Motocultor 2014 : jour 2 (16.08.2014)

Punk sous le soleil
 

La deuxième journée du Motocultor peut commencer. Plus orientée punk, elle garde néanmoins les aspects éclectiques que le festival tient à conserver, en proposant toujours du metal extrême et un peu de groupes moins excités. De quoi ravir une grande partie du public breton, particulièrement friand de punk rock, qu’il vienne de la région ou d’ailleurs.

Yugal
 

La journée commence avec un gros groupe de death metal venu tout droit de Vannes. Yugal ne fait pas dans la finesse, mais le fait bien. Gros riffs typiques du genre sont en avant et laissent régulièrement place à des leads mélodiques inspirés et efficaces.

Yugal

Sans réinventer la poudre, les mecs de Yugal s’éclatent sur scène, simplement et sans fioriture, avec une énergie communicative. Cela permet aux fêtards de se réveiller sans se prendre la tête, mais en commençant néanmoins à la bouger pendant que le soleil breton pointe le bout de son nez.


Cobra
 

Arrive maintenant la folie. La pure folie punk. L’anarchie. Cobra est là, ne respecte rien et n’est pas prêt de laisser les festivaliers poireauter. Sur scène, ça s’excite, ça bouge de partout sans jamais ralentir la cadence, sans même de batterie pour gêner les membres du groupe, qui comptent sur une boîte à rythmes pour battre la mesure pendant  qu’ils jouent leurs riffs élevés aux Béruriers Noirs.

Cobra

Les festivaliers découvrent aussi avec amusement les paroles complètement loufoques de Cobra. Avec des titres comme « Pédés et drogués » ou « Des Lieux associatifs pour les jeunes », le frontman Daemon peut éructer ses insanités comme bon lui semble, en répétant des inepties quand il s’adresse à la foule, comme hurler son amour à Satan ou faisant semblant de se croire en Vendée.

Pour commencer la journée punk, Cobra était on-ne-peut-plus adapté. Délirant et anarchique, irrespectueux et destructeur, ce groupe n’a pas laissé tout le monde indifférent.

Carnival in Coal

Folie toujours avec Carnival In Coal. Mais rien à voir avec les groupes de punk qui peuplent les scènes en cette deuxième journée du Motocultor. Carnival In Coal cherche à donner des maux de tête à ceux qui cherchent à mettre des groupes dans des cases. Passant du death metal au funk en deux mesures, le groupe ne se pose aucune limite et s’amuse à déstabiliser les fans.

Carnival in Coal

Avec ses compos fourre-tout, le groupe d’Arno Strobl arrive malgré tout à convaincre le public, qui montrera sa ferveur avec un circle pit sur « Got Raped ». Mais le point culminant de l’absurde se trouve en fin de concert, quand le groupe invite Stéphane Buriez de Loudblast pour chanter sur la version la plus loufoque de la chanson de dance « Maniac » de  Michael Sembello. Oui, celle-là même qui a été utilisée dans la BO de Flashdance.

Carnival in Coal fait donc n’importe quoi, mais le fait bien. Avec des musiciens plein d’expérience et issus d’autres groupes de la scène française, comme Gorod, Mercyless ou 6:33, le groupe arrive à mettre un peu d’ordre dans un joyeux bordel, qu’il aurait été dommage de rater à cause du retard de l’ingénieur du son du groupe, bloqué sur la route pendant « 66 heures », selon Arno Strobl.

Carnival in Coal

Setlist :

In Darkness Dwells Vice
Entrez le Carnaval
Got Raped
Yeah, Oystaz
She-Male Whoregasm
XXX Dog Petting
Maniac [reprise de Michael Sembello]

Benighted

Place maintenant aux stars du brutal death français. Toujours aussi attendu en festival malgré une musique abrupte et le plus extrême possible, Benighted est prêt à frapper fort pour sa première venue au Motocultor.

Benighted

Le groupe est donc dedans, chaque musicien est en place pour délivrer des parties puissantes et brutales pendant que Julien Truchan hurle toujours aussi fort, tel un extra-terrestre. Il est même rejoint par Niklas Kvarforth de Shining pour un drôle de duo sur « Spit ». On peut cependant regretter des soucis de son en façade tout le long du concert, avec les enceintes du côté droit qui semblent mises à mal.

Mais le public, prêt à mosher dès le premier coup de baguette de Kevin Foley, fait fi de ces soucis et s’éclate comme il faut, criant le titre de « Let the Blood Spill Between My Broken Teeth » ou faisant un bon gros wall of death sous les ordres de Julien sur « Slaughter/Suicide ».

Benighted

Un premier passage bien réussi de la part des Stéphanois, qui risque de ne pas être leur dernier au Motocultor.

