déçus.

Bon achat, bonne écoute et bon Hellfest, si Dieu veut… mais sans Agalloch (du moins cette année).
   

NOTE DE L'AUTEUR : 8 / 10



Partagez cet article sur vos réseaux sociaux :

Ces articles en relation peuvent aussi vous intéresser...

Ces artistes en relation peuvent aussi vous intéresser...

Advertisements