Eluveitie – Origins

Cet été est visiblement propice aux sorties d’albums de Folk Metal puisqu’après Equilibrium, c’est au tour des helvètes de Eluveitie (« je suis l’helvète » en ancien gaulois) de sortir leur septième album ( leur dernière sortie en date, The Early Years, étant une ré-édition et un ré-enregistrement  des titres présents sur l’EP Vên et sur Spirit. Cet album dénommé Origins et estampillé Nuclear Blast sortira en Europe le 1er Août. La promotion de l’album a bien débuté puisqu’un titre (« King ») est déjà disponible sur youtube, un clip video l’est aussi, nous vous en avions déjà parlé.

Origins est donc un concept album concernant la mythologie celtique, mais aussi de la spiritualité liée aux diverses divinités entourant cette croyance, notamment le Dieu Sucellos qui régit la mort, la vie ainsi que le climat et les récoltes. « Sucellos » est une des chansons de cet album et l’artwork de l’album fait référence au marteau que porte le Dieu gaulois dans ses représentations sculptées ou peintes. De façon plus générale, l’album traite également comme ces prédécesseurs de batailles et célèbre des héros gaulois à l’image de la chanson « King » qui parle d’un chef de guerre particulièrement respecté à l’époque et légendaire, appellé Ambigatos latinisé en Ambicatus il aurait vécu vers 600 avant J-C.. Par ailleurs Origins évoque également le déplacement des forces gauloises durant les batailles. Le programme de ce nouvel opus est donc assez riche, voyons donc voir si cette richesse se fera ressentir à travers les différents morceaux de cet album.

La galette est composée de 16 morceaux  qui comprennent des chansons et des interludes narratives servant de transitions entre les différents thèmes évoqués dans l’album, outre les habituels prologue et épilogue notamment présents sur Helvetios. Par cet astucieux procédé, on peut assister à un enchainement logique de l’album, autant musicalement que thématiquement. Prenons par exemple l’interlude dénommé sobrement « Nothing », qui est placée après « Virunus » et qui musicalement appelle directement « The Call of the Mountains ». Cette volonté d’installer une logique thématique dans l’album est un signe de maturité évident et les helvètes nous le prouvent à plusieurs reprises durant cet opus. On ressent également une volonté de mélanger les différents styles des précédents albums en proposant une alchimie intéressante. En effet si la formation suisse a décidé de rester dans la même veine que les précédents albums, Origins ne ressemble trait pour trait à aucun de ces derniers. Il comporte différents éléments qui ont fait le succès de Eluveitie. On retrouve ainsi l’aspect spirituel de Slania, les mélodies de Spirit, les longues parties Folk rappelant Evocation I: The Arcane Dominion ou encore les rythmes soutenus agrémentés de blast beat de Helvetios qui était un peu plus tapageur que ses prédécesseurs. Les «mécanismes d’écoute» et l’ordre des morceaux ont été savamment pensés pour garantir à l’auditeur un plaisir maximum, en effet les suisses ont voulu briser la monotonie qui touchait certains de leurs albums notamment Helvetios et Everything Remains as it Never Was. Pour ce faire, ils ont su placer des morceaux clés, ces fameuses interludes. Ces efforts apportent du relief  à l’album et le tirent vers le haut.

Pour rentrer plus en détail dans la composition musicale de l’album, il suffit de prendre des morceaux tels que « From Darkness » ou encore « King » qui sont autant complexes par leur structure que par le nombre d’instruments et donc de pistes qu’ils comportent. On ne se lassera pas des longues et intenses parties folks de « From Darkness », notamment dans l’intro ou encore des magnifiques solos de Tin Whistle et de Low Whistle, ces instruments d’origine irlandaise tellement précieux et qui confèrent aux morceaux de la formation helvète un caractère envoutant, mention spéciale à la magnifique montée post-refrain de « The Silver Sister ». Par ailleurs, la nouvelle violoniste de la formation Nicole Ansperger aura fort à faire lors des prochains concerts de la formation tant le violon est omniprésent sur cet album, davantage que sur les précédents et tant les parties jouées par cette dernière sont soutenues. Omniprésente aussi, notamment sur « The Silver Sister » ainsi que « Sucellos », la vielle à roue jouée par la ravissante Anna Murphy qui officie également au chant sur des morceaux tels que « Celtos », « Vianna » ou encore « The Call of the Mountains » qui rappellera sans doute à beaucoup un certain « A Rose for Epona » tant ces dernières sont toutes deux faciles d’écoute. La liste exhaustive des instruments folks utilisés sur cet album ne s’arrête pas ici puisque la cornemuse tant appréciée par Chrigel et Päde, autre flutiste du groupe, est comme sur les autres albums bien représentée. On peut à travers l’écoute des différents morceaux de cet opus considérer que Origins est l’album qui sonne le plus folk après Evocation I: The Arcane Dominion qui n’était qu’un épisode acoustique.

