Hellyeah – Blood for Blood

En matière de musique, c’est bien simple, il existe deux catégories d’artistes : les archétypes, puis les copies en masse. Et lorsque plusieurs modèles archétypaux de réunissent, ça donne que l’on appelle un « supergroupe » : comme Hellyeah ! Né des cendres de Damage Plan, et premier groupe intenté par le légendaire Vinnie Paul après l’assassinat de son frère, Hellyeah s’est efforcé, depuis 2006, de produire tout simplement la meilleure musique possible, sans prétention et sans prise-de-tête, le tout dans le contexte spécifique de l’idée d’une bande de frères.

Quatrième chapitre dans les aventures de Vinnie, Chad & consorts, ce nouveau volet se retrouve agrémenté d’un nouveau membre : Kyle Sanders (basse) qui comble les départs de Bob Zilla (basse) et Greg Tribbett (guitare). Le groupe avait su nous mettre en appétit déjà, il y a quelques semaines, avec le clip vidéo de « Sangre Por Sangre (Blood For Blood) ». Le riff béton, le jeu & le son si caractéristiques de Vinnie Paul, et la rage de Chad Gray démarrent l’album sur les chapeaux de roue.  « Democracy is hypocrisy, dictatorship is what we need, Because really : what’s the fucking difference ? “ ( » La démocratie est une hypocrisie, la dictature est ce dont nous avons besoin ; parce que finalement : quelle est la fuckin’ différence ? »). Le ton est donné ! Punk, anti-conformiste et insoumis devant l’Eternel, Chad pose vocalement les bases de la philosophie du groupe : « Eye for an eye, and blood for blood, you better get your gun ; For every action reaction, and death is business (…) Can’t take it back, what’s done is done ; I want blood for blood “ ( » Oeil pour oeil et dent pour dent, tu ferais mieux d’attraper ton flingue ; A chaque action sa réaction, et la mort-même est un business (…) On ne peut pas faire marche arrière, ce qui est fait est fait ; à présent je veux du sang pour du sang « ). Qu’on ne s’y trompe pas : on a ici une satire du système actuel des choses, et des faux-semblants (lire notre interview de Chad), et on a ici un peu le « Don’t Tread On Me » (Metallica, The Black Album, 1991) de Hellyeah. Effusion symbolique de sang, pour une optique totalement Shakespearienne, c’est finalement vers une introspection préalable à un dépassement de toutes les peurs, que nous convie Chad, qui exhorte l’auditeur à enterrer ses démons (« Demons In The Dirt ») afin de pouvoir aller de l’avant.
 


Le charismatique screamer nous avait promis un album plus heavy (« real heavy » selon ses propres termes, c’est-à-dire : lourd émotionnellement, et avec un tempo et des riffs pachydermiques) ; force est de constater qu’il n’a pas menti. La production a été confiée à Kevin Churko (Ozzy Osbourne, Five Finger Death Punch, In This Moment) et s’avère (ça n’étonnera personne) d’excellente facture, soignée et massive – typiquement ricaine, en somme. Un son de guitare néanmoins plus « roots » contrebalance un peu toute cette perfection sonore, et donne le côté plus « redneck » et insouciant que l’on attendait.

« Moth », « Hush » et « Black December » calment également le jeu, et nuancent intelligemment l’aspect « full throttle » de l’album, avec leur abord plus ambiant et contemplatif. Véritable hymne aux outcasts de tout poil, une chanson comme « Moth » consacre une génération entière de laissés-pour-compte, et donne le feeling torturé et la sincérité qui ont su être la griffe de Chad au sein de Mudvayne. :  » I’ve been cast out, pushed the fuck around (…) been treated like an animal since the day I was born (…) The wounds that I wear, like a crown upon a king… «  ( » j’ai été rejeté, repoussé de toutes parts (…) traîté comme un animal depuis le jour de ma naissance (…) Ces plaies que j’arbore, comme une couronne sur la tête d’un roi… »). Dans la même vibration, « Black December » narre l’aversion de notre conteur crêteux pour le mois de décembre : le dernier mois de l’année, au cours duquel les media de masse exhaltent une magie absolument factice ; or selon Chad, il n’existe pas période plus déprimante dans le calendrier, et si l’on ajoute à cela que – sur une point de vue plus personnel – des artistes-clef comme John Lennon et Dimebag Darrell y ont été arrachés prématurément à la vie, alors que reste t’il vraiment à célébrer ? Si ce n’est un décembre bien noir …

Exit l’ombre de Dimebag Darrell, et son influence présente à outrance dans les albums précédents, dans le jeu de Greg Tribbett ; ce qui apporte un vent nouveau. Il faut saluer également ici l’artwork de l’album, dont le soin de l’élaboration a été confié à ni plus ni moins que Paul Booth, ultra-connu de par le monde pour ses faits d’arme dans le monde du tatouage. Hellyeah, c’est résolument la classe au-dessus.
 


Blood For Blood s’écoute d’une traite, se réécoute sans faim, et sait tenir tous ses engagements initiaux : un très bon disque de heavy metal contemporain, nerveux, fâché, efficace et avec une attitude redoutable. Il comblera les fans du groupe, et de ce style (votre serviteur inclus !) ; mais ce qui séduira davantage encore est l’authenticité du propos, le côté rebelle et anarchique, et surtout : pas poseur ou trendy pour un sou. Chad & sa bande de saltimbanques ont le gabarit, le style, la crédibilité, et la légitimité qui font que toute sortie discographique est à coup-sûr une sortie majeure. D’ores-et-déjà, un must de l’année 2014 !

Liens utiles :

Le site officiel de Hellyeah
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NOTE DE L'AUTEUR : 10 / 10



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