Setlist :

X2Y
Noise
Let the Blood Spill Between My Broken Teeth
Experience Your Flesh
Carnivore Sublime
Fritzl
Collection Of Dead Portraits
Spit
Slaughter/Suicide
Slut

Benediction

Outch !!! La vache, Benediction vient enfin de réveiller les festivaliers et ce, sur 10 Km à la ronde. Reflexe : Walls of Death, Circles Pit à l’infini et dans tous les sens, ça explose. Les britanniques dynamitent les premiers rangs dans une folie de riffs déstructurant. C’est la rébellion, la révolution est en marche.

Benediction

Du death metal en veux-tu en voilà et ne vient pas te plaindre auprès de ta mère su tu as des bleus à la tête ou que tu t’es foulé la cheville sur les retours entre la scène et la régie son, car le public metal se réveille enfin après une longue plage musicale de punk / rock / acoustique pendant ce début d’après-midi.

Dave Hunt est une bête de scène comme il le prouve au sein d’Anaal Nathrakh et se réjouit de l’accueil que lui réserve le public du Motocultor qui ne tient plus en place. Frank Healy, rasé tel un skinhead a « l’attitude » : T-shirt à l’effigie de Sid Vicious des Sex Pistols, basse customisé qui ne date pas d’hier.

Benediction

Les musiciens sont en parfaite osmose avec nous, se positionnant sur les retours s’avançant au plus près du pit pour se joindre à un délire total comme sait nous le proposer le Motocultor dans ces instants magiques.

Tagada Jones

Les Bretons sont attendus sur le site comme une distribution gratuite de chouchen lors d’une Festnoz. 20 ans de carrière ça se mérite, et Tagada Jones vient nous donner ce qu’on attend, cette musique au relent punk et chargé en riffs bien métallisés en entamant leur set par un de leurs derniers titres « De l’Amour et du Sang ».

Tagada Jones

Niko Jones fait parti de ceux qui savent mettre le public de son côté et ce dès les premiers pas qu’il foule sur les planche avec son côté gavroche rock n’ roll et cou tendu vers le micro la guitare bien accrochée aux couleurs du groupe.

Ça va droit au cœur, ça pogote dans les rangs et c’est le sourire qui ensoleille nos visages ainsi que ceux des musiciens qui sont là pour défendre leur petit dernier Dissident.
La setlist est à peu près la même que celle du Hellfest avec le soleil en moins.

Setlist:

De L’Amour Et Du Sang
Instinct Sauvage
Le Chaos
Yech’Ed Mat
Descente Aux Enfers
Tout va bien
Zéro De Conduite
Cargo
Les Compteurs à zéro
Vendetta
Dissident
Superpunk
Karim & Juliette

Mumakil

Dans cette déferlante punk déboule un groupe de gros grindcore. Tous les lieux communs du genre sont réunis avec Mumakil : chansons tellement courtes que le groupe n’en n’avait pas assez pour remplir son set, son gras et sale, tout comme l’humour du chanteur Tom, qui se vente d’être bourré tout le long du concert.

Le public est réceptif à ses blagues lourdingues comme à la musique présentée, jouée de manière carrée. Ca moshe dans tous les coins sans s’arrêter et ça acclame le groupe entre les titres. L’éclate est donc des deux côtés des barrières.

Mumakil

Mumakil est donc là pour faire passer un bon moment au public. La légèreté de l’attitude du frontman tranche avec la lourdeur de la musique présentée. Les Suisses s’éclatent avec un esprit rock n’roll, ajoutant des titres au fur et à mesure que le set avance. Faire du grindcore n’implique pas d’être matheux, cela a été prouvé ce soir.

GBH

Petit voyage au Royaume-Uni avec les punk rockers de Birmingham de sortie en Bretagne pour tenter de faire remuer le public du Motocultor. Les compos typiques du genre, enlevées et enjouées, ont pourtant tout pour plaire aux amateurs de punk. Les fans du groupe ne se font pas prier pour manifester leur joie, mais les curieux restent perplexe.

On remarque en effet que le groupe n’est pas assez mobile. Le temps et les excès sont passés par là et 35 ans de punk, ça laisse des traces ! En plus de ça, le chanteur Colin Abrahall n’est pas très en voix et ne communique que très peu avec les festivaliers, renforçant ainsi l’écart entre les deux. Pour couronner le tout, le groupe devra stopper son concert à cause d’un problème technique.

GBH

GBH n’a donc pas délivré de performance historique au Motocultor. La fatigue a eu raison des punks, qui ont bien peiné à délivrer une performance digne de ce nom. Il ne leur reste plus qu’à revenir en meilleure forme pour mieux communiquer l’énergie primaire de leurs compos.