Eluveitie, Origins, Chrigel, Nuclear Blast, review, 2014

Outre les aspects folks de cette galette, un véritable travail de recherche rythmique a été effectué pour trouver des riffs de guitare novateurs autant qu’entrainant se mariant bien avec les instruments précédemment évoqués. Les rythmes qui résultent des fûts battus par Merlin Sutter  sont également pour la plupart très soutenus et en harmonie totale avec le reste des instruments. Par rapport à Helvetios, Origins ne se contente pas de riffs techniques et travaillés, non la volonté première et évidente des suisses est proposer un son harmonieux quitte à délaisser l’aspect technique au profit des ambiances crées, une décision démontrant la sagesse et la maturité dont fait preuve Origins. Sur le plan vocal, Chrigel nous propose comme à son habitude un chant de type «growl» dont les ambiances et les émotions des différents morceaux sont très bien incarnées par le frontman de la formation. A l’image de « Ambigatos », Chrigel Glanzmann est porteur à travers le morceau « King » de la mission divine et légendaire qui a jadis été confié par les Dieux à ce légendaire chef de guerre gaulois. Anna est aussi vocalement très présente et n’hésite pas à prêter main forte à Chrigel pour les parties vocales. Elle officie ainsi naturellement au chant clair sur certains morceaux tels que « The Call of the Mountains » où Nicole chante également et « Celtos », mais aussi au chant extrême sur des morceaux tels que « Inception ». On notera également les nombreux chœurs qui viennent nécessairement ponctuer Origins dans des morceaux comme « The Silver Sister » ou « Carry the Torch ».

Côté son, la production ne change pas beaucoup voir quasiment pas par rapport au précédent opus et sonne de la même façon que les morceaux réenregistrés de The Early Years. On connaît le perfectionnisme de Chrigel Glanzmann et le fait que la production d’Origins soit très propre n’est pas vraiment étonnant. On entend très bien tous les instruments et aucun ne sonne plus haut que l’autre, aussi les instruments folks ont étés remarquablement bien mixés de façon à retranscrire les émotions amenées et par les thèmes des morceaux et par la mélodie envoutante des  morceaux, notamment « Eternity » qui est l’épilogue de cette galette et qui donnera sans doute à plus d’un des frissons à la première écoute. Le nombre de pistes composant les différents morceaux de cet opus doit être élevé compte tenu qu’outre les instruments classiques que l’on connaît à travers d’autres formations Metal, les instruments folks se superposent quasiment tous sur chacun des morceaux de Origins. Le travail de mixage a donc dû être relativement laborieux, mais le compte y est et la qualité aussi. Côté vocal, il est aisé d’entendre les différents membres du groupe chanter lorsque les voix s’entremêlent, notamment celles de Anna et de Chrigel, mais pas seulement, il est aussi facile d’entendre distinctement les voix de Nicole et de Anna sur « The Call of the Mountains » ou encore sur « Vianna » où Chrigel ajoute son chant extrême.

Au final, Origins signe ce qui sera pour certains le meilleur album de la formation suisse depuis Slania – opus devenu culte avec des morceaux tels que « Inis Mona » ou encore « Slania’s Song ». On peut espérer que certains morceaux de cet épisode auront le même succès, mais nul doute que « The Call of the Mountains » sera un titre largement plébiscité par le public et sera probablement souvent joué en concert, encore une fois à l’image de « A Rose for Epona ».  Certains regretteront tout de même une instrumentale, mais inutile de rappeler que 16 morceaux sont déjà présents sur cette galette. En revanche on ne peut pas nier que la retranscription de la richesse de ce concept album à travers les morceaux a été remarquablement réussie. En effet, les différents thèmes évoqués dans cet opus sont traités avec la profondeur requise pour des sujets qui relèvent pour certains presque de la métaphysique, notamment pour le sujet des déplacements de population abordé à travers « The Call of the Mountains » particulièrement. En concert, la plupart des morceaux sauront déchainer la fosse et les concerts en France de la tournée européenne le prouveront probablement. Enfin, cet album qui comporte des morceaux relativement faciles d’écoute comme des morceaux plus soutenus pourraprobablement plaire aux fans de la première heure et à un public plus ou moins initié. 
 

NOTE DE L'AUTEUR : 9 / 10



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