Voyager – V

Le temps de Voyager !

Après un The Meaning of I plutôt réussi mais pas encore abouti marquant un tournant dans la carrière de Voyager via une musique plus typée moderne, le combo australien ne pouvait attendre plus avant de nous offrir son cinquième opus sobrement (et presque logiquement) intitulé V et dont la mise en vente est prévue début juin sur leur plateforme suite à un crowdfunding couronné de succès. Une pierre angulaire dans la carrière du combo, pour un opus où les petits plats ont été mis dans les grands afin d’offrir aux auditeurs un spectable des plus déroutants et captivants.

Le temps d’une intro électro qui se djentise un brin avant qu’une ambiance assez typique du Katatonia des années 2000 ne vienne s’installer, et nous sommes lancés pour l’écoute d’un album assez rare. « Hyperventilating » ayant été choisi comme premier vidéo clip, c’est un titre assez accrocheur qui nous est proposé le temps d’un refrain entêtant qui nous essoufle de plaisir. La modernité s’inscrit ici dans la lignée du précédent disque, avec quelques touches atmosphériques propres au groupe et même un break orientalisant qui rappelera que Daniel Estrin (compositeur principal, chanteur et clavieriste) apprécie Orphaned Land ou encore Myrath.

Une fois les bases posées, nous avançons avec le sourire aux lèvres tout en restant concentré sur l’effort ainsi proposé, et on remarque que la force de chaque titre réside avant tout en ses arrangements et autres orchestrations finement agancées sans jamais être trop envahissantes, entre électro moderne et passages plus ambiants. A la service d’une musique à la fois complexe et accrocheuse, ceux-ci servent parfaitement le desseins de chaque morceaux aux structures pas forcément toujours évidentes.

Car Voyager sait être progressif à sa manière, à l’image d’un « Peacekeeper » totalement impressionnant de maîtrise qui nécessitera du temps avant d’être apprivoisé, entre Pink Floyd et Coldplay (juste pour quelques vocaux aigus) en passant par Anathema. Le tout au goût d’une jour d’une prod des plus fluides. Puisqu’on parle de ce dernier groupe, comment ne pas littéralement fondre sur la combinaison « Summer Always Come Again » (ballade piano absolument magique) / « Seasons of Age » (peut-être le meilleur titre de Voyager à ce jour, en mode prod léger à la mélodie absolue qui relève d’un certain génie) qui vient refermer le LP ? L’idée d’ainsi faire précéder un morceau d’une version plus courte et alternative de son refrain ou de sa mélodie principale est d’ailleurs excellente, cela ayant été fait plus tôt sur l’album avec l’enchainement « Fortune Favours the Blind » / « You the Shallow » qui montre un peu l’autre visage progressif de Voyager, plus djent moderne saccadé avec quelques tonalités phrygiennes et un refrain qui vous prend à la gorge de façon inattendue. A ce petit jeu, les musiciens de Perth vont même encore plus loin sur un « It’s a Wonder » qui marie parfaitement accroche et structure tout en rupture (la césure en son milieu peut surprendre mais ravira les fans du genre, Opeth et compagnie pour donner une idée), un vrai sandwich aux différentes couches de bonheur et dont le thème des paroles n’est pas sans rappeler un « Seize the Day » (morceau du précédent album) en mode plus dramatique et désabusé appelant un chaos certain « Always greeder, always more… once you have it, such a bore… neverending seeking more, it’s a wonder that we ignore! » / « And no one wants to be in mediocracy! »).

La force de V réside en sa grande diversité qui met en valeur une grande dualité entre approche musicale complexe et accroche mélodique toujours subtile. Au final, même un morceau plus simple comme « Breaking Down » ou le progressif doux « A Beautiful Mistake » (enchaînés en début de tracklist et enrichis des guests vocaux respectifs de Daniel Tompkins et Zemyna Kuliukas) offrent bien plus de surprises qu’il n’y parait à première écoute. Plus loin, « Orpheus » et « The Domination Game » forment le coeur plus sombre de la galette, plus rentre dedans aussi avec quelques plans que Devin Townsend himself aurait adoubé, notamment le premier nommé et son passage proche d’un Leprous des grandes heures le temps d’une joute vocale assurée par le bassiste Alex Canion. Preuve que Voyager sait manier ses influences modernes tout en se les appropriant parfaitement, à aucun moment on ne sent le moindre plagiat pointer car le groupe sait établir sa propre personnalité via la sensibilité d’un Daniel Estrin des grands jours que ce soit vocalement ou par son jeu de claviers aussi variés qu’exquis.

Voyager V 2014 album chronique review

Au-delà de ces moments forts et prenants, nos amis du bout du monde savent garder ce côté simple de compo passées qui trottent encore dans nos têtes. Ceux qui ont peur d’un album trop compliqué peuvent se rassurer avec le poppisant presque happy « Embrace the Limitless » et ses couplets en mode Ghost modernisés. Quant aux nostalgiques, ils sauront apprécier la relecture de « The Morning Light », titre incontournable du premier opus Element V paru en 2003, ainsi revisité et remis au goût du jour sans être dénaturé. Un exercice délicat mais parfaitement réussi, avec une basse et des guitares plus créatives, preuve que le line-up actuel est très certainement le meilleur – soudé et enfin promis à une durée illimitée (il faut savoir que celui-ci a eu du mal à se fixer au fil des albums, Danny étant le seul membre fondateur encore présent).

Voyager nous propose ainsi certainement sa pièce la plus aboutie, travaillée à l’extrême, et quasi sans faille, où il est difficile de s’ennuyer au fil des écoutes. Bien au contraire, V renferme tant de richesses qu’il gagne à chaque fois en force et nous surprend encore après un énième passage entre nos oreilles. A l’apogée de leurt art, Daniel et ses amis semblent cette fois-ci prêts à conquérir l’Europe après avoir déjà pointé le bout de son nez aux Etats-Unis. C’est tout le mal que l’on peut leur souhaiter, et si quelques promoteurs/organisateurs de concerts/tourneurs pouvaient lire ses lignes en leur donnant leur chance, il y a fort à parier qu’ils ne seraient pas déçus… Car Voyager veut jouer en France et dans un maximum de pays alentours, au-delà même de la date prévue aux Pays-Bas le 4 octobre 2014 dans le cadre du PowerProg EU.
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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