Behemoth

Grosse inquiétude sur le site avant le concert des polonais. Les musiciens sont arrivés à Saint-Nolff mais leurs instruments sont restés bloqué sur un aéroport au Pays-Bas. Ce ne sont pas les seuls puisque déjà le vendredi Kreator et Trollfest ont dû jouer sur les instruments d’autres musiciens qui ont bien voulu leur prêter. Il en est de même pour Shining qui jouera après. Alors négociation entre tour managers… Joueront-ils ou ne joueront-ils pas ? L’organisation du Motocultor nous indique que le pit aux photographes sera fermé quand la bande à Nergal montera sur les planches,… ce qui par conséquent veut dire qu’ils vont relever le défit et jouer pour nous ! Bref, pour les photos il va falloir se faufiler parmi les premiers rangs pour s’approcher au plus près de Behemoth.

Behemoth

C’est quand même énorme de les retrouver, sweat à capuche et lunette de soleil sur la tête pour Nergal afin de garder le mythe (il en est de même pour Seth) mais rien pour Orion qui en plus des lights se reçoit la pluie sur la tête.

Pour les avoir vus plusieurs fois et les avoir trouvé très professionnels voir même trop professionnels avec parfois trop d’artifice autour du groupe, je dois dire que j’ai été impressionné par leur prestation qui n’a rien perdu en puissance et en émotion, bien au contraire. Ils ont relevé le défit et nous ont envoyé du lourd alors qu’ils étaient à nu.


Behemoth

Je dirais même qu’ils étaient visiblement heureux de se retrouver dans une telle configuration pour nous envoyer des titres comme « Blow Your Trumpets Gabriel », « Ov Fire and the Void »  ou encore « O Father O Satan O Sun! »  qui nécessitent généralement beaucoup d’artifice que ce soit des maquillages, des déguisements ou des pieds de micro en flamme toujours plus impressionnant année après année.

Behemoth nous a montré son vrai visage…et ils étaient beaux et bons… et même très bons !

Setlist :

Blow Your Trumpets Gabriel
Ora Pro Nobis Lucifer
Conquer All
Christians to the Lions
The Satanist
Ov Fire and the Void
At the Left Hand ov God
Alas, Lord Is Upon Me
Decade of Therion
Chant for Eschaton 2000

Rappel :

O Father O Satan O Sun!

Shining

La soirée touche à sa fin. Quoi de mieux qu’un peu de black metal pour fêter la nuit bretonne ?
Le public est encore nombreux. Ca et là les gens discutent, font la fête, boivent encore un petit coup de plus. Bref, l’ambiance et bonne et on oublie presque l’air qui se rafraîchit rapidement.

Shining, c’est d’abord un groupe d’artistes compétents. Oubliez le black metal basique où il faut surtout maîtriser la corde de mi et le blast beat. Non, Shining joue dans la catégorie d’au-dessus.

Shining

A certains moments, on pourrait presque d’ailleurs se croire devant un concert d’un groupe de metal symphonique, avec des soli endiablés et des passages planants comme sur le sublime « Låt oss ta allt från varandra » par exemple. Il est clair que le son était particulièrement bon, et que la musique de Shining vaut le détour. Notez en passant, le juste retour d’ascenseur de l’intervention de Niklas pendant le concert de Benighted cette après-midi, avec la présence de Julien Truchan sur ce titre.

J’ai eu beaucoup de mal à m’intéresser à la musique de ce groupe, en raison de la personnalité du chanteur, Niklas Kvaforth. Personnellement, les petits roquets arrogants qui jouent au méchant en crachant sur les photographes, voir en en attrapant un par les cheveux comme ce soir, ce n’est pas trop ma tasse de thé.

Cependant, bien que j’espère ne jamais être dans la situation évoquée ci dessus, car cela m’embêterait tout de même de priver les fans du groupe de la mâchoire de leur chanteur, je ne peux que reconnaître que le concert fût tout simplement excellent.

Shining 2

Tout comme durant le Hellfest, Niklas occupe la scène et capte toute l’attention sur lui.
Il agite savamment sa bouteille de Jack, la renverse dédaigneusement sur les retours, fait des doigts d’honneur à certains spectateurs, fixe les gens et les dévisage de manière hautaine, bref, nous sommes bien en face d’un parfait connard.

Mais… Cette violence, ce mépris, n’est-ce pas là l’essence même du (black) metal ? Combien de groupes se griment-ils, parlent de Satan, « juste pour le show ».

Niklas, même s’il joue de cette image sulfureuse, est certainement réellement un sale bâtard méprisant. Bref, quelqu’un qui est en accord avec ce qu’il prêche.

Shining

Nous aurons peut-être la preuve de sa folie d’ici quelques années, s’il applique les appels au suicide qu’il affectionne. En attendant, même si cela me coûte de l’écrire, je ne doute pas qu’il y ait au moins une parcelle de génie dans son œuvre.

Reports par Lionel/Born666, Thomas Orlanth et Vyuuse.

Photos :
© 2014 Thomas Orlanth
© 2014 Lionel / Born 666
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.
 



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