Black Sabbath – Sabbath Bloody Sabbath (1973)

Sabbath Bloody Sabbath est le cinquième album studio de Black Sabbath, sorti le 1er décembre 1973 au Royaume-Uni. Cet album a été enregistré en mai, à l’issue de la première période de pause dans l’histoire du groupe.

C’est donc juste après les dernières dates effectuées en Angleterre que les producteurs réservent à nouveau la villa de Bel-Air à Los Angeles afin que le groupe soit dans les meilleures conditions pour sortir un nouvel album. Quand on parle de conditions idylliques, on parle ici de tout, c’est-à-dire les putes, les drogues, l’alcool : une vie de luxe dans la débauche. C’est vrai que pendant leurs premières années ils n’avaient pas arrêté de tourner, avec 4 albums en deux ans et demi…

Mais bon rapidement les producteurs se rendent compte que rien de bon ne sort de ses premières semaines sous le soleil de LA. Donc perte de temps. Afin de déclencher un déclic ils organisent un retour en Angleterre.

Ainsi en Juillet le groupe se retrouve dans un château néogothique du XVIIIème sicle, le Clearwell Castle en plein milieu de la campagne du Gloucestershire, proche du Pays de Galles. Assurément avec ce qu’ils avaient pris en Californie, ils devaient y voir des fantômes tout les soirs. Mais le talent commence à faire le jour grâce à ce changement drastique, la créativité reprend le dessus. Plus tard ils parleront d’évènements paranormaux dont ils avaient été témoins individuellement, et ce même si les drogues faisaient toujours partie des bagages, Bill Ward ira même jusqu’à dire que cet esprit, ce fantôme, jouera le rôle du « cinquième homme », et on ne parle pas ici de Rick Wakeman, du groupe Yes, qui tenait les claviers sur l’album.

Le décorum était aussi là pour libérer la créativité des musiciens : donjons, cryptes, armures, tapisseries anciennes, couloirs immenses, tableaux inquiétants… Juste après le groupe s’accorde une sortie en allant jouer à Londres pour un festival qui se déroulait à l’Alexandra Palace du 27 Juillet au 5 Août. Black Sabbath joue devant 9000 personnes en tête d’affiche.
 

Black Sabbath


Le disque est produit par le groupe, assisté par l’ingénieur du son Mike Butcher. On y trouve plus d’arrangements et des expérimentations avant-gardistes. Il est clair qu’avec Sabbath Bloody Sabbath la bande à Iommi veut sortir de ce que le groupe sait faire en tentant une nouvelle voie.

La pochette réalisée par le dessinateur Drew Struzan, connu pour avoir conçu de nombreuses affiches de film d’horreur, essaye ici de nous plonger en Enfer avec des couleurs rouges et chaudes, évoquant les dernières pensées d’un homme qui se trouve sur son lit de mort. Satan prêt à dévorer son âme et les diablotins s’en donnant à cœur joie avec un joli 666 sur le haut du lit. Ambiance l’Exorciste sorti la même année. Avec bien sûr la typo des « S » de Sabbath Bloody Sabbath qui fera couler beaucoup d’encre à cause de leur ressemblance avec le « S » de la Waffen SS. Quant au verso, ce n’est que la scène vue par nous pauvre humain quand un être cher s’en va, pleurs, larmse, la famille réunie pour la dernière fois autour du défunt…

Bien sûr avec des titres comme l’envoûtant « Killing Yourself to Live » on ressent la lourdeur et l’empreinte du Sab, mais un titre comme « A National Acrobat » flirte plus vers le progressif et le psychédélisme (présence de Rick Wakeman de Yes oblige) ou encore le créatif et plus enjoué « Sabbra Cadabra » assez floral où de légères notes de piano viennent désépaissir le tout lui donnant un côté plus Rock.

Le groove de la basse de Geezer Butler fait toujours des merveilles comme sur le compliqué « Killing Yourself to Live » ou encore le bien épais « A National Acrobat » sur lequel la technicité et le feeling d’un Bill Ward explose et transcende le morceau. Les mélodies vocales d’Ozzy Osbourne déchirent dans les aigues le poussant dans ses derniers retranchements. Quant aux riffs de Tony Iommi, ils sont toujours aussi lourds, aboutis, puissants et sans concession.

Sabbath Bloody Sabbath se démarque tout de même de la discographie du groupe avec des titres comme « Looking for Today », plus dispensables ou « Spiral Architect » qui nous montre une nouvelle inspiration, voulant explorer de nouvelles contrées assez éloignées de leurs premiers pas. Normal, la curiosité aiguise la créativité débordante de Black Sabbath qui faisait des expériences à tous les niveaux.

Le titre éponyme quand à lui n’est qu’un morceau dans la pure tradition du Sab : lourdeur, riff agressif mémorisable rapidement : hymne intemporel que le groupe joue encore sur scène ! La voix d’Ozzy y est possédée, tranchante, agressive et pourtant calme sur les passages plus lents que sont les refrains avant que le break nous montre la rugosité et l’épaisseur de riffs encore plus visqueux.
 

Black Sabbath


Avec bien sûr son instrumental mélancolique et néoclassique « Fluff » laissant encore entrapercevoir le talent du guitariste qui n’est pas sans nous évoquer de jolies ballades à la Stones du début des années 70… où les notes de piano de Rick Wakeman donnent une légèreté, un côté plus mélodieux, plus calmes au titre et à l’album en général.

Sabbath nous propose un titre psyché et digne de la bande-son d’un film d’horreur avec « Who Are You ? » qui peut-être fait référence aux hallucinations du groupe dans le château. (« I only have one more question – Before my time is through – Please I beg you tell me – In the name of hell – Who are you? »)

On quitte l’album avec l’orchestre dirigé par Will Malone sur le merveilleux « Spiral Architect » : flûtes, orgues, mellotron, piano et guitares acoustiques (l’esprit des Who règne sur ce morceau dans les attaques de guitares),…avec un faux applaudissement d’un public d’Opéra à la fin qui nous laisse entrapercevoir toute la palette musicale que possède déjà Black Sabbath en cette fin d’année 1973.

Lionel / Born 666
 

NOTE DE L'AUTEUR : 10 / 10



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