Warrel Dane, chanteur de Nevermore

Les américains de Nevermore sont de retour ! 5 années après leur dernier album studio, les heavy/thrasheux/prog metalleux de Seattle nous reviennent avec un nouvel opus intitulé « The Obsidian Conspiracy ». L’occasion pour le fantasque mais néanmoins talentueux chanteur Warrel Dane de revenir sur les tenants et aboutissants de ce nouveau brûlot dans une interview parfois assez psychédélique…

Ju de Melon : Bonjour Warrel ! L’album « The Obsidian Conspiracy » sort le 31 mai prochain chez Century Media… Comment te sens-tu dans l’attente de cette sortie ? Es-tu excité ? Impatient ?

Warrel Dane : Je suis vraiment très excité… Je pense que nous avons vraiment pondu un bon album, il a beaucoup à offrir ! Chaque disque est différent, celui-ci a eu ses complications car il a quand même mis 5 longues années à voir le jour mais nous sommes tous très motivés et sûrs de nous avant cette sortie ! En plus nous avons un nouveau guitariste pour les concerts, un hongrois, nous sommes donc plus prêts que jamais…

Warrel Dane

Ju de Melon : 5 années se sont donc écoulées entre « The Godless Endeavour » et ce nouvel opus, pendant lesquelles un DVD live et une compilation sont sorties, et où vous avez profité pour sortir vos albums solo Jeff Loomis et toi… Est-ce que cette « pause » dans la composition était prévue et nécessaire pour le groupe selon toi ?

Warrel Dane : Tu sais… Nous avons énormément tourné pendant ce temps, pratiquement deux ans non stop. Après, nous avons eu besoin de prendre du recul et de mettre un peu le groupe de côté… parfois ça m’a fait un peu de bien de plus trop voir mes potes (rires), mais au final on ne restait jamais plus d’un ou deux mois sans se voir (rires). Puis Jeff est venu me voir et m’a dit qu’il allait faire un album solo et là… wow, je lui ai dit, « vas y, ça va être génial, je crois que tu me donnes une idée et je vais en faire un moi aussi » ! Du coup j’ai fait mon album, Jeff est venu jouer un solo mais c’est tout… Ca m’a donné une perspective un peu différente et ça m’a régénéré, c’était cool de faire cet album et ça m’a aidé pour la suite… ça nous a tous aidé !

Ju de Melon : Est-ce que le processus de composition et d’écriture s’est passé dans des conditions comparables aux précédents albums ?

Warrel Dane : Ah… C’est toujours différent, chaque album a son histoire avec un point de vue et un plan de travail qui lui sont propres… Sur celui-ci, la composition a été à la fois facile et difficile ! Paradoxal non ? Je sais que dans certaines interviews Jeff a dit qu’il avait composé les chansons de manière à ce que ce soit plus facile pour moi de chanter dessus… Mais ce n’est absolument pas vrai (rires) ! C’est ce qu’il a cru en fait mais franchement ce n’était pas le cas, c’était bien plus dur qu’avant, et quelque part c’est ce qui fait que cet album est spécial !

Ju de Melon : Sur cet album, Peter Wichers (Soilwork) a rejoint Andy Sneap pour la production. Qu’a-t-il apporté de plus au « son Nevermore » selon toi ?

Warrel Dane : … Oh j’ai su direct que nous aurions une très bonne collaboration avec Peter, j’avais travaillé avec lui sur mon album solo et c’était vraiment parfait. Et quand je l’ai proposé aux autres, il n’y a eu aucun doute ou objection ! « Ok, cool » qu’ils m’ont dit (rires) … et ça a super bien marché ! … Et… ouais la communication entre Peter et Andy fut très bonne, ils ont parfaitement su mettre leur talent en coordination pour produire cette petite bête qu’est notre album ! Car oui, ce CD est comme un petit animal, un enfant sauvage et en colère (rires) !

Ju de Melon : Le titre de l’album est quelque peu énigmatique, peux-tu nous expliquer sa signification ?

Warrel Dane : Tu sais… Si je te disais l’histoire derrière ce titre, tu penserais que je suis bon pour l’asile (rires) ! Si j’explique de manière littérale, je crois que je suis bon pour une thérapie après et toi aussi (rires) ! Il y a plusieurs thèmes récurrents, l’un d’entre est la peine capitale… pour moi c’est un putain de problème qu’on a ici en Amérique, c’est complètement fou de voir notre gouvernement être complice de meurtres en série ! Chaque jour, des gens sont exécutés ici… Mais pour qui nous prenons-nous ? Nous ne sommes pas la police du Monde ! Nous sommes juste des humains… C’est un problème pour moi, j’ai l’impression de vivre parmi les tarés, et écrire des chansons là-dessus est un peu ma thérapie. Car cette situation me rend totalement fou, au sens propre du terme !

Ju de Melon : Ce « The Obsidian Conspiracy » semble marquer une nouvelle jeunesse pour le groupe, comment le comparerais-tu par rapport à « The Godless Endeavour » ? Le qualifierais-tu d’évolution ou de révolution ?

Warrel Dane : Attention, je vais te sortir ici le gros cliché de base, mais c’est la vérité… Parfois tu ne peux choisir ni comparer tes différents bébés, c’est pareil pour mes albums ! Pour moi, ce CD est un nouvel enfant, que je chéris profondément. Il est unique, il a ses émotions à lui, il est spécial à sa manière et donc différent des autres… Après je le trouve génial, mais je ne peux pas être objectif car j’ai participé à sa créaion ! Un peu comme une mère qui encense son enfant… Ta question est donc dure mais bonne (rires) !

Warrel Dane

Ju de Melon : Parlons un peu des paroles… Quels thèmes sont développés dans celles-ci et est-ce que certaines des chansons sont « liées » conceptuellement ?

Warrel Dane : Disons que ce n’est pas un hasard si un des monuments de Washington DC figure sur la pochette… Le thème général est très politique, lié au gouvernement et ce stupide concept d’arrogance qui croit qu’un homme, un pays, peut changer le monde ! Le monde de la politique est totalement débile et dangereux pour moi… Après certains thèmes qui apparaissent ne nous étaient pas venus directement en tête. Au final, ça fait un enfant un peu bizarre, que tu aimes énormément mais que t’as du mal à reconnaître à sa naissance… mais que très vite tu adores à la folie ! Comme un bébé qui vient de naître… au début tu te dis « c’est quoi ce truc ? » ! Puis tu te dis qu’en fait c’est magique, c’est la vie…

Ju de Melon : Ta voix est plutôt versatile sur ce nouvel opus, tu nous offres ici probablement ta prestation vocale la plus aboutie et la plus intéressante. As-tu voulu expérimenter certaines choses nouvelles, à la lueur de ton travail en solo peut-être ?

Warrel Dane : Wow, ça c’est toute une question ! Je pense qu’en fait… Je viellis, donc je deviens plus sage, et je fais les choses de manière plus réfléchies, avec une énergie plus positive. Au final, c’est un peu paradoxal mais je rechante comme si j’avais 19 ans, mais avec plus de maîtrise ! Ca me rappelle mon époque avec mon premier groupe Sanctuary, d’ailleurs ça m’a donné envie de refaire un album avec eux… Du coup c’est presque une seconde naissance ! Au fait, pardonne mon accent allemand, mais j’ai parlé dans cette langue toute la journée et j’en perds mon anglais… (rires) !

Ju de Melon : (Rires) … Quelles ont été les chansons les plus compliquées à mettre en place au niveau de la composition et de l’enregistrement sur ce CD ? Y a t-il eu quelques débats à ce sujet ?

Warrel Dane : « And the Maiden Spoke », la plus compliquée oui mais clairement ma préférée ! C’est une histoire de fantôme… Mais une histoire vraie ! Certains me disent ressentir une inspiration King Diamond mais ce n’est pas volontaire ici… Je te raconte d’où elle vient : nous étions en Angleterre, et il y avait une maison hantée dont l’histoire m’a été racontée par la mère et la copine du proprio. Il y avait le fantôme d’une femme qui avait vécu là il y a des centaines d’années… au fil des décénnies, des gens ont été témoins de bruits, de chaises qui bougent, etc… Et j’ai moi-même cru et vu tout ça, j’ai ressenti la présence de cette femme, j’ai une sorte de gros feeling avec le paranormal ! Et donc voilà… C’était effrayant, j’ai voulu dédicacer une chanson à cette étrange présence…

Ju de Melon : En parlant de l’enregistrement, s’est-il fait plutôt rapidement et sans accroc ou a-t-il pris plus de temps que prévus ?

Warrel Dane : Je pense que chaque album est dur à enregistrer… Mais peut-être que celui-ci a été plus simple à faire. Cependant c’est difficile à dire sans le recul nécessaire, je pense que je ne pourrai répondre à cette question que dans quelques mois ! Pour le moment, je plane encore, totalement accro à ce nouvel album… Je goûte au plaisir de sa sortie, sans vraiment être capable de dire s’il fut dur à faire ou pas. La musique est vraiment la meilleure des drogues et ma meilleure amie… Et j’ai de la chance d’évoluer dans un groupe avec mes meilleurs potes, ce n’est jamais une évidence dans ce milieu. Nevermore ne changera jamais de lineup, j’en suis persuadé !

Ju de Melon : Quels sont vos projets de tournée Live pour défendre l’album, que ce soit en Amérique ou en Europe ?

Warrel Dane : Oui ah… Tu sais d’ailleurs que nous avons un nouveau guitariste qui nous rejoindra à cet effet… c’est quelqu’un de cool, il sait jouer et saura s’adapter sans problème je pense. Puis il a une personnalité très positive, ce qui est assez rare de nos jours…

Ju de Melon : Quelques dates ou pas encore ?

Warrel Dane : Je ne m’occupe pas du booking, donc je ne sais pas trop, mais ça se précise doucement. En ce moment, je travaille surtout sur de nouvelles chansons, chaque jour, sans arrêt… Tu sais avant j’étais pour ainsi dire alcoolique, je buvais trop, et depuis que j’ai arrêté je dépense l’énergie que je perdais avant dans l’alcool en écrivant de la musique et des paroles. C’est tellement mieux ! Il faut toujours que je sois occupé à faire quelque chose… Puis merde quoi, les fans ont attendu 5 putain d’années pour un nouveau Nevermore, je ne veux pas qu’ils attendent autant pour le prochain ! J’espère qu’on pourra encore en sortir un très bientôt… Puis je travaille aussi sur mon second album solo et un sur un troisième truc encore très… secret disons ! … Ou pas en fait… Allez, je te le dis, de toute façon j’allais bientôt faire l’annonce officielle… Tu connais Sanctuary ? Mon premier groupe avec lequel j’ai eu un vrai succès… Nous allons nous réunir et enregistrer un nouvel album ! J’ai renoué une belle amitié avec le guitariste il y a deux ans, et très vite nous avons voulu refaire de la musique. C’est amusant parce qu’après le split du groupe, on voulait presque s’entretuer (rires)… Mais le temps est passé, nous avons gagné en maturité, et puis la vie est trop courte tu sais ! La colère et la rancune ne servent à rien, autant profiter des bonnes choses… J’espère que les gens comprendront…

Warrel Dane

Ju de Melon : Généralement, qu’est-ce qui t’inspire le plus dans la musique aujourd’hui ? Des vieux classiques ou quelques nouveautés récentes ?

Warrel Dane : Oh my god ! Ne me lance pas sur ce sujet ou nous allons en avoir pour des heures (rires) ! Mais faisons simple, mon groupe préféré du moment ? Alice in Chains, vraiment ! Et Triptykon, le nouveau projet de Thomas Gabriel Fischer… Si t’as aimé Celtic Frost, tu vas adorer cet album, et je pèse mes mots. C’est vraiment excellent ! En ce qui concerne Alice in Chains, c’est mon groupe préféré du moment je pense, entre grunge et heavy, je ne sais pas trop les classer dans un genre donc peu importe… En tout cas c’est largement le meilleur truc que ma ville (Seattle) ait pu sortir comparé aux autres groupes de grunge un peu merdiques selon moi (rires) ! Jerry Cantrell est pour moi le meilleur guitariste de la planète… sans parler de ses paroles, si profondes et expérimentales, ça m’a cloué sur place niveau émotion ! Et je n’ai réalisé cette puissance dans les textes qu’au bout de la 10ème écoute, je me demande comment j’ai pu être aussi stupide sur le coup (rires) ! Bref un album qu’il faut écouter plusieurs fois, encore et encore… La chanson « Your Decision » est une merveille…

Ju de Melon : Merci beaucoup de nous avoir accordé cette entrevue. As-tu quelques derniers mots pour les fans français qui attendent impatiemment le nouvel album ?

Warrel Dane : Quelques mots en français… du moins… je vais essayer… « A bientôt, j’espère » ! J’ai vraiment un accent de merde, je sais… (rires) … au moins j’aurai essayé ! Et nous serons là au Hellfest, donc ce sera l’occasion de présenter le nouvel album et de vous rencontrer sur place !

Ju de Melon : Ce sera avec grand plaisir en tout cas, nous y serons avec La Grosse Radio Metal ! A très vite !

Warrel Dane : Au revoir et merci !

Tout un personnage que ce chanteur américain ! Warrel Dane est un homme très sympathique et engagé, qui donne beaucoup de lui dans sa musique. Une raison supplémentaire pour vous intéresser au nouvel album de Nevermore dont vous pouvez lire la chronique en cliquant sur le lien ci-dessous :

Chronique « The Obsidian Conspiracy » de Nevermore